Chère CAF

10 mar

50862-service-public-2,bWF4LTY1NXgw

A l’attention de Monsieur le Président du Conseil Général

Objet : suppression du RSA / Lettre de contestation

A xxx, le 9 mars 2013.

Chère CAF,

Tu m’annonces, dans un courrier daté du 25 février 2013, que, n’ayant pas renvoyé mes déclarations trimestrielles de ressources, je ne bénéficie plus du RSA à cette date.
Je te le dis : on croit rêver.

En effet, tu es bien prompte à sucrer leurs maigres indemnités aux petites gens, sans même avoir pris la peine d’envoyer au préalable un courrier de rappel, un petit mot d’avertissement, un truc sympa quoi, avec un peu d’humanité dedans, quelque chose qui soit plus ou moins digne d’un service public, histoire de ne pas nous prendre de court. Parce que tu sais, l’erreur est humaine, toi beaucoup moins. Et puis tu es débordée, certes, mais un peu quand ça t’arrange.
Un exemple de ce que tu aurais pu écrire : "Madame, à ce jour, vous n’avez toujours pas renvoyé vos déclarations trimestrielles de ressources. Nous vous rappelons que sans elles et selon la réglementation, vous ne serez plus bénéficiaire du RSA. Merci de nous les faire parvenir dans les meilleurs délais. Cordialement. Votre CAF". Facile, hein ? Pas assez pour toi vraisemblablement.
Non, toi tu ne prends pas cette peine, ça serait trop simple, trop classe, trop correct. Au lieu de ça, tu sucres : allez directement en prison, ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 100 euros. Tu as raison, c’est bien, ça fait faire des économies à l’état.

Dois-je quand même te rappeler que toi en revanche, tu as mis plus de 2 mois à traiter mon dossier de changement de situation après la naissance de ma fille ? Et encore, il a fallu que je t’appelle plusieurs fois pour m’en inquiéter sans que tu puisses jamais me donner ne serait-ce qu’un vulgaire délai de traitement. Alors j’ai attendu, attendu, attendu encore.

Je te la refais rapidos : j’ai accouché le 8 décembre dernier et 5 jours plus tard (vois comme je suis consciencieuse – parce qu’autant te dire que lorsqu’on vient d’accoucher et qu’on vit le plus beau moment de sa vie, remplir les formulaires de la CAF est bien la dernière chose qu’on a envie de faire. Mais tu vois, on le fait quand même pour ne pas perdre ses droits, ça serait ennuyeux, surtout avec un enfant à charge), 5 jours plus tard donc, mon dossier partait par la poste.
Fin février, il n’avait toujours pas été traité par tes soins (on pouvait lire sur ton site "Vous êtes célibataire, vous n’avez pas d’enfant").
Lorsqu’il le fût ENFIN, on m’envoya un courrier me disant qu’il manquait tout de même un certain nombre de pièces justificatives concernant mon conjoint, parce que mon conjoint est intermittent et que les intermittents ne rentrent pas dans les cases de tes formulaires. Rebelote, c’était reparti pour un tour. Dès le lendemain, on a rempli de nouveaux formulaires, on a fait des kilomètres de photocopies et on t’a renvoyé un joli paquet. A ce jour, je suis toujours en attente (et il s’est passé 3 mois depuis mon accouchement, une broutille).

Mais attends, c’est pas fini ! Aujourd’hui, c’est le traitement d’un autre dossier, celui pour le Complément du Libre Choix de Mode de Garde/PAJE que j’attends toujours. Un dossier qui – ironie de la vie – contient la fameuse déclaration trimestrielle de ressources que tu attends si ardemment !
L’assistante maternelle pour ma fille va me coûter la modique somme de 980 euros par mois ; à l’heure qu’il est, mon dossier doit traîner tout en bas d’une pile "à traiter quand j’aurai le temps" sur ton gigantesque bureau et toi, tu m’annonces que tu supprimes mon RSA parce que j’ai, pour la première fois, oublié de te renvoyer ma déclaration trimestrielle de ressources ?!?
Ah ah, allez avoue, en réalité, tu voulais seulement me faire une bonne blague, mais parce que tu es un peu tête en l’air, tu ne t’es pas rendue compte qu’on n’était pas le premier avril. Je te pardonne, c’est de bonne guerre.

Alors, chère CAF, maintenant qu’on a bien rigolé, merci de bien vouloir me rendre mon RSA. L’humour c’est bien, on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui.

Bien à toi,

Image

Poster : CHILD BITE + DANIEL HIGGS + TRADITIONAL MONSTERS + TATANAK – Paris (2013)

10 mar

Poster : CHILD BITE + DANIEL HIGGS + TRADITIONAL MONSTERS + TATANAK – Paris (2013)

Poster : UZEDA + CHOOCHOOSHOESHOT – Paris (2012)

5 nov

En attendant la version sérigraphiée…

dark version

light version

Interview – MATT PIKE/SLEEP : Sonic Titans

5 sept

C’est dans la chaleur de la porte de Pantin que l’on retrouve Matt Pike, frontman édenté de High On Fire et guitariste de Sleep, groupe-Phoenix du stoner-doom que l’on avait vu renaître de ses cendres en 2009 (et il y avait de quoi faire quand on sait les kilomètres de joints et les montagnes de bangs qui sont passés et qui passent toujours entre leurs mains). Un peu moins de 10 ans auparavant, en 1999, le trio avait accédé au rang de formation culte avec Jerusalem (qui deviendra Dopesmoker quelques années plus tard), morceau-album maudit et radical, dernier avant la dislocation du groupe. A l’occasion de leur venue à Paris dans le cadre de l’édition 2012 de la Villette Sonique, Matt Pike tel qu’en lui même, le cheveu gras, la bière à la main, les tatouages dehors et la bedaine au vent, évoque l’histoire du groupe, non sans afficher un certain trouble. « Séquence émotion ».

 J’ai assisté à vos deux premiers concerts de reformation au ATP festival en 2009. A ce moment-là, ces concerts étaient supposés être les derniers, un one-shot. Finalement, vous avez continué et vous êtes là aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

C’était tellement bien. On s’est vraiment marrés alors on s’est dit pourquoi ne pas continuer ? Il s’est avéré que Chris Haikus, le batteur, préférait s’arrêter là mais Jason (Ndlr : Roeder, de Neurosis) est monté à bord immédiatement. On se connait depuis qu’on est gamins. Il n’a que quelques années de plus que moi. A l’époque d’Asbestos Death (Ndlr : groupe pre-Sleep) et aux débuts de Sleep, les mecs de Neurosis nous avait pris sous leur aile. Jay connaissait déjà tous les morceaux et quand il a dû remplacer Chris, il est arrivé et il a plié ça en moins de deux. Jason Roeder est un des types les plus dingues que j’ai rencontré et un batteur exceptionnel. Il n’a jamais essayé de remplacer Chris, d’être la « nouvelle » petite-copine après le départ de l’ex. En revanche, il a fait en sorte que Sleep devienne aussi son groupe, il est la physiquement et moralement. C’est notre groupe maintenant.

Ça ne doit pas être facile de jouer des morceaux dont on n’est pas à l’origine.

Je crois qu’il s’en fout. Qu’il les a re-composés en quelque sorte. Et puis la musique de Sleep, c’est un rêve éveillé pour un batteur. Il y a tellement d’espace à prendre. Tu peux faire ce que tu veux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer de nouveau ensemble en 2009, onze ou douze ans après la dislocation du groupe ?

Parce que ça nous amusait. Tu t’amuses tout en te faisant du fric et tu passes du temps avec tes vieux copains. Al et moi, on est amis depuis le collège. J’aime ce mec. C’est avec lui que j’ai appris à jouer. On était ensemble en école de musique, on a étudié ensemble… On était aussi des gros fumeurs de bangs mais ce qui nous liait vraiment, c’était la musique. On a travaillé dur. Et aujourd’hui, c’est mon job. Peu de gens peuvent se targuer de vivre de leur musique en s’en étant vraiment donné les moyens. Je suis assez fier de ça.

Finalement, c’est quand même la proposition des ATP qui vous a servi de déclic ?

Oui.

Comment était ce tout premier concert de reformation, de l’intérieur ?

Quand on a commencé à jouer le tout premier morceau, que j’ai vu les gens dans la salle, je me suis mis à pleurer… Je te jure. C’était tellement énorme, tellement intense. Honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à ça. J’ai vraiment pris sur moi pour ne pas me mettre à chialer pour de bon.

Pourquoi Chris n’a-t-il pas voulu continuer ?

Disons que Chris n’est pas un être franchement sociable. Il n’aime pas la foule. Il aime la montagne, sa vie avec sa femme dans les bois. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un moine mais c’est quelqu’un qui est très porté sur une certaine forme de spiritualité. Il voulait rester en dehors de tout ça, ne pas être un personnage public. Je peux le comprendre même si je suis un peu à l’opposé : je n’ai rien contre le fait d’être reconnu pour ce que je fais ni de gagner de l’argent avec ça. Lui gagne sa vie autrement, d’une façon qui n’implique que lui et sa femme.

Il faisait vraiment homme des montagnes avec son collier de barbe, ses pompes de marche et son bermuda…

Exactement, il se fout de tout ça. La publicité, la célébrité, ça ne l’intéresse pas. C’est plutôt sage. Il faut être incroyablement solide pour vivre dans ce business si tu veux rester sain d’esprit. J’ai complètement perdu la tête pendant un moment et je viens seulement de la retrouver. Je prenais des cachets de Vicodin par dizaine, je suis tombé dans la coke, je buvais, je buvais, je buvais… Si tu ne retrouves pas une certaine forme de normalité, tu crèves très rapidement. Oui bon, je suis en train de boire une bière (rire). Mais je suis assez transparent comme mec, dans le sens où je n’ai pas de filtre, je mens très rarement, j’ai l’habitude de dire ce qui me passe par la tête… et je n’ai peur de rien… Si en fait. J’ai peur du noir. Je n’aime pas me retrouver dans le noir. C’est spirituel, une peur spirituelle.

C’est quoi, la peur de te retrouver face à toi-même ?

Oui, je ne sais pas… C’est dur à expliquer. Les médecins non plus n’arrivent pas à l’expliquer. J’ai essayé l’acupuncture, la chiropractie et différentes thérapies mais les docteurs m’ont rapidement gonflé. J’ai fini par arrêter. La scène est devenue ma thérapie. J’ai besoin d’avoir quelque chose à faire pour rester équilibré. Si je n’ai rien à faire, je deviens dingue.

Sur scène Al est très statique, concentré et introverti alors que toi, tu dégages au contraire une forme de panache et beaucoup d’énergie. Dirais-tu que vous êtes complémentaires ?

Je crois oui. D’ailleurs Sleep est basé sur cette complémentarité. Dans High On Fire, je suis le frontman, je vais au charbon, j’essaye d’aller au devant du public, j’ai un rôle de lead et c’est moi qui décide où j’emmène la section rythmique. En revanche avec Sleep, je reste plus en retrait et je fais mon job, celui-ci consistant à rendre le son le plus puissant possible et à me faire le complément des gens avec qui je joue. C’est comme les pommes et les oignons, ce sont deux expériences délicieuses et complètement différentes. J’ai beaucoup de chance de jouer avec ces gens-là. C’est tellement intense… (Une fille passe devant nous. Il s’interrompt) Désolé, on dirait ma femme, une grande amazone avec de longs cheveux noirs. Elle me manque.

Tu es marié ?

Pas encore. Je lui ai demandé de m’épouser à Rome.

Elle a dit oui ?

Oui. Au départ, elle a pleuré pendant presque une heure. Au bout d’un moment, je lui ai demandé « Bon, c’est un putain de oui ou un non, bordel !? » (rire). Elle a dit « Mais oui, oui ! ». Ca faisait une heure qu’elle ne disait rien, on a failli s’engueuler (rire).

Dans les années 90, vous avez joué souvent Jerusalem/Dopesmoker sur scène. Al disait que personne ne s’y intéressait vraiment jusqu’à votre séparation…

Oui, après notre séparation, les choses ont pris beaucoup d’ampleur. Qui aurait pu s’y attendre ? Après ce disque (Ndlr : En 1995, Sleep enregistre Dopesmoker, un long morceau de plus d’une heure. London Records, leur maison de disque, refuse de le sortir. Sleep réenregistre alors le même morceau, raccourci à 52 minutes, sous le nom de Jerusalem. Second refus de la maison de disque. Frustré, le groupe décide de se séparer), quand on s’est séparé, je savais, j’étais certain que c’était la bonne décision et que ça allait finir par payer. C’est comme Bobby Fisher, le joueur d’échecs. Il s’est planqué, il a disparu et quand il est revenu, il a niqué tout le monde. Et puis il a de nouveau disparu. C’est ce qu’on a fait. Je savais que c’était la meilleure décision qu’on pouvait prendre.

La musique de Sleep, et Dopesmoker en particulier, c’est quelque chose de très physique…

Oui, quand tu joues ce genre de musique, tu es obligé d’être en mouvement. C’est un peu comme une danse. Tu ne peux pas la jouer sans bouger. C’est un art martial. High On Fire, c’est un peu ça aussi tout en étant beaucoup plus technique. Il y a beaucoup plus à penser et puis je dois jouer et chanter en même temps. La préparation est différente. Avec Sleep, il faut réussir à faire décoller les gens simplement avec un « son ». Tu as vu le film Dune ? Tu te souviens de cette arme qui convertit les sons en rayons laser ? Et bien c’est exactement ça : molester les gens avec le son.

Ça requiert une forme de concentration particulière ?

Il faut que tout soit parfait. Chad, le technicien, prend ma guitare et joue pendant que je règle mes pédales et les potards de l’ampli. Là, généralement, je me mets à arpenter la scène de long en large (il décrit un mouvement circulaire sur un plan imaginaire) et je me concentre sur chaque degré du son. Ainsi, quand j’arrive sur scène, je sais précisément ce que les gens vont entendre et ressentir.

Je n’ai pas écouté le nouveau mastering de la réédition de Dopesmoker qui vient de paraître chez Southern Lord…

Les techniques de mastering sont bien plus perfectionnées aujourd’hui. Il est encore meilleur que l’original.

Aux ATP, vous aviez joué un vieux morceau inédit, « Antarctican’s Thought » je crois, et je m’attendais à ce qu’il figure sur cette réédition mais ça n’est pas le cas. Vous n’avez pas l’intention d’enregistrer de nouveaux morceaux ?

(Pause… sourire énigmatique). C’est un mystère… Je n’ai pas envie de dire quoi que ce soit aux gens si j’ai la possibilité de les surprendre. En fait, je n’en sais rien.

Mais toi, tu aimerais ?

Je ne répondrai pas à la question. C’est pour ça que c’est un mystère.

Ok. Pour finir, qu’est-ce que tu vas faire en rentrant chez toi après la tournée?

I’m going to sleep !

___________________________________________

Sleep – Dopesmoker « Deluxe Reissue » (Southern Lord)

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NEW NOISE #11 (juillet/août 2012)
couv NEW NOISE #11

%d bloggers like this: