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Live Report – 8-10.05.09 : ATP vs THE FANS (Jesus Lizard, Sleep, Harvey Milk, Devo, Killing Joke, Anti-Pop Consortium….)

21 Mai

affiche ATP

Si le peloton de tête de cette édition des All Tomorrow’s Parties – programmée par les organisateurs pour une moitié, et pour l’autre moitié par les fans qui avaient fébrilement acheté leur billet pour le grand retour de Sleep et de Jesus Lizard – était à peu de choses près exceptionnel, la programmation marginale était globalement décevante, beaucoup trop uniforme, avec un paquet de groupes pop d’une neutralité ultra-convenue et de néo-folk bien sous tout rapport. Alors, avant de rentrer dans le vif du sujet, donnons les verges pour se faire battre avec cette liste exhaustive de tous les groupes manqués en toute conscience (avec une exception pour Lydia Lunch, Grails, Future Of The Left et Fuck Buttons qui ont pâti d’un problème de planning ou d’une grosse cagne de dernière minute) :
Jeffrey Lewis, Grouper, Casiotone For The Painfully Alone, Health, Liam Finn, Fuck Buttons, Pink Mountaintops, Jesu, The Cave Singers, The Acorn, Grizzly Bear, Beirut, Nico Muhly, Retribution Gospel Choir, Sleepy Sun, Sian Alice Group, Errors, Marnie Stern, Shearwater, Parts & Labor, Hush Arbors, Grails, !!!, School Of Seven Bells, The Mae Shi, This Will Destroy You, Lydia Lunch’s Horribly True Confessions.

JOUR 1 : M83 / ANDREW W.K. SPECIAL SOLO SHOW / DEVO / ANTI-POP CONSORTIUM / ELECTRIC WIZARD

12H00 : Après une chouette intoxication alimentaire de bienvenue durement gagnée la veille dans un resto indien de Minehead, Somerset, charmante station balnéaire qui fait face à la côte galloise, après avoir posé nos culs sur la terrasse d’un club du troisième âge pour avaler une tasse de cette eau vaguement marron que les Angliches osent encore appeler « Coffee », mon garde du corps gitan et moi-même décidons de braver fièrement les vents marins contraires en direction des « big mushrooms » du Butlins Holiday Resort, ces gigantesques chapiteaux blancs d’une laideur incommensurable qui abritent le centre commercial et les trois scènes principales de ce Center Park à l’anglaise où se déroule le festival depuis maintenant quelques éditions.

Butlins Holiday Resort

butlins holiday resort (c) francoise massacre

Nous y rejoignons ceux que j’appellerais ici « Les Limougeauds », à savoir Mariexxme qui n’est pas limougeaude pour un sou mais dont la main droite est prolongée d’une excroissance naturelle en forme de caméra, Eric (africain blanc) et Arnaud (blob), graphistes de Noise Mag à plein temps et enfin Charlie, ex-Purgatory, Bushmen, batteur gaucher/droitier et surtout fan transi de Matt Pike venu ici en pèlerinage (son amour indéfectible pour le golum édenté de Sleep et High On Fire sera d’ailleurs l’une des meilleurs running jokes de ce festival). On apprend que nous avons quatre heures à tuer avant de pouvoir investir nos bungalows respectifs. En désespoir de cause, on patiente en sirotant nos premières pintes sur la terrasse du pub irlandais du centre qui deviendra notre QG mais aussi celui d’une partie des groupes du festival. Déjà sur place, les Harvey Milk ont eu la même idée que nous. J’en profite pour aller les saluer et j’apprends que Joe « L’Arlésienne » Preston ne sera pas de la partie demain soir (ni plus jamais si l’on s’en fie à leur page myspace), ce qui par ailleurs ne m’inquiète ni ne m’étonne pas plus que ça, sa réputation d’instable notoire le précédant. Le temps d’aller aux bungalows, de faire quelques provisions au superminimarket et de réclamer un pommeau de douche et les premiers groupes ont déjà commencé à investir Center Stage et Pavilion, la scène principale coincée entre le Burger King, le Finnegan’s Fish & Chips et le Pizza Hut.
19h00 : On traine nos guêtres devant le début du set des français de M83, juste le temps d’avoir la confirmation en live de la signification de l’acronyme M83 : de la Merde from le Var. Leur kiff : une synthèse complètement ouf de pop synthétiques, du pire des 80’s, de shoegaze des 90’s, de french electronica et d’hymnes pompiers, tellement audacieuse que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Vraisemblablement, je suis trop vieille et beaucoup trop blasée pour comprendre comment on peut adhérer à cette soupe et pourquoi leur nom est inscrit en gras sur l’affiche au même niveau que Devo, Killing Joke, Jesus Lizard ou Sleep. Vive la France.
19h30 : Direction Centre Stage où ANDREW W.K. a déjà commencé son show Spinal Tap-esque en solo. Avant de le voir en chair et en os, je me demandais franchement si ce type était une blague ou pas. Réponse : C’est une blague. Une grosse blague potache qui réussit à me faire marrer quelques minutes. Moulé dans un costume blanc immaculé, les cheveux au vent, Andrew W.K s’excite comme un damné sur son piano électrique façon Jerry Lee Lewis du pauvre pendant que des bandes diffusent une musique hilarante entre power-variétoche et hard-rock hi-energy du meilleur effet. Et que je tape dans mes mains, et que j’avale mon micro, et que je harangue les foules « public chéri mon amour je vous aime, vous êtes formidables ! ».

andrew w.k

andrew w.k. (c) francoise massacre

C’est fun mais ça ne fait pas un pli : on décolle au bout de dix minutes pour le premier vrai bon concert du festival après un énième passage au pub irlandais où Matt Pike descend bière sur whisky et whisky sur bière. Mais… Où est Charlie ? Inévitablement, notre ami est là, tout près, la langue pendante collée à la moquette. Pike a du souci à se faire.
20h30 : Après avoir croisé notre collègue Lorène Lenoir encore vrillée par sa soirée de la veille, on file se positionner devant la scène de Pavilion déjà prise d’assaut par des hordes de fans dévots enchapeautés de leurs fameux pots de fleurs renversés (qu’on pouvait s’offrir au stand de merch pour la modique somme de 20 livres, une broutille pour un bout de plastic rouge… Qui a dit que DEVO s’était reformé pour le fric ?).

devo fans

devo fans unite (c) francoise massacre

Comme l’année dernière à La Villette, le concert démarre sur un montage impayable des vieux clips du groupe projeté sur écran géant avec une voix off qui nous met en garde : « It’s not the human mind that we must fear but lack of it on this planet. Why believe in things that make it tough on you? It’s time for new traditions! Devolution is REAL, people! ». Et si les cinq types qui débarquent sur scène revêtus de leur traditionnelle salopette de protection chimique jaune pétard sont bien réels, on peut dire que physiquement parlant, à l’exception du relativement jeune batteur John Freese, les quatre sexagénaires défraichis du groupe (deux frères Mothersbaugh et autant de frères Casale) ont loupé le coche de leur dé-évolution.

Devo 1

devo (c) lorène lenoir

Malgré tout, le poids des années n’empêche pas les papys de démarrer sur les chapeaux de roue, avec un enchaînement de tous leurs morceaux d’anthologie que la quasi-totalité de l’assemblée reprendra à l’unisson et que je cite de tête et dans le désordre : « Whip It », « Girl You Want », « Peek A Boo », « Mongoloid », « Freedom Of Choice », « Uncontrollable Urge », leurs deux illustres reprises « Secret Agent Man » et « (I Can’t Get No) Satisfaction » et bien entendu, l’hymne en forme de question-réponse « Jocko Homo » pendant lequel les dandinements grotesques des frères Mothersbaugh nous font piquer un bon fou rire. Au beau milieu de ce Greatest Hits jubilatoire, les viocs balancent dans la foule une vingtaine de pots de fleurs à 20 Pounds pièce (je tends les bras… Crap, encore raté ! C’est trois menus Wooper XXL qui me passent sous le nez) avant de déchirer leur salopette jaune façon Full Monty vs Alice Sapritch dans La Folie des Grandeurs et de se retrouver déguisés en footballeurs à la retraite.

devo 2

devo (c) francoise massacre

Peu avant la fin, mon bodyguard et moi-même sommes pris simultanément d’une Uncontrollable Urge qui nous oblige à quitter la salle inopinément, la faute aux trop nombreux passages par le pub irlandais. Quelques instants plus tard, c’est baignés dans la délicate odeur de friture du Finnegan’s Fish & Chips que l’on assiste au final juvenile de Boojie Boy on ne peut plus à propos : « It’s a beautiful world we live in, A sweet romantic place, Beautiful people everywhere, The way they show they care makes me want to say : It’s a beautiful world ».
23h15 : C’est l’heure du dilemme. Jesu à Reds ou ANTI-POP CONSORTIUM à Centre Stage ? Évidemment, j’ai déjà tranché depuis longtemps et sans aucune hésitation ni l’ombre d’une pensée émue pour Justin Broadrick, je fonce à Centre Stage, disco reconvertie en salle de concert pour l’occasion. Je me sens vieille (encore), il a bien dû s’écouler sept ou huit ans depuis mon premier, mon dernier et mon unique concert d’APC, une date d’ailleurs assez surréaliste, leur première en France, qui aurait dû avoir lieu en plein Paris mais qui avait été déplacée en banlieue à la dernière minute (à Colombes si ma mémoire est bonne). On n’était pas plus de dix péquins dans la salle. À l’époque, le posse n’avait pas encore signé sur Warp et n’avait qu’un album à son actif, Tragic Epilogue, un régal autant pour les B-boys purs et durs que pour les amateurs éclairés d’electro expérimentale, de hip-hop alternatif et de l’école stream of consciousness. On loupe la moitié du premier morceau. Earl Blaze et deux autres gars s’activent déjà autour de la table sur laquelle est installé le matos new school : MPC(s), laptops, boîte à rythme et une seule platine. Ils assurent la partie instrumentale : loops rétro-futuristes et beats concassés dont ils ont le secret. Visuellement parlant, le sweat APC rouge ou bleu est de rigueur pour tout le monde. Les trois MC se relaient au micro mais ce soir, c’est surtout M. Sayyid qui fait son ego trip, monopolisant la cérémonie, le flow et les skits en arpentant la scène dans tous les sens. High Priest sera le plus discret, se contentant de ponctuer les fins de phrases à une ou deux exceptions près. Mais la palme de la très grande classe revient incontestablement à Beans le surdoué. Affublé de ses grosses lunettes carrées made in nerdland, avec son mètre cinquante au garrot, son chapeau et ses pompes de mac’, le minuscule MC est le prince du groove, le roi du flow, le seigneur du pas de danse. Indétrônable Beans, il incarne la maîtrise du rythme à tous les niveaux.

Anti-pop Consortium - BEANS

anti-pop consortium – beans (c) francoise massacre

De temps en temps, le crew au grand complet se masse autour de la table pour des parties fines d’improvisations lunaires et hypnotiques qui captiveront même les plus hermétiques, à commencer par le voleur de poules qui m’accompagne.
00h30 : Après une brève errance dans le centre commercial, le temps de faire face à un nouveau dilemme (Fuck Buttons à Centre ou ELECTRIC WIZARD à Reds ?), on décide de donner une chance supplémentaire aux doomsters de Dorset. « Overrated » et « ectoplasmiques », voilà ce que j’ai pensé à chaque fois que j’ai vu les Wizard en concert. Malgré tout, je suis curieuse d’entendre les versions live des morceaux de Witchcult Today et je me jette donc corps et âme dans la fosse aux lions. La salle, peuplée de créatures à crinières et à blousons à patchs, dégueule de monde. Mais pas une âme qui fume. Décidément tout se perd…

Electric Wizard - Jus Oborn

electric wizard – jus (c) lorène lenoir

Bingo, le concert démarre par trois morceaux du dernier album. Le virage mélodique le fait plutôt bien sur scène et casse le côté « pousse ton ampli à donf, bouge plus et attends de voir ce qui se passe, y’aura bien des blaireaux pour trouver ça « AWESOME » ». Problème : chassez le naturel, il revient au galop. Après cette mise en bouche positivement surprenante, la bande à Jus Oborn replonge dans son sabbatho-drone cracra routinier supposément hypnogène mais qui, à moi, me fait l’effet d’un gros sédatif et surtout me donne l’impression que le groupe doit tout ou presque à son matos (bizarrement, je n’ai jamais eu ce problème avec leurs albums studio). Pourtant, la salle est en ébullition, et pendant que je m’extirpe de ce vivier non-fumant, je me demande qui, de la musique ou du fessier callipyge de Liz Buckingham, ensorcèle le plus la majorité virile de l’assistance.

Electric Wizard - Liz Buckingham

electric wizard – liz (c) lorène lenoir

JOUR 2: LORDS / QUI / YOUNG MARBLE GIANT / HARVEY MILK / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h45 : LORDS, c’est l’excellente surprise matinale de ce jour 2 (oui, 14h45 aux ATP, c’est le matin. Tu te lèves à peine, tu te sens frais comme une chaussette de la veille et tu n’es même pas encore passé par la case pub irlandais ni par le questionnement crucial : « sous quelle forme ta friture aujourd’hui chéri ? Burger/Frites, Fish & Chips ou Pizza Hut ? »). Lords, c’est même une double surprise parce qu’en bons journalistes du dimanche, on s’attendait à voir les Lords de Louisville, des coreux américains en cheville avec Coliseum dont on avait lu le plus grand bien. Or, non seulement les trois types sur scène ont des vraies têtes de British, mais leur musique n’a pas grand-chose de hardcore. On a plutôt affaire à du Rock avec un grand « R », mélange de punk (plutôt américain pour le coup), de rock sixties à la Hendrix, de blues retro avec quelques passages un chouilla stonerisants. On pense à Comets On Fire, à Penthouse (la décadence en moins) et parfois à Naked Rayguns. Malgré leur charisme d’huîtres, les Lords de Nottingham remportent deux prix : le prix du groupe le plus sympathique (on apprend que le chanteur vient de se marier, que le batteur est tout juste papa, c’est beau, c’est frais, c’est la vie, et tout ça est annoncé avec gras de sourires candides qui en disent long sur leur plaisir d’être là) et le prix de la bonne vieille simplicité rock’n’roll sans prise de chou qui fait largement défaut à cette édition des All Tomorrow’s Parties.

lords (from nottigham)

lords (c) francoise massacre

15h30 : Nous avons un peu de temps à tuer avant d’aller voir Qui. En Angleterre, les jeux de mots avec le nom du groupe sont beaucoup moins évidents pour tout le monde. On croise justement David Yow qui erre comme un fantôme autour du stand de merch. « Oh salut, est-ce que tu joues ce soir ? ». Cette question, c’est lui qui me la pose, pour vous dire qu’il est un peu largué. Et puis, l’air mal assuré : « Est-ce que vous venez voir Qui ? ». Bien sûr qu’on y sera. Mais avant, il faut se nourrir et faire le plein de bulles à la terrasse du pub irlandais où l’on retrouve les Limougeauds en ordre dispersé avant d’essuyer une attaque de mouettes fritovores insoutenablement Hitchcockienne.

attaque de mouettes

mouette (c) francoise massacre

16h45 : C’est l’heure, direction Reds. La salle est désespérément vide pour QUI. C’est à n’y rien comprendre. Sur les 6000 personnes présentes à Butlins ce jour-là, la moitié au moins est ici pour voir le grand retour du Lizard. Et même si Qui n’est pas Jesus Lizard, si d’aucuns disent même que Qui est une sorte de mauvais Canada Dry, constater que si peu de gens (600 à tout péter ?) ont eu le bon sens ou tout simplement la curiosité d’aller juger sur pièce me laisse franchement sur le cul, surtout qu’il est fort improbable que sur les 2400 personnes restantes, toutes ont déjà eu l’occasion de voir Qui sur scène auparavant. Pour moi, c’est le troisième concert du groupe en à peine un an et aussi le plus mauvais. Alors ça me fait mal de le dire mais ces 2400 cons n’auront vraiment pas loupé grand-chose : un David Yow en petite forme, la tête ailleurs, aussi peu convainquant que vraiment convaincu, qui regarde sa montre entre et pendant les morceaux, qui va même faire un tour backstage avant de revenir les mains dans les poches. Le gitan a très bien résumé ce que personne ne dit mais que tout le monde pense ou plutôt, ce que tout le monde espère dur comme fer à ce moment-là : « Il semble bien qu’en cette journée mémorable Yow est avant tout le chanteur de Jesus Lizard ». Quant à Matt Cronk et Paul Christensen, ils n’ont pas vraiment les épaules pour relever le niveau.

Qui

qui (c) lorène lenoir

Outre le côté petits joueurs de la performance, le concert sera sauvé par une poignée de nouveaux morceaux plutôt bons, un « Freeze » et un « Willy The Pimp » excellents et quelques pas de danse Yiddish exécutés par-dessus la jambe. Au sortir de Reds, on recroise Yow et sa valise. C’est l’heure de la sieste nous dit-il. On ne lui souhaite qu’une chose : repose-toi bien et pète la forme ce soir.
18h00 : Notre proprio Julie Tippex est aussi la tourneuse et la manageuse de YOUNG MARBLE GIANTS. La veille au Finnegan’s, elle nous avait raconté la manière dont elle avait réussi à convaincre les Gallois de remettre le couvert pour le BBMix l’année dernière, en leur promettant de faire venir femmes et enfants, après des années passée à hiberner. Et puis on apprend qu’à la ville les frères Moxham sont respectivement garagiste et chauffeur de maître, qu’Alison Statton est chiropractrice et que le dernier est employé dans un mall. Surtout, ne montez jamais de groupe culte ! En tout cas, j’étais curieuse de les voir enfin en chair et en os, surtout qu’ils allaient jouer Colossal Youth, leur seul et unique album qui avait été la bande-son d’une petite partie de mon adolescence tardive. On rate le début du set et lorsqu’on arrive à Reds, je me prends en pleine face LE son Colossal Youth, le même, tout est là. Les mêmes claviers au grain si particulier, le même son de basse à la fois rond, précis et métallique et la voix d’Alison, toujours aussi candide, très Moe Tucker version british. C’est toute la magie du concept Don’t Look Back des ATP. VOIR un disque, voir LE groupe jouer LE disque que tu as écouté dans ta chambre d’ado pendant des années.

YMG

young marble giant (c) olivier heredia

Mais les Young Marble Giants, s’ils ne sont plus tout jeunes (on s’y attendait) et pas si grands que ça, sont bels et bien de marbre. Statisme absolu, rien ne bouge, rien ne dépasse. Alison ne sortira pas les mains de ses poches et les problèmes de son et d’accordage du bassiste font que le concert s’enlise peu à peu. Les pauses entre les morceaux sont plus longues que les morceaux eux-mêmes et le groupe a un mal fou à se détendre.
19h00 : Après ce concert en demi-teinte, la petite déception du festival, on va se préparer psychologiquement pour l’énorme soirée qui va suivre avec un apéro en bonne et due forme dans le bungalow des Limougeauds à Pacific Wharf, autrement plus accueillant que le notre pourtant situé au Surfers Point, oui mais…
19h45 : … Malheur, la bière de trop ! Je débarque au milieu du premier morceau de HARVEY MILK (en bon français : Hervé Lait) et je suis en colère. Moi qui ne voulais pas en louper une miette, frustrée comme je l’avais été lors de leur passage à Paris l’été dernier qui n’avait duré qu’une demi-heure à peine. Je me fais une place au premier rang face à Stephen Tanner, le bassiste au sourire hagard permanent.

Harvey Milk - Stephen Tanner

harvey milk – s. tanner (c) lorène lenoir

Dans la fosse aux photographes « officiels », Lorène Lenoir (Lolo pour les intimes) est fidèle au poste, fidèle aussi à son taux d’alcool dans le sang. Comme Tanner, elle aussi a le sourire hagard et puis les yeux vitreux de celle qui est parfaitement high. C’est alors qu’elle me bredouille avec un aplomb hilarant : « Je prends des supers photos quand je suis bourrée, si si ! ». Dire qu’elle avait raison (la preuve en images sous vos yeux ébahis)…

Harvey Milk - Kyle Spence

harvey milk – k. spence (c) lorène lenoir

Mais revenons à Harvey Milk. À posteriori, il m’est absolument impossible de trancher entre ce concert et ceux de Sleep et Jesus Lizard pour déterminer quel est mon grand vainqueur de ce ATP fest. Harvey Milk, The Best Band in Town ? En tout cas, Harvey Milk est un grand groupe, un groupe largement sous-estimé, un groupe sans attitude, dans le vrai 100% du temps. Le set de la Maroquinerie faisait la part belle aux morceaux des deux derniers albums, Special Wishes et Life… The Best Game In Town mais ce soir, le set est surtout axé sur leur disque le plus ostensiblement (hard) rock, The Pleaser. Creston Spiers croisé le lendemain au supermarché nous le confirmera : « On jouait avant The Jesus Lizard, on voulait faire un set vraiment rock’n’roll ». Et c’est vrai, ça rock à tous les étages. Une plongée explosive dans la musique électrique populaire américaine. Beaucoup de hard-rock (à l’ancienne, sans fioritures ou au contraire complètement déconstruit) et de pur rock’n’roll (on pense aux Screaming Trees me souffle mon voisin qui n’a pas vraiment tort), un peu de heavy-rock lent, lourd et de southern rock, quelques kilos de larsen, beaucoup de gras, des solos crasseux comme la moquette de Butlins après deux jours de festival et comme d’habitude, Harvey Milk fait du Harvey Milk : ce sont les genres qui se plient à eux et pas le contraire. La musique n’est pas forcément simple, les types, eux, le sont. Kyle Spence (ex-Fiddlehead, The Martians, qui a aussi accompagné J. Mascis sur plusieurs tournées), physique de jouvenceau et frappe herculéenne, Stephen Tanner, sourire scotché et calme olympien en toute circonstance et Creston Spiers, le renfrogné, le bourru, songwriter de génie et guitariste hors-pair, plus habité et dégoulinant que jamais.

Harvey Milk - Creston Spiers

harvey milk – c. spiers (c) lorène lenoir

Mais le vrai grand coup de massue de ce concert arrive au moment où Spiers attaque les premières mesures de « Lay My Head Down », un morceau incroyable, complètement improbable, quelque-part entre « Since I’ve Been Loving You » de Led Zep et une version ultra-redneck des meilleurs slows d’Al Green ou du « It’s A Man’s Man’s World » de James Brown. Avec sa voix de husky mal léché, Spiers joue le soul singer blanc à la perfection « I’ve been tired everyday…Everyday of my life so far ». De là à dire que j’ai la chair de poule et que je fais ma bichette, il n’y a qu’un pas que je récuse mollement (ici, une autre version live du même morceau).Comme sur The Pleaser, le trio enchaîne avec le musclé « Rock & Roll Party Tonite » et achève ce concert de feu en apothéose avec une version magistrale de « I’ve Got A Love ». Et quelles que soient les prestations de The Jesus Lizard et de Sleep ce soir, je peux déjà dire que je ne serais pas venue pour rien dans ce lieu de perdition.
22h45 : Après nous être délectés de notre dixième Wooper du séjour, on regagne Center Stage avec 45 minutes d’avance, histoire de se coller immédiatement au premier rang contre les barrières. Le grand retour de THE JESUS LIZARD, c’est pas tous les jours coco. On veut en profiter, on veut s’en prendre plein la face et plein les oreilles. Évidemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée lumineuse, les places sont chères, il faut se battre. Finalement, je me retrouve juste en face de Duane Denison, coincée entre deux molosses de 150 kilos. Celui de gauche s’avérera être un fieffé connard, celui de droite, fan absolu du Lizard, deviendra notre « gros pote l’Américain ». À tour de rôle, Denison et Sims viennent régler leurs amplis et leurs retours sous les premiers hurlements du public au taquet.
23h30 : Le groupe démarre très fort avec « Puss » et une demi-seconde à peine après le coup d’envoi, Yow a déjà piqué sa première tête dans le public, comme s’il attendait ça depuis dix ans.

Jesus Lizard - Yow can swim

jesus lizard – yow can swim (c) francoise massacre

La salle est en délire, le son du groupe est puissant, tranchant, précis et David Yow dans une forme olympique. The Jesus Lizard is back ! On croit rêver, notre gros pote l’Américain aussi : « I can’t believe it man! I can’t believe it ! ». Le temps que Yow regagne la scène à la nage et c’est « Seasick » qui commence. Deuxième plongée pour Yow et le public entonne « I Can’t Swim ! I Can’t Swim ». Tu parles qu’il sait nager David, et comme un poisson dans l’eau : brasse piquée, brasse coulée, dos crawlé et tout ça sans jamais lâcher le micro ni foirer sa ligne de voix. Littéralement broyée entre mes deux molosses et la rambarde de sécurité, j’assiste à la première scène de pêche au gros. Un type de la sécu (la sécu qui ne débandera pas pendant une heure) monte sur scène et s’empare du fil du micro, suivant les déplacements de Yow sur les têtes, donnant du mou ou tirant sur la ligne suivant que le vieux fada s’éloigne ou se rapproche de la scène. C’est hilarant.

Jesus Lizard - pêche au yow

jesus lizard – pêche au yow (c) francoise massacre

Pendant ce temps-là, Denison, Sims et McNeilly filent tout droit et enchaînent les morceaux sans jeter le moindre regard au fondu qui leur sert de frontman. En parlant de regard, Sims a celui d’un fou ou d’un tueur, au choix. On peut en dire autant de son son de basse.

jesus lizard - sims

jesus lizard – sims (c) francoise massacre

Denison se le joue relativement cool et flegmatique et c’est un bonheur de l’entendre dérouler ses petites phrases de guitares assassines caractéristiques.

jesus lizard - duane denison

jesus lizard – denison (c) francoise massacre

Quant à McNeilly, il est hors de mon champ de vision mais sa frappe n’a rien perdu de sa toute-puissance (malgré le casque qu’il est obligé de porter à cause de problèmes aux oreilles.

Jesus Lizard - McNeilly

jesus lizard – mcneilly (c) lorène lenoir

Debout au fond de la scène, Creston Spiers et Stephen Tanner d’Harvey Milk prennent leur pied, hurlent et claquent dans leurs mains. Ce concert phénoménal se déroulera dans une ambiance survoltée (joie, fièvre, sueur, fureur, manque d’oxygène et transe pour certains) sans cesse alimentée par un enchaînement de hits imparables (« Bloody Mary », « Destroy », « Mouthbreather », « Blue Shot », « Then Comes Dudley », « Chrome », « Boilermaker », « Monkey Trick ») et les incessantes pitreries de Yow (une bonne douzaine de stage-diving magnifiques, trois glaviots collés au plafond, des dizaines de pas de danse grotesques et une bonne poignée d’acrobaties perché sur les enceintes de face).

jesus lizard - yow

jesus lizard – yow (c) francoise massacre

1h00 : Après ça, on aurait pu aller se coucher heureux. Mais c’était au tour de SLEEP de faire son comeback (tout en l’écrivant, je me dis que bordel de dieu, quand même, Harvey Milk, Jesus Lizard et Sleep dans la même soirée, c’était un sacré tiercé). Séchés et moulus, on reste en place devant nos barrières pendant que l’un de nous assure l’indispensable ravitaillement en boissons fraîches. Charlie est en feu. Le groupe s’installe doucement devant son mur d’ampli (sept ? huit ?). C’est Joe L’Indien, le grand chevelu à l’œil acéré qui sert de merch man, de flic et probablement de tour manager au groupe qui installe et teste le matos (allez, bande de geeks : deux Rickenbacker 4001 pour Cisneros, une First Act 9-cordes plus une Takamine électro-acoustique 12-cordes pour Matt Pike et une splendide batterie Ludwig toute d’orange et de rouge pour Chris Haikus). Joe L’Indien, faut pas l’emmerder. Certains l’apprendront à leurs dépends. Il averti les premiers rangs : interdiction formelle de filmer ! Rien de tel pour me donner envie de shooter quelques morceaux choisis avec mon appareil photo. Comme pour Jesus Lizard, le public bouillonne. C’est fou d’ailleurs, je n’aurais jamais imaginé que Sleep même reformé puisse se retrouver un jour en tête d’affiche d’un festival d’une telle ampleur. Haikus débarque torse nu avec son collier de barbe rousse, son bermuda marron et ses grosses chaussures de marche tel un randonneur de retour d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

Sleep - chris haikus

sleep – hailus (c) lorène lenoir

Pike est égal à lui-même, le cheveu gras et la bedaine de buveur de mousse. Et Cisneros ? On en parlera plus tard. Le concert démarre sur « Holy Mountain », le morceau-titre de l’album qu’ils joueront dans son intégralité mais dans le désordre. Le son est énorme, épais et dense comme la fumée du kilomètre de joints que ces types ont dû s’enquiller à l’époque de la sortie de l’album en 1993. Je n’arrête pas de bloquer sur le couple Pike/Cisneros, le jour et la nuit. Pike, c’est le panache. Affichant son éternel sourire plein de dents pourries, il arpente la scène d’avant en arrière, toisant le public, l’exhortant de « c’mon ! » et de grands gestes d’encouragements. De son côté, Cisneros ressemble à un croisement entre Rain Man, J. Mascis circa 2009 avec un petit air de Daniel Day-Lewis, l’embonpoint en plus. Son style à lui, c’est plutôt l’autiste surdoué : pieds en dedans, tête rentrée dans les épaules, dos légèrement vouté, bouche toujours entre-ouverte et les yeux écarquillés, ronds comme des boutons de bottines, se balançant d’avant en arrière sans bouger les pieds. Mais surtout, Cisneros est un bassiste fascinant. Il a une façon bien à lui de frapper (littéralement) les cordes de sa Ricky avec son index. Son jeu est à la fois hyper fluide, puissant et véloce (ce dont on ne se rend pas forcément compte sur disque).

Sleep - Al cisneros

sleep – cisneros (c) lorène lenoir

Lorsque Pike entame les premières notes de guitare de « Dragonaut », l’atmosphère monte encore d’un cran. On repense au concert d’Electric Wizard de la veille et vus d’ici, les Anglais semblent encore plus minuscules et inoffensifs. Sleep possède ce qui fait cruellement défaut à tous les autres : le charisme et un groove absolu, presque jazz, qui font d’eux les maîtres incontestés de la chapelle stoner-doom. Au milieu du set, Pike se fend d’un « Some Grass » (Some Blue Grass ?) en solo à la 12-cordes acoustique.

Sleep - Matt Pike acoustique

sleep – pike acoustique (c) lorène lenoir

Après « Nain’s Baptism », Pike nous prévient d’un geste de la main que quelque-chose va se passer maintenant. On se prend une volée de bois vert : le groupe attaque le riff le plus gras, le plus lourd et le plus hypnotique de « Jerusalem » (dont on n’aura droit qu’à un court extrait), celui du fameux « Proceed the Weedian… Nazareth » éructé par Cisneros avec sa voix de hardos enveloppée dans un léger écho. Une gamine tente alors de sauter dans le public depuis la scène. Ce chien maudit de Joe L’Indien la rattrape in-extremis et lui botte le cul. Un peu plus tard, il fait le signe de la gorge tranchée à un pauvre gars qui filme le concert depuis le 5ème rang. Ah, il est fier de lui Joe L’Indien, c’est son quart d’heure de gloire. Le public sera néanmoins récompensé par un énorme rappel avec « From Beyond » et « Antarcticans Thawed », un inédit « composé il y a quinze ans » dans la veine de « Jerusalem », la conclusion parfaite à cette journée de fous.

JOUR 3: KILLING JOKE / SPIRITUALIZED / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h00 : Pas grand chose qui nous botte en cette dernière journée de festival. On attendra le concert de Killing Joke à 19H00 et des bananes. Entre enfants, on a donc largement le temps d’aller barboter dans la piscine à vague. Et oui, c’est aussi ça le Butlins Holiday Resort. Une vingtaine de longueurs et quelques tours de toboggan plus tard (mon préféré : le Black Hole où, comme son nom l’indique, c’est le noir absolu), on retrouve Marie, David Yow et sa compagne pour un petit apéro sur la pelouse sous le timide soleil anglais. On croise Olly de Moss qui squatte avec la bande à Jus Oborn « On a fumé trop de weed, je suis complètement défoncé ». Ah… ok. Le temps file et on se dirige vers Centre Stage…

19h00 : … pour KILLING JOKE en formation presque originale, Reza Udhin en plus (claviers). C’est donc Fergusson à la batterie et Youth, déguisé en riche golfeur, qui tient la basse.

Killing Joke - Youth

killing joke – youth (c) lorène lenoir

La dernière fois que j’avais vu Killing Joke, c’était avant l’accident de Jaz Coleman et celui-ci devait alors peser 20 kilos de plus au bas mot (et non pas 60, me souffle mon rédac chef). Ce soir, c’est un Coleman plutôt sobre, légèrement maquillé et sans salopette qui débarque sur scène. N’étant pas une grande spécialiste de Killing Joke, j’aurais bien du mal à restituer l’enchaînement exact des titres. J’arrive néanmoins à identifier un beau florilège de morceaux issus de ce que je considère comme la meilleure période du groupe, avant que ça ne vire au metal indus ou au rock symphonique : « Turn To Red », « Requiem », « The Wait », « Wardance », « Change », « Madness », « Dregs », ou « Pssyche », un très grand moment de post-punk sur lequel Youth assure une partie des voix. Coleman se lance alors dans une série de convulsions et contorsions du meilleur cru, passant en revue tous les masques de la Commedia Dell’arte : colère, effroi, tristesse, grimaces sardonique et possessions en tout genre.

Kiiling Joke - Jaz Coleman

killing joke – jaz coleman (c) lorène lenoir

Il parait que KJ a foutu le feu au Heaven de Londres quelques jours plus tôt, mais ce soir, le public est un peu emplâtré et l’ambiance retombe dès que le groupe aborde des morceaux plus récents. Coleman nous fait un speech sur la malbouffe. Ah bon, on bouffe mal à Butlins ? Passage obligé par « Love Like Blood » et « Pandemonium », un ou deux titres plus symphoniques à mon avis complètement dispensables et le set est plié, laissant un public aux trois-quarts convaincu.
20h45 : T’es pas à Woodstock ici. Les concerts, c’est pas assis dans l’herbe que tu les vois mais allongé sur la moquette psyché du centre commercial. C’est de là qu’on verra (ou plutôt qu’on écoutera) une grande partie du concert de SPIRITUALIZED, le groupe post-Spacemen 3 de Jason Pierce alias J. Spaceman qui n’a pas gobé que des mouches.

Spiritualized - Jason Pierce

spiritualized – jason pierce (c) lorène lenoir

Thumbs up pour les morceaux les plus planants de Ladies & Gentlemen We Are Floating In Space, qui s’accordent parfaitement à la moquette qu’on dirait conçue spécialement pour le space-rock. J’adhère un peu moins avec les grandes envolées gospel type « Come Together » pendant lequel, même à une centaine de mètres de la scène, on aperçoit nettement la glotte des deux choristes qui accompagnent Pierce.

spritualized - choeurs

spiritualized – choeurs (c) lorène lenoir

23h30 : Je m’attarderai moins sur la fin de soirée puisqu’en gros, on prend les mêmes et on recommence. D’abord avec JESUS LIZARD. Je suis aussi impatiente que la veille, de nouveau collée aux barrières face à Sims. David Yow débarque sur scène, attrape le micro et annonce : “The show yesterday was bullshit compared to tonite. It was like… bullshit for homosexuals”. Ça ne se passera pas exactement comme ça. Yow a tellement donné hier qu’il parait un peu moins en forme. Confirmation quand il se met à vomir au milieu du set, allant terminer son œuvre backstage avant de revenir comme si de rien n’était. On ne lui souhaite pas, mais ce mec cassera probablement sa pipe sur scène. Bien qu’un peu moins fiévreux que la veille (c’est dimanche soir et il y a aussi moins de monde), le concert est malgré tout fantastique, avec une set-list un peu différente de la veille (« Fly On The Wall » et « Urine » en plus, « Destroy Before Reading » et « Blue Shot » en moins) si ce n’est que les morceaux ne sont pas joués dans le même ordre. Pendant l’entracte, on sympathise avec la Headline Team, l’équipe de sécu la plus souriante, polie et affable que je n’ai jamais vue de mémoire de concerts, qui a assuré avec classe tout le long du festival sans jamais jouer les gros bras inutilement : « Si tout se déroule bien, y’a pas de raison qu’on emmerde le monde ». On leur demande de prendre l’air méchant pour la photo souvenir, ils en sont incapables.

headline security team

headline security team (c) francoise massacre

En guise de remerciement, ils me font monter sur scène pendant que Pike s’accorde – un grand moment de ridicule : « Comme ça, vous dirait aux Frenchies que la sécu anglaise est la plus cool ». C’est dit. Les quatre boules à Z de la bande feront du (bald)headbang pendant tout le concert de Sleep, avec le sentiment du travail bien fait.
1h00 : SLEEP, dont la prestation, qui est encore meilleure que la veille (ne me demandez pas pourquoi), s’achevera sur un « Dragonaut » magistral, le point final de cette excellente édition des ATP vs The Fans.

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ATP : The Fans Strike Back – Vidéo par Mariexxme

19 Mai

featuring :Devo, Harvey Milk, The Jesus Lizard, Sleep, Qui, Electric Wizard, Killing Joke, Parts & Labor

Vodpod videos no longer available.

more about « ATP : The Fans Strike Back – Vidéo p…« , posted with vodpod

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FM vs DAVID YOW

10 Oct

Nagawika a encore frappé :

le report quelle na pas osé dévoiler.

Francoise Massacre vs QUI : le report qu'elle n'a pas osé dévoiler - par Nagawika

>>QUI sur myspace<<

Interview vidéo : QUI – French Quisine in gay Paris

7 Oct

Probablement l’interview la plus grave et la plus sérieuse de toute ma vie.
Où Matt Cronk, Paul Christensen et David Yow font des révélations poignantes…

>>>QUI<<<
Le 25 septembre 2008 à Mains d’Oeuvres, Saint Ouen.
Interview : Françoise Massacre
Caméras : Mariexxme & Sébastien Cazac
Montage : Mariexxme
Sous-titres : Françoise Massacre

Interview – DAVID YOW & MATT CRONK – QUI: Pourquoi?

10 Déc

qui

Partons du postulat que le lecteur moyen de Noise n’est pas le genre de gigantesque et incurable nerd pour qui Jesus Lizard est un groupe quasiment mainstream avec une discographie (bootlegs compris) sans aucun secret. Supposons que le lecteur moyen de Noise ne soit pas familier avec David Yow au point de connaître le nombre exact de ses poils pubiens, même si tous ceux qui l’ont vu se défroquer sur scène ont eu le loisir de les compter et de les décompter. Imaginons que le lecteur moyen de Noise n’attendait rien de ce deuxième album de Qui parce qu’il n’en avait sans doute jamais entendu parler (qui ?). Conjecturons enfin qu’à l’heure où il lit ces lignes, ce lecteur moyen s’interroge probablement sur les raisons Ô combien obscures du « pourquoi un groupe que personne ne connaît se retrouve-t-il en couv d’une parution stochastique nationale? ».
Des raisons au pourquoi, il y en a trois, principalement. La première, c’est que David Yow est un vieux briscard qui cumule les superlatifs : il fut le frontman-poète le plus dingue, le plus éthylique et le plus charismatique de deux des meilleurs groupes de la scène Noise américaine émergente de la fin des années 80, Scratch Acid à Austin, Texas, puis Jesus Lizard à Chicago, entrant dans la légende de l’underground rock avec panache, le cul à l’air, la bouteille à la main et le sexe enroulé comme une écharpe autour de son micro.
La deuxième, c’est que ça faisait huit ans qu’il n’avait pas fait officiellement parti d’un groupe malgré quelques apparitions sporadiques sur disque (The Crybaby des Melvins, sur le EP éponyme de Model/Actress, groupe du bassiste de feu-Brainiac, ou encore avec Helmet sur la compilation tribute à Led Zeppelin, Encomium) et sur scène avec Shellac, les Melvins, et la reformation de Scratch Acid à l’occasion des 25 ans du label Touch & Go. Et voilà que tel le Messie, David Yow revient enfin en se joignant à ses jeunes apôtres, Matt Cronk et Paul Christensen, changeant du même coup, non pas l’eau en vin (il aurait donné cher pour ça), mais Qui « le duo » (avec un premier album en 2003) en Qui « le trio ». Alors oui, bonne nouvelle, David Yow reprend du service, et rien que ça laisse présager d’une série de concerts explosifs pour la tournée européenne à venir en décembre.
Enfin, la troisième raison, c’est que quoi qu’on en dise, Love’s Miracle, le nouvel album de Qui (le trio) n’est pas valable uniquement pour les deux premières raisons, de la même façon qu’il n’est pas uniquement « le disque du grand retour de David Yow ». Malgré la filiation évidente et au grand désespoir de certains, Qui n’est ni Scratch Acid, ni Jesus Lizard, Qui n’est même pas vraiment un groupe de Noise, sa musique est complètement bâtarde, et à une exception près, cet excellent album a été entièrement composé avant même que l’idée d’engrainer le vieil alcoolo ne germe dans la tête de Matt Cronk (guitare/voix) et de Paul Christensen (batterie/voix). David Yow, c’est juste le super bonus, la cerise bien juteuse sur le gâteau, et évidemment c’est aussi celui qui vient de pousser les deux autres sous la lumière blafarde d’un rock qui ne marchera sans doute jamais mais qu’on est excessivement heureux de présenter ici.
Double entretien téléphonique: le premier avec Matt Cronk au saut du lit, le second avec un David Yow sobre, serein et poli comme un galet.

matt cronk

«Me sentir frustré alors qu’il y a plus du monde qu’avant à nos concerts ? Il faut être un sacré con, non ?»
MATT CRONK

Qui était un secret relativement bien gardé avant qu’on apprenne que David Yow avait rejoint le groupe. Peux-tu me parler de vos débuts en duo, de ta rencontre avec Paul ?
Paul et moi, on était au collège ensemble. On s’est rencontré en 1993. Mais ce n’est que lorsqu’on a déménagé en Californie en 2000 qu’on a vraiment décidé de pousser plus loin le projet qu’on avait commencé à l’école.

Dans quel coin habitiez-vous avant de bouger pour la Californie ?
On a grandi dans le Midwest à Minneapolis, Minnesota.

Et musicalement parlant, d’où venez-vous toi et Paul ?
Jeune, j’écoutais énormément de Punk et de Hardcore. Au milieu des années 90, j’ai évidemment découvert toute la scène Noise avec des labels comme Amphetamine Reptile qui était basé à Minneapolis ou Touch & Go à Chicago. Paul, lui, est un grand fan de Franck Zappa et de Captain Beefheart. Il écoute aussi pas mal de jazz et de rock seventies.

Je suppose que vous aviez déjà des expériences de groupe avant Qui.
Oui. J’avais déjà joué dans un paquet de groupes d’obédience plutôt punk. De son côté, Paul jouait surtout du Jazz et des percussions avec des types du collège.

Vous avez décidé d’adopter la formule guitare/batterie/voix volontairement ou bien par défaut, parce que vous n’aviez pas de bassiste ?
Au départ on jouait pour s’amuser. D’une part on ne pensait pas spécialement intégrer une personne supplémentaire, et de l’autre, je ne vois pas tellement qui aurait pu vouloir jouer avec nous ! Ensuite, lorsqu’on s’est installé ici en Californie, j’ai passé environ six mois à chercher des gens avec qui jouer. Finalement, personne n’était réellement compatible. Alors on a décidé de laisser tomber, de continuer comme ça et d’enregistrer Baby Kisses (Ndlr : Premier album sur le petit label de Minneapolis Heart Of A Champion en 2003) en duo.

Finalement comment avez-vous fait la rencontre de David Yow ?
J’ai rencontré David il y a environ un an et demi dans un bar de L.A. dans lequel je bossais. Nous avons été présentés par des amis communs. On a commencé à traîner ensemble assez naturellement. Quelques mois après notre rencontre, nous lui avons proposé de venir chanter la reprise de « Willie The Pimp » de Zappa sur scène avec nous. Il a accepté. On s’est tellement marré qu’après le concert, il a voulu continuer et apprendre d’autres morceaux. Ça a plus ou moins démarré comme ça. Après cinq concerts avec nous, il s’est mis à assister à toutes les répétitions. A partir de ce moment là, il faisait définitivement partie du groupe.

Il est donc membre du groupe à part entière, et pas seulement un invité le temps de l’album?
Oui, c’est un membre permanent.

Vous avez été surpris qu’il accepte ?
Oui et non. La plus grosse surprise en fin de compte, c’est de voir que ça colle aussi bien entre nous trois. Ça faisait des années que Paul et moi jouions en binôme, on se connaît par cœur. Alors jouer avec quelqu’un d’autre ne coulait pas vraiment de source. Mais ce qui est absolument génial, c’est que nous n’avons jamais insisté auprès de David, son intégration s’est vraiment fait très facilement, très naturellement.

C’est quand même assez inattendu dans la mesure où vous n’étiez sûrement pas les premiers à lui faire ce genre de propositions depuis la fin de Jesus Lizard en 1999…
Oui, et c’est d’autant plus cool ! Il m’a dit qu’il avait refusé des tonnes de propositions avant d’accepter la nôtre. Quand je l’ai rencontré, il disait même qu’il ne voulait plus jamais faire partie d’un groupe.

Qui écrit la musique dans le groupe ?
Maintenant, nous trois.

Et lorsque vous avez écrit Love’s Miracle ? Vous saviez déjà que Yow allait chanter sur certains morceaux?
Non, pas du tout. En fait, nous avons écrit la plupart des morceaux de Love’s Miracle il y a plusieurs années. La majorité d’entre eux a même été enregistrée avant l’arrivée de David. A ce moment-là, une grosse partie du disque était déjà pliée. Nous avons réenregistré certains morceaux avec lui. Pour d’autres, nous avons simplement ajouté ses lignes de voix sur les instrumentaux qu’on avait déjà. Il n’y a qu’un seul morceau que nous avons écrit tous ensemble.

« Today, Gestation » ?
Oui. J’ai d’abord trouvé le riff puis j’en ai extrait une ligne supplémentaire sur laquelle Paul a… Nous avons construit ce morceau un peu différemment de d’habitude… (Bégaiements), de manière plus fragmentée. Habituellement, nous arrangeons vraiment les morceaux ensemble, en même temps. Cette fois, ça a été plus direct, plus… (De pire en pire) On est parti de mon riff, Paul a ajouté la batterie puis David a posé sa ligne de voix par dessus… Oh, désolé, je bafouille, je me réveille…

Merde, je te réveille ? Je suis désolée.
Oui oui, mais ça va, c’est pas grave (Rires).

Aïe. Il est quelle heure à L.A. ?
11h30 je crois. Mais ça va, je suis juste complètement dans le gaz ! Pour en revenir à l’écriture, Paul joue aussi de la guitare et du piano, donc nous composons généralement les lignes de guitare ensemble. Quelqu’un balance une idée et à partir de là, on assemble tout les éléments petit à petit.

Vous écrivez donc à trois maintenant ?
Oui, d’ailleurs on a déjà 4 nouveaux morceaux. Ils ne sont pas sur le disque mais on commence à les jouer sur scène. On espère pouvoir boucler un nouvel album avant la fin de l’été prochain.

Toujours pour Ipecac ?
Oui. En attendant, on va sortir un split 10’’ avec Lozen (Ndlr : Duo de brunettes basé à Tacoma, guitare/batterie/voix à tendance heavy-grunge) sur le label Infrasonic (Ndlr : Infrasonic Sound Recordings, soit le label du fameux studio de L.A.).

Parmi toutes vos influences, la plus flagrante chez vous est tout de même celle de Jesus Lizard, notamment dans les riffs de guitare piqués à Duane Denison. Je pense par exemple à celui de « Belt » qui était déjà sur Baby Kisses dans une version un peu différente. Est-ce que Qui aurait pu exister sans Jesus Lizard ?
En effet, si nous ne devions retenir qu’une seule influence parmi tout ce qu’on écoute ou tout ce que nous avons écouté, ça serait sans doute celle-là : la scène Noise de Chicago et plus précisément Jesus Lizard. Quand tu penses que nous avons écrit le morceau dont tu parles quand nous avions 19 ans…

Comment avez-vous choisi les deux reprises de l’album, « Echoes » de Pink Floyd et « Willie The Pimp » de Zappa ?
Ça faisait déjà un moment qu’on les jouait sur scène ou entre nous. On a enregistré « Echoes » avant que David arrive. On a juste refait les arrangements de voix. Sur le premier album, je chantais pratiquement tout mais cette fois on voulait vraiment insister sur les harmonies à plusieurs voix. Et puis on trouvait ça marrant de reprendre ce morceau alors qu’on nous case généralement dans la catégorie « groupe lourd et noisy ».

En toute franchise, je trouve que cette reprise du Floyd est loin d’être le meilleur morceau de l’album.
Tu n’es pas la première à me dire ça. Le morceau de Pink Floyd comme celui de Zappa ne sont vraiment pas faciles à jouer compte-tenu des contraintes que nous avons, au niveau instrumental notamment. Mais c’était un bon défi à relever. On a toujours fait beaucoup de reprises, On adore ça.

Effectivement, sur la vidéo de Tv Eyes (Ndlr : Interview filmée backstage dans laquelle les trois gaziers qui n’ont pas bu que de l’eau sont tous en très grande forme. L’extrait est disponible sur Youtube) – excellente par ailleurs-, on a un bon aperçu de votre formidable aptitude à reprendre des morceaux complètement has-been.
(Rires) Oui, on était complètement bourrés pendant le tournage !

Love’s Miracle était sensé sortir sur Touch & Go au départ…
Pas vraiment. Nous avons discuté parallèlement avec Touch & Go et Ipecac et nous avons finalement opté pour ce dernier. Le deal avec Touch & Go était moins intéressant et les conditions chez Ipecac plus confortables pour un groupe comme nous.

C’est plutôt frustrant ou plutôt stimulant de vous dire que la majeure partie du public de la prochaine tournée sera là avant tout pour voir David Yow faire son show et tenter d’entrevoir le bout de sa queue?
(Rires) Honnêtement, je m’en fous. Je suis là pour jouer. Me sentir frustré alors qu’il y a plus du monde qu’avant à nos concerts ? Il faut être un sacré con, non ? Ça fait sept ans qu’on joue, aujourd’hui les concerts sont pleins et si c’est un problème, alors c’est le meilleur problème qu’on n’a jamais eu ! Bien sûr, on a un petit noyau de fan dans l’Ouest des Etats-Unis, mais si le fait que David soit là booste un peu plus les choses, alors tant mieux, je ne vais pas cracher dans la soupe.

Tu es déjà venu en Europe ?
Non, c’est la première fois qu’on va jouer là-bas. Je suis super excité et impatient. Tous les américains qui ont tourné en Europe te diront que c’est beaucoup plus fun que les States. Ça me suffit amplement. J’ai déjà envie d’y être (Rires).

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david yow

« Un jour, on s’est rendu compte que je faisais partie de Qui alors que je n’avais pas du tout l’intention de réintégrer un groupe un jour. Ça s’est fait de manière naturelle, presque organique, par un heureux hasard. »
DAVID YOW

(Répondeur)

“Hey sorry… I can’t get to the phone right now… uh… leave a message, I call you back pronto… thanks.”

(7ème fois, David Yow décroche)

Comment ça va?
Euh… pas trop mal. J’ai été très occupé ces derniers jours. J’ai des tonnes de trucs à préparer avant la tournée.

Vous partez demain ?
Pas tout à fait. Demain, c’est la fête pour la sortie de l’album. Mardi soir on joue à L.A et on décolle pour la tournée américaine le lendemain.

Parle-moi de ta rencontre avec Matt & Paul. Ça s’est passé comment ?
Á vrai dire… je ne me souviens pas exactement. Je crois qu’on s’est rencontrés dans une fête chez des amis communs. Je ne sais plus… On s’est retrouvé à discuter et à se marrer ensemble. Ils étaient tous les deux fans de Jesus Lizard et de Scratch Acid. Ils m’ont proposé de venir chanter « Willie The Pimp » de Franck Zappa sur scène avec eux. J’ai dit ok, allons-y. On l’a joué deux ou trois fois sur scène et comme ça nous plaisait, on a continué avec d’autres morceaux. Je reprenais les parties que Matt chantait initialement, sur « Belt » et « Freeze » par exemple. Un jour, on s’est rendu compte que je faisais partie de Qui alors que je n’avais pas du tout l’intention de réintégrer un groupe un jour. Ça s’est fait de manière naturelle, presque organique, par un heureux hasard.

Après huit années sans groupe, pourquoi avoir dit oui à Qui et pas aux dizaines d’autres groupes et musiciens qui t’ont proposé de te joindre à eux ?
J’ai fait des trucs avec d’autres groupes. Les Melvins, Model/Actress… J’ai aussi enregistré un morceau avec Geronimo (Ndlr : Nouveau projet formé par des membres de Sleetsak, Man Is The Bastard et Bastard Noise. Première sortie bruyante prévue le 16 octobre 2007 chez Three One-G). Mais la différence c’est qu’avec Matt et Paul, l’alchimie est particulièrement bonne. On se comprend, on est devenu de vrais amis, c’est tout simplement parfait.

Tu es donc désormais un membre du groupe à part entière ?
Oui, mais j’avoue qu’au tout début j’étais un peu intimidé, sur la défensive. J’étais le nouveau du groupe. Je savais qu’ils avaient énormément de respect pour moi et par conséquent j’avais peur qu’ils acceptent mes idées uniquement parce qu’elles venaient de moi et pas forcément parce que ces idées étaient bonnes. Finalement, ça a pris forme très vite. Tout semble facile maintenant. J’aime bien employer le mot « coulant » pour décrire nos relations, si ça a un sens pour toi. Ou bien « impeccable ».

Tu ne fais pas que chanter avec Qui, tu écris aussi.
En fait, le seul morceau de l’album que nous avons composé après mon arrivée est « Today, Gestation ». Tout le reste a été composé il y a longtemps par Matt et Paul. Il y a même deux morceaux sur lesquels je ne fais rien : « Appartment » qui est chanté par Paul et « Echoes ». Mais nous avons composés de nouveaux morceaux ensemble depuis.

Comment avez-vous choisi les morceaux sur lesquels tu allais chanter ou non ?
Je ne sais pas, c’est une bonne question. Pour « Appartment », je crois tout simplement qu’il n’y avait pas la place pour moi. Habituellement quand ils jouent ce morceau, je fume une clope ou bien je m’amuse tout seul dans mon coin. « Echoes est un morceau très difficile et rien de ce que je pouvais faire n’aurait collé. En revanche, on va probablement le jouer sur scène et si c’est le cas, je prendrai la basse sur la fin du morceau.

Oui, ça doit être un truc difficile à jouer et à reprendre. En fait, je n’aime pas tellement cette reprise.
Oh, vraiment ?

Oui, vraiment. Parcontre je préfère largement celle de Zappa. D’ailleurs, c’est marrant, tu chantes un peu à la manière de Beefheart dessus. C’est voulu ?
Oui et non. Nous n’avons pas essayé de singer la version originale. Et puis la manière dont je chante sur ce morceau, c’est quelque chose que j’ai déjà fait des milliers de fois auparavant avec mes autrs groupes. Mais tu as raison. Captain Beefheart a toujours été une énorme influence pour moi. L’analogie est sensée.

La sortie a d’abord été annoncé par Touch & Go. Que s’est-il passé ?
Nous avons envoyé les démos de l’album à Ipecac et Touch & Go. Les deux labels étaient vraiment emballés pour le sortir. Finalement, je ne sais pas si la faute vient de nous ou de Touch & Go, mais toujours est-il qu’il y a eu un manque de communication flagrant. Ils ont mis la charrue avant les bœufs dans un excès d’excitation. Rien n’était encore dealé qu’ils commençaient déjà à annoncer la sortie de l’album sur leur label.

Pourtant, historiquement, on peut penser que tu étais plutôt en bon terme avec Touch& Go… (Ndlr : Le label a sorti la plupart des albums de Jesus Lizard, le EP Berseker, meilleur disque de Scratch Acid ainsi que la compilation posthume The Greatest Gift)
Oui, c’est étrange que ça n’ait pas fonctionné. Mais au final, nous sommes un groupe bizarre et Ipecac est un label bizarre. Je crois que ça colle plutôt bien. Et par chance, nous sommes quand même restés en très bon terme avec les gens de Touch & Go. Corey Rusk (Ndlr : Patron/fondateur de Touch & Go et ancien membre du groupe hardcore du début des 80’s les Necros) est un bon ami. Tout est bien qui finit bien.

Est-ce que jouer dans Qui t’apporte quelque chose que ne t’apportaient pas tes précédentes expériences au sein de Scratch Acid et Jesus Lizard ?
Après la séparation de Jesus Lizard, j’avais totalement perdu l’envie de refaire partie d’un groupe. Je me sentais très limité dans ce que je faisais ou dans ce que je pensais savoir faire. Je ne voulais surtout pas me répéter. Matt et Paul – surtout Paul d’ailleurs – m’ont appris à chanter de manière plus traditionnelle : atteindre la bonne note, faire des harmonies à deux ou trois voix. Je crois que c’est en cela que Qui m’a apporté quelque chose. Non, cette fois je n’ai pas eu l’impression de me répéter.

Cette manière de chanter, d’harmoniser les voix, tu n’avais jamais essayé ça auparavant ?
Jamais, non. Quand j’étais dans Jesus Lizard, on a essayé de placer des backing vocals à deux trois reprises mais ça n’a jamais fonctionné.

Pourquoi?
Tout simplement parce que je ne savais pas faire ça. Même si j’ai appris à contrôler ma voix depuis Scratch Acid, ce genre de trucs n’était pas naturel pour moi. Ça m’a demandé beaucoup de travail, c’était très difficile. Au début, c’était extrêmement frustrant, je me sentais mauvais, j’avais je pensais ne jamais y arriver. Mais Matt et Paul sont patients et généreux. Ils m’ont consacré beaucoup de temps. Une fois que tu y arrives, c’est très gratifiant.

Depuis la fin de Jesus Lizard, tu n’as fait que quelques apparitions sur scène avec les Melvins, Shellac, Scratch Acid l’année dernière. Ça ne te manquait pas plus que ça la scène ?
Hmm… Pas tant que ça. Je ne dis pas que je n’aime pas ça, je m’éclate avec Qui et tous les concerts avec Scratch Acid étaient explosifs. Mais même si je suis content de remettre ça, ça ne me manquait pas tant que ça. Ce qui me manque le plus finalement, ce sont les amis que je me suis fait un peu partout en tournée à l’époque de Jesus Lizard et que je n’ai jamais revus depuis. Ça va enfin être possible d’ici quelques semaines. J’ai hâte.

Tu crois que tu pourrais vivre sans faire de musique du tout ?
Non, je crois que je ne pourrais pas arrêter complètement. Il me semble que je continuerais toujours à faire une apparition ici et là, dans un concert si on me le demande, poser quelques voix sur des morceaux ou attendre qu’on veuille bien me demander un truc. D’ailleurs, je suis en train de préparer un album solo. C’est moi qui fais tout…

Oui, il paraît. Ça fait même un moment que des bruits de couloir circulent sur ce disque. Tu peux m’en dire un peu plus ?
La première fois que j’ai envisagé de faire un album solo, c’est lorsque j’ai rencontré Mike Patton. Il m’a attrapé par l’épaule et m’a dit « Ok David, tu fais un album solo et je le sors, que ça te plaise ou non ». Ça faisait alors à peine une semaine que j’avais appris à me servir de protools. Tout ça c’était il y a… Nom de Dieu ! Ça fait presque sept ans ! Enfin bref, je crois que j’ai mis cinq ans avant de m’y mettre sérieusement. A priori, le disque est presque terminé et je pense qu’Ipecac est toujours partant pour le sortir. Musicalement, c’est plutôt cinématographique, ça pourrait être une bande-originale avec des éléments assez jazzy. Ça n’est pas très rock en fait.

Tu utilises quoi comme instruments ?
Une batterie, des guitares, une basse. Tout ça se mélange avec des samples. J’ai aussi emprunté un saxophone pendant deux mois pour enregistrer quelques parties. D’ailleurs, la seule chose que je voulais vraiment en sortir, c’est le son que tu obtiens quand tu mords l’anche d’une certaine façon : « HII-HII ! » (Ndlr : Tentative de retranscription phonétique de Yow imitant le couac du saxophone), comme si tu marchais sur une oie. J’ai aussi utilisé des cordes et du piano en MIDI.

As-tu retrouvé les sensations de la première mouture de Scratch Acid en te remettant à la basse ?
(Rire) Non, je ne suis pas un vrai bassiste. Tu sais, j’ai un rapport bizarre à la musique, je suis incapable d’en jouer correctement.

Pourquoi as-tu lâché la basse pour te concentrer sur le chant à l’époque ?
Parce qu’on a viré le chanteur et c’est moi qui ai pris sa place.

Tu n’arrivais pas à jouer et à chanter en même temps ?
Putain, non ! (Rire) C’était impossible.

Dans le dernier numéro du mag, Duane Denison disait à propos de toi qu’il te verrait bien « faire un show type cabaret sur de la musique électronique » et que s’il était ton manager, c’est ce qu’il te ferait faire. Qu’en penses-tu ?
(Rire) Que ça n’arrivera jamais !

Tu es toujours en contact avec lui et les autres membres de Jesus Lizard et Scratch Acid ?
Jim Kimball (Ndlr : second batteur de Jesus Lizard), je ne l’aime pas, c’est un putain d’idiot. En revanche, je suis toujours en contact avec Duane et Dave (Ndlr : Dave Sims, bassiste dans Scratch Acid puis dans Jesus Lizard). Mais une des choses les plus tristes de ma vie, c’est que je n’ai pas parlé avec Mac (Ndlr : Mac McNeilly, premier batteur de Jesus Lizard) depuis des années. Enfin, (en français) « c’est le vie »…

J’imagine que tu as écouté les différents groupes de Duane Denison, USSA, Tomahawk.
Oui.

Et alors ? Tomahawk, tu aimes ?
(Un peu gêné) Euh… Pas tellement à vrai dire.

Bon, je n’insiste pas. Vous allez bientôt tourner en Europe pour un mois environ. Ça te fait quoi de revenir ici ?
Je suis impatient, très impatient, même si c’est une tournée bizarrement foutue. Il faudrait que j’en parle au tourneur parce je n’arrive pas à comprendre pourquoi il nous a calé dix dates au Royaume-Uni alors qu’on joue seulement une fois en Allemagne et deux fois en Hollande, ou pourquoi on ne passe ni par l’Italie, ni par l’Espagne alors qu’on fait quatre dates en France. C’est obscur.

A ton avis, quelle est la différence majeure entre tourner en Europe et tourner aux Etats-Unis ?
Le langage ? La bouffe ? Je ne voudrais pas généraliser et si je considère ma propre expérience de tournée, il n’y a pas tellement de différence entre le public européen et le public américain. C’est au Japon qu’il y a un vrai fossé. C’est très étrange. Ils sont si calmes pendant les concerts, si réservés et respectueux, comme s’ils assistaient à un concert de classique. En Europe, aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux en général, les gens se lâchent naturellement beaucoup plus. Je préfère largement ça.

Dernière question : Qui, ça veut dire quoi ?
Il y a plusieurs réponses, jeux de mots et blagues diverses en guise d’explication. Mais je crois que l’origine réelle du nom vient du slang parlé à Minneapolis. Là-bas, Qui signifie « homosexuel », ce qui est plutôt marrant puisque ni Matt, ni Paul, ni moi ne sommes homosexuels.

C’est vrai ça ? Tu en es bien sûr ?
Oui, certain. On aime les filles !

www.myspace.com/qui
www.ipecac.com

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #3 (novembre 2007)
couv NOISE MAG#3

QUI @ La Maroquinerie, Paris (09 décembre 2007)

9 Déc

QUI @ La Maroquinerie (09 dec.2007) : David Yow
QUI @ La Maroquinerie (09 dec.2007) : Matt Cronk & Paul Christensen
QUI @ La Maroquinerie (09 dec.2007) : David Yow
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QUI – Love’s Miracle

24 Sep

QUI Love's Miracle CD

(Ipecac, 2007)

Abstraction faite de ce temps de voleur et de la coupe du monde de Rugby, cet été 2007 ne fût pas si merdique. Il fût même véritablement au poil puisqu’il m’a rappelé avec force nostalgie le paysage audiovisuel ensoleillé de mes jeunes années, à quelques remplacements d’acteurs près.
Après Les Vacances de l’Amour bien méritées d’Oxbow, c’est au tour de Qui de nous servir sa propre version du miracle de l’Amour. Ca n’est pas une question, mais non, c’est Qui. Et alors, qui est Qui et Qui fait quoi ?

Qui c’est avant tout la rencontre de Paul Christensen, batteur/chanteur/broyeur qui cumule dès la naissance le double handicap d’être à la fois roux et frisé, avec le guitariste Matt Cronk, qui n’a pas eu beaucoup plus d’as dans son jeu puisqu’en vieillissant il s’est mis à ressembler comme deux gouttes d’huile à Jack Black, hystérique bedonnant de service qui n’est lui-même qu’une pâle imitation de Meat Loaf dans sa prime jeunesse.
Ca se passe en 1993 dans un bahut du Minnesota. A l’époque, Ledit Christensen donne dans le high-school jazz, ce qui pour un roux est passablement déroutant. Mais un beau jour, Christensen craque, engrainé par le gros Cronk, et, observant la raison des contraires, écarte temporairement les rythmes à trois temps pour se mettre à jouer du punk et de la noise binaires à bâtons rompus avant de prendre le large pour L.A. en 2000 et d’y consolider leur binôme noblement baptisé Qui, un mot d’argot pour désigner un homme qui aime profondément les hommes et leur kiki, ou pour être tout à fait exacte : un pédé, ce dont les deux gaziers se dédisent gaiement.
Trois ans plus tard, Qui (prononcer « qwi » à la latine, comme dans « Je préfère le cornichon du Quick à celui du Mac Do », ou dans « Qui scribit, bis legit » : « Celui qui écrit lit deux fois », ou encore dans « Qui nescit tacere, nescit et loqui » : « Celui qui ne sait pas se taire ne sait pas non plus parler ») sort un premier album (…) Keep reading on nextclues.com →

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