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« Daily Note » Villette Sonique

24 Avr

Le « Daily Note » Villette Sonique édité par Red Bull et fomenté par l’équipe de Dirty est arrivé.
Au menu :

– François K par Didier Lestrade,
– une histoire accélérée du Doom en image par Lelo Jimmy Batista et Nagawika,
– Les Melvins et le grunge par moi-même,
– 10 raisons de croire encore au punk rock en 2012 par Lelo Jimmy Batista,
– L’influence de la codéine dans le Hip hop par Etienne Menu,
– Une interview de R. Stevie Moore et un article sur Carter & Tutti par Julien Bécourt aka Eva Revox,
– Un papier sur I:Cube par Philippe Azoury,
– La story tortueuse de Christopher Owens de Girls par Clovis Goux,
et les mots croisés de Guillaume Sorge.

Le journal est disponible gratuitement dès maintenant à l’accueil de la Villette et bientôt un peu partout dans Paris.

31.10.2011 – The Melvins + Françoise Massacre Dj Set @ Glazart *

19 Sep

* (yé)

Soyez chics, venez tôt.

Melvins + Françoise Massacre DJ Set @ Glazart 2011

(affiche par Sylvain Synckop qui sera justement exposé à Glazart à partir du 3 novembre)

Interview – KING BUZZO / MELVINS : 25 ans de réfléxion

3 Nov
buzzo

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On est vraiment désolés.
Cette année les Melvins sortent encore un nouvel album. Nude With Boots. Le vingtième, dans ces eaux-là. Un incident. Rien qu’un incident. On espère que vous comprenez. Le plus dur pour nous, en plus d’accepter l’idée que ce disque allait sortir, inéluctablement, comme ça, en plein été, et qu’on n’y pouvait rien, a été de nous rendre compte qu’il n’était pas mauvais du tout. Et même pire : qu’il était bon et même foutrement bon. Carrément excellent. Pardon. On s’excuse. On vous jure, c’est pas faute d’avoir cru qu’on s’en lasserait. Cent fois pourtant on a eu le sentiment que la fin approchait. On pensait sincèrement qu’ils s’arrêteraient… Qu’ils ralentiraient la cadence ? Au moins, qu’ils deviendraient un tout petit peu moins… bons ? Enfin, on était presque sûrs qu’on aurait à peine de quoi faire un entrefilet et surtout pas matière à vous servir un roman de gare supplémentaire sur les Melvins. On s’est trompé et on vous met dans l’embarras, une fois de plus.
On ne voudrait surtout pas que vous pensiez qu’on cherche à s’acquitter de notre responsabilité éditoriale (ça non), mais il faut quand même que vous sachiez que le vrai coup de grâce, celui qui a mis un terme définitif à tout ce qui subsistait encore d’espoir, c’est que non content d’avoir accepté de répondre à toutes nos questions – sans exception – Buzz Osbourne, dont la réputation le précède, a eu l’outrecuidance de se faire effrontément volubile, ouvertement zélé et juste à peine cassant, c’est-à-dire tout le contraire de ce qui DEVAIT arriver.
Mille excuses. Ce qu’on vous fait subir…


L’ALBUM

« Je peux t’assurer, pour avoir passé toutes ces années à faire ce qu’on fait, que je suis plus heureux de jouer avec ces mecs que je ne l’ai jamais été. »

Tu es content de Nude With Boots ?
Oui, très content. C’est un super album. Le troisième dans notre top 5.

L’album a un côté un peu plus « bizarre » que Senile, vous avez pris plus de temps pour l’enregistrer ?
A peu près autant. Environ deux semaines. (A) Senile Animal a été compliqué à faire. J’ai l’impression que beaucoup de gens sont passés à côté et n’ont pas réalisé à quel point il était bizarre. Mais le nouveau est encore plus étrange.

Nude With Boots est un album foncièrement joyeux à mon avis. Est-ce que ça reflète l’atmosphère dans laquelle vous l’avez conçu et enregistré?
Oui. Je suis TOUJOURS content quand je joue.

Ça se passe toujours aussi bien avec les Big Business ?
C’est génial. J’aimerais que ça dure toujours, même si la seule chose que je sais c’est que tu ne sais jamais ce qui va arriver. J’espère qu’ils seront des nôtre pendant encore très longtemps.

C’est le deuxième album que vous faites depuis que la famille s’est agrandie. Est-ce que le fait d’avoir deux batteries et le renforcement vocal de Jared a modifié ta manière d’écrire ?
Oui, bien sûr. Ça ouvre un peu plus les choses. J’ignore comment sonnera le prochain disque mais on s’en est vraiment bien tiré sur celui-là à tel point qu’il fait sans doute partie des meilleures choses que j’ai jamais écrites et le groupe n’a jamais été aussi bon sur scène. C’est mon opinion. Je suis vraiment content. Je peux t’assurer, pour avoir passé toutes ces années à faire ce qu’on fait, que je suis plus heureux de jouer avec ces mecs que je ne l’ai jamais été.

J’imagine que la double-batterie doit quand même rendre les choses plus compliquées, avec à la fois plus d’interaction et de possibilités purement sonores, mais aussi moins de latitude pour improviser et tenter des trucs.
On n’a jamais improvisé de toute façon.

Pas même les longs soli de batterie de Dale quand vous étiez encore en trio ?
Ça c’est de l’improvisation programmée (rires). On n’improvise pas tellement en fait. J’ai toujours écrit les morceaux en soignant les détails. On joue les morceaux qu’on écrit. Il y a des mecs qui pensent que les batteurs devraient être plus libres et en faire encore plus que ce qu’ils font. Mais les batteurs, ce sont eux qui font la musique et eux qui font le groupe. Un groupe a le niveau de son batteur parce personne d’autre que lui ne sera jamais capable de penser à autant de trucs à la fois (rires).

Sur Nude With Boots, plus que sur n’importe quel autre album des Melvins, il y a tous ces clins d’œil à d’autres groupes. Souvent, ils te sautent dessus comme une évidence alors que tu ne les cherchais même pas. Dans Nude With Boots, j’ai entendu du Led Zeppellin, du Rush, du Kiss, du Judas Priest, les Butthole Surfers et même « Joyeux Anniversaire ». C’est plus ou moins flagrant, mais c’est là. En tant qu’auditrice, je me demande : est-ce que ce sont des emprunts délibérés, comme une manière pour toi de rendre hommage à la musique que tu aimes ou de la tourner en dérision, est-ce que ce sont des allusions fulgurantes ou bien juste le produit de mon d’imagination ?
Tu n’es pas la première personne qui me dit ça, donc il y a nécessairement quelque chose. De là à dire que ces ressemblances sont totalement délibérées : non. Je suis probablement influencé par tout ça, mais de manière… non-intentionnelle. Quand tu y penses, c’est même difficile de ne pas être influencé par tous les groupes que tu cites – Rush en particulier, je suis un grand fan de Rush. Après tout, c’est ça le Rock.

C’est quand même difficile de ne pas se mettre à chanter « Good Times, Bad Times » après le premier riff de « The Kicking Machine ».
Ce qui est marrant c’est que je ne pensais pas vraiment à ça en jouant ce riff. Je pensais plutôt à une ligne de guitare de Gang Of Four.

D’un morceau en particulier ?
Un morceau de Solid Gold, mon album préféré de Gang Of Four.

Parle-moi du titre de l’album.
Nude With Boots, ça sonne bien et surtout, tu peux l’interpréter comme tu veux.

On va avoir droit à des photos promo de vous à poil en bottes ?
Je ne pense pas et crois-moi, ça vaudra mieux pour tout le monde.

L’idée de donner votre propre version de « Dies Irae », le fameux thème issu de la Messe des Morts, est venue comment ?
J’ai entendu ce morceau dans trois films différents : Les Diables de Ken Russel, La Bible de John Huston, et bien sûr, The Shining de Kubrick, et j’ai pensé que ça serait une bonne reprise pour nous, qu’on pourrait en faire une super version. Il y a des mecs qui ont un problème avec ce morceau, soit disant parce qu’il aurait déjà été repris par des tonnes de groupes… Sauf que je n’en connais pas un seul !

Pourtant Berlioz, Liszt et Ligeti sont trois groupes de rock incontournables. Ce thème, c’est un truc qui date de l’ère grégorienne alors le nombre de reprises au prorata du nombre d’années depuis sa création ne doit pas être gigantesque.
Exactement. Et surtout, ce thème est génial, point.

Je n’ai pas encore reçu le CD promo mais sur ma version téléchargée, « Dies Irae » est mal orthographiée : « Dies Iraea ».
Sur le CD aussi.

Comme j’ai l’esprit mal tourné, cette nouvelle orthographe m’a immédiatement fait penser à un détournement scatologique de l’original : Diarrhea.
Peut-être que c’est EXACTEMENT ce qu’on voulait ! (Rires)

Bon ça me rassure. Pourquoi avoir changé le titre du morceau « Real Fucking Nasty » qu’on trouvait déjà sur le split avec Halo Of Flies en « The Savage Hippie » ?
Ce split est sorti en édition très limitée et je n’aimais pas trop ce titre.

Pourquoi ? Parce ça vous aurait obligés à coller des petits stickers « Parental advisory » sur le disque ?
Absolument, à 200 %. « Real Fucking Nasty », ça n’est pas le genre de titre que j’ai envie de mettre sur un album. C’est la musique qui doit choquer ou interpeler les gens et pas les mots soi-disant « défendus ». Je ne veux donner AUCUNE excuse ni AUCUNE raison à qui que se soit de ne pas acheter notre musique . On n’a jamais rien écrit qui puisse être censuré sur nos disques. Par contre, si tu veux, tu peux mettre n’importe quelle obscénité du moment que les mots que tu choisis ne sont pas prohibés. Ça ne fait aucune différence et tant mieux. Je ne veux donner aucune légitimité à ça. Je ne veux pas que ça puisse avoir la moindre conséquence négative sur ce qu’on fait. Croire que tu vas choquer les gens avec quatre mots défendus, c’est bon pour l’école primaire ! Je ne suis pas foncièrement contre ceux qui le font, à vrai dire je m’en fous, j’ai juste pas besoin de ça, et surtout, pas envie que des parents confisquent nos disques à leurs gosses à cause de ça. Ce qu’on fait doit rester totalement en dehors. Nos artworks, le nom du groupe, l’image que renvoient nos disques contrastent volontairement avec la musique qu’on fait et je ne voudrais pas qu’un truc comme ça vienne démolir cette image-là. Je veux qu’on reste un groupe difficile à suivre. Je veux dire, avec un nom pareil – les Melvins – c’est déjà suffisamment difficile d’être pris au sérieux (rires).

 

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AUTRES NOUVELLES FRAÎCHES…

« Je pourrais construire un robot à mon image et l’envoyer à ma place en tournée. »

Pourquoi as-tu décidé de ne pas continuer avec Venomous Concept ?
Trop de choses sur le feu et puis on avait tous des CV tellement différents que ça devenait difficile à coordonner. Mais tous va bien entre nous, j’aime beaucoup ces mecs. Tu as écouté le nouvel album, il est bon ?

Aucune idée, je ne l’ai pas encore écouté. Et votre collaboration avec Zu, ça en est où ?
Je n’ai pas encore entendu le résultat et je ne suis pas sûr que ça soit sorti mais je suis franchement impatient. On a enregistré un ou deux titres avec eux en studio, Dale et moi. Je ne sais pas du tout ce qu’ils ont décidé de garder ou pas mais on s’est régalé à jouer ensemble.

Tu les avais vus jouer quand ils accompagnaient Joe Lally ?
Non. Et toi ?

Non plus. Mais j’ai eu quelques échos des dates françaises. Apparemment c’était mou. Les mecs de Zu essayaient de faire décoller le concert et Joe Lally leur faisait des signes pour qu’ils jouent moins fort comme si ça l’emmerdait qu’ils lui piquent la vedette.
Ah oui ? Il leur faisait des signes pendant le concert ? Possible remarque, Lally est capable d’être soupe au lait. En tout cas, toutes les dates de Fantomas qu’on a faites avec eux étaient vraiment cool.

En parlant de Fantomas, j’ai lu quelque part que le prochain album serait complètement électronique, sans aucun instrument électrique ou acoustique. C’est vrai ?
Je n’en sais strictement rien mais je veux bien voir ça ! (Rires)

Moi aussi. Vous pourriez vous déguiser en robots.
J’espère ! Je pourrais construire un robot à mon image et l’envoyer à ma place en tournée.

Tu pourrais envoyer Danny DeVito à ta place. Je pense à lui parce qu’il paraît qu’il est interviewé dans les bonus du DVD du Fantomas -elvins Big Band qui va sortir. Euh, c’est quoi le rapport entre Danny DeVito et Fantomas-Melvins ?
J’en sais rien non plus (rires). Et c’est justement pour ça que c’est bien : c’est complètement hors-sujet. Ça rend le truc intéressant.

C’est fan de Fantomas et/ou des Melvins ?
C’est un grand fan de Mike Patton. Ça vient de ses enfants. Ils écoutent énormément de musique.

Il paraît que tu joues de nouveau avec Mike Dillard les morceaux de la période 1983 ?
Exact, avec Dale à la basse !

Vous faites ça juste pour le fun ?
Oui. Je pense qu’on va faire un concert en juin mais je ne sais pas du tout ce qui se passera par la suite. On va fêter notre 25ème anniversaire l’année prochaine, donc ça sera une bonne occasion de faire quelque chose d’un peu spécial, par exemple, une tournée avec ce line-up. Ça serait vraiment marrant.

C’est comment de rejouer avec Mike Dillard après 25 ans ?
C’est génial. On joue uniquement des morceaux de cette période sans essayer de les actualiser ou des les réarranger et c’est parfait, c’est très primitif. J’ai toujours gardé un excellent souvenir de ces années-là. J’étais sûr qu’on s’amuserait bien en rejouant ces vieux trucs.

A propos de vieux trucs, la sortie du coffret avec tous les albums que vous avez faits pour Ipecac est toujours prévue pour cette année ?
J’espère. On la sortira en édition très limitée. Le packaging sera entièrement fait à la main puis imprimé mécaniquement, en typographie (Ndlr : « letterpress »). On aimerait rajouter quelques petits extras. De toute façon, il n’y en aura que 500.

Vos albums sur Ipecac sont toujours disponibles, c’est l’objet qui vous intéresse ?
Si les gens ne comprennent pas ça, ça veut dire qu’ils n’ont toujours pas compris pas le concept général de la box-set qui consiste généralement à ressortir des trucs qui sont déjà sortis. Il y aura un extra-CD avec des bonus, mais quoi qu’il en soit, rééditer des disques sous forme de coffret, c’est pas vraiment une nouveauté. Regarde Led Zeppelin. Ils ont sortis au moins dix coffrets bourrés uniquement de morceaux qui étaient déjà sortis et disponibles.

Tu es un collectionneur ?
Oh oui, absolument. Je collectionne la musique, mais surtout je collectionne tout et n’importe quoi. Je comprends complètement la mentalité des collectionneurs. Tu vois, cette box-set, c’est exactement ça, un truc géant et fantastique. Le packaging sera complètement différent, un peu comme notre livre (Ndlr : Neither Here Nor There, publié sur Ipecac en 2004 pour le vingtième anniversaire des Melvins). Ce livre contient un CD sur lequel il n’y a que des morceaux connus et disponibles mais ce qui le rend totalement génial, c’est le packaging et tout ce qu’il y a à l’intérieur. Ça sera exactement pareil pour le coffret.

C’est Mackie qui se charge de l’artwork ?
Oui, ma femme, sur sa propre machine. J’ai hâte.

Vous deviez également sortir deux 12’’ sur AmRep, non ?
En fait, je pense qu’il n’y en aura qu’un seul sur AmRep. On a changé d’avis, ça sera probablement un 10’’. Je ne peux pas vraiment te dire de quoi il s’agira, on veut que ça soit une grosse surprise. L’autre devrait sortir sur un autre label à priori. Et puis on s’apprête aussi à sortir la version vinyle de Senile Animal sur Hydra Head, un super objet Deluxe. Un quadruple pliage en accordéon avec quatre 12’’ dont l’une des faces sera gravée à l’eau-forte. Ça va être génial. Tu vois ce genre de trucs, comme la box-set, c’est une manière de se focaliser sur des choses spéciales que tu ne peux ni télécharger ni graver avec ton ordinateur.

D’ailleurs Nude With Boots s’est retrouvé sur le net dès le mois de mars. Ça veut dire plus de trois mois avant la date de sortie officielle.
Oui, et je vais te dire une chose : c’était la dernière fois. On ne refera plus jamais un truc pareil. Il a été mis sur le net par des mecs qui l’ont eu gratuitement. J’ai du mal à comprendre leur motivation. Si des gens s’intéressent à ce qu’on fait, tant mieux, mais j’envoie un disque à un journaliste et il le leake dans le 12 heures qui suivent sans se demander une seule seconde si c’est dans notre intérêt ou pas ! Ce mec est un bâtard. Le plus bizarre c’est que ça ne lui rapporte strictement rien non plus mais il le fait quand même. J’en conclue que ça lui fait juste plaisir de nous baiser. Je ne vois pas d’autre raison. On ne pourra pas empêcher les gens de mettre le disque sur Internet de toute façon mais là, avoue que c’est quand même étrange. On lui envoie le lundi, il est sur internet le mardi… Ça ne me viendrait jamais à l’idée de faire ça à quelqu’un, à moins de le détester vraiment.

C’est un coup d’Ozzy Osbourne.
Sûrement, il a que ça à faire.

…ET DIGRESSIONS POUSSIÉREUSES

« Pour moi, on est un groupe de death metal croisé avec Captain Beefheart. »

Je ne sais plus où j’ai relevé cette phrase de toi sur le mauvais goût des filles en matière de musique. Tu disais en substance que si Kurt Cobain, Chris Cornell et les mecs d’Alice In Chains avaient ressemblé à Fat Albert (Ndlr : T’as l’bonjour d’Albert, souvenez-vous), ils n’auraient probablement pas vendu UN SEUL disque. Alors à ton avis, si toi et Dale aviez un physique à la Chris Cornell ou à la Kurt Cobain, est-ce que vous auriez vendu BEAUCOUP PLUS de disques ?
Mmmh, peut-être un peu mais notre musique n’est pas aussi commerciale que la leur. Mon point de vue c’est que si tu prends leur musique mais que tu changes le packaging, plus personne ne s’intéressera à ce qu’ils font ou ce qu’ils ont fait. Si Kurt Cobain avait été un gros black de 300 kilos, crois-moi, personne n’en aurait jamais rien eu à foutre. Je crois sincèrement que ça fonctionne comme ça. Si Madonna était grosse et asiatique, ou si elle était tout simplement grosse, on n’en entendrait pas parler. C’est pas nouveau, ça a toujours été comme ça, surtout dans la pop, en tout cas celle dont nous gavent les grosses radios ou les chaînes de télé à la MTV. Les principes sur lesquels ils se basent pour décider ce que doivent écouter les gens sont purement arbitraires, c’est minable !

Oui, sauf qu’à ce titre, ce qu’on appelle la contre-culture de la pop music moderne fonctionne exactement de la même façon que ce à quoi elle s’oppose. Les Melvins, c’est le couple que tu formes avec Dale, ta silhouette, ta coupe de cheveux post-nucléaire, Dale en slip/chaussettes, les robes de grand-mères que vous portez sur scène. C’est ça que les gens veulent de la part d’un groupe comme vous. Les Melvins n’existeraient pas avec des gueules d’amour et des fringues à la mode.
Oui d’une certaine façon. Mais si je voulais, je pourrais avoir l’air vachement plus bizarre. On fait de la musique pour les gens qui ne veulent pas de tous les trucs qui passent à la radio ou sur MTV. Si tu veux être un fan des Melvins, il faut d’abord que tu nous trouves. Personne ne viendra t’aider. Des magazines comme le tien peuvent aider, mais à part ce genre de médias, qui d’autre a de la place pour ce qu’on fait ? On doit faire les choses nous-mêmes et c’est pour cette raison que je fais le maximum. Mais honnêtement, si on passait sur MTV ou à la radio avec une fréquence de rotation aussi élevée que celle de Madonna ou Nirvana, on vendrait des tonnes de disques. Ça ne fait absolument aucun doute. Tu prends n’importe quel morceau de (A) Senile Animal, tu le fais passer à la radio, à la télé, sur MTV tous les jours et partout dans le monde : on en vendra des caisses.

Tu as une idée de ce que vous vendez aux États-Unis ?
Non, pas exactement. Mais c’est vraiment correct. Ça nous suffit, même si je crois sincèrement que notre musique devrait vendre des millions et des millions. On n’est pas au bon endroit.

J’imagine que les fans des Melvins sont relativement loyaux.
Oui, et il y a en a un peu plus à chaque nouvel album. Nos fans ont toujours à peu près le même âge, ce qui signifie que ça évolue constamment, que des gens plus jeunes s’intéressent à nos disques récents et qu’on reste un groupe intéressant. Ça s’arrêtera quand on arrêtera nous-mêmes la musique. En attendant, les gens nous suivent parce qu’on n’endosse pas un rôle ou un costume et qu’on ne fait pas ce que les gens attendent de nous. C’est ça le truc. Ça va faire 25 ans qu’on fait de la musique. Si tu considères notre histoire et la musique qu’on a fait jusqu’ici, je te mets au défi de trouver un seul groupe qui a réussi à couvrir un spectre aussi large et varié que le nôtre.

Si tu devais expliquer la longévité des Melvins, et le fait que vous avez toujours été un groupe extrêmement prolifique…
(Coupant) On ne s’en fout pas, voilà la raison. Je me soucis vraiment de ce que je fais, j’aime ça, je suis un songwriter et je refuse la médiocrité. Je la refuse ! J’ai le souci constant de ce que je fais.

Il y a un milliard de groupes médiocres qui prétendent refuser la médiocrité.
Je ne fais pas partie de ces groupes. Ils ont quelque chose qui cloche, je ne sais pas quoi, ils devraient essayer d’être un peu plus originaux, de faire quelque chose qui n’a pas déjà été fait mille fois. Des groupes originaux, je n’en connais presque pas, même pas dans la scène soi-disant underground. Il faut moins de cinq minutes pour deviner exactement ce que ces groupes essayent de faire ou d’être. Ce sont les hybrides qui m’intéressent. Je l’ai déjà dit mais pour moi, on est un groupe de death metal croisé avec Captain Beefheart. Réfléchis bien à ça, c’est pertinent. Du Captain Beefheart heavy metal ! (Rires)

Ah ah ah, tu peux pas savoir combien ça me fais plaisir d’entendre ça. J’ai une mauvaise manie qui consiste à placer Captain Beefheart dans quasiment toutes mes interviews et…
… et j’ai tiré le premier, c’est ça ?

Exactement ! Quelques années après Unconditionnally Guaranteed et Bluejeans & Moonbeams, il s’était excusé publiquement en disant à la jeunesse d’alors de ne jamais acheter ces deux albums. Y’a-t-il un disque dans la discographie des Melvins qu’avec le recul tu déconseillerais absolument ?
Non non, aucun ! On a fait tellement de choses différentes. Chaque disque est valable, rien n’est à jeter. Je crois que mes deux disques préférés de Beefheart sont Spotlight Kid et Clearspot. Je n’aime pas tellement Trout Mask Replica, je le trouve un peu chiant. Clearspot et Spotlight Kid devraient se vendre à des millions et des millions d’exemplaires : voilà du rock VRAIMENT intéressant. Tout le monde devrait aimer cette musique. C’est tellement bien vu, tellement intelligent et tellement bien exécuté. C’est exactement ce que je veux faire avec ma propre musique et d’ailleurs c’est ce qu’on fait. Par contre, ce mec est bien meilleur musicien que peintre. Je me demande pourquoi il a arrêté la musique pour peindre ces merdes !

Parce qu’à ce qu’on dit, il est malade.
C’est des conneries ! Si il avait été malade tout ce temps, il serait mort à l’heure qu’il est ! Il est juste trop flemmard pour faire de la musique, c’est tout. J’ai 44 ans et à mon âge il ne sortait déjà plus rien. Je refuse de laisser tomber. C’est la différence entre moi et Beefheart. Ne jamais s’arrêter et refuser la médiocrité ! Sérieusement, je crois qu’à ce point de notre carrière, on n’a jamais été aussi bons. Ok, tout le monde dit ça. Mais je mets n’importe qui au défi de prouver que nous sommes moins bons aujourd’hui qu’avant, surtout en live.

Ce qui suit est une vraie question, pas une attaque : Est-ce que tu crois vraiment avoir le recul nécessaire sur ce que tu as fais récemment pour pouvoir affirmer que tu es meilleur aujourd’hui qu’hier ? Je veux dire, en dehors de l’aisance personnelle que tu as pu acquérir en 25 ans de carrière ?
Ce que je peux affirmer en tout cas, c’est que quand je réécoute ce qu’on a fait 20 ans plus tôt, j’ai l’impression d’écouter un autre groupe. C’était moins au point, ça sonnait moins bien. Aujourd’hui, j’ai une sensibilité différente, toute mon approche de la musique a changé, j’ai plus confiance en moi, je suis devenu meilleur compositeur, meilleur guitariste et meilleur chanteur que je ne l’ai jamais été ! J’aime tous nos vieux trucs pour ce qu’ils sont, ça remonte à tellement longtemps – et d’ailleurs, il nous arrive encore de les jouer – mais ça n’était PAS AUSSI BON (rires). Désolé ! Les gens pensent ce qu’ils veulent, c’est comme ça : on est meilleurs aujourd’hui !

Beaucoup de gens apprécient les Melvins en terme d’« ère de tel ou tel bassiste ». Certains aiment l’ère Rutmanis, d’autres préfère l’ère Lorax…
La plupart de ces gens n’ont jamais vus aucun de ces bassistes. Moi j’ai joué avec eux, et je sais.

Ce qui veut dire que pour toi, la meilleure façon de se faire une opinion des Melvins, c’est de vous voir sur scène ?
C’est UNE bonne façon. Notre approche du live et du studio sont assez différentes. Nos albums sont conçus pour être joués dans des conditions plus intimes : dans ta voiture ou chez toi. Les concerts, c’est une forme de communication sur le plan humain. C’est deux choses totalement différentes et on essaye de ne pas les aborder de la même façon. On adapte toujours les morceaux, vieux ou récents, pour qu’ils fonctionnent en live, on change beaucoup de choses et ça devient des entités complètement différentes. Et ces échanges humains, c’est un truc que tu n’auras jamais sur un enregistrement live ou sur le net. Aujourd’hui encore, on fait presque 100 dates par an et c’est toujours une expérience incroyable. J’adore jouer live.

La tournée Nude With Boots commence par une release party au magasin Amoeba de Los Angeles en juillet…
Oui. Ensuite on tourne aux États-Unis. On arrive en Europe vers le 15 septembre et on y reste jusqu’à la fin octobre.

Pour finir, il y a un album des Melvins que tu aimes plus que les autres ?
Difficile d’en choisir un mais je peux te faire un top 5. Je dirais Colossus Of Destiny, Eggnog, Stag, (A) Senile Animal et Nude With Boots.

www.melvins.com
www.ipecac.com

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KING BUZZO – PORTRAIT CHINOIS

Si tu étais…

…une femme
Vampira.
…un dictateur.
Eisenhower.
…un disque.
Fun House des Stooges.
…un morceau.
« Kentucky Avenue » de Tom Waits.
…une rock star vivante.
Pete Townshend.
…une rock star morte.
Je brûlerais en enfer !
…une partie du corps de Dale Crover.
Ses cheveux. Parce qu’il les perd !
…un animal.
Un Thylacine, un tigre de Tasmanie.
…un personnage de conte.
Oliver Twist.
…un objet.
Une mitrailleuse.
…un film.
Le Trésor de la Sierra Madre.
…un livre.
La Sagesse dans le Sang de Flannery O’Connor.
…un mot.
Go !

 

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #6 (été 2008)
couv NOISE MAG#6

NOISE#6 – En kiosque le 5 juillet

21 Juin

Couv 6
En couv : Melvins, 25 ans de réfléxion (illustration par Rica)
Perdu de vue : Sebadoh
Disco : Theo Hakola (Passion Fodder + Orchestre Rouge)
Blind Test : Isis
Strip : Naga’wicked #1 (par Nagawika)
Interviews : Mudhoney, Diamanda Galás, The Notwist, Boredoms, Guapo, Torche, Made Out Of Babies, Tricky, Xiu Xiu, Wire, Experience, Thalia Zedek, Tribe After Tribe, Transitional, Billy Gould, Triclops!, Us Christmas, The Black Angels, Wildlife, The Mabuses, Greedy Guts, Pneu, Across Tundras, Witch, Testament, Caldera, Rome, Ufomammut, Bon Iver, H-Burn, Grand Magus, Lambwool, Ruby Throat, Beehoover, Luke Temple, Esoteric, Revo, The Hellacopters, Jakob…
Dossiers : Coachella, Villette Sonique, Ed Repka, West Menphis 3

+ chroniques disques, rééditions, compilations, lectures, dvd, news…

INTERVIEW – (THE) MELVINS: Le Rock n’est pas mort (il a un Alzheimer)

15 Sep

melvins

photos (c) kaz tsurudome

On ne va pas vous faire un dessin, Tanxxx l’a déjà fait dans le dernier numéro pour illustrer le dossier Melvins. Simplement, depuis ce dernier numéro, il s’est passé des choses qui méritent qu’on s’y arrête : d’abord, c’est confirmé, les Melvins ont fusionné avec le duo Big Business, soit Coady Willis et Jared Warren. Depuis, et pour la première fois en plus de vingt ans de carrière, les Melvins ne sont plus trois, mais quatre, avec deux batteurs. Et puis, étrangement, subitement, ils se font appeler (The) Melvins. C’est sous cette forme inhabituelle qu’ils viennent de sortir (A) Senile Animal, dix-huitième album studio, sans compter les innombrables albums lives, ep, singles, disques solo, projets parallèles et autres bizarreries. Sans compter non plus leur album précédent, Houdini: A Live History Of Gluttony And Lust sur lequel nous n’avions été que trop brefs. Et après ça, promis, on arrête de vous embêter avec les Melvins… jusqu’à nouvel ordre.

Ca se passe bien avec les Big Business?
Buzz : Jusqu’à présent oui, mais on vient de commencer. Tout peut arriver ou plutôt tout va arriver.
Dale : Ces deux gars ont joué dans d’autres groupes assez populaires aux USA – de grands groupes, des groupes géants. Ce sont des gros types qui font du business, et bien que le batteur soit gros, il est gaucher. Mais ça marche super bien parce que je suis droitier, donc en quelque sorte, on se rejoint au milieu.

Pouvez-vous me raconter comment Jared et Coady ont finalement intégré le groupe, comment ça s’est passé, qui a contacté qui…?
Buzz : Oui, je pourrais tout te raconter, mais je ne pense pas que je vais le faire. Bon… ok. C’était mon idée. Ca s’est fait en six mois à partir du jour où on est rentré en contact. On cherchait quelque chose de neuf, et on a mis le doigt dessus.
Dale : C’était un peu difficile au départ, mais nous les avons lobotomisés. Ils ne pourront plus jamais revenir en arrière.

Est-ce qu’ils ont participé d’une façon ou d’un autre à l’écriture de Senile?
Buzz : Disons que j’avais la plupart des morceaux en tête, mais ils leur ont vraiment donné du corps. Jared a écrit certaines parties ainsi que des lignes de voix ici ou là. C’était stimulant… mais pas d’un point de vue sexuel.
melvins

photos (c) kaz tsurudome

Y’a-t-il des morceaux qui ont radicalement changé avec leur arrivée?
Buzz : Les nouveaux morceaux n’ont pas changé puisqu’ils n’existaient pas encore. Les vieux morceaux ont pris une couleur nouvelle, si on veut.

Les raisons du départ de Rutmanis? C’était sa propre décision ou il s’est fait virer?
Buzz : Se faire virer n’était pas sa propre décision. Parcontre, c’était sa décision de faire ce qui l’a amené à se faire virer.

Vous n’avez jamais pensé à engager Trevor Dunn comme bassiste… heu… « permanent » au moment de Houdini Live?
Buzz : Quant on lui a demandé, il nous a dit d’aller sucer le chien qui était couché dehors. C’est un putain de jazzeux, ce qui pour nous signifie : un sale lèche-cul qui ne pense qu’à faire des solos. Quel nase.

Vous allez continuer à tourner avec ce concept de Houdini Live?
Buzz : On devrait continuer, mais qui sait… J’espère qu’on pourra faire plus de concerts avec Trevor, mais c’est un poltron, une vraie bite.

Qu’est ce qui vous a décidé à sortir ce disque?
Dale : On n’avait aucune autre idée à ce moment-là, et l’album (Ndlr : Houdini, 1993, Atlantic) s’était très bien vendu dans le passé, ça a été notre plus grosse vente. Alors on s’est dit que tout le monde allait l’acheter une deuxième fois! Atlantic est encore déficitaire de plusieurs millions de dollars et on a réenregistré l’album sans qu’ils puissent même espérer en voir la couleur ! Ils ne pourront pas toucher un seul centime sur ce disque. L’argent ira directement sur nos comptes en banque.

Rétrospectivement, vous portez un regard plutôt négatif sur les années Atlantic?
Buzz : Pas du tout. Si Atlantic avait voulu continuer à sortir nos disques, on serait encore sur une major – avec les mêmes conditions. On avait la possibilité de faire ce qu’on voulait sans avoir de problèmes. Ils ne nous dictaient rien. S’ils nous avaient dit : «On veut que vos morceaux sonnent plus à la No Doubt», ou plutôt : «Sonnez comme Nirvana», là oui, j’aurais déguerpi, et ça aurait été la fin de l’histoire.

C’est donc en tant que «classique» qu’Houdini a été choisi pour la série Don’t Look Back des All Tomorrows Parties. Pensez-vous aussi que c’est l’un des meilleurs disques de votre discographie ?
Dale : Non, mais on était content qu’ils ne nous demandent pas de jouer Gluey Porch Treatments ou Ozma. On aurait dû refuser. Pour nous, ces deux albums sont comme des problèmes de math très complexes. Ca aurait été comme retourner au collège, avoir un contrôle de math et se planter. Non, je ne pense pas que ça soit notre meilleur disque, mais c’est peut-être un classique en effet. Nous sommes vraiment contents qu’ils nous aient demandé de le jouer sur scène. On s’est beaucoup amusés en le faisant.

Revenons au nouvel album. Pourquoi “THE” Melvins?
Buzz : Et pourquoi pas?

Peux-tu expliquer le titre: (A) Senile Animal?
Buzz : Ca a un rapport avec (Un) Animal Senile. «(Un)» comme un certain quelque chose, «senile» comme gâteux je suppose, et «animal» comme dans «Eric Burden and…»

Comment s’est déroulé le travail à deux batteries ? Ca a été facile de trouver un terrain d’entente?
Buzz : On a travaillé très dur sur les batteries. Donc dire que ça a été facile est un doux euphémisme. Dale et Coady sont de bons batteurs, ça nous a bien aidés.
Dale : En fait, c’est plus facile maintenant – pour partager l’argent. A trois, c’était toujours compliqué, il y avait toujours un centime en trop. Mais aujourd’hui, c’est plus simple d’arrondir la somme, on arrive à être à peu près équitables, même si on les paye toujours moins bien que nous.
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photos (c) kaz tsurudome

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Après les collaborations avec Lustmord et Jello Biafra, vouliez-vous, en quelque sorte, revenir à un son plus «purement» Melvins, pour autant que ces deux mots mis bout à bout aient un sens…?
Buzz : On peut dire que c’est vrai, à un certain degré, mais pas entièrement. Je ne rabaisserai jamais le disque avec Lustmord ou notre travail avec Biafra en disant que ça n’est pas du pur Melvins. C’est plus pur que ça ne le sera jamais. Les gens doivent comprendre ça.

Vous comptez sortir d’autres disques avec Biafra?
Buzz : Rien n’est prévu pour l’instant. On aimerait sortir un album live.

Vos motivations sont-elle les mêmes aujourd’hui qu’à vos débuts il y a 23 ans?
Buzz : Au départ, on trouvait ça cool de faire un concert. On continue à trouver ça cool, donc oui, nos motivations sont les mêmes.

Vous pensez quoi du statut de “groupe sous-estimé” auquel les Melvins sont souvent associés?
Buzz : J’aimerais mieux gagner plus d’argent, plutôt que de me soucier de savoir comment nous sommes “estimés”. Certaines personnes ont sans doute de bonnes raisons de penser que nous sommes sous-estimés.

Et celui de « groupe le plus influent»?
Buzz : Pas grand chose. Globalement, on a souvent l’impression que les groupes ont cinq ou dix ans de retard sur nous. Si les groupes de Doom et de Gloom sont populaires aujourd’hui : ok, génial, c’est ce qu’on faisait déjà il y a quinze ans. N’importe quoi. Personne ne peut gagner avec ce genre de musique. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. On était une grosse influence pour Kurt Cobain, et regarde ce qui lui est arrivé.

Tu as déjà pensé à faire autre chose que de la musique pour gagner ta vie?
Buzz : Comme quoi ? Si je devais choisir, je serais sous-fifre. Ou bien voleur.

J’ai vu une affiche pour une soirée d’Halloween à Jacksonville avec les Melvins, Altamont, Porn, Dave Stone, Big Business et David Yow. Est-ce que Yow fera une performance solo, ou chantera avec l’un des groupes? Il prépare un album solo, non?
Buzz : En fait, aucun de ces groupes ne jouera avec nous ce soir là. David Yow chantera pour nous à Atlanta et Athens.

Vous allez tourner en Europe pour Senile?
Buzz : Je pense…

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Du neuf avec vos projets parallèles, Altamont, Fantômas, Venomous Concept?
Buzz : Fantomas n’a absolument rien de prévu pour l’instant. Pour Venomous Concept, Dieu seul le sait. Altmont va sortir un nouvel album intitulé Cue Stick.

Et avec les Melvins, la suite est déjà prévue?
Buzz : Nous devrions sortir un disque de remixes avant la fin de l’année.

Francoise Massacre & Vuk Valcic
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
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DOSSIER MELVINS Part VI: La Buzz Box

6 Juin

En 1995, la maison DOD met sur le marché la Buzz Box FX-33, une pédale de distorsion couplée avec un octaver sensée reproduire le son de guitare de Buzzo. Inspirée de la MXRs Bluebox, avec quatre potards délicieusement nommés Heavy (basses, jusqu’à deux octaves inférieures), Buzz (distorsion), Thrust (niveau) et Saw (aigus), la Buzz Box n’est apparemment pas un modèle de subtilité : «Je n’ai rien à voir avec ça, je veux dire, merde, est-ce que ma guitare sonne vraiment si mal que ça? (…) La Buzz Box est totalement inutile. Elle sonne comme un aspirateur». Aujourd’hui épuisée et absolument collector, vous pourrez peut-être la dégoter sur ebay pour 25 euros si vous avez beaucoup de chance, pour 150 si vous êtes riche et fétichiste, puis m’en faire cadeau parce que vous êtes gentil.

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
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DOSSIER MELVINS Part V: Buzz’s Venomous Concept (Parce qu’il faut bien se détendre)

6 Juin

venomous buzz

BUZZ à propos de White Zombie : «Ces mecs sont des bites (…) Le chanteur est le plus grand trou du cul à qui j’ai jamais eu à faire»

BUZZ à propos des Allemands : «Sans intérêt et absolument aucun sens de l’humour. Sans exception»

BUZZ à propos de Lord Of Chaos et de l’Inner Black Circle norvégien : «Je pense que ces gars étaient une bande de petites frappes pleurnichardes. Comme ce type en prison, Varg, qui sort “oooh, je suis si ennuyé qu’ils m’aient confisqué mon ordinateur”. Mettez-le en prison dans l’Arkansas avec ses cheveux longs et sa petite bouche en cœur pour voir… un prisonnier death-metalleux avec un putain d’ordinateur…»

BUZZ à propos d’Ozzy Osbourne : «Ozzy est une momie édentée. C’est horrible. Son cerveau est complètement ruiné à tel point qu’ils sont obligés de lui coller deux prompteurs tous les soirs avec des lettres de dix centimètres de haut juste pour qu’il arrive à sortir “ generals gathered in their masses ”. Va te faire foutre… Mais va te faire foutre ! Quarante balles pour voir ce putain de déchet»

BUZZ à propos du Ozzfest : «Je hais le Ozzfest, je hais l’organisation, je hais Ozzy et sa femme et tous les gens qui sont impliqués là-dedans (…) Ils traitent tout le monde comme de la merde, tous les groupes sont sous-payés, c’est de l’arnaqu

BUZZ à propos de Kid Rock : «Kid Rock ! Je déteste ! Ils sont idiots !»

BUZZ à propos des Nashville Pussy : «Dale m’a dit que la bassiste était une vraie merde. J’aimerais bien pouvoir lui dire : Écoute ‘dude’, t’as de la chance de ne pas avoir de pénis, parce que plus personne n’en aurait rien à foutre de toi. Bonne chance sur Mercury Records»

BUZZ à propos de Chris Cornell : «Si j’étais Chris Cornell et que j’avais des millions et des millions de dollars, je ferais des trucs de dingue avec (…) et qu’est-ce que fait ce mec ? Il est plein aux as et il fait LA MERDE LA PLUS CHIANTE JAMAIS PRODUITE SUR CETTE TERRE»

BUZZ à propos de Dave Grohl : «Si j’étais Dave Grohl, je ne perdrais pas mon temps à jouer de la merde. Si j’avais été dans un groupe comme Nirvana et que je voulais continuer ma carrière musicale, je ne serais pas là à sortir des tas de merdes pour devenir encore PLUS commercial que dans le passé»

BUZZ à propos de Relapse : «C’est le genre de labels qui devient de plus en plus gros, de plus en plus stupide et qui ne fait que suivre la mode. Ça avait commencé comme quelque chose de vraiment bénéfique pour la musique underground, et au final c’est devenu uniquement une machine à faire du fric»

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
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DOSSIER MELVINS Part IV: Une vie après les Melvins, Les Side-Projects

6 Juin

VENOMOUS CONCEPT

Lorsque le nom de Venomous Concept commence à sortir de la brume à l’automne 2003, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Il était difficile de ne pas saliver en imaginant le potentiel de feu contenu dans la réunion d’un Melvins (Buzz), de deux Napalm Death (Shane Embury et Danny Herrera) et d’un Brutal Truth (Kevin Sharp) et les pronostics allaient bon train quant à la couleur musicale du fruit de cette union à venir, Retroactive Abortion.
Cependant, sur le site officiel du groupe, on nous prévenait : «nous enregistrons ce que nous voulons, quand nous le voulons… nous ne sommes sous le joug d’aucun label… nous sommes seuls maîtres de notre musique, de notre art, de nos médias…».
Un surprenant All Stars qui ne se revendique donc d’aucune école et d’aucune chapelle, si ce n’est de celles de l’insoumission, du «punk hors-la-loi» et de l’internationale «hardcore punk japonais, suédois, anglais et west-coast», ce qui brasse relativement large. Toutefois, le parallèle entre Venomous Concept et Poison Idea (RIP Pig Champion) saute immédiatement aux yeux et aux oreilles. Car cette charge hardcore punk coupée au grind vieille école (l’unique brûlot du groupe à ce jour) aurait fort bien pu sortir 20 ans plus tôt au milieu des 80’s, à la grande époque des premiers Napalm, SOD et PI. On n’y voit que du feu, on n’y entend que la charge féroce des guitares, les brutal-blasts en rafales assassines, et les diatribes dégueulées de Sharp: anti-flics, anti-mainstream, anti-nazis, anti-corporate rock, et hum… anti-politique. Françoise Massacre
Retroactive Abortion (Ipecac, 2004)

FANTÔMAS & FANTÔMAS MELVINS BIG BAND

1998, Faith No More… no more. Mike Patton, jamais désœuvré, ourdi de nouveaux projets dont Fantômas – né de son désespoir de ne pas trouver en bac un combo metal digne de ce nom – n’est pas des moindres. Mike décide de réunir sa dream team à savoir le guitariste Buzz Osborne, le batteur Dave Lombardo (Slayer) et son vieil ami bassiste Trevor Dunn (Mr Bungle). Il envoie donc une demo enregistrée de A à Z par ses soins aux trois musiciens, lesquels, à sa grande surprise, se montrent très intéressés.
Le supergroupe sortira quatre opus cinglés entre 1999 et 2005 : Fantômas (… Amenaza Al Mondo), soit une collection de 30 «pages» dont la plupart ne dépassent pas les deux minutes. Voici donc le metal selon Patton: débarrassé de toutes structures conventionnelles (couplet/refrain, n’y pensez même pas !) et même de toutes paroles (l’influence d’Obituary?). Borborygmes, cris en tout genre, blast-beats, samples déglingués et riffs ultra metal sont les bases de cette musique de fous pourtant réglée au millimètre. Suivra The Director’s Cut, un album composé de reprises très personnelles de musiques de films (The Omen, Cape Fear, Rosemary’s Baby…) qui se paiera même le luxe de rentrer dans les charts de certains pays (l’Australie notamment). Delirium Cordia ensuite, n’est lui composé que d’une seule et longue plage ambiante cauchemardesque alors que Suspended Animation, enregistré durant les même sessions, redessine l’optique initiale de Fantômas puisque composé de trente salves metal fulgurantes, mais agencées cette fois autour de samples de cartoons ! Concept toujours ! N’oublions pas Millenium Monsterwork Live: New Year’s Eve 2000 enregistré le 31 décembre 1999, témoignage de la rencontre scénique des Melvins et de Fantômas qui pour le coup interprètent à l’unisson des titres issus de leurs discographies respectives. La suite de tout ça en 2007… Olivier Drago
Fantômas (… Amenaza Al Mondo) (Ipecac, 1999), The Director’s CutDelirium Cordia (Ipecac, 2004), Suspended AnimationMillenium Monsterwork Live: New Year’s Eve 2000 (Ipecac, 2001), (Ipecac, 2005) & (Ipecac, 2002)

ALTAMONT

Altamont voit le jour à San Francisco dans la première moitié des 90’s, quand Dale Crover se dit qu’il serait grand temps de rentabiliser la guitare de ses rêves, une Les Paul Goldtop 1957, histoire de ne pas craquer sa bourse pour des prunes. Il recrute alors son colloc’ et ami Dan Southwick à la basse et le batteur Joey Osbourne (rien à voir avec Buzz ni avec Ozzy), aujourd’hui dans Acid King. Quant à Crover, il se taille la part du lion en poussant la chansonnette et en grattant sa six-cordes. En 97, ils se fendent d’un split avec Acid King, dont la chanteuse/guitariste/bikeuse deviendra la future-ex-femme de Crover (avis aux amateurs de tabloïds et ragots alternatifs). L’année suivante, ils sortent leur premier album Civil War Fantasy sous la houlette de Billy Anderson (encore lui). Un disque capiteux à cheval entre psychédélisme Hendrixien, southern rock à la Lynyrd, et stoner bien charpenté. Passé le troisième millénaire, Altamont enchaîne avec l’excellent Our Darling, moins sudiste mais plus Hell’s Angels que le précédent. Gage de leur éclectisme, les deux reprises au poil des Who et de Johnny Thunder. Enfin, après un hiatus de 4 ans dû à la dispersion géographique des membres du groupe, Altamont revient avec le délicieux The Monkee’s Uncle dont j’ai déjà vanté les mérites dans les pages du numéro six. Nous n’y reviendrons pas. Mais sachez seulement qu’entre-temps et au fil des écoutes, ce dernier album d’Altamont a pris encore plus d’épaisseur. On s’attache, on s’attache… Francoise Massacre
Wanted Dead Or Alive (split w/ Acid King, Man’s Ruin, 1997), Civil War Fantasy (1998, Man’s Ruin), Our Darling (Man’s Ruin, 2001), The Monkee’s Uncle (AntAcidAudio, 2005)

PORN (MEN OF)

Pour le projet à géométrie variable dont il est à la fois l’instigateur, le pilier, le cerveau, le chanteur et le guitariste, Tim Moss (Ritual Device) a toujours su s’entourer plus que convenablement. Au menu des deux premiers albums : Joe Goldring (ex-Swans, Enablers), Guy Pinhas (The Obsessed, Goatsnake, Acid King) ou Brian Hill (Buzzov-en, Acid King), entre autres invités pas dégueu. Puis en 2005, ce sont Dale Crover et Billy Anderson qui prennent part aux festivités dionysiaques de Wine, Women And Song…, troisième et dernier chapitre de l’aventure Porn. Crover dans le rôle du ferrailleur-batteleur-percussionniste, Anderson dans celui, multiple, de maître d’œuvre, producteur, organiste, bassiste, pianiste et choriste. Sous des dehors bûcherons et un peu frustres, la débauche stoner-heavy-rock musclée de Wine, Women And Song cache quelques moments d’expérimentations et de méditations subtiles, et finalement ce Porn-là s’apprécie non seulement avec le corps et la chair, mais aussi avec l’esprit. Fred Copula et ses amis feraient bien d’en prendre de la graine. Francoise Massacre
Wine, Women And Song… (Smallstone, 2005)

Francoise Massacre & Olivier Drago
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
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DOSSIER MELVINS Part III : Séléction Discoïde (Commentée par les Melvins)

6 Juin

GLUEY PORCH TREATMENTS (1987, Alchemy Records)

Buzz : «Titre génial ! Un classique que personne pourtant n’aimait à l’époque»
Dale : «Enregistré dans le même studio que Huey Lewis And The News par un type qui jouait dans Hanoi Rocks. Dix-huit problèmes de math enregistrés et mixés en quatre jours»
Premier album officiel du trio. Contient déjà l’équation du son Melvins: punk ralenti à l’extrême, Sabbath coulé dans le plomb et voix belliqueuse. L’impensable c’est que 20 ans plus tard ce disque n’a pas vieilli d’un iota.

OZMA (1989, Boner Records)

Buzz : «Titre volé ! Après ce disque, on pouvait tourner sans perdre trop d’argent»
Dale: «J’ai trouvé une paire de Rayban dans le studio où on enregistrait. J’avais l’impression de ressembler à Sterling Morrison»
Premier album avec Lorax et premier album pour Boner. Plus abouti, peut-être plus «metal» et certainement plus aventureux que son prédécesseur, Ozma reste cependant dans la lignée de Gluey Porch, les morceaux ayant été composés grosso modo à la même période.

BULLHEAD (1991, Boner Records)

Buzz : «J’ai eu l’idée de ce titre pendant un long trajet depuis Los Angeles ! On joue toujours certains de ces morceaux en live. Dang !»
Dale : «Enregistré dans une maison reconvertie en studio où jenesaisplusqui a écrit ce célèbre livre de vampires. J’imaginais déjà les chroniques qui paraîtraient sur l’album, « Bullhead is bullshit ». Je porte les fameuses Rayban sur la photo à l’intérieur de la pochette »
Plus lent, plus lourd. «Boris», «Anaconda» et «Ligature» sont des pièces colossales, étouffantes, au son abrutissant. Trois monstres de heavy-rock massif, obsédé et menaçant.

EGGNOG (1991, Boner Records)

Buzz : «C’est Dale qui a eu l’idée de ce titre ! Ca faisait longtemps qu’on pensait à l’utiliser. Je préfère les formats EP aux albums contrairement à ceux qui achètent les disques»
Dale : «En réponse aux imbéciles d’Allemands qui disaient que Bullhead était un album commercial. Buzz jouait de la guitare slide avec une pile 9 volts»
EP fulgurant, sauvage et expérimental. Du punk’n’hard’n’roll hargneux chauffé aux larsens puis sabordé par la vague de sludge vicié de «Charmicarmicat».

Les EP solo:
KING BUZZO (1992, Boner Records)

Enregistré et composé par King Buzzo et un certain Dale Nixon, soit Dave Grohl (Dale Nixon est également le pseudo de Greg Ginn sur My War de Black Flag). Peut-être le plus «typiquement Melvinsien» de la trilogie, pour autant que l’expression ait un sens.

DALE CROVER (1992, Boner Records)

Dale l’homme-orchestre a composé l’intégralité de ce one-shot heavy-pop, ne laissant que les parties de basse et quelques backing vocals en pâture à son ex-épouse Debbie Shane.

JOE PRESTON (1992, Boner Records)

Enregistré en une après-midi. Bien que dénigré par cette langue de vipère de Buzz («Joe l’a fait comme il aurait fait ses devoirs. Il n’était pas impliqué. (…) C’était le début de la fin pour lui»), l’effort solo de Preston est pourtant le moins anecdotique des trois EP avec son «Hands First Flower» de 23 minutes, sale, bizarre et poisseux comme un lendemain d’apocalypse.

LYSOL, l’album sans titre (1992, Boner Records)

Buzz : «Titre volé! Pour éviter un procès, nous avons dû cacher le titre avec du scotch noir. Pour l’occasion, on a organisé une soirée « camouflage de titre » dans les locaux de Boner. On était tous sous Acid»
Dale : «Un type m’a appelé en prétendant être journaliste. Il voulait savoir pourquoi on avait appelé l’album Lysol. Je lui ai répondu que les Indiens du Canada aimaient bien en boire pour planer. Tu connais la suite, on est passé à deux doigts du procès»
Lysol reprend là où Bullhead en était resté. Un pavé doom rock de 31 minutes, ultime et définitif. L’album sans lequel le légendaire Dopesmoker de Sleep n’aurait jamais vu le jour. Et puis, écoutez les 10 premières minutes… Sunn O))) non plus n’est pas né de la cuisse de Jupiter. Tout est là.

HOUDINI (1993, Atlantic)

Buzz : «Titre volé! Nos débuts à Atlantic! C’était génial de sortir un disque sur le même label que les Stones et Led Zep!»
Dale : «Notre plus grosse vente! Même Pat Travers l’a aimé!»
Premier volet du triptyque Atlantic. Classique, tubesque et vicelard. La reprise de «Goin’ Blind» de Kiss est à tomber.

STONER WITCH (1994, Atlantic)

Buzz : «C’est Dale qui a eu l’idée de ce titre! On a pris du bon temps en l’enregistrant. On joue toujours pas mal de morceaux de ce disque en concert»
Dale : «À chaque fois que je rentrais dans la cabine, les ingénieurs du son étaient en train de mater un porno»
Si vous voulez savoir comment faire partouzer frénétiquement le Sabbath, Black Flag, Throbbing Gristle, Metallica, Ministry, Kiss, Jesus Lizard, ZZ Top et Motörhead lubrifiés au vitriol, vous trouverez en Stoner Witch un mode d’emploi ébouriffant et sarcastique sur la meilleure manière de s’y prendre.

PRICK (1994, Amphetamine Reptile)

Buzz :«C’est notre surnom pour désigner un Kobain mort! Cet album est top, super cool et classieux»
Dale : «On avait l’intention d’appeler ce disque Kurdt Cobain jusqu’au moment où il s’est buté»
Bruitiste, expérimental, invendable! «Pure digital silence» est-il un morceau à la gloire du «4’33» de John Cage ou bien une simple bouffonnerie?

STAG (1996, Atlantic)

Buzz :«Titre volé à un magazine porno! On arrivait pas à croire qu’Atlantic voulait ENCORE sortir un album supplémentaire, alors on a fait en sorte que ça soit la dernière fois »
Dale : « Un de mes préférés ! On tripait sur Queen à cette période »
Dernière galette d’excellence pour Atlantic avant la mise à pied. La maison de disques déballe la grosse artillerie avec pas moins de quatre producteurs chevronnés aux commandes : GGGarth (Rage Against the Machine, Jesus Lizard, Sick of It All, Kiss, Alice Cooper, L7…), Joe Baressi (QOTSA, Tool, Kyuss…), Alex Newport (Kylesa, Mars Volta, Godheadsilo, Sepultura) et Chris Kozlowski (Spirit Caravan, Earthride, Black Manta…). Résultat : trop fou, trop ovniesque, trop copieux, trop indispensable (trop bon ?) pour Atlantic.

HONKY (1997, Amphetamine Reptile)

Buzz :«Titre marrant et raciste à mort! On l’a enregistré juste avant qu’Atlantic nous laisse tomber. On se disait que si jamais ils voulaient un autre album, on aurait juste à ramasser l’avance et à leur envoyer ce disque»
Dale : «Notre album le plus négligé. Un des meilleurs!»
Un album torché en six jours pour le cas où Atlantic reconduirait le contrat. Un peu anecdotique. Un Stag pas très abouti.

THE MAGGOT (1999, Ipecac)

Buzz :«Titre cool! J’ai écrit la plupart des morceaux de l’album juste après notre retour du OZZ Fest»
Dale : «Pure fuck you heavy metal!»
Brûlot heavy-rock nerveux et trapu inaugurant comme il se doit cette trilogie Ipecac à cheval sur les deux millénaires.

THE BOOTLICKER (1999, Ipecac)

Buzz :«Un autre titre cool! Certains des morceaux étaient assez vieux mais c’était plutôt cohérent après The Maggot»
Dale :«Le jour où on a terminé The Maggot, on est passé à la vitesse supérieure. Nous avons aussitôt commencé à enregistrer The Bootlicker. Même studio, mêmes personnes, même tout ! Un autre disque négligé, également l’un des meilleurs !»
C’est l’album « calme ». Mais au détour des volutes fluides de pop psychédélique ou sucrée, il convient de s’offrir une petite incartade dans le crétinisme sonique à la Residents de «We We».

THE CRYBABY (2000, Ipecac)

Buzz :«Notre surnom à nous pour Jesucristo crucifié ! Que des guest stars ! On leur a laissé faire tout ce qu’ils voulaient»
Dale : «Bizarrement, nous avons commencé l’enregistrement aussitôt après The Bootlicker. J’ai écris un morceau pour Tool. Trois disques complètement différents enregistrés en même temps. Une trilogie!»
Mélange de reprises (Merle Haggard, Hank Williams, Nirvana) et de compositions originales, The Crybaby est musicalement aussi hétéroclite que la batterie d’invités présents sur le disque (Tool, David Yow, Leif Garret, Hank Williams III, Mike Patton, Fœtus, Kevin Sharp, Henry Bogdan…).

COLOSSUS OF DESTINY, live (2001, Ipecac)

Buzz :«Titre volé! Le meilleur album live de tous les temps»
Live enregistré au Club Mangler (Californie) en 1998 avec Adam Jones à la guitare. 60 minutes non-stop d’improvisation noise jusqu’au boutiste. Sismique.

ELECTRORETARD (2001, Man’s Ruin)

Buzz : «J’ai eu l’idée de ce titre alors que j’étais assis en studio ! Je l’aime particulièrement. C’était marrant de massacrer nos propres morceaux»
Dale : «Re-travaillé, Ré-enregistré, Re-tardé!» (Ndlr: « retarded » signifie également « demeuré, idiot »)
Sorte de compilation de remixes et revisitations mongoloïdes de leurs propres morceaux.

HOSTILE AMBIENT TAKEOVER (2002, Ipecac)

Buzz :«C’est Kevin qui a eu l’idée de ce titre! On en a enregistré la plus grande partie pendant que Kevin tournait avec Tomahawk »
Dale : «Un bon nom pour un album, mais trop difficile à prononcer. On l’appelle HAT»
Dix-septième album, explosif et particulièrement schizoïde. Une auberge espagnole où rien ne ressemble à rien, où l’on zappe d’un solo de batterie furtif à un galop country-punk crétin, d’une bastonnade Melvins pur jus à une embardée free-rock psychédélique.

Melvins & Lustmord – PIGS OF THE ROMAN EMPIRE (2004, Ipecac)

Buzz :«C’est Kevin qui a eu l’idée de ce titre! Tout le monde croit que ça parle des États-Unis mais c’est bien marqué : « ROMAN EMPIRE »! Allô! »
Dale : «Lustmord a transformé un morceau de deux minutes en un morceau de huit minutes. Du pur génie!»
Depuis le début des années 80, Brian Williams aka Lustmord est l’un des musiciens les plus actifs de la scène industrielle et post-industrielle. Quand on connaît la propension des Melvins à l’expérimentation, la collaboration entre l’homme, le trio, et Adam Jones de Tool (aux guitares additionnelles) n’est pas si surprenante. Le produit de cette rencontre est un habile mélange de genre et de textures, un équilibre exquis entre la gravité des atmosphères bruitistes de Lustmord et la schizophrénie tantôt trash-punk, tantôt monolithique des Melvins, jamais mise à mal.

Melvins & Jello Biafra – NEVER BREATHE WHAT YOU CAN’T SEE (2004, Alternative Tentacles)

Buzz :«C’est ce que j’ai dit à Biafra quand il se plaignait du fait qu’on habite à Los Angeles! C’est un disque très différent de ce qu’on aurait fait à l’époque si Biafra n’avait pas été là. C’est la raison pour laquelle je le trouve très bon»
Dale : «Nous n’avions jamais passé autant de temps sur un album. Jello est comme Morris Le Chat» (Ndlr: célèbre chat au poil roux de la télé américaine des seventies, appelé aussi le «Clark Gable des chats», et dont la devise était «Un chat qui n’agit pas avec la plus grande minutie perd vite le contrôle de son maître»)
Fomentée par les Melvins, Never Breathe est la réponse de Biafra à la reformation des Dead Kennedys, après une série de batailles internes qui aboutirent à l’éviction du prédicateur-agitateur de son propre groupe. Plus proche du classicisme du punk californien sardonique des Dead Kennedys que du rock-metal alternatif des Melvins, avec un Biafra au sommet de sa rhétorique séditieuse.

Melvins & Jello Biafra – SIEG HOWDY (2005, Alternative Tentacles)

BuzzVolé à Tex Hitler! Je le trouve encore meilleur que Never Breathe»
Dale: «Cet album a été fait avec les chutes de Never Breathe, et je le trouve meilleur »
La suite de Never Breathe avec quelques extras, entre autres un remix de Dälek et une reprise du tout premier single des Dead Kennedys «California Über Alles» (1979)

HOUDINI LIVE 2005: A LIVE HISTORY OF GLUTTONY AND LUST (2006, Ipecac)

Buzz :«J’ai eu l’idée de ce titre en regardant une photo de Trevor Dunn! Le disque est meilleur que ce qu’on imaginait. Trevor kicks ass!»
Dale : « On a dit à Trevor de partir. Imagine, c’était comme si on jouait avec Jerry Schiff ! » (Ndlr : un des bassistes d’Elvis au début des années soixante-dix, réputé pour sa technique et sa précision).
L’histoire commence par une invitation lancée aux Melvins par le festival anglais All Tomorrow’s Parties pour jouer l’intégralité de Houdini sur la scène du Koko, Londres, au mois d’octobre 2005. Avec Trevor Dunn, seul homme capable de digérer les lignes de basses en un temps record, le groupe embarque pour Londres pour un premier Houdini live, puis pour Dublin autour du même concept. À leur retour, ils rentrent en studio pour sélectionner, mixer et masteriser les meilleures prises. Si A Live History Of Gluttony And Lust n’est pas meilleur que l’original de 1993, la dimension du live ainsi que la refonte de certains morceaux pour la scène lui confèrent une saveur nouvelle. Différent et tout aussi bon.

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
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DOSSIER MELVINS Part II : LA MORGUE DES BASSISTES (Commentée par les Melvins)

6 Juin

Les Melvins un trio? Ha, vous plaisantez. Car nul n’est censé l’ignorer: dans la mathématique Melvinsienne, 2+1 sera toujours égal à 2. On a beau préférer Joe Preston à Mark D, trouver l’ère Lorax de meilleure facture que l’ère Lukin, se dire que Rutmanis avait du style et était parti pour durer, que Trevor Dunn (ignominieusement oublié dans ces lignes) aurait bien fait l’affaire, les trouver tour à tour uniques, talentueux, défoncés, paresseux, vaniteux ou exemplaires, il n’en reste pas moins que la grande valse spinal-tapesque des bassistes des Melvins témoigne paradoxalement de la souveraine infaillibilité du couple Osborne/Crover, seuls maîtres à bord de leur navire. Retour cursif sur 23 ans de flux et de reflux.

matt lukin

MATT LUKIN

Melvins de : 1983 à 1987
A joué sur : The Mangled Demos From 1983, 6 Songs, 10 Songs, Gluey Porch Treatments
Autres groupes : Mudhoney
Signe particulier : premier bassiste des Melvins, allergique aux maths.
Buzz : «La rumeur dit qu’il est devenu un born-again Christian, mais c’est sûrement des conneries»
Dale : «La rumeur dit que c’est un born-again»

lorax

LORAX

Melvins de : 1988 à 1991 (puis en 1993 ?)
A joué sur : Ozma, Bullhead, Eggnog, Your Choice Live Series, Houdini
Autres groupes : Clown Alley (avec Mark Deutrom)
Signe particulier : fille de Shirley Temple, seule Melvins de sexe féminin, on l’a dite morte par overdose, ce qui n’est pas confirmé.
Buzz : «Qui sait ? Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Elle a rencontré les «Beetles» backstage… Elle est loin, très loin!»
Dale : «Un jour elle a piqué une crise simplement parce que j’avais dit qu’on était des nerds»

joe preston

JOE PRESTON

Melvins de : 1991 à 1992
A joué sur : Joe Preston, Nightgoat, Lysol
Autres groupes : The Whip (avec Jared Warren et Scott de Karp), Witchypoo, Men’s Recovery Project, The Need, Earth, Sunn O))), Thrones (son projet solo), High On Fire…
Signe particulier : caractère trempé, un peu paresseux, génial par ailleurs. S’est brouillé avec la moitié des groupes sus-cités, avec Buzz en particulier. Vient de quitter High On Fire. On l’aurait aperçu jouant du marteau piqueur pour le prochain Sunn O))).
Buzz : «La rumeur dit qu’il serait sur le point de terminer un master spécialisé en Sciences Actuarielles»
Dale : «Le torse de Joe est aussi poilu que celui de Paul Stanley»

billy anderson

BILLY ANDERSON

Melvins de : 1993 à 1993
A joué sur : Houdini
Autres groupes : Men Of Porn (avec Tim Moss et Dale Crover), Blessing The Hogs
Signe particulier : producteur/ingénieur du son au palmarès effrayant (High On Fire, Neurosis, Melvins, Swans, Sleep, Sourvein, Sick Of It All, Red House Painters, Om, Orange Goblin, Neurosis, Mr. Bungle, Fantômas, Eyehategod, Crisis, Cathedral, Buzzov’en, Asva, Altamont…)
Buzz : «La rumeur dit qu’il pratique une chirurgie d’effacement de tatouages intensive et qu’il serait sur le point de soutenir sa thèse de doctorat en Pharmacologie»
Dale : «Le surnom de Billy est Shredlocks ! (Ndlr : chevelure en lambeaux

Gene $immon$

GENE $IMMON$

(Ndlr : « S » transformés en « $ » sur l’initiative de Buzz)
Melvins : Jamais
A joué sur : quelques morceaux live sur une poignée de concerts des Melvins entre 1993 et 1994, dont une version de son propre morceau «Going Blind», qu’il décide alors de réintégrer au set de Kiss.
Autres groupes : Kiss
Signe particulier : aurait amené son lecteur de K7 à réparer après avoir écouté la version de «Going Blind» sur la demo-tape d’Houdini, pensant qu’elle était lue à la mauvaise vitesse.
Buzz : «La rumeur dit qu’il est gay, complètement à la rue et non-kasher»
Dale : «J’aurais cru que jouer avec nous le ramollirait»

mark D

MARK DEUTROM

Melvins de : 1994 à 1997
A joué sur : Stoner Witch, Prick, Stag, Honky, une partie d’Electroretard, Alive At The Fucker Club
Autres groupes : Clown Alley, Mark D. (solo)
Signe particulier : chapeau
Buzz : «La rumeur dit que c’est un mec bien. Un cow-boy grincheux, wannabe, déchu ou quelque chose comme ça. On a entendu dire qu’il nous HAIT… ce qui est intéressant»
Dale : «Mark était le cow-boy grincheux»

kevin rutmanis

KEVIN RUTMANIS

Melvins de : 1997 à 2004
A joué sur : The Maggot, The Bootlicker, The Crybaby, une partie d’Electroretard, Hostile Ambient Takeover, Pigs Of The Roman Empire, Never Breathe What You Can’t See, Sieg Howdy, Colossus Of Destiny
Autres groupes : The Cows, Tomahawk
Signe particulier : détient le record de longévité de la discipline «bassiste des Melvins»
Buzz : «La rumeur dit que c’est un mec bien ou quelque chose comme ça… On a entendu dire qu’il nous HAIT… ce qui est intéressant»
Dale : «J’ai entendu dire qu’il s’était mis à peindre. Mais j’ignore s’il peint des maisons ou des tableaux»

jared warren

JARED WARREN

Melvins de : 2006 à ?
A joué sur : le prochain album studio (A) Senile Animal
Autres groupes : Karp, Tight Bros From Way Back When, The Whip, Big Business
Signe particulier : pas encore viré
Buzz : «La rumeur dit que c’est un mec bien. Ça reste à voir»
Dale : «Un jour, Jared et moi, nous avons fait une partie de bowling avec Ed McMahon. Sans blague!»

coady willis

COADY WILLIS (batteur)

Melvins de : 2006 à ?
A joué sur : le prochain album studio (A) Senile Animal
Autres groupes : Murder City Devils, Dead Low Tide, Big Business
Signe particulier : pas bassiste, gaucher, pas encore viré
Buzz : «Orthographe déformée de son nom de Baptême. Ses couteaux à beurre sont tout noirs au bout»
Dale : «Ne cherche pas Coady. Il te botterait le cul!»

mike patton

PATTON (homme à tout faire)

(Ndlr : rajouté à la liste sur l’initiative de Buzz)
Melvins : jamais
A joué sur : The Crybaby, tous les concerts avec le FantômasMelvins Big Band
Autres groupes : Faith No More, Fantômas, Tomahawk, Peeping Tom, Mister Bungle, Maldoror, Lovage, Mike Patton (solo) …
Signe particulier : juif fier et patenté, co-dirige le label Ipecac
Buzz : «Bottait des culs Nazis dès son plus jeune âge, guerrier-poète mystique dans le sens classique du terme»

Et aussi : Tom Flynn, Bill Bartel, David Scott Stone, Dave Sahijdak, Adam Jones…

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
couv VERSUS MAG #8

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