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FUCKFEST #2 – Final

22 Avr

(photo : Steph Rad Party)

Allez, pour clore presque définitivement le chapitre du Fuckfest #2 (avant la mise en ligne des reports du Patron et la vidéo de Mariexxme), un petit souvenir en mp3.

Les magnifiques Marvin + Guests (j’ai nommé Bilou/Patwon au micro et moi/Tata à la basse) pour un final en forme de deux reprises (« Wasted » de Black Flag et « This Ain’t No Picnic » des Minute’fuckin’men).
A poil !

Final Fuckfest #2 – Wasted (Black Flag) + This Ain\’t No Picnic (Minutemen)

Interview/Blind Test – MARVIN : Band U Want

22 Avr

Quelques jours seulement avant la date parisienne de Qui à la Maroquinerie, on apprenait que le trio noisefloor héraultais Marvin venait de se greffer à l’affiche. Pour une fois, on allait avoir le fromage et le dessert. Pas qu’on doutait un seul instant que David Yow foutrait le feu aux planches ce soir-là, mais pour avoir vu Marvin une bonne poignée de fois sur scène, on savait que ces jeunes gens faisaient partie des rares groupes français à avoir le calibre nécessaire pour relever le défi de cette première partie sans laisser de plumes pour la couronne du roi David. Et c’est d’ailleurs sans l’ombre d’un stress pre-traumatique qu’Emilie (Korg et Moog), Greg (batterie), et Fred (guitare) se sont livrés au petit jeu du blind-test apéritif. Manquait seulement le pastaga.

Golden

GOLDEN « Records Is For Assholes » (S/T, 1997, Trans Solar)

Emilie & Greg (En moins d’une seconde): Golden !
Bien !
Greg : C’est le premier ou le deuxième ?
Fred : Le tout premier. Le sans titre.
Greg : Le meilleur album du monde.
Golden, c’est donc un super-groupe avec – entre autres – Alex Minoff de Six Finger Satellite que vous aimez énormément je crois, et surtout, Phil Manley de Trans Am, un groupe auquel vous êtes souvent comparés. Pire, quelques personnes sourdes et mal intentionnées réduisent Marvin à une vulgaire copie de Trans Am. Vous en dites quoi vous ?
Greg : Je crois qu’il y a une part de vrai, notamment dans nos morceaux « autoroute », ceux où la batterie file tout droit. Mais il y a quelque chose de beaucoup plus glacé dans Trans Am, beaucoup moins noise. Et puis, ils ont un côté très Kraftwerk, robotique, que nous n’avons pas vraiment, d’une part parce qu’on est moins bons musiciens et d’autre part parce que, tout simplement, Trans Am n’est pas notre seule influence. Par exemple, le son de guitare de Trans Am n’a pas grand-chose à voir avec celui de Fred.
Trans Am fait quand même partie de vos grosses influences.
Greg : Oui, le côté synthé avec une grosse batterie rock derrière.
Le titre du morceau, c’est « Records Is For Assholes ». Vous êtes d’accord ? Les disques, c’est pour les trouducs?
Emilie : Je savais pas. Je suis choquée.
Greg : En ce moment en l’occurrence, oui, les CD, c’est pour les trouducs. Les vinyles, pas encore.
Tu dis ça parce que vous venez tout juste de sortir la version vinyle de votre album ? Pourquoi ne l’avoir fait que maintenant ?
Greg : Comme dit Philippe de Café Flesh (Ndlr : excellent groupe noise Amphetamine-Reptilien de Jarnac, Charente), c’est uniquement une manœuvre commerciale pour que les gens rachètent le disque une deuxième fois. Toutes les crevures de groupes le font ! (Rires). Plus sérieusement, on a tout simplement payé le pressage vinyle avec les ventes du CD.
Vous avez donc sorti cet album en autoproduit après une première démo, un split avec Doppler dans la série des 12 Salopards chez SK et un titre sur la compil Goback concoctée par Ralf de Shub et One Foot Dancer. J’oublie quelque chose ?
Greg : Non, au contraire, c’est ultra exhaustif (Rires).
Vous avez pris votre temps pour faire ce CD, l’enregistrement est vraiment excellent. Pourquoi l’avoir sorti en autoproduit, vous n’avez pas trouvé de label ?
Emilie : En fait, on n’a pas eu le temps d’en trouver. On a enregistré au mois d’août, mixé en octobre et masterisé début janvier.
Greg : Et il fallait partir en tournée fin mars. On voulait avoir le CD pour la tournée. On n’avait pas le temps d’attendre six mois qu’un label nous dise oui.
Vous n’avez eu aucun retour ?
Emilie : Pas parmi les labels qui nous intéressaient… Au final, je ne sais même pas si on voulait vraiment un label.
Greg : Oui, c’est une période difficile pour eux.
Si je comprends bien, vous vous êtes débrouillés aussi bien que si vous aviez signé sur un petit label ami ?
Greg : Voilà. Si un bon label nous avait proposé de le sortir, on aurait dit oui, mais finalement, on le sortait vraiment pour la tournée. A chaque fois qu’on partait jouer, on se mordait les doigts de ne pas pouvoir vendre de disques et rentabiliser les tournées.
Emilie : Et puis on n’a pas eu besoin de fric pour le sortir parce qu’on a eu les subventions du ministère de la jeunesse et des sports et du conseil général !
Greg : Et oui, dans l’Hérault les subventions vont généralement aux groupes de Ska, et là pour une fois, il y avait des sous à prendre.
Vous avez réussi à écouler tout votre stock de CD sur la tournée ?
Greg : Oui, dans les trois mois qui ont suivi.

Tantrum

TANTRUM « Hunt Down » (Twisted In Anguish, 1997, Supine/Snuff)

Emilie : Oulah… Kyuss ?
Pas si loin. Attends que la voix arrive.
Emilie : Spinning Heads ?
Là tu chauffes…
Emilie : Tantrum !
Oui ! Tantrum, les Spinning, c’est un peu vos papys du 34 ?
Emilie : Des gros cons oui ! (Rires).
Greg : Pierre de Tantrum nous avait fait jouer en première partie de Seven Hate avec notre vieux groupe à Fred et moi en 95 ou 96.
C’était quoi votre vieux groupe ?
Greg : On ne parle pas de ça (Rires).
Emilie : Ça s’appelait les Groomy.
Hahaha, super nom. C’était la première mouture de Marvin ?
Greg : On n’était que tous les deux avec Fred. C’était le tout premier groupe de punk rock dans lequel j’ai joué.
Fred : On était au lycée, ou même au collège.
Greg : C’était l’époque Seven Hate, Burning Heads, le hardcore mélo français.
Effectivement, je me souviens avoir entendu que tu étais à fond de hardcore mélo à une époque.
Greg : Hmm, oui (Rires). Fred et moi, on était à fond.
Fred : Fallait que ça speed ! (Rires).
Greg : En tout cas à cette époque, c’était Pierre de Tantrum qui programmait une bonne partie des concerts intéressants sur Montpellier. Mais ce sont plutôt les parrains des Spinning Heads. Nous, on ne les connait vraiment que depuis un an ou deux. Et puis, ça n’est pas exactement notre musique non plus. J’écoute très peu de groupes aussi metal, aussi lourds.
Vous avez quand même invité Ben, le batteur de Trantrum et des Spinning, à jouer avec vous sur un festival il n’y a pas très longtemps. Donc plus qu’une véritable filiation, il y a au moins des interactions entre vous.
Greg : Oui. Avec les Spinning, on faisait à peu près les mêmes choses au même moment : commencer à organiser des concerts, faire nos premiers concerts en tant que groupe…
Pour continuer sur Montpellier et les environs, vous partez bientôt faire quelques dates avec vos voisins de Goodbye Diana en Espagne et au Portugal. Je n’y connais strictement rien en « sud de la France », mais on dirait qu’il y a quand même une bonne émulation, au niveau des groupes et de l’organisation de concerts avec Head Records et Noise Olympique…
Emilie : Oui, ça bouge surtout à Villeveyrac. Noise Olympique, c’est le nom qu’on utilise pour l’oga de concerts. C’est Ralf de Shub qui avait initié Noise Olympique lorsqu’il habitait encore à Montpellier, et c’est Ben de Shub qui avait trouvé le nom (Ndrl : Référence 100% gardoise au club de foot Nîmes Olympique).
Greg : Abel (Ndlr : Head Records) s’occupe plutôt de l’orga des concerts hardcore, noise et des choses un peu plus lourdes. Ça se complète bien avec Noise Olympique. On n’est pas beaucoup à organiser des concerts dans le coin et à avoir des groupes qui tournent. Donc forcément, on était obligé de se rencontrer, de faire des choses ensemble et de tenir compte de ce que fait l’autre.
A propos de groupes qui tournent, vous avez fait une tournée marathon gigantesque en avril-mai dernier… de combien de dates déjà ?
Greg : 55.
Vous pouvez expliquer à ceux qui pensent qu’un groupe ne peut pas tourner sans tourneur comment on organise seul une tournée de 55 dates?
Emilie : Déjà, il faut avoir pas mal de copains un peu partout. En France, c’est devenu assez facile pour nous maintenant. Et surtout, on s’échange beaucoup de contacts entre groupes. En insistant un peu on arrive à remplir deux mois de tournée avec une date chaque soir.
Ça a été facile à monter ?
Emilie : Non, il faut quand même insister, creuser. Au final, on a fini de booker les dates alors qu’on était déjà en pleine tournée.
Et le bilan de cette tournée ?
Greg : Super bien. On ne s’est jamais pris réellement de gros four. Même en Allemagne, il y avait toujours 25 ou 30 personnes au minimum.
Fred : Et puis il y a eu le concert à la Miroiterie à la fin de la tournée (Ndlr : Un bien agréable squat de la rue de Ménilmontant à Paris). La meilleure soirée.
Emilie : C’était vraiment le coup de boule final.
J’ai entendu deux nouveaux morceaux pendant la balance. Vous en avez d’autres sur le feu ?
Greg : Non pas pour le moment. Il faudrait si on veut sortir un nouvel album courant 2008.

nosferatu

HUGH CORNWELL (Stranglers) & ROBERT WILLIAMS (Captain Beefheart & His Magic Band) « Rythmic Itch » feat. Les frères Mothersbaugh de Devo (Nosferatu, 1979, United Artists)

Emilie : Mister Bungle ?
Fred : Sans voix c’est difficile.
Elle arrive.
Emilie: Devo ? Ah non ! On m’a envoyé ce disque il n’y a pas longtemps…
Greg : Mais oui, c’est dans la discographie Stranglers de Nextclues (Ndlr : http://www.nextclues.com. Un bien agréable webzine dont font notamment partie Greg et Emile) !
Exactement, c’était un piège. C’est Hugh Cornwell des Stranglers avec le batteur de Captain Beaafheart et les frères Mothersbaugh en special guests sur ce morceau. Je ne voulais pas mettre un Devo, ça aurait été trop fastoche.
Emilie : C’est le meilleur morceau de l’album (Rires).
Vous reprenez « Girl You Want » sur scène. Devo, ça fait partie de vos grandes influences?
Greg : Ah non, pas pour moi.
Emilie : Pour moi non plus finalement. J’ai découvert il n’y pas si longtemps, deux-trois ans peut-être, alors qu’on avait déjà commencé Marvin. Je connaissais un peu comme tout le monde, mais depuis j’en suis devenue vraiment gaga. En tout cas, ça n’est pas un groupe avec lequel j’ai grandi.
Greg : Devo je trouve ça marrant, mais j’écoute beaucoup plus volontiers Jesus Lizard. C’est un peu gadget quand même.
Je crois que tu vas te faire siffler.
Greg : Franchement, c’est un super groupe, mais je m’en lasse vite.

coalesce

COALESCE « Immigrant Song » (There Is Nothing New Under The Sun EP, 1999, Hydra Head)

Emilie : Led Zep. Ah non.
Greg : Slayer ?
C’est Coalesce. Ils ont sorti un EP de reprises de Led Zep en 99. Vous reprenez aussi « Immigrant Song » sur scène, sauf que Marvina n’a pas tout à fait la même voix que Sean Ingram, même avec le vocoder. Dans une interview, le gratteux dit que le type qui n’aime pas les reprises, c’est un peu comme s’il estimait « qu’aucune chanson dans l’histoire de la musique n’est capable d’exprimer ses propres sentiments, que toutes les musiques existantes sont en un sens inférieures à la sienne, ou encore que ses sentiments sont tellement plus profonds que ceux de tous les musiciens d’antan qu’il ne peut se retrouver dans leurs chansons ». Vous en dites quoi ?
Greg : J’appelle ça un procès d’intention ! (Rires)
Quand vous reprenez Led Zep, Devo ou Man or Astro Man ? qui reprend les Rezillos, vous vous retrouvez dedans d’une manière ou d’une autre…
Greg : Oui. « Immigrant Song » par exemple, c’est typiquement le genre de morceaux autoroute dont je parlais. Du proto-Trans Am pour moi. Je retrouve la même chose dans les deux groupes, et c’est ce que j’aime. Les riffs de Trans Am ne sont rien d’autre que du Led Zep.
Fred : Il faut dire aussi qu’on met énormément de temps à composer des nouveaux morceaux. Les reprises, c’est un bon exercice, c’est marrant à faire et ça va vite. D’ailleurs, la prochaine étape c’est « Bohemian Rhapsody » avec des vocoders (Rires).

minutemen what makes a man

MINUTEMEN « Life As A Rehearsal » (What Makes a Man Start Fires, 1983, SST)

Emilie : Minutemen!
Greg : Le meilleur DVD du monde (Ndlr: reference à l’excellentissime documentaire We Jam Econo, The Story Of The Minutemen de Tim Irwin).
Vous l’avez tous vu?
Fred: Oui, même si j’avais de la fièvre et que j’ai loupé la fin.
Vous avez pleuré ?
Emilie : Greg a beaucoup pleuré, et j’ai pleuré parce qu’il a pleuré.
Le morceau s’appelle « Life As A Rehearsal ». La vie de Marvin comme une répétition ?
Emilie : Oui, on répète beaucoup.
Fred, tu as aussi plusieurs groupes à côté, Payday, Superbeatnik.
Fred : Avec Superbeatnik, on devait faire du stoner au départ, mais on n’a jamais réussi à jouer suffisamment lentement. Au final, il y a plus un côté Nomeansno que stoner. Et puis je peux pas m’empêcher de faire du bruit avec ma guitare.
Tu ne joues que dans des groupes gay en fait, entre Marvin et Payday…
Fred : Payday, c’était pour faire la nique à tous les gros tatoués qui font du hardcore dans les studios de répète à Montpellier et qui sont forcément plus virils que toi. Nous on fait du hardcore avec nos coupes de Beatles et notre nom à la con.

zombi cosmo

ZOMBI « Cetus » (Cosmos, 2004, Relapse)

Greg : On dirait du Chinese Stars. Add N to (X) ?
Emilie : The Fall ? Apparat Organ Quartet?
C’est Zombi, un duo synthé, basse/batterie de Pittsburgh. Ce morceau m’a fait penser à du Marvin en plus dark et en moins noise.
Greg : C’est pas mal. Ça fait un peu John Carpenter.
Exactement. D’ailleurs, Zombi est presque un tribute band à John Carpenter et Goblin. Ça ne vous brancherait pas de faire des B.O. de film ? Votre musique s’y prêterait bien.
Emilie : Si, complètement.
Si vous deviez refaire la B.O d’un film, vous choisiriez quoi ?
Greg : Un road movie. Vanishing Point (Ndlr : Road Movie américain de Richard C. Sarafian, 1971)
Emilie : Easy Rider.

L’avenir proche de Marvin, c’est donc la première partie de Qui ce soir. Et ensuite ?
Greg :
Ensuite on fait une date à Lyon au Ninkasi, histoire de ne plus laisser planer aucun doute sur notre indépendance et notre côté DIY.
Surtout que vous enchaînez avec le Nouveau Casino en première partie de Polysics. Ça y est, vous êtes devenus un vrai groupe de vendus.
Greg :
Totalement.
Emilie : On va essayer de tourner un mois en Angleterre, Irlande et Ecosse au mois de mai, et peut-être essayer de sortir un maxi dans l’année, mais on doit d’abord trouver les morceaux et un moyen pour le financer.
Pour finir, votre disque fétiche ?
Fred :
Rock Bottom de Wyatt. J’ai bien un autre disque fétiche mais je ne l’ai pas chez moi donc je ne peux pas l’écouter (Rires). C’est le premier Golden justement.
Greg : Comme Fred, le premier Golden.
Emilie : Freedom of Choice de Devo.
Votre dernière petite claque musicale ?
Emilie : ZZ Top (Rires). C’est vrai, je n’avais jamais vraiment osé écouter et certains morceaux des débuts sont vraiment biens.
Fred : Les Yves. Un groupe de Bordeaux qui parodie les Hives.
Greg ?
Greg : …
Fred : Greg n’aime rien
Alors le dernier truc que t’as trouvé vraiment nul ?
Greg :
Le concert de Marvin hier.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #4 (janvier 2008)

TIM IRWIN – We Jam Econo, The Story Of The Minutemen DVD

12 Mar

We Jam Econo DVD
(Plexifilm, 2006)

Les dvd musicaux sont chiants à mourir et seraient complètement inutiles s’ils ne constituaient pas un témoignage visuel et sonore pour l’histoire et la postérité. C’est vrai dans 99% des cas. We Jam Econo est non seulement l’exception qui confirme la règle, mais ce documentaire surpasse même les trois meilleures vidéos pirates (GG Allin, Public Image LTD et Captain Beefheart) que j’ai eu la chance de pouvoir visionner et dont je serais incapable de vous restituer le titre exact et la provenance. Sachez dès à présent que vous passerez plus de trois heures à vous demander sérieusement comment vous avez pu vous passer des Minutemen pendant toutes ces années. Alors réjouissez-vous, parce que cette vidéo étant un document officiel, elle est très facilement trouvable dans toutes les bonnes crémeries de l’hexagone.
minutemen
Une des merveilles de ce dvd, c’est que le travail de traduction ne s’arrête pas aux interviews et aux témoignages. Le moindre texte, le moindre extrait live est sous-titré en français, et si vous choisissez cette option (indispensable, sauf pour les parfaits petits anglophones), vous saisirez alors la pleine mesure du génie – non seulement musical – mais aussi littéraire du trio de San Pedro. Le premier disque est donc constitué d’un documentaire d’une heure trente sur l’histoire des Minutemen. Le sujet est déjà en soi un gage de qualité : pour n’être jamais rentré dans le moule punk/hardcore, Minutemen était le plus punk/hardcore des groupes de punk/hardcore, le meilleur aussi, le plus funky, le moins looké (il faut voir D.Boon danser sur scène en short, chaussettes de tennis remontée jusqu’aux mollets dans des chaussures de ville; Hurley sa mèche blonde et sa gueule de surfer; Watt, ses chemises à carreaux trop serrées), le plus fidèle à ce qu’il était, le plus simple et le plus complexe, le plus touchant, le plus génial, le plus unique, le groupe dont les textes – sous forme de haïkus fulgurants – étaient aussi politiques que poétiques, aussi impressionnistes qu’engagés et ne sombraient jamais dans le radotage creux du « fuck the system »… Ou quand trois jeunes types issus de la working class, élevés aux Stooges (20 ans plus tard, Mike Watt en devint le bassiste), à Blue Oyster Cult, Funkadelic, Creedence, Coltrane, Beefheart et Wire décident de monter un groupe de punk sans savoir toucher un instrument et signent chez SST après leur tout premier concert en 1980.
minutemen
Depuis les années lycées jusqu’à la mort tragique de D. Boon dans un accident de voiture en 1985, le jeune réalisateur Tim Irwing suit la chronologie pas à pas en n’oubliant aucun détail ni aucune anecdote. La discographie, les artworks, l’amitié quasi-fraternelle entre Mike Watt et D.Boon, la vie à Pedro, la rencontre avec Black Flag et SST, les réactions (toujours viscérales, dans un sens ou dans l’autre) de ceux qui découvraient le groupe et son hardcore mutant, les concerts et les pluies de crachats, les rencontres importantes: tout cela est vu de l’intérieur grâce aux interviews croisées de George Hurley et de Mike Watt (A.K.A ‘the man in the van with a bass in his hand’, qui nous guide à travers Pedro et ses lieux mythiques depuis son pick-up), aux images d’archives (cette incroyable interview du groupe pour Les Enfants Du Rock en 1985, plus exactement Musicalifornia pour ceux s’en souviennent), aux extraits live sidérants, aux témoignages de personnages-clé, acteurs ou simples observateurs de l’aventure Minutemen.
minutemen
On retrouve dans le désordre Keith Morris, Chuck Dukowski et Dez Cadena de Black Flag, Flea des Red Hot, Henri Rollins derrière son mur de cd, Thurston Moore derrière son mur de vinyles, Raymond Pettibon derrière son mur de dessins, Jay Mascis, bouffi derrière son grand mur vide, Colin Newman, Kira Roessler (de Black Flag, et plus tard Dos avec Mike Watt), Lee Renaldo, Grant Hart et Greg Norton d’Hüsker Dü, John Doe de X, Jello Biafra, le grand Richard Meltzer, Ian MacKaye, Richard Hell, John Talley-Jones des Urinals, John Carducci et Ray Farrel de SST… J’en passe. Mais ça n’est pas tout.
En plus du documentaire dont on ressort avec la larme à l’œil et la furieuse envie de réécouter toute la discographie du groupe à l’endroit et à l’envers, vous pourrez voir l’intégralité de l’interview pour Musicalifornia (non sous-titrée cette fois) avec quelques scènes coupées, et surtout, vous régaler avec les trois vidéo-clips de «Ack Ack Ack Ack», «This Ain’t No Picnic» et «King Of The Hill».
minutemen
Enfin, le plus important, vous verrez ce qu’était un concert des Minutemen, le deuxième dvd en contient trois : L.A en 1980, DC en 1984, et un live acoustique de 1985 pour la télé américaine. Après une orgie pareille, et qui que vous soyez, Minutemen deviendra fatalement votre nouveau groupe préféré, s’il ne l’était pas déjà.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

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