postjournal of a postgraduate sonic massacre


FLIPPER – The four reissues rule, OK?

Flipper

Okay. Steve Tupper, le patron du label Subterranean (qui a sorti la plupart des disques majeurs de Flipper, épuisés depuis belles lurettes), n’avait pas tort. Quand on lui demandait pourquoi il laissait moisir les bandes dans la poussière de ses locaux au lieu de les rééditer, il répondait : « Flipper, aujourd’hui tout le monde s’en branle ». On comprend pourquoi Bruce Loose, camé jusqu’à l’os, lui vola les masters au début des années 90. Mais Steve Tupper n’avait pas tort même s’il aurait été beaucoup plus juste de dire : « Flipper, tout le monde s’en branle depuis 1979 ». Alors Flipper enfin réédité, bien sûr que tout le monde s’en branle (don’t be stupid), n’empêche que tout le monde attendait ça. Tout le monde. Steve Tupper a merdé, Water l’a fait.
Parce que c’était nécessaire. (Flipper rules, okay ?)
Parce que Flipper n’était pas juste ce groupe de branleurs junkies incapables de jouer correctement. (Flipper rules, okay ?)
Parce que Flipper, c’était bien plus que ça. (Flipper rules, okay ?)
C’était… le meilleur groupe de branleurs junkies incapables de jouer correctement.
C’était le groupe « qu’on aimait détester » et les mêmes qui braillaient « Flipper sucks ! » ne manquaient jamais un concert (nevermind, you wouldn’t understand anyway).
C’était un groupe dont toute une génération de musiciens ne s’est jamais vraiment remise, du Gun Club à Unsane en passant par Mission Of Burma, les Melvins, Black Flag bien sûr, Nirvana et Kurt Cobain (son fameux t-shirt home-made au poisson mort), REM, Sebadoh, Mike Patton ou Rick Rubin. J’en passe et des dizaines. Okay ?
Flipper émerge en 1979 des décombres de Negative Trend dans le quartier de SoMa (South Of Market) à San Francisco. « Earthown », le premier morceau du groupe, est enregistré pour la compilation SF Underground (Subterranean). Avec leur premier single en 81 (Love Canal / Ha Ha Ha) le message est clair : le hardcore est rapide ? Flipper sera lent. Pas besoin de jouer vite pour être un punk (le message sera reçu 5/5 par les Melvins et par le Black Flag de 1984). Le hardcore est hostile ? Flipper sera encore plus hostile, encore plus agressif, encore plus provoc’ et surtout, beaucoup plus drôle. Flipper, c’est le chaos, un chaos visqueux et psychédélique, des tempos flottants, un anti-groove fascinant et nébuleux et des textes, souvent sardoniques, toujours excellents. Un morceau de Flipper, c’est une tournerie élémentaire, un ou deux riffs de basse ronde et distordue, un ou deux plans de batterie et une guitare, celle de Ted Falconi, le vétéran du ‘Nam. Une guitare qui est loin, très loin, en dehors de tout et qui échappe à toute logique.
Écouter Flipper, c’est comme écouter un 45 tours en vitesse 33. Écouter « Love Canal », ça n’est pas du tout comme écouter une chanson d’amour. C’est le malaise, le gros malaise. Will Shatter, Steve DePace et Ted Falconi font les poubelles des Stooges (rock’n’roll élimé, seringues à moitié pleines et canettes à moitié vides) pendant que Bruce Loose éructe les ravages de la pollution chimique du site de Love Canal, côté victimes : « Our children look like monsters / We feel pain / Poison is killing our every cells / We are dying / Our common grave is the Love Canal ». Après ça, tu tournes quand-même le vinyl, et voilà ce que tu te prends en pleine face : « Ha Ha Ha Ha Ha Ha Ha ! Ho Ho Ho Ho Ho Ho Ho ! He He He He He He He ! », soit le second message du single qui dit que chez Flipper, après la pluie acide, vient toujours le beau temps, celui du fun et du rien à foutre. Le single suivant est porteur des mêmes messages. En face A, « Brainwash » est une grosse blague, une foirade de studio up-tempo bouclée 15 ou 20 fois à l’identique (« Uh… Ok… Like… And…Nevermind, you wouldn’t understand anyway», repeat, repeat). En face B, « Sex Bomb Baby » : un hit, 10 minutes, 7 mots (« She’s a sex bomb my baby – Yeah ! », repeat, repeat), et une ligne de basse passée dans l’inconscient collectif, ouverte à toutes sortes de sons, cris, saxophone, sirènes et bruits de verre brisé. Comme tous les morceaux de Flipper, « Sex Bomb » sera systématiquement et minutieusement saboté sur scène, le terrain de jeux favori du groupe, là où tous les coups sont permis.

FLIPPER - Generic

Album Generic Flipper
(1982, Subterranean / 1992, Def American / 2008, Water)

En 82, Flipper sort son premier album studio pour Subterranean, Album, Generic Flipper ou Generic, au choix. C’est la première des quatre rééditions CD de Water, avec des notes de pochettes signées par Krist Novoselic, ex-Nirvana et bassiste du Flipper reformé de 2006 à 2008. Generic était largement épuisé depuis son repressage vinyl de 92 sur American Recordings, le label de Rick Rubin. À l’intérieur, le docteur Fisher HIFI nous prévient « À prendre conjugué à des boissons alcoolisées. Volume maximum ! ». Les morceaux sonnent comme du live. Dans la musique aussi bien que dans le texte, Generic est une sorte de bras d’honneur rampant et désinvolte (parfois nihiliste) à l’encontre de toute forme d’establishment : celui de la classe moyenne, celui du mouvement punk/hardcore, celui de toutes les idées préconçues. Rien n’échappe aux sarcasmes de Will Shatter et de Bruce Loose qui se relayent à la basse, au micro, à la défonce et aux flashs de génie. Le glauque (« (I saw you) Shine »), le fun (« Sex Bomb »), l’espoir (« Life is the only thing worth ! ») et le désespoir (« All we’re really living for is to die ») n’ont jamais aussi bien cohabité. La pochette jaune, d’une sobriété totale, reprenait le code couleur des emballages de nourriture générique en vente dans les supermarchés de l’époque. Code barre = F.L.I.P.P.E.R. Quelques temps plus tard, le packaging de la bouffe générique change de couleur – blanc et bleu – et de l’autre côté de l’Atlantique, John Lydon et Public Image Limited en profitent pour reprendre discrètement le concept pour la pochette d’Album-Cassette-Compact Disc en 86. Discrètement ? Pas suffisamment. Flipper se marre. Sa réponse sera Public Flipper Limited.

FLIPPER - Gone Fishin

Gone Fishin’
(1984, Subterranean / 2008, Water)

Entre temps, Flipper sort Gone Fishin’ en 1984. Deuxième album studio, deuxième album parfait. Flipper joue vaguement le jeu de la production. Flipper s’amuse à marier quelques timbres supplémentaires à son slow-core glaireux (piano, clavinette, percussions électroniques et toujours le sax). Flipper ajoute même une touche de funk improbable à son post-punk mutant (« First The Heart » commence comme du Minutemen et se termine comme du Contortions sous perf). Mais Flipper reste toujours aussi viscéral, huileux et mordant, tapi entre l’ombre et la lumière. Cette fois, les notes de pochette de la réédition sont signées Buzz Osborne, qui n’a pas échappé non plus à la révélation Flipper (les Melvins reprendront « Someday » et « Love Canal » sur un 5’’ en 1990, et « Sacrifice » sur Lysol deux ans plus tard). L’artwork du CD reproduit fidèlement celui de Subterranean, avec le Flipper van et les quatre membres du groupe à découper selon les pointillés et à monter soi-même. À l’époque, le label proposait d’envoyer une pochette vide pour 2$ supplémentaire.

FLIPPER - Public Flipper LTD

Public Flipper Limited
(1986, Subterranean / 2008, Water)

Le concept de la pochette du double-live Public Flipper Limited est encore meilleur : une sorte de jeu de l’oie à déplier représentant le circuit d’une tournée de Flipper à travers les États-Unis. Des cartes à découper sont fournies dans l’insert. Exemple : Wake up in pretty girl’s bed = + 10 pts / Wake up in pretty girl’s bed and she says she has herpes = –5 pts / Wake up in pretty girl’s bed and she says she has herpes, and the rest of the band finds out = -20pts / Spend the day sober = -5 pts, go back 3 spaces. À chaque ville, tu tires une carte. À la fin, tu comptes les points. Simple ? Non ? Presque autant que d’avoir sorti cette double tartine grandiose en plein déclin du hardcore américain. Sept morceaux live enregistrés entre 80 et 85 et un foutoir rarement égalé. En plus des traditionnels « Sex Bomb » (saboté), « Life » (sacagé), « Love Canal » (démoli) ou « Brainwash » (Bruce Loose : « We’re going to play our only punk rock song now ». Brouhaha, 3 accords, 10 secondes, fin du morceau. « Hey, Am I Billy Idol yet ? »), on retrouve quelques incontournables des concerts de Flipper, notamment « Flipper Blues » ou « The Wheel » que le groupe faisait parfois tourner pendant plus de trois-quarts d’heure jusqu’à ce que la salle soit complètement vide.

FLIPPER - Sex Bomb Baby !

Sex Bomb Baby!
(1988, Subterranean / 1995, Infinite Zero / 2008, Water)

En 1987, Will Shatter succombe à une overdose d’heroine. Un an plus tard, Subterranean sort Sex Bomb Baby !, une sorte de compilation des « greatest hits » de cette bande de noiseniks, comprenant les six faces des trois premiers singles, des morceaux sortis sur diverses compilations et cinq titres live enregistrés entre 80 et 82. Les notes de pochettes sont signées Henri Rollins et comme toutes les compilations, Sex Bomb Baby! est un excellent moyen de rentrer dans le monde empoiSSonné de Flipper.
On s’arrête ici, avec le meilleur, avant la reflipperisation de 1991 et l’album post-Shatter, American Graphishy, qui ne fut rien de plus qu’un pétard mouillé. Flipper ruled, okay ?
(Note : les versions vinyles de ces quatre rééditions devraient voir le jour prochainement sur le label Four Men With Beard).
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (mar/avr 2009)
couv NOISE MAG#9



Live Report – 8-10.05.09 : ATP vs THE FANS (Jesus Lizard, Sleep, Harvey Milk, Devo, Killing Joke, Anti-Pop Consortium….)

affiche ATP

Si le peloton de tête de cette édition des All Tomorrow’s Parties – programmée par les organisateurs pour une moitié, et pour l’autre moitié par les fans qui avaient fébrilement acheté leur billet pour le grand retour de Sleep et de Jesus Lizard – était à peu de choses près exceptionnel, la programmation marginale était globalement décevante, beaucoup trop uniforme, avec un paquet de groupes pop d’une neutralité ultra-convenue et de néo-folk bien sous tout rapport. Alors, avant de rentrer dans le vif du sujet, donnons les verges pour se faire battre avec cette liste exhaustive de tous les groupes manqués en toute conscience (avec une exception pour Lydia Lunch, Grails, Future Of The Left et Fuck Buttons qui ont pâti d’un problème de planning ou d’une grosse cagne de dernière minute) :
Jeffrey Lewis, Grouper, Casiotone For The Painfully Alone, Health, Liam Finn, Fuck Buttons, Pink Mountaintops, Jesu, The Cave Singers, The Acorn, Grizzly Bear, Beirut, Nico Muhly, Retribution Gospel Choir, Sleepy Sun, Sian Alice Group, Errors, Marnie Stern, Shearwater, Parts & Labor, Hush Arbors, Grails, !!!, School Of Seven Bells, The Mae Shi, This Will Destroy You, Lydia Lunch’s Horribly True Confessions.

JOUR 1 : M83 / ANDREW W.K. SPECIAL SOLO SHOW / DEVO / ANTI-POP CONSORTIUM / ELECTRIC WIZARD

12H00 : Après une chouette intoxication alimentaire de bienvenue durement gagnée la veille dans un resto indien de Minehead, Somerset, charmante station balnéaire qui fait face à la côte galloise, après avoir posé nos culs sur la terrasse d’un club du troisième âge pour avaler une tasse de cette eau vaguement marron que les Angliches osent encore appeler « Coffee », mon garde du corps gitan et moi-même décidons de braver fièrement les vents marins contraires en direction des « big mushrooms » du Butlins Holiday Resort, ces gigantesques chapiteaux blancs d’une laideur incommensurable qui abritent le centre commercial et les trois scènes principales de ce Center Park à l’anglaise où se déroule le festival depuis maintenant quelques éditions.

Butlins Holiday Resort

butlins holiday resort (c) francoise massacre

Nous y rejoignons ceux que j’appellerais ici « Les Limougeauds », à savoir Mariexxme qui n’est pas limougeaude pour un sou mais dont la main droite est prolongée d’une excroissance naturelle en forme de caméra, Eric (africain blanc) et Arnaud (blob), graphistes de Noise Mag à plein temps et enfin Charlie, ex-Purgatory, Bushmen, batteur gaucher/droitier et surtout fan transi de Matt Pike venu ici en pèlerinage (son amour indéfectible pour le golum édenté de Sleep et High On Fire sera d’ailleurs l’une des meilleurs running jokes de ce festival). On apprend que nous avons quatre heures à tuer avant de pouvoir investir nos bungalows respectifs. En désespoir de cause, on patiente en sirotant nos premières pintes sur la terrasse du pub irlandais du centre qui deviendra notre QG mais aussi celui d’une partie des groupes du festival. Déjà sur place, les Harvey Milk ont eu la même idée que nous. J’en profite pour aller les saluer et j’apprends que Joe « L’Arlésienne » Preston ne sera pas de la partie demain soir (ni plus jamais si l’on s’en fie à leur page myspace), ce qui par ailleurs ne m’inquiète ni ne m’étonne pas plus que ça, sa réputation d’instable notoire le précédant. Le temps d’aller aux bungalows, de faire quelques provisions au superminimarket et de réclamer un pommeau de douche et les premiers groupes ont déjà commencé à investir Center Stage et Pavilion, la scène principale coincée entre le Burger King, le Finnegan’s Fish & Chips et le Pizza Hut.
19h00 : On traine nos guêtres devant le début du set des français de M83, juste le temps d’avoir la confirmation en live de la signification de l’acronyme M83 : de la Merde from le Var. Leur kiff : une synthèse complètement ouf de pop synthétiques, du pire des 80’s, de shoegaze des 90’s, de french electronica et d’hymnes pompiers, tellement audacieuse que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Vraisemblablement, je suis trop vieille et beaucoup trop blasée pour comprendre comment on peut adhérer à cette soupe et pourquoi leur nom est inscrit en gras sur l’affiche au même niveau que Devo, Killing Joke, Jesus Lizard ou Sleep. Vive la France.
19h30 : Direction Centre Stage où ANDREW W.K. a déjà commencé son show Spinal Tap-esque en solo. Avant de le voir en chair et en os, je me demandais franchement si ce type était une blague ou pas. Réponse : C’est une blague. Une grosse blague potache qui réussit à me faire marrer quelques minutes. Moulé dans un costume blanc immaculé, les cheveux au vent, Andrew W.K s’excite comme un damné sur son piano électrique façon Jerry Lee Lewis du pauvre pendant que des bandes diffusent une musique hilarante entre power-variétoche et hard-rock hi-energy du meilleur effet. Et que je tape dans mes mains, et que j’avale mon micro, et que je harangue les foules « public chéri mon amour je vous aime, vous êtes formidables ! ».

andrew w.k

andrew w.k. (c) francoise massacre

C’est fun mais ça ne fait pas un pli : on décolle au bout de dix minutes pour le premier vrai bon concert du festival après un énième passage au pub irlandais où Matt Pike descend bière sur whisky et whisky sur bière. Mais… Où est Charlie ? Inévitablement, notre ami est là, tout près, la langue pendante collée à la moquette. Pike a du souci à se faire.
20h30 : Après avoir croisé notre collègue Lorène Lenoir encore vrillée par sa soirée de la veille, on file se positionner devant la scène de Pavilion déjà prise d’assaut par des hordes de fans dévots enchapeautés de leurs fameux pots de fleurs renversés (qu’on pouvait s’offrir au stand de merch pour la modique somme de 20 livres, une broutille pour un bout de plastic rouge… Qui a dit que DEVO s’était reformé pour le fric ?).

devo fans

devo fans unite (c) francoise massacre

Comme l’année dernière à La Villette, le concert démarre sur un montage impayable des vieux clips du groupe projeté sur écran géant avec une voix off qui nous met en garde : « It’s not the human mind that we must fear but lack of it on this planet. Why believe in things that make it tough on you? It’s time for new traditions! Devolution is REAL, people! ». Et si les cinq types qui débarquent sur scène revêtus de leur traditionnelle salopette de protection chimique jaune pétard sont bien réels, on peut dire que physiquement parlant, à l’exception du relativement jeune batteur John Freese, les quatre sexagénaires défraichis du groupe (deux frères Mothersbaugh et autant de frères Casale) ont loupé le coche de leur dé-évolution.

Devo 1

devo (c) lorène lenoir

Malgré tout, le poids des années n’empêche pas les papys de démarrer sur les chapeaux de roue, avec un enchaînement de tous leurs morceaux d’anthologie que la quasi-totalité de l’assemblée reprendra à l’unisson et que je cite de tête et dans le désordre : « Whip It », « Girl You Want », « Peek A Boo », « Mongoloid », « Freedom Of Choice », « Uncontrollable Urge », leurs deux illustres reprises « Secret Agent Man » et « (I Can’t Get No) Satisfaction » et bien entendu, l’hymne en forme de question-réponse « Jocko Homo » pendant lequel les dandinements grotesques des frères Mothersbaugh nous font piquer un bon fou rire. Au beau milieu de ce Greatest Hits jubilatoire, les viocs balancent dans la foule une vingtaine de pots de fleurs à 20 Pounds pièce (je tends les bras… Crap, encore raté ! C’est trois menus Wooper XXL qui me passent sous le nez) avant de déchirer leur salopette jaune façon Full Monty vs Alice Sapritch dans La Folie des Grandeurs et de se retrouver déguisés en footballeurs à la retraite.

devo 2

devo (c) francoise massacre

Peu avant la fin, mon bodyguard et moi-même sommes pris simultanément d’une Uncontrollable Urge qui nous oblige à quitter la salle inopinément, la faute aux trop nombreux passages par le pub irlandais. Quelques instants plus tard, c’est baignés dans la délicate odeur de friture du Finnegan’s Fish & Chips que l’on assiste au final juvenile de Boojie Boy on ne peut plus à propos : « It’s a beautiful world we live in, A sweet romantic place, Beautiful people everywhere, The way they show they care makes me want to say : It’s a beautiful world ».
23h15 : C’est l’heure du dilemme. Jesu à Reds ou ANTI-POP CONSORTIUM à Centre Stage ? Évidemment, j’ai déjà tranché depuis longtemps et sans aucune hésitation ni l’ombre d’une pensée émue pour Justin Broadrick, je fonce à Centre Stage, disco reconvertie en salle de concert pour l’occasion. Je me sens vieille (encore), il a bien dû s’écouler sept ou huit ans depuis mon premier, mon dernier et mon unique concert d’APC, une date d’ailleurs assez surréaliste, leur première en France, qui aurait dû avoir lieu en plein Paris mais qui avait été déplacée en banlieue à la dernière minute (à Colombes si ma mémoire est bonne). On n’était pas plus de dix péquins dans la salle. À l’époque, le posse n’avait pas encore signé sur Warp et n’avait qu’un album à son actif, Tragic Epilogue, un régal autant pour les B-boys purs et durs que pour les amateurs éclairés d’electro expérimentale, de hip-hop alternatif et de l’école stream of consciousness. On loupe la moitié du premier morceau. Earl Blaze et deux autres gars s’activent déjà autour de la table sur laquelle est installé le matos new school : MPC(s), laptops, boîte à rythme et une seule platine. Ils assurent la partie instrumentale : loops rétro-futuristes et beats concassés dont ils ont le secret. Visuellement parlant, le sweat APC rouge ou bleu est de rigueur pour tout le monde. Les trois MC se relaient au micro mais ce soir, c’est surtout M. Sayyid qui fait son ego trip, monopolisant la cérémonie, le flow et les skits en arpentant la scène dans tous les sens. High Priest sera le plus discret, se contentant de ponctuer les fins de phrases à une ou deux exceptions près. Mais la palme de la très grande classe revient incontestablement à Beans le surdoué. Affublé de ses grosses lunettes carrées made in nerdland, avec son mètre cinquante au garrot, son chapeau et ses pompes de mac’, le minuscule MC est le prince du groove, le roi du flow, le seigneur du pas de danse. Indétrônable Beans, il incarne la maîtrise du rythme à tous les niveaux.

Anti-pop Consortium - BEANS

anti-pop consortium – beans (c) francoise massacre

De temps en temps, le crew au grand complet se masse autour de la table pour des parties fines d’improvisations lunaires et hypnotiques qui captiveront même les plus hermétiques, à commencer par le voleur de poules qui m’accompagne.
00h30 : Après une brève errance dans le centre commercial, le temps de faire face à un nouveau dilemme (Fuck Buttons à Centre ou ELECTRIC WIZARD à Reds ?), on décide de donner une chance supplémentaire aux doomsters de Dorset. « Overrated » et « ectoplasmiques », voilà ce que j’ai pensé à chaque fois que j’ai vu les Wizard en concert. Malgré tout, je suis curieuse d’entendre les versions live des morceaux de Witchcult Today et je me jette donc corps et âme dans la fosse aux lions. La salle, peuplée de créatures à crinières et à blousons à patchs, dégueule de monde. Mais pas une âme qui fume. Décidément tout se perd…

Electric Wizard - Jus Oborn

electric wizard – jus (c) lorène lenoir

Bingo, le concert démarre par trois morceaux du dernier album. Le virage mélodique le fait plutôt bien sur scène et casse le côté « pousse ton ampli à donf, bouge plus et attends de voir ce qui se passe, y’aura bien des blaireaux pour trouver ça “AWESOME” ». Problème : chassez le naturel, il revient au galop. Après cette mise en bouche positivement surprenante, la bande à Jus Oborn replonge dans son sabbatho-drone cracra routinier supposément hypnogène mais qui, à moi, me fait l’effet d’un gros sédatif et surtout me donne l’impression que le groupe doit tout ou presque à son matos (bizarrement, je n’ai jamais eu ce problème avec leurs albums studio). Pourtant, la salle est en ébullition, et pendant que je m’extirpe de ce vivier non-fumant, je me demande qui, de la musique ou du fessier callipyge de Liz Buckingham, ensorcèle le plus la majorité virile de l’assistance.

Electric Wizard - Liz Buckingham

electric wizard – liz (c) lorène lenoir

JOUR 2: LORDS / QUI / YOUNG MARBLE GIANT / HARVEY MILK / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h45 : LORDS, c’est l’excellente surprise matinale de ce jour 2 (oui, 14h45 aux ATP, c’est le matin. Tu te lèves à peine, tu te sens frais comme une chaussette de la veille et tu n’es même pas encore passé par la case pub irlandais ni par le questionnement crucial : « sous quelle forme ta friture aujourd’hui chéri ? Burger/Frites, Fish & Chips ou Pizza Hut ? »). Lords, c’est même une double surprise parce qu’en bons journalistes du dimanche, on s’attendait à voir les Lords de Louisville, des coreux américains en cheville avec Coliseum dont on avait lu le plus grand bien. Or, non seulement les trois types sur scène ont des vraies têtes de British, mais leur musique n’a pas grand-chose de hardcore. On a plutôt affaire à du Rock avec un grand « R », mélange de punk (plutôt américain pour le coup), de rock sixties à la Hendrix, de blues retro avec quelques passages un chouilla stonerisants. On pense à Comets On Fire, à Penthouse (la décadence en moins) et parfois à Naked Rayguns. Malgré leur charisme d’huîtres, les Lords de Nottingham remportent deux prix : le prix du groupe le plus sympathique (on apprend que le chanteur vient de se marier, que le batteur est tout juste papa, c’est beau, c’est frais, c’est la vie, et tout ça est annoncé avec gras de sourires candides qui en disent long sur leur plaisir d’être là) et le prix de la bonne vieille simplicité rock’n’roll sans prise de chou qui fait largement défaut à cette édition des All Tomorrow’s Parties.

lords (from nottigham)

lords (c) francoise massacre

15h30 : Nous avons un peu de temps à tuer avant d’aller voir Qui. En Angleterre, les jeux de mots avec le nom du groupe sont beaucoup moins évidents pour tout le monde. On croise justement David Yow qui erre comme un fantôme autour du stand de merch. « Oh salut, est-ce que tu joues ce soir ? ». Cette question, c’est lui qui me la pose, pour vous dire qu’il est un peu largué. Et puis, l’air mal assuré : « Est-ce que vous venez voir Qui ? ». Bien sûr qu’on y sera. Mais avant, il faut se nourrir et faire le plein de bulles à la terrasse du pub irlandais où l’on retrouve les Limougeauds en ordre dispersé avant d’essuyer une attaque de mouettes fritovores insoutenablement Hitchcockienne.

attaque de mouettes

mouette (c) francoise massacre

16h45 : C’est l’heure, direction Reds. La salle est désespérément vide pour QUI. C’est à n’y rien comprendre. Sur les 6000 personnes présentes à Butlins ce jour-là, la moitié au moins est ici pour voir le grand retour du Lizard. Et même si Qui n’est pas Jesus Lizard, si d’aucuns disent même que Qui est une sorte de mauvais Canada Dry, constater que si peu de gens (600 à tout péter ?) ont eu le bon sens ou tout simplement la curiosité d’aller juger sur pièce me laisse franchement sur le cul, surtout qu’il est fort improbable que sur les 2400 personnes restantes, toutes ont déjà eu l’occasion de voir Qui sur scène auparavant. Pour moi, c’est le troisième concert du groupe en à peine un an et aussi le plus mauvais. Alors ça me fait mal de le dire mais ces 2400 cons n’auront vraiment pas loupé grand-chose : un David Yow en petite forme, la tête ailleurs, aussi peu convainquant que vraiment convaincu, qui regarde sa montre entre et pendant les morceaux, qui va même faire un tour backstage avant de revenir les mains dans les poches. Le gitan a très bien résumé ce que personne ne dit mais que tout le monde pense ou plutôt, ce que tout le monde espère dur comme fer à ce moment-là : « Il semble bien qu’en cette journée mémorable Yow est avant tout le chanteur de Jesus Lizard ». Quant à Matt Cronk et Paul Christensen, ils n’ont pas vraiment les épaules pour relever le niveau.

Qui

qui (c) lorène lenoir

Outre le côté petits joueurs de la performance, le concert sera sauvé par une poignée de nouveaux morceaux plutôt bons, un « Freeze » et un « Willy The Pimp » excellents et quelques pas de danse Yiddish exécutés par-dessus la jambe. Au sortir de Reds, on recroise Yow et sa valise. C’est l’heure de la sieste nous dit-il. On ne lui souhaite qu’une chose : repose-toi bien et pète la forme ce soir.
18h00 : Notre proprio Julie Tippex est aussi la tourneuse et la manageuse de YOUNG MARBLE GIANTS. La veille au Finnegan’s, elle nous avait raconté la manière dont elle avait réussi à convaincre les Gallois de remettre le couvert pour le BBMix l’année dernière, en leur promettant de faire venir femmes et enfants, après des années passée à hiberner. Et puis on apprend qu’à la ville les frères Moxham sont respectivement garagiste et chauffeur de maître, qu’Alison Statton est chiropractrice et que le dernier est employé dans un mall. Surtout, ne montez jamais de groupe culte ! En tout cas, j’étais curieuse de les voir enfin en chair et en os, surtout qu’ils allaient jouer Colossal Youth, leur seul et unique album qui avait été la bande-son d’une petite partie de mon adolescence tardive. On rate le début du set et lorsqu’on arrive à Reds, je me prends en pleine face LE son Colossal Youth, le même, tout est là. Les mêmes claviers au grain si particulier, le même son de basse à la fois rond, précis et métallique et la voix d’Alison, toujours aussi candide, très Moe Tucker version british. C’est toute la magie du concept Don’t Look Back des ATP. VOIR un disque, voir LE groupe jouer LE disque que tu as écouté dans ta chambre d’ado pendant des années.

YMG

young marble giant (c) olivier heredia

Mais les Young Marble Giants, s’ils ne sont plus tout jeunes (on s’y attendait) et pas si grands que ça, sont bels et bien de marbre. Statisme absolu, rien ne bouge, rien ne dépasse. Alison ne sortira pas les mains de ses poches et les problèmes de son et d’accordage du bassiste font que le concert s’enlise peu à peu. Les pauses entre les morceaux sont plus longues que les morceaux eux-mêmes et le groupe a un mal fou à se détendre.
19h00 : Après ce concert en demi-teinte, la petite déception du festival, on va se préparer psychologiquement pour l’énorme soirée qui va suivre avec un apéro en bonne et due forme dans le bungalow des Limougeauds à Pacific Wharf, autrement plus accueillant que le notre pourtant situé au Surfers Point, oui mais…
19h45 : … Malheur, la bière de trop ! Je débarque au milieu du premier morceau de HARVEY MILK (en bon français : Hervé Lait) et je suis en colère. Moi qui ne voulais pas en louper une miette, frustrée comme je l’avais été lors de leur passage à Paris l’été dernier qui n’avait duré qu’une demi-heure à peine. Je me fais une place au premier rang face à Stephen Tanner, le bassiste au sourire hagard permanent.

Harvey Milk - Stephen Tanner

harvey milk – s. tanner (c) lorène lenoir

Dans la fosse aux photographes « officiels », Lorène Lenoir (Lolo pour les intimes) est fidèle au poste, fidèle aussi à son taux d’alcool dans le sang. Comme Tanner, elle aussi a le sourire hagard et puis les yeux vitreux de celle qui est parfaitement high. C’est alors qu’elle me bredouille avec un aplomb hilarant : « Je prends des supers photos quand je suis bourrée, si si ! ». Dire qu’elle avait raison (la preuve en images sous vos yeux ébahis)…

Harvey Milk - Kyle Spence

harvey milk – k. spence (c) lorène lenoir

Mais revenons à Harvey Milk. À posteriori, il m’est absolument impossible de trancher entre ce concert et ceux de Sleep et Jesus Lizard pour déterminer quel est mon grand vainqueur de ce ATP fest. Harvey Milk, The Best Band in Town ? En tout cas, Harvey Milk est un grand groupe, un groupe largement sous-estimé, un groupe sans attitude, dans le vrai 100% du temps. Le set de la Maroquinerie faisait la part belle aux morceaux des deux derniers albums, Special Wishes et Life… The Best Game In Town mais ce soir, le set est surtout axé sur leur disque le plus ostensiblement (hard) rock, The Pleaser. Creston Spiers croisé le lendemain au supermarché nous le confirmera : « On jouait avant The Jesus Lizard, on voulait faire un set vraiment rock’n’roll ». Et c’est vrai, ça rock à tous les étages. Une plongée explosive dans la musique électrique populaire américaine. Beaucoup de hard-rock (à l’ancienne, sans fioritures ou au contraire complètement déconstruit) et de pur rock’n’roll (on pense aux Screaming Trees me souffle mon voisin qui n’a pas vraiment tort), un peu de heavy-rock lent, lourd et de southern rock, quelques kilos de larsen, beaucoup de gras, des solos crasseux comme la moquette de Butlins après deux jours de festival et comme d’habitude, Harvey Milk fait du Harvey Milk : ce sont les genres qui se plient à eux et pas le contraire. La musique n’est pas forcément simple, les types, eux, le sont. Kyle Spence (ex-Fiddlehead, The Martians, qui a aussi accompagné J. Mascis sur plusieurs tournées), physique de jouvenceau et frappe herculéenne, Stephen Tanner, sourire scotché et calme olympien en toute circonstance et Creston Spiers, le renfrogné, le bourru, songwriter de génie et guitariste hors-pair, plus habité et dégoulinant que jamais.

Harvey Milk - Creston Spiers

harvey milk – c. spiers (c) lorène lenoir

Mais le vrai grand coup de massue de ce concert arrive au moment où Spiers attaque les premières mesures de « Lay My Head Down », un morceau incroyable, complètement improbable, quelque-part entre « Since I’ve Been Loving You » de Led Zep et une version ultra-redneck des meilleurs slows d’Al Green ou du « It’s A Man’s Man’s World » de James Brown. Avec sa voix de husky mal léché, Spiers joue le soul singer blanc à la perfection « I’ve been tired everyday…Everyday of my life so far ». De là à dire que j’ai la chair de poule et que je fais ma bichette, il n’y a qu’un pas que je récuse mollement (ici, une autre version live du même morceau).Comme sur The Pleaser, le trio enchaîne avec le musclé « Rock & Roll Party Tonite » et achève ce concert de feu en apothéose avec une version magistrale de « I’ve Got A Love ». Et quelles que soient les prestations de The Jesus Lizard et de Sleep ce soir, je peux déjà dire que je ne serais pas venue pour rien dans ce lieu de perdition.
22h45 : Après nous être délectés de notre dixième Wooper du séjour, on regagne Center Stage avec 45 minutes d’avance, histoire de se coller immédiatement au premier rang contre les barrières. Le grand retour de THE JESUS LIZARD, c’est pas tous les jours coco. On veut en profiter, on veut s’en prendre plein la face et plein les oreilles. Évidemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée lumineuse, les places sont chères, il faut se battre. Finalement, je me retrouve juste en face de Duane Denison, coincée entre deux molosses de 150 kilos. Celui de gauche s’avérera être un fieffé connard, celui de droite, fan absolu du Lizard, deviendra notre « gros pote l’Américain ». À tour de rôle, Denison et Sims viennent régler leurs amplis et leurs retours sous les premiers hurlements du public au taquet.
23h30 : Le groupe démarre très fort avec « Puss » et une demi-seconde à peine après le coup d’envoi, Yow a déjà piqué sa première tête dans le public, comme s’il attendait ça depuis dix ans.

Jesus Lizard - Yow can swim

jesus lizard – yow can swim (c) francoise massacre

La salle est en délire, le son du groupe est puissant, tranchant, précis et David Yow dans une forme olympique. The Jesus Lizard is back ! On croit rêver, notre gros pote l’Américain aussi : « I can’t believe it man! I can’t believe it ! ». Le temps que Yow regagne la scène à la nage et c’est « Seasick » qui commence. Deuxième plongée pour Yow et le public entonne « I Can’t Swim ! I Can’t Swim ». Tu parles qu’il sait nager David, et comme un poisson dans l’eau : brasse piquée, brasse coulée, dos crawlé et tout ça sans jamais lâcher le micro ni foirer sa ligne de voix. Littéralement broyée entre mes deux molosses et la rambarde de sécurité, j’assiste à la première scène de pêche au gros. Un type de la sécu (la sécu qui ne débandera pas pendant une heure) monte sur scène et s’empare du fil du micro, suivant les déplacements de Yow sur les têtes, donnant du mou ou tirant sur la ligne suivant que le vieux fada s’éloigne ou se rapproche de la scène. C’est hilarant.

Jesus Lizard - pêche au yow

jesus lizard – pêche au yow (c) francoise massacre

Pendant ce temps-là, Denison, Sims et McNeilly filent tout droit et enchaînent les morceaux sans jeter le moindre regard au fondu qui leur sert de frontman. En parlant de regard, Sims a celui d’un fou ou d’un tueur, au choix. On peut en dire autant de son son de basse.

jesus lizard - sims

jesus lizard – sims (c) francoise massacre

Denison se le joue relativement cool et flegmatique et c’est un bonheur de l’entendre dérouler ses petites phrases de guitares assassines caractéristiques.

jesus lizard - duane denison

jesus lizard – denison (c) francoise massacre

Quant à McNeilly, il est hors de mon champ de vision mais sa frappe n’a rien perdu de sa toute-puissance (malgré le casque qu’il est obligé de porter à cause de problèmes aux oreilles.

Jesus Lizard - McNeilly

jesus lizard – mcneilly (c) lorène lenoir

Debout au fond de la scène, Creston Spiers et Stephen Tanner d’Harvey Milk prennent leur pied, hurlent et claquent dans leurs mains. Ce concert phénoménal se déroulera dans une ambiance survoltée (joie, fièvre, sueur, fureur, manque d’oxygène et transe pour certains) sans cesse alimentée par un enchaînement de hits imparables (« Bloody Mary », « Destroy », « Mouthbreather », « Blue Shot », « Then Comes Dudley », « Chrome », « Boilermaker », « Monkey Trick ») et les incessantes pitreries de Yow (une bonne douzaine de stage-diving magnifiques, trois glaviots collés au plafond, des dizaines de pas de danse grotesques et une bonne poignée d’acrobaties perché sur les enceintes de face).

jesus lizard - yow

jesus lizard – yow (c) francoise massacre

1h00 : Après ça, on aurait pu aller se coucher heureux. Mais c’était au tour de SLEEP de faire son comeback (tout en l’écrivant, je me dis que bordel de dieu, quand même, Harvey Milk, Jesus Lizard et Sleep dans la même soirée, c’était un sacré tiercé). Séchés et moulus, on reste en place devant nos barrières pendant que l’un de nous assure l’indispensable ravitaillement en boissons fraîches. Charlie est en feu. Le groupe s’installe doucement devant son mur d’ampli (sept ? huit ?). C’est Joe L’Indien, le grand chevelu à l’œil acéré qui sert de merch man, de flic et probablement de tour manager au groupe qui installe et teste le matos (allez, bande de geeks : deux Rickenbacker 4001 pour Cisneros, une First Act 9-cordes plus une Takamine électro-acoustique 12-cordes pour Matt Pike et une splendide batterie Ludwig toute d’orange et de rouge pour Chris Haikus). Joe L’Indien, faut pas l’emmerder. Certains l’apprendront à leurs dépends. Il averti les premiers rangs : interdiction formelle de filmer ! Rien de tel pour me donner envie de shooter quelques morceaux choisis avec mon appareil photo. Comme pour Jesus Lizard, le public bouillonne. C’est fou d’ailleurs, je n’aurais jamais imaginé que Sleep même reformé puisse se retrouver un jour en tête d’affiche d’un festival d’une telle ampleur. Haikus débarque torse nu avec son collier de barbe rousse, son bermuda marron et ses grosses chaussures de marche tel un randonneur de retour d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

Sleep - chris haikus

sleep – hailus (c) lorène lenoir

Pike est égal à lui-même, le cheveu gras et la bedaine de buveur de mousse. Et Cisneros ? On en parlera plus tard. Le concert démarre sur « Holy Mountain », le morceau-titre de l’album qu’ils joueront dans son intégralité mais dans le désordre. Le son est énorme, épais et dense comme la fumée du kilomètre de joints que ces types ont dû s’enquiller à l’époque de la sortie de l’album en 1993. Je n’arrête pas de bloquer sur le couple Pike/Cisneros, le jour et la nuit. Pike, c’est le panache. Affichant son éternel sourire plein de dents pourries, il arpente la scène d’avant en arrière, toisant le public, l’exhortant de « c’mon ! » et de grands gestes d’encouragements. De son côté, Cisneros ressemble à un croisement entre Rain Man, J. Mascis circa 2009 avec un petit air de Daniel Day-Lewis, l’embonpoint en plus. Son style à lui, c’est plutôt l’autiste surdoué : pieds en dedans, tête rentrée dans les épaules, dos légèrement vouté, bouche toujours entre-ouverte et les yeux écarquillés, ronds comme des boutons de bottines, se balançant d’avant en arrière sans bouger les pieds. Mais surtout, Cisneros est un bassiste fascinant. Il a une façon bien à lui de frapper (littéralement) les cordes de sa Ricky avec son index. Son jeu est à la fois hyper fluide, puissant et véloce (ce dont on ne se rend pas forcément compte sur disque).

Sleep - Al cisneros

sleep – cisneros (c) lorène lenoir

Lorsque Pike entame les premières notes de guitare de « Dragonaut », l’atmosphère monte encore d’un cran. On repense au concert d’Electric Wizard de la veille et vus d’ici, les Anglais semblent encore plus minuscules et inoffensifs. Sleep possède ce qui fait cruellement défaut à tous les autres : le charisme et un groove absolu, presque jazz, qui font d’eux les maîtres incontestés de la chapelle stoner-doom. Au milieu du set, Pike se fend d’un « Some Grass » (Some Blue Grass ?) en solo à la 12-cordes acoustique.

Sleep - Matt Pike acoustique

sleep – pike acoustique (c) lorène lenoir

Après « Nain’s Baptism », Pike nous prévient d’un geste de la main que quelque-chose va se passer maintenant. On se prend une volée de bois vert : le groupe attaque le riff le plus gras, le plus lourd et le plus hypnotique de « Jerusalem » (dont on n’aura droit qu’à un court extrait), celui du fameux « Proceed the Weedian… Nazareth » éructé par Cisneros avec sa voix de hardos enveloppée dans un léger écho. Une gamine tente alors de sauter dans le public depuis la scène. Ce chien maudit de Joe L’Indien la rattrape in-extremis et lui botte le cul. Un peu plus tard, il fait le signe de la gorge tranchée à un pauvre gars qui filme le concert depuis le 5ème rang. Ah, il est fier de lui Joe L’Indien, c’est son quart d’heure de gloire. Le public sera néanmoins récompensé par un énorme rappel avec « From Beyond » et « Antarcticans Thawed », un inédit « composé il y a quinze ans » dans la veine de « Jerusalem », la conclusion parfaite à cette journée de fous.

JOUR 3: KILLING JOKE / SPIRITUALIZED / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h00 : Pas grand chose qui nous botte en cette dernière journée de festival. On attendra le concert de Killing Joke à 19H00 et des bananes. Entre enfants, on a donc largement le temps d’aller barboter dans la piscine à vague. Et oui, c’est aussi ça le Butlins Holiday Resort. Une vingtaine de longueurs et quelques tours de toboggan plus tard (mon préféré : le Black Hole où, comme son nom l’indique, c’est le noir absolu), on retrouve Marie, David Yow et sa compagne pour un petit apéro sur la pelouse sous le timide soleil anglais. On croise Olly de Moss qui squatte avec la bande à Jus Oborn « On a fumé trop de weed, je suis complètement défoncé ». Ah… ok. Le temps file et on se dirige vers Centre Stage…

19h00 : … pour KILLING JOKE en formation presque originale, Reza Udhin en plus (claviers). C’est donc Fergusson à la batterie et Youth, déguisé en riche golfeur, qui tient la basse.

Killing Joke - Youth

killing joke – youth (c) lorène lenoir

La dernière fois que j’avais vu Killing Joke, c’était avant l’accident de Jaz Coleman et celui-ci devait alors peser 20 kilos de plus au bas mot (et non pas 60, me souffle mon rédac chef). Ce soir, c’est un Coleman plutôt sobre, légèrement maquillé et sans salopette qui débarque sur scène. N’étant pas une grande spécialiste de Killing Joke, j’aurais bien du mal à restituer l’enchaînement exact des titres. J’arrive néanmoins à identifier un beau florilège de morceaux issus de ce que je considère comme la meilleure période du groupe, avant que ça ne vire au metal indus ou au rock symphonique : « Turn To Red », « Requiem », « The Wait », « Wardance », « Change », « Madness », « Dregs », ou « Pssyche », un très grand moment de post-punk sur lequel Youth assure une partie des voix. Coleman se lance alors dans une série de convulsions et contorsions du meilleur cru, passant en revue tous les masques de la Commedia Dell’arte : colère, effroi, tristesse, grimaces sardonique et possessions en tout genre.

Kiiling Joke - Jaz Coleman

killing joke – jaz coleman (c) lorène lenoir

Il parait que KJ a foutu le feu au Heaven de Londres quelques jours plus tôt, mais ce soir, le public est un peu emplâtré et l’ambiance retombe dès que le groupe aborde des morceaux plus récents. Coleman nous fait un speech sur la malbouffe. Ah bon, on bouffe mal à Butlins ? Passage obligé par « Love Like Blood » et « Pandemonium », un ou deux titres plus symphoniques à mon avis complètement dispensables et le set est plié, laissant un public aux trois-quarts convaincu.
20h45 : T’es pas à Woodstock ici. Les concerts, c’est pas assis dans l’herbe que tu les vois mais allongé sur la moquette psyché du centre commercial. C’est de là qu’on verra (ou plutôt qu’on écoutera) une grande partie du concert de SPIRITUALIZED, le groupe post-Spacemen 3 de Jason Pierce alias J. Spaceman qui n’a pas gobé que des mouches.

Spiritualized - Jason Pierce

spiritualized – jason pierce (c) lorène lenoir

Thumbs up pour les morceaux les plus planants de Ladies & Gentlemen We Are Floating In Space, qui s’accordent parfaitement à la moquette qu’on dirait conçue spécialement pour le space-rock. J’adhère un peu moins avec les grandes envolées gospel type « Come Together » pendant lequel, même à une centaine de mètres de la scène, on aperçoit nettement la glotte des deux choristes qui accompagnent Pierce.

spritualized - choeurs

spiritualized – choeurs (c) lorène lenoir

23h30 : Je m’attarderai moins sur la fin de soirée puisqu’en gros, on prend les mêmes et on recommence. D’abord avec JESUS LIZARD. Je suis aussi impatiente que la veille, de nouveau collée aux barrières face à Sims. David Yow débarque sur scène, attrape le micro et annonce : “The show yesterday was bullshit compared to tonite. It was like… bullshit for homosexuals”. Ça ne se passera pas exactement comme ça. Yow a tellement donné hier qu’il parait un peu moins en forme. Confirmation quand il se met à vomir au milieu du set, allant terminer son œuvre backstage avant de revenir comme si de rien n’était. On ne lui souhaite pas, mais ce mec cassera probablement sa pipe sur scène. Bien qu’un peu moins fiévreux que la veille (c’est dimanche soir et il y a aussi moins de monde), le concert est malgré tout fantastique, avec une set-list un peu différente de la veille (« Fly On The Wall » et « Urine » en plus, « Destroy Before Reading » et « Blue Shot » en moins) si ce n’est que les morceaux ne sont pas joués dans le même ordre. Pendant l’entracte, on sympathise avec la Headline Team, l’équipe de sécu la plus souriante, polie et affable que je n’ai jamais vue de mémoire de concerts, qui a assuré avec classe tout le long du festival sans jamais jouer les gros bras inutilement : « Si tout se déroule bien, y’a pas de raison qu’on emmerde le monde ». On leur demande de prendre l’air méchant pour la photo souvenir, ils en sont incapables.

headline security team

headline security team (c) francoise massacre

En guise de remerciement, ils me font monter sur scène pendant que Pike s’accorde – un grand moment de ridicule : « Comme ça, vous dirait aux Frenchies que la sécu anglaise est la plus cool ». C’est dit. Les quatre boules à Z de la bande feront du (bald)headbang pendant tout le concert de Sleep, avec le sentiment du travail bien fait.
1h00 : SLEEP, dont la prestation, qui est encore meilleure que la veille (ne me demandez pas pourquoi), s’achevera sur un « Dragonaut » magistral, le point final de cette excellente édition des ATP vs The Fans.



ATP : The Fans Strike Back – Vidéo par Mariexxme

featuring :Devo, Harvey Milk, The Jesus Lizard, Sleep, Qui, Electric Wizard, Killing Joke, Parts & Labor

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et le Day 2…
3 mai 2009, 20:14
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Fuckfest #2 – Day1 – par Mariexxme
3 mai 2009, 20:13
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Voilà de quoi clore définitivement et en beauté ce fuckfest #2. Maintenant, on passe vraiment à autre chose.



FUCKFEST #2 (again) – Souvenirs…
Fuckfest 2 - Photo sur Positive Rage par Steph Rad Party

Fuckfest 2 - Photo sur Positive Rage par Steph Rad Party

Pour patienter jusqu’à la vidéo de Marie qui prend du retard à force d’écouter du Sweet et du Mötley Crue en écumant les rads de Menilmuche, moults souvenirs de ce Fuckfest, deuxième du nom.

REPORTS :

- sur Nextclues, par Bilou :  JOUR 1 // JOUR2

- sur le blog de Monsieur L’Ours, par lui-même  : JOUR 1 // JOUR2

- sur le blog de Tanxxx, par elle-même : JOURS 1 & 2

- sur Positive Rage, par Matthieu  : JOUR 2

VIDEOS :

- MARVIN + BIL “Boon” & FRANCOISE “Watt” MASSACRE – Final “This Ain’t No PicNic” des Minutemen, par Delp!

- BASEMENT, par Delp!

- PNEU, par Delp!

- SHUB, par Delp!

- SHUB, par Lauranie Kikette

PHOTOS :

-  par Tanxxx

- par Steph Rad Party (+Report)

- par Delp!

- par Brian Cougar



Fuckfest #2 – Final
22 avril 2009, 22:48
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(photo : Steph Rad Party)

Allez, pour clore presque définitivement le chapitre du Fuckfest #2 (avant la mise en ligne des reports du Patron et la vidéo de Mariexxme), un petit souvenir en mp3.

Les magnifiques Marvin + Guests (j’ai nommé Bilou/Patwon au micro et moi/Tata à la basse) pour un final en forme de deux reprises (”Wasted” de Black Flag et “This Ain’t No Picnic” des Minute’fuckin’men).
A poil !

Final Fuckfest #2 – Wasted (Black Flag) + This Ain\’t No Picnic (Minutemen)



11 & 12 avril – NEXTCLUES FUCKFEST
21 avril 2009, 11:42
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LONG FIN KILLIE – Houdini
29 mars 2009, 20:33
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(Too Pure, 1995)

Plutôt que de vous parler des Melvins (… soupirs ?), jouons un peu. Question n°1 : Quels sont les deux points communs entre le roi de l’évasion Harry Houdini, l’acteur Rudolf Valentino et l’aviatrice Amelia Hearheart ? Réponse : Le premier, c’est que ces trois célébrités sont mortes jeunes, fauchées en pleine gloire. Le second, c’est que toutes ont donné leur nom – ou leur prénom – aux trois uniques albums de Long Fin Killie. Question n°2 : Et maintenant, qui, dans l’assemblée, se souvient encore de ce combo écossais déterré par Too Pure au milieu des 90’s, et de son petit génie black Luke Sutherland ? (Un type, un seul, lève timidement la main au fond de la salle). Hè ! Mais enfin, que fait la communauté indie-pop, celle qui a pourtant dépensé tant d’encre et tant de salive à œuvrer en faveur la réhabilitation planétaire de Talk Talk et de Mark Hollis ?! Such a shame ! Long Fin Killie n’aurait-il pas droit aux mêmes égards ? Surtout que les deux groupes entretiennent quelques liens de parenté stylistique évidents.
La voix d’abord, androgyne, expressive et légèrement voilée, dont Sutherland le bavard use néanmoins avec beaucoup plus de volubilité que ne le fait Hollis le laconique. Ensuite, il y a cette façon de faire dans la dentelle avec un parc instrumental étoffé de quelques curiosités hors du champ traditionnel guitare/basse/batterie. Sur ce premier album par exemple, on trouve, au hasard des morceaux, un bouzouki, des violons, une mandoline, un saxo en longues notes étirées, un dulcimer, un piano à pouces et quelques percussions, autant de couleurs que Long Fin Killie enfile comme des perles à son collier de pop songs supra tordues et bariolées millésimées 90’s. Houdini.
Vous n’avez pas idée à quel point ce disque était risqué. Comme il aurait pu être désastreux s’il n’avait pas été globalement sublime. Imaginez un mille-feuille dont toutes les couches seraient faites de saveurs à priori inconciliables les unes avec les autres : un peu de krautrock par-ci, un peu de shoegaze par-là, une bonne grosse rasade de rock, de préférence préfixé de son post, de son pop et de son indie, un doigt de musique celtique, une larme de musique de chambre, une pincée de free jazz et de minimalisme répétitif, un soupçon de dream-pop, un Mark E. Smith bien faisandé (et légèrement tourné) en renfort sur The Heads Of Dead Surfers, quelques plages de grand calme et autant d’emphase que de subtilité (peut contenir des traces de rythmiques africaines ou de dub artisanal). Le tout lié par des textes à coucher dehors, volontiers ambigus entre onirisme et nombrilisme, et porté par un phrasé alambiqué, un brin orgueilleux, genre Morrissey. Rien que d’y penser, c’est l’indigestion, le gros caca mou. Mais finalement, lorsqu’on y goûte, c’est organique, c’est harmonieux, c’est riche et fin à la fois, c’est comment dire… de la grande cuisine.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8



COLIN NEWMAN – A-Z
29 mars 2009, 20:29
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(Beggars Banquet, 1980)

On devrait toujours se méfier des critiques. Car il est certains disques dont on se demande vraiment en vertu de quoi ils nous sont imposés, de l’avis général, comme « les meilleurs dans la discographie de ». C’est le cas de Commercial Suicide (1986), le quatrième album de Colin Newman sous son propre nom, un disque pourtant relativement tiède pour ne pas dire lisse, considéré à la faveur du consensus comme son plus abouti et c’est à se demander si ceux qui ont classé l’affaire ont vraiment jeté une oreille sur ce A-Z autrement plus sinueux et surtout, tellement plus habité.
La plupart des titres de ce premier disque solo de Newman auraient dû atterrir sur le quatrième album de Wire. Mais en 1980, après la sortie de 154, dernier chapitre de la trilogie la plus passionnante de l’ère punk/post-punk, le groupe à bout de souffle se sépare d’EMI et se scinde en deux pour quelques temps. Graham Lewis et Bruce Gilbert partent faire mumuse avec des tubes en papier au sein de Dome. Quant à Colin Newman, il débauche Robert Gotobed, le producteur Mike Thorne et le mystérieux Desmond Simmons pour travailler sur une série de titres composés pendant les sessions de 154. Le résultat est une collection de morceaux presque aussi maladroits que sublimes oscillant entre new-wave branlante et électro-pop malade, portée par l’alliance parfaite des architectures mélodiques de Newman et des sculptures électro-synthétiques de Thorne, les deux seuls vrais héros de ce disque. On pourrait facilement se laisser aller à dresser une liste des correspondances qui relient fatalement A-Z à son temps et à quelques-uns des maîtres d’œuvre du post-punk et de la new-wave britannique : « Life On Deck » et sa rythmique binaire as punk, c’est un peu du Dempsey/Tolhurst période Three Imaginary Boys ; « Alone » évoque les détours les plus cold-wave de Kaleidoscope des Banshees (au passage, ce morceau figure dans la B.O. de l’adaptation pour le cinéma du Silence des Agneaux) ; on pense au duo Bowie/Eno sur « Troisième » et « Image » et à un autre Numan – Gary – et sa Tubeway Army sur « Order In Order » et « B ». Et puis, le clavier tremblotant, suffocant, à l’agonie de « Seconds To Last » (entre nous, le plus beau solo de synthé jamais pondu, toutes décennies confondues) fait inévitablement écho à « Today I Died Again », deuxième titre de Empire And Dance, le petit joyau oublié de Simple Minds – un groupe que malheureusement plus personne ne prendra jamais au sérieux, la faute aux hits planétaires « Alive and Kicking » « Don’t You (Forget About Me) » et ouh ! « Mandela Day ». Mais la correspondance la plus pertinente est aussi la plus facile car en tout état de cause, en dépit de l’emphase parfois un peu poussive de Newman, la plupart de ces titres égalent largement le meilleur de Wire première période et ce mélange d’abstraction tordue, de lyrisme froid et de dynamiques d’autoroute n’auraient pas dépareillé sur Chairs Missing, 154 ou sur ce quatrième album qui ne vit jamais le jour, en tout cas pas ce jour. Et si l’on devait ne retenir de ce A-Z qu’un seul morceau, ça serait probablement « S-S-S-Star Eyes » et ses 2 minutes de montée psychotique et de bégaiements maniaques jusqu’à la ch-ch-chair de p-p-p-poule.

Note : La réédition CD de 1988 contient en bonus les trois faces B des singles « Inventory » et « B » et deux démos dont la version piano-solo de « Alone ».

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8