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Live Report – 8-10.05.09 : ATP vs THE FANS (Jesus Lizard, Sleep, Harvey Milk, Devo, Killing Joke, Anti-Pop Consortium….)

21 Mai

affiche ATP

Si le peloton de tête de cette édition des All Tomorrow’s Parties – programmée par les organisateurs pour une moitié, et pour l’autre moitié par les fans qui avaient fébrilement acheté leur billet pour le grand retour de Sleep et de Jesus Lizard – était à peu de choses près exceptionnel, la programmation marginale était globalement décevante, beaucoup trop uniforme, avec un paquet de groupes pop d’une neutralité ultra-convenue et de néo-folk bien sous tout rapport. Alors, avant de rentrer dans le vif du sujet, donnons les verges pour se faire battre avec cette liste exhaustive de tous les groupes manqués en toute conscience (avec une exception pour Lydia Lunch, Grails, Future Of The Left et Fuck Buttons qui ont pâti d’un problème de planning ou d’une grosse cagne de dernière minute) :
Jeffrey Lewis, Grouper, Casiotone For The Painfully Alone, Health, Liam Finn, Fuck Buttons, Pink Mountaintops, Jesu, The Cave Singers, The Acorn, Grizzly Bear, Beirut, Nico Muhly, Retribution Gospel Choir, Sleepy Sun, Sian Alice Group, Errors, Marnie Stern, Shearwater, Parts & Labor, Hush Arbors, Grails, !!!, School Of Seven Bells, The Mae Shi, This Will Destroy You, Lydia Lunch’s Horribly True Confessions.

JOUR 1 : M83 / ANDREW W.K. SPECIAL SOLO SHOW / DEVO / ANTI-POP CONSORTIUM / ELECTRIC WIZARD

12H00 : Après une chouette intoxication alimentaire de bienvenue durement gagnée la veille dans un resto indien de Minehead, Somerset, charmante station balnéaire qui fait face à la côte galloise, après avoir posé nos culs sur la terrasse d’un club du troisième âge pour avaler une tasse de cette eau vaguement marron que les Angliches osent encore appeler « Coffee », mon garde du corps gitan et moi-même décidons de braver fièrement les vents marins contraires en direction des « big mushrooms » du Butlins Holiday Resort, ces gigantesques chapiteaux blancs d’une laideur incommensurable qui abritent le centre commercial et les trois scènes principales de ce Center Park à l’anglaise où se déroule le festival depuis maintenant quelques éditions.

Butlins Holiday Resort

butlins holiday resort (c) francoise massacre

Nous y rejoignons ceux que j’appellerais ici « Les Limougeauds », à savoir Mariexxme qui n’est pas limougeaude pour un sou mais dont la main droite est prolongée d’une excroissance naturelle en forme de caméra, Eric (africain blanc) et Arnaud (blob), graphistes de Noise Mag à plein temps et enfin Charlie, ex-Purgatory, Bushmen, batteur gaucher/droitier et surtout fan transi de Matt Pike venu ici en pèlerinage (son amour indéfectible pour le golum édenté de Sleep et High On Fire sera d’ailleurs l’une des meilleurs running jokes de ce festival). On apprend que nous avons quatre heures à tuer avant de pouvoir investir nos bungalows respectifs. En désespoir de cause, on patiente en sirotant nos premières pintes sur la terrasse du pub irlandais du centre qui deviendra notre QG mais aussi celui d’une partie des groupes du festival. Déjà sur place, les Harvey Milk ont eu la même idée que nous. J’en profite pour aller les saluer et j’apprends que Joe « L’Arlésienne » Preston ne sera pas de la partie demain soir (ni plus jamais si l’on s’en fie à leur page myspace), ce qui par ailleurs ne m’inquiète ni ne m’étonne pas plus que ça, sa réputation d’instable notoire le précédant. Le temps d’aller aux bungalows, de faire quelques provisions au superminimarket et de réclamer un pommeau de douche et les premiers groupes ont déjà commencé à investir Center Stage et Pavilion, la scène principale coincée entre le Burger King, le Finnegan’s Fish & Chips et le Pizza Hut.
19h00 : On traine nos guêtres devant le début du set des français de M83, juste le temps d’avoir la confirmation en live de la signification de l’acronyme M83 : de la Merde from le Var. Leur kiff : une synthèse complètement ouf de pop synthétiques, du pire des 80’s, de shoegaze des 90’s, de french electronica et d’hymnes pompiers, tellement audacieuse que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Vraisemblablement, je suis trop vieille et beaucoup trop blasée pour comprendre comment on peut adhérer à cette soupe et pourquoi leur nom est inscrit en gras sur l’affiche au même niveau que Devo, Killing Joke, Jesus Lizard ou Sleep. Vive la France.
19h30 : Direction Centre Stage où ANDREW W.K. a déjà commencé son show Spinal Tap-esque en solo. Avant de le voir en chair et en os, je me demandais franchement si ce type était une blague ou pas. Réponse : C’est une blague. Une grosse blague potache qui réussit à me faire marrer quelques minutes. Moulé dans un costume blanc immaculé, les cheveux au vent, Andrew W.K s’excite comme un damné sur son piano électrique façon Jerry Lee Lewis du pauvre pendant que des bandes diffusent une musique hilarante entre power-variétoche et hard-rock hi-energy du meilleur effet. Et que je tape dans mes mains, et que j’avale mon micro, et que je harangue les foules « public chéri mon amour je vous aime, vous êtes formidables ! ».

andrew w.k

andrew w.k. (c) francoise massacre

C’est fun mais ça ne fait pas un pli : on décolle au bout de dix minutes pour le premier vrai bon concert du festival après un énième passage au pub irlandais où Matt Pike descend bière sur whisky et whisky sur bière. Mais… Où est Charlie ? Inévitablement, notre ami est là, tout près, la langue pendante collée à la moquette. Pike a du souci à se faire.
20h30 : Après avoir croisé notre collègue Lorène Lenoir encore vrillée par sa soirée de la veille, on file se positionner devant la scène de Pavilion déjà prise d’assaut par des hordes de fans dévots enchapeautés de leurs fameux pots de fleurs renversés (qu’on pouvait s’offrir au stand de merch pour la modique somme de 20 livres, une broutille pour un bout de plastic rouge… Qui a dit que DEVO s’était reformé pour le fric ?).

devo fans

devo fans unite (c) francoise massacre

Comme l’année dernière à La Villette, le concert démarre sur un montage impayable des vieux clips du groupe projeté sur écran géant avec une voix off qui nous met en garde : « It’s not the human mind that we must fear but lack of it on this planet. Why believe in things that make it tough on you? It’s time for new traditions! Devolution is REAL, people! ». Et si les cinq types qui débarquent sur scène revêtus de leur traditionnelle salopette de protection chimique jaune pétard sont bien réels, on peut dire que physiquement parlant, à l’exception du relativement jeune batteur John Freese, les quatre sexagénaires défraichis du groupe (deux frères Mothersbaugh et autant de frères Casale) ont loupé le coche de leur dé-évolution.

Devo 1

devo (c) lorène lenoir

Malgré tout, le poids des années n’empêche pas les papys de démarrer sur les chapeaux de roue, avec un enchaînement de tous leurs morceaux d’anthologie que la quasi-totalité de l’assemblée reprendra à l’unisson et que je cite de tête et dans le désordre : « Whip It », « Girl You Want », « Peek A Boo », « Mongoloid », « Freedom Of Choice », « Uncontrollable Urge », leurs deux illustres reprises « Secret Agent Man » et « (I Can’t Get No) Satisfaction » et bien entendu, l’hymne en forme de question-réponse « Jocko Homo » pendant lequel les dandinements grotesques des frères Mothersbaugh nous font piquer un bon fou rire. Au beau milieu de ce Greatest Hits jubilatoire, les viocs balancent dans la foule une vingtaine de pots de fleurs à 20 Pounds pièce (je tends les bras… Crap, encore raté ! C’est trois menus Wooper XXL qui me passent sous le nez) avant de déchirer leur salopette jaune façon Full Monty vs Alice Sapritch dans La Folie des Grandeurs et de se retrouver déguisés en footballeurs à la retraite.

devo 2

devo (c) francoise massacre

Peu avant la fin, mon bodyguard et moi-même sommes pris simultanément d’une Uncontrollable Urge qui nous oblige à quitter la salle inopinément, la faute aux trop nombreux passages par le pub irlandais. Quelques instants plus tard, c’est baignés dans la délicate odeur de friture du Finnegan’s Fish & Chips que l’on assiste au final juvenile de Boojie Boy on ne peut plus à propos : « It’s a beautiful world we live in, A sweet romantic place, Beautiful people everywhere, The way they show they care makes me want to say : It’s a beautiful world ».
23h15 : C’est l’heure du dilemme. Jesu à Reds ou ANTI-POP CONSORTIUM à Centre Stage ? Évidemment, j’ai déjà tranché depuis longtemps et sans aucune hésitation ni l’ombre d’une pensée émue pour Justin Broadrick, je fonce à Centre Stage, disco reconvertie en salle de concert pour l’occasion. Je me sens vieille (encore), il a bien dû s’écouler sept ou huit ans depuis mon premier, mon dernier et mon unique concert d’APC, une date d’ailleurs assez surréaliste, leur première en France, qui aurait dû avoir lieu en plein Paris mais qui avait été déplacée en banlieue à la dernière minute (à Colombes si ma mémoire est bonne). On n’était pas plus de dix péquins dans la salle. À l’époque, le posse n’avait pas encore signé sur Warp et n’avait qu’un album à son actif, Tragic Epilogue, un régal autant pour les B-boys purs et durs que pour les amateurs éclairés d’electro expérimentale, de hip-hop alternatif et de l’école stream of consciousness. On loupe la moitié du premier morceau. Earl Blaze et deux autres gars s’activent déjà autour de la table sur laquelle est installé le matos new school : MPC(s), laptops, boîte à rythme et une seule platine. Ils assurent la partie instrumentale : loops rétro-futuristes et beats concassés dont ils ont le secret. Visuellement parlant, le sweat APC rouge ou bleu est de rigueur pour tout le monde. Les trois MC se relaient au micro mais ce soir, c’est surtout M. Sayyid qui fait son ego trip, monopolisant la cérémonie, le flow et les skits en arpentant la scène dans tous les sens. High Priest sera le plus discret, se contentant de ponctuer les fins de phrases à une ou deux exceptions près. Mais la palme de la très grande classe revient incontestablement à Beans le surdoué. Affublé de ses grosses lunettes carrées made in nerdland, avec son mètre cinquante au garrot, son chapeau et ses pompes de mac’, le minuscule MC est le prince du groove, le roi du flow, le seigneur du pas de danse. Indétrônable Beans, il incarne la maîtrise du rythme à tous les niveaux.

Anti-pop Consortium - BEANS

anti-pop consortium – beans (c) francoise massacre

De temps en temps, le crew au grand complet se masse autour de la table pour des parties fines d’improvisations lunaires et hypnotiques qui captiveront même les plus hermétiques, à commencer par le voleur de poules qui m’accompagne.
00h30 : Après une brève errance dans le centre commercial, le temps de faire face à un nouveau dilemme (Fuck Buttons à Centre ou ELECTRIC WIZARD à Reds ?), on décide de donner une chance supplémentaire aux doomsters de Dorset. « Overrated » et « ectoplasmiques », voilà ce que j’ai pensé à chaque fois que j’ai vu les Wizard en concert. Malgré tout, je suis curieuse d’entendre les versions live des morceaux de Witchcult Today et je me jette donc corps et âme dans la fosse aux lions. La salle, peuplée de créatures à crinières et à blousons à patchs, dégueule de monde. Mais pas une âme qui fume. Décidément tout se perd…

Electric Wizard - Jus Oborn

electric wizard – jus (c) lorène lenoir

Bingo, le concert démarre par trois morceaux du dernier album. Le virage mélodique le fait plutôt bien sur scène et casse le côté « pousse ton ampli à donf, bouge plus et attends de voir ce qui se passe, y’aura bien des blaireaux pour trouver ça « AWESOME » ». Problème : chassez le naturel, il revient au galop. Après cette mise en bouche positivement surprenante, la bande à Jus Oborn replonge dans son sabbatho-drone cracra routinier supposément hypnogène mais qui, à moi, me fait l’effet d’un gros sédatif et surtout me donne l’impression que le groupe doit tout ou presque à son matos (bizarrement, je n’ai jamais eu ce problème avec leurs albums studio). Pourtant, la salle est en ébullition, et pendant que je m’extirpe de ce vivier non-fumant, je me demande qui, de la musique ou du fessier callipyge de Liz Buckingham, ensorcèle le plus la majorité virile de l’assistance.

Electric Wizard - Liz Buckingham

electric wizard – liz (c) lorène lenoir

JOUR 2: LORDS / QUI / YOUNG MARBLE GIANT / HARVEY MILK / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h45 : LORDS, c’est l’excellente surprise matinale de ce jour 2 (oui, 14h45 aux ATP, c’est le matin. Tu te lèves à peine, tu te sens frais comme une chaussette de la veille et tu n’es même pas encore passé par la case pub irlandais ni par le questionnement crucial : « sous quelle forme ta friture aujourd’hui chéri ? Burger/Frites, Fish & Chips ou Pizza Hut ? »). Lords, c’est même une double surprise parce qu’en bons journalistes du dimanche, on s’attendait à voir les Lords de Louisville, des coreux américains en cheville avec Coliseum dont on avait lu le plus grand bien. Or, non seulement les trois types sur scène ont des vraies têtes de British, mais leur musique n’a pas grand-chose de hardcore. On a plutôt affaire à du Rock avec un grand « R », mélange de punk (plutôt américain pour le coup), de rock sixties à la Hendrix, de blues retro avec quelques passages un chouilla stonerisants. On pense à Comets On Fire, à Penthouse (la décadence en moins) et parfois à Naked Rayguns. Malgré leur charisme d’huîtres, les Lords de Nottingham remportent deux prix : le prix du groupe le plus sympathique (on apprend que le chanteur vient de se marier, que le batteur est tout juste papa, c’est beau, c’est frais, c’est la vie, et tout ça est annoncé avec gras de sourires candides qui en disent long sur leur plaisir d’être là) et le prix de la bonne vieille simplicité rock’n’roll sans prise de chou qui fait largement défaut à cette édition des All Tomorrow’s Parties.

lords (from nottigham)

lords (c) francoise massacre

15h30 : Nous avons un peu de temps à tuer avant d’aller voir Qui. En Angleterre, les jeux de mots avec le nom du groupe sont beaucoup moins évidents pour tout le monde. On croise justement David Yow qui erre comme un fantôme autour du stand de merch. « Oh salut, est-ce que tu joues ce soir ? ». Cette question, c’est lui qui me la pose, pour vous dire qu’il est un peu largué. Et puis, l’air mal assuré : « Est-ce que vous venez voir Qui ? ». Bien sûr qu’on y sera. Mais avant, il faut se nourrir et faire le plein de bulles à la terrasse du pub irlandais où l’on retrouve les Limougeauds en ordre dispersé avant d’essuyer une attaque de mouettes fritovores insoutenablement Hitchcockienne.

attaque de mouettes

mouette (c) francoise massacre

16h45 : C’est l’heure, direction Reds. La salle est désespérément vide pour QUI. C’est à n’y rien comprendre. Sur les 6000 personnes présentes à Butlins ce jour-là, la moitié au moins est ici pour voir le grand retour du Lizard. Et même si Qui n’est pas Jesus Lizard, si d’aucuns disent même que Qui est une sorte de mauvais Canada Dry, constater que si peu de gens (600 à tout péter ?) ont eu le bon sens ou tout simplement la curiosité d’aller juger sur pièce me laisse franchement sur le cul, surtout qu’il est fort improbable que sur les 2400 personnes restantes, toutes ont déjà eu l’occasion de voir Qui sur scène auparavant. Pour moi, c’est le troisième concert du groupe en à peine un an et aussi le plus mauvais. Alors ça me fait mal de le dire mais ces 2400 cons n’auront vraiment pas loupé grand-chose : un David Yow en petite forme, la tête ailleurs, aussi peu convainquant que vraiment convaincu, qui regarde sa montre entre et pendant les morceaux, qui va même faire un tour backstage avant de revenir les mains dans les poches. Le gitan a très bien résumé ce que personne ne dit mais que tout le monde pense ou plutôt, ce que tout le monde espère dur comme fer à ce moment-là : « Il semble bien qu’en cette journée mémorable Yow est avant tout le chanteur de Jesus Lizard ». Quant à Matt Cronk et Paul Christensen, ils n’ont pas vraiment les épaules pour relever le niveau.

Qui

qui (c) lorène lenoir

Outre le côté petits joueurs de la performance, le concert sera sauvé par une poignée de nouveaux morceaux plutôt bons, un « Freeze » et un « Willy The Pimp » excellents et quelques pas de danse Yiddish exécutés par-dessus la jambe. Au sortir de Reds, on recroise Yow et sa valise. C’est l’heure de la sieste nous dit-il. On ne lui souhaite qu’une chose : repose-toi bien et pète la forme ce soir.
18h00 : Notre proprio Julie Tippex est aussi la tourneuse et la manageuse de YOUNG MARBLE GIANTS. La veille au Finnegan’s, elle nous avait raconté la manière dont elle avait réussi à convaincre les Gallois de remettre le couvert pour le BBMix l’année dernière, en leur promettant de faire venir femmes et enfants, après des années passée à hiberner. Et puis on apprend qu’à la ville les frères Moxham sont respectivement garagiste et chauffeur de maître, qu’Alison Statton est chiropractrice et que le dernier est employé dans un mall. Surtout, ne montez jamais de groupe culte ! En tout cas, j’étais curieuse de les voir enfin en chair et en os, surtout qu’ils allaient jouer Colossal Youth, leur seul et unique album qui avait été la bande-son d’une petite partie de mon adolescence tardive. On rate le début du set et lorsqu’on arrive à Reds, je me prends en pleine face LE son Colossal Youth, le même, tout est là. Les mêmes claviers au grain si particulier, le même son de basse à la fois rond, précis et métallique et la voix d’Alison, toujours aussi candide, très Moe Tucker version british. C’est toute la magie du concept Don’t Look Back des ATP. VOIR un disque, voir LE groupe jouer LE disque que tu as écouté dans ta chambre d’ado pendant des années.

YMG

young marble giant (c) olivier heredia

Mais les Young Marble Giants, s’ils ne sont plus tout jeunes (on s’y attendait) et pas si grands que ça, sont bels et bien de marbre. Statisme absolu, rien ne bouge, rien ne dépasse. Alison ne sortira pas les mains de ses poches et les problèmes de son et d’accordage du bassiste font que le concert s’enlise peu à peu. Les pauses entre les morceaux sont plus longues que les morceaux eux-mêmes et le groupe a un mal fou à se détendre.
19h00 : Après ce concert en demi-teinte, la petite déception du festival, on va se préparer psychologiquement pour l’énorme soirée qui va suivre avec un apéro en bonne et due forme dans le bungalow des Limougeauds à Pacific Wharf, autrement plus accueillant que le notre pourtant situé au Surfers Point, oui mais…
19h45 : … Malheur, la bière de trop ! Je débarque au milieu du premier morceau de HARVEY MILK (en bon français : Hervé Lait) et je suis en colère. Moi qui ne voulais pas en louper une miette, frustrée comme je l’avais été lors de leur passage à Paris l’été dernier qui n’avait duré qu’une demi-heure à peine. Je me fais une place au premier rang face à Stephen Tanner, le bassiste au sourire hagard permanent.

Harvey Milk - Stephen Tanner

harvey milk – s. tanner (c) lorène lenoir

Dans la fosse aux photographes « officiels », Lorène Lenoir (Lolo pour les intimes) est fidèle au poste, fidèle aussi à son taux d’alcool dans le sang. Comme Tanner, elle aussi a le sourire hagard et puis les yeux vitreux de celle qui est parfaitement high. C’est alors qu’elle me bredouille avec un aplomb hilarant : « Je prends des supers photos quand je suis bourrée, si si ! ». Dire qu’elle avait raison (la preuve en images sous vos yeux ébahis)…

Harvey Milk - Kyle Spence

harvey milk – k. spence (c) lorène lenoir

Mais revenons à Harvey Milk. À posteriori, il m’est absolument impossible de trancher entre ce concert et ceux de Sleep et Jesus Lizard pour déterminer quel est mon grand vainqueur de ce ATP fest. Harvey Milk, The Best Band in Town ? En tout cas, Harvey Milk est un grand groupe, un groupe largement sous-estimé, un groupe sans attitude, dans le vrai 100% du temps. Le set de la Maroquinerie faisait la part belle aux morceaux des deux derniers albums, Special Wishes et Life… The Best Game In Town mais ce soir, le set est surtout axé sur leur disque le plus ostensiblement (hard) rock, The Pleaser. Creston Spiers croisé le lendemain au supermarché nous le confirmera : « On jouait avant The Jesus Lizard, on voulait faire un set vraiment rock’n’roll ». Et c’est vrai, ça rock à tous les étages. Une plongée explosive dans la musique électrique populaire américaine. Beaucoup de hard-rock (à l’ancienne, sans fioritures ou au contraire complètement déconstruit) et de pur rock’n’roll (on pense aux Screaming Trees me souffle mon voisin qui n’a pas vraiment tort), un peu de heavy-rock lent, lourd et de southern rock, quelques kilos de larsen, beaucoup de gras, des solos crasseux comme la moquette de Butlins après deux jours de festival et comme d’habitude, Harvey Milk fait du Harvey Milk : ce sont les genres qui se plient à eux et pas le contraire. La musique n’est pas forcément simple, les types, eux, le sont. Kyle Spence (ex-Fiddlehead, The Martians, qui a aussi accompagné J. Mascis sur plusieurs tournées), physique de jouvenceau et frappe herculéenne, Stephen Tanner, sourire scotché et calme olympien en toute circonstance et Creston Spiers, le renfrogné, le bourru, songwriter de génie et guitariste hors-pair, plus habité et dégoulinant que jamais.

Harvey Milk - Creston Spiers

harvey milk – c. spiers (c) lorène lenoir

Mais le vrai grand coup de massue de ce concert arrive au moment où Spiers attaque les premières mesures de « Lay My Head Down », un morceau incroyable, complètement improbable, quelque-part entre « Since I’ve Been Loving You » de Led Zep et une version ultra-redneck des meilleurs slows d’Al Green ou du « It’s A Man’s Man’s World » de James Brown. Avec sa voix de husky mal léché, Spiers joue le soul singer blanc à la perfection « I’ve been tired everyday…Everyday of my life so far ». De là à dire que j’ai la chair de poule et que je fais ma bichette, il n’y a qu’un pas que je récuse mollement (ici, une autre version live du même morceau).Comme sur The Pleaser, le trio enchaîne avec le musclé « Rock & Roll Party Tonite » et achève ce concert de feu en apothéose avec une version magistrale de « I’ve Got A Love ». Et quelles que soient les prestations de The Jesus Lizard et de Sleep ce soir, je peux déjà dire que je ne serais pas venue pour rien dans ce lieu de perdition.
22h45 : Après nous être délectés de notre dixième Wooper du séjour, on regagne Center Stage avec 45 minutes d’avance, histoire de se coller immédiatement au premier rang contre les barrières. Le grand retour de THE JESUS LIZARD, c’est pas tous les jours coco. On veut en profiter, on veut s’en prendre plein la face et plein les oreilles. Évidemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée lumineuse, les places sont chères, il faut se battre. Finalement, je me retrouve juste en face de Duane Denison, coincée entre deux molosses de 150 kilos. Celui de gauche s’avérera être un fieffé connard, celui de droite, fan absolu du Lizard, deviendra notre « gros pote l’Américain ». À tour de rôle, Denison et Sims viennent régler leurs amplis et leurs retours sous les premiers hurlements du public au taquet.
23h30 : Le groupe démarre très fort avec « Puss » et une demi-seconde à peine après le coup d’envoi, Yow a déjà piqué sa première tête dans le public, comme s’il attendait ça depuis dix ans.

Jesus Lizard - Yow can swim

jesus lizard – yow can swim (c) francoise massacre

La salle est en délire, le son du groupe est puissant, tranchant, précis et David Yow dans une forme olympique. The Jesus Lizard is back ! On croit rêver, notre gros pote l’Américain aussi : « I can’t believe it man! I can’t believe it ! ». Le temps que Yow regagne la scène à la nage et c’est « Seasick » qui commence. Deuxième plongée pour Yow et le public entonne « I Can’t Swim ! I Can’t Swim ». Tu parles qu’il sait nager David, et comme un poisson dans l’eau : brasse piquée, brasse coulée, dos crawlé et tout ça sans jamais lâcher le micro ni foirer sa ligne de voix. Littéralement broyée entre mes deux molosses et la rambarde de sécurité, j’assiste à la première scène de pêche au gros. Un type de la sécu (la sécu qui ne débandera pas pendant une heure) monte sur scène et s’empare du fil du micro, suivant les déplacements de Yow sur les têtes, donnant du mou ou tirant sur la ligne suivant que le vieux fada s’éloigne ou se rapproche de la scène. C’est hilarant.

Jesus Lizard - pêche au yow

jesus lizard – pêche au yow (c) francoise massacre

Pendant ce temps-là, Denison, Sims et McNeilly filent tout droit et enchaînent les morceaux sans jeter le moindre regard au fondu qui leur sert de frontman. En parlant de regard, Sims a celui d’un fou ou d’un tueur, au choix. On peut en dire autant de son son de basse.

jesus lizard - sims

jesus lizard – sims (c) francoise massacre

Denison se le joue relativement cool et flegmatique et c’est un bonheur de l’entendre dérouler ses petites phrases de guitares assassines caractéristiques.

jesus lizard - duane denison

jesus lizard – denison (c) francoise massacre

Quant à McNeilly, il est hors de mon champ de vision mais sa frappe n’a rien perdu de sa toute-puissance (malgré le casque qu’il est obligé de porter à cause de problèmes aux oreilles.

Jesus Lizard - McNeilly

jesus lizard – mcneilly (c) lorène lenoir

Debout au fond de la scène, Creston Spiers et Stephen Tanner d’Harvey Milk prennent leur pied, hurlent et claquent dans leurs mains. Ce concert phénoménal se déroulera dans une ambiance survoltée (joie, fièvre, sueur, fureur, manque d’oxygène et transe pour certains) sans cesse alimentée par un enchaînement de hits imparables (« Bloody Mary », « Destroy », « Mouthbreather », « Blue Shot », « Then Comes Dudley », « Chrome », « Boilermaker », « Monkey Trick ») et les incessantes pitreries de Yow (une bonne douzaine de stage-diving magnifiques, trois glaviots collés au plafond, des dizaines de pas de danse grotesques et une bonne poignée d’acrobaties perché sur les enceintes de face).

jesus lizard - yow

jesus lizard – yow (c) francoise massacre

1h00 : Après ça, on aurait pu aller se coucher heureux. Mais c’était au tour de SLEEP de faire son comeback (tout en l’écrivant, je me dis que bordel de dieu, quand même, Harvey Milk, Jesus Lizard et Sleep dans la même soirée, c’était un sacré tiercé). Séchés et moulus, on reste en place devant nos barrières pendant que l’un de nous assure l’indispensable ravitaillement en boissons fraîches. Charlie est en feu. Le groupe s’installe doucement devant son mur d’ampli (sept ? huit ?). C’est Joe L’Indien, le grand chevelu à l’œil acéré qui sert de merch man, de flic et probablement de tour manager au groupe qui installe et teste le matos (allez, bande de geeks : deux Rickenbacker 4001 pour Cisneros, une First Act 9-cordes plus une Takamine électro-acoustique 12-cordes pour Matt Pike et une splendide batterie Ludwig toute d’orange et de rouge pour Chris Haikus). Joe L’Indien, faut pas l’emmerder. Certains l’apprendront à leurs dépends. Il averti les premiers rangs : interdiction formelle de filmer ! Rien de tel pour me donner envie de shooter quelques morceaux choisis avec mon appareil photo. Comme pour Jesus Lizard, le public bouillonne. C’est fou d’ailleurs, je n’aurais jamais imaginé que Sleep même reformé puisse se retrouver un jour en tête d’affiche d’un festival d’une telle ampleur. Haikus débarque torse nu avec son collier de barbe rousse, son bermuda marron et ses grosses chaussures de marche tel un randonneur de retour d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

Sleep - chris haikus

sleep – hailus (c) lorène lenoir

Pike est égal à lui-même, le cheveu gras et la bedaine de buveur de mousse. Et Cisneros ? On en parlera plus tard. Le concert démarre sur « Holy Mountain », le morceau-titre de l’album qu’ils joueront dans son intégralité mais dans le désordre. Le son est énorme, épais et dense comme la fumée du kilomètre de joints que ces types ont dû s’enquiller à l’époque de la sortie de l’album en 1993. Je n’arrête pas de bloquer sur le couple Pike/Cisneros, le jour et la nuit. Pike, c’est le panache. Affichant son éternel sourire plein de dents pourries, il arpente la scène d’avant en arrière, toisant le public, l’exhortant de « c’mon ! » et de grands gestes d’encouragements. De son côté, Cisneros ressemble à un croisement entre Rain Man, J. Mascis circa 2009 avec un petit air de Daniel Day-Lewis, l’embonpoint en plus. Son style à lui, c’est plutôt l’autiste surdoué : pieds en dedans, tête rentrée dans les épaules, dos légèrement vouté, bouche toujours entre-ouverte et les yeux écarquillés, ronds comme des boutons de bottines, se balançant d’avant en arrière sans bouger les pieds. Mais surtout, Cisneros est un bassiste fascinant. Il a une façon bien à lui de frapper (littéralement) les cordes de sa Ricky avec son index. Son jeu est à la fois hyper fluide, puissant et véloce (ce dont on ne se rend pas forcément compte sur disque).

Sleep - Al cisneros

sleep – cisneros (c) lorène lenoir

Lorsque Pike entame les premières notes de guitare de « Dragonaut », l’atmosphère monte encore d’un cran. On repense au concert d’Electric Wizard de la veille et vus d’ici, les Anglais semblent encore plus minuscules et inoffensifs. Sleep possède ce qui fait cruellement défaut à tous les autres : le charisme et un groove absolu, presque jazz, qui font d’eux les maîtres incontestés de la chapelle stoner-doom. Au milieu du set, Pike se fend d’un « Some Grass » (Some Blue Grass ?) en solo à la 12-cordes acoustique.

Sleep - Matt Pike acoustique

sleep – pike acoustique (c) lorène lenoir

Après « Nain’s Baptism », Pike nous prévient d’un geste de la main que quelque-chose va se passer maintenant. On se prend une volée de bois vert : le groupe attaque le riff le plus gras, le plus lourd et le plus hypnotique de « Jerusalem » (dont on n’aura droit qu’à un court extrait), celui du fameux « Proceed the Weedian… Nazareth » éructé par Cisneros avec sa voix de hardos enveloppée dans un léger écho. Une gamine tente alors de sauter dans le public depuis la scène. Ce chien maudit de Joe L’Indien la rattrape in-extremis et lui botte le cul. Un peu plus tard, il fait le signe de la gorge tranchée à un pauvre gars qui filme le concert depuis le 5ème rang. Ah, il est fier de lui Joe L’Indien, c’est son quart d’heure de gloire. Le public sera néanmoins récompensé par un énorme rappel avec « From Beyond » et « Antarcticans Thawed », un inédit « composé il y a quinze ans » dans la veine de « Jerusalem », la conclusion parfaite à cette journée de fous.

JOUR 3: KILLING JOKE / SPIRITUALIZED / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h00 : Pas grand chose qui nous botte en cette dernière journée de festival. On attendra le concert de Killing Joke à 19H00 et des bananes. Entre enfants, on a donc largement le temps d’aller barboter dans la piscine à vague. Et oui, c’est aussi ça le Butlins Holiday Resort. Une vingtaine de longueurs et quelques tours de toboggan plus tard (mon préféré : le Black Hole où, comme son nom l’indique, c’est le noir absolu), on retrouve Marie, David Yow et sa compagne pour un petit apéro sur la pelouse sous le timide soleil anglais. On croise Olly de Moss qui squatte avec la bande à Jus Oborn « On a fumé trop de weed, je suis complètement défoncé ». Ah… ok. Le temps file et on se dirige vers Centre Stage…

19h00 : … pour KILLING JOKE en formation presque originale, Reza Udhin en plus (claviers). C’est donc Fergusson à la batterie et Youth, déguisé en riche golfeur, qui tient la basse.

Killing Joke - Youth

killing joke – youth (c) lorène lenoir

La dernière fois que j’avais vu Killing Joke, c’était avant l’accident de Jaz Coleman et celui-ci devait alors peser 20 kilos de plus au bas mot (et non pas 60, me souffle mon rédac chef). Ce soir, c’est un Coleman plutôt sobre, légèrement maquillé et sans salopette qui débarque sur scène. N’étant pas une grande spécialiste de Killing Joke, j’aurais bien du mal à restituer l’enchaînement exact des titres. J’arrive néanmoins à identifier un beau florilège de morceaux issus de ce que je considère comme la meilleure période du groupe, avant que ça ne vire au metal indus ou au rock symphonique : « Turn To Red », « Requiem », « The Wait », « Wardance », « Change », « Madness », « Dregs », ou « Pssyche », un très grand moment de post-punk sur lequel Youth assure une partie des voix. Coleman se lance alors dans une série de convulsions et contorsions du meilleur cru, passant en revue tous les masques de la Commedia Dell’arte : colère, effroi, tristesse, grimaces sardonique et possessions en tout genre.

Kiiling Joke - Jaz Coleman

killing joke – jaz coleman (c) lorène lenoir

Il parait que KJ a foutu le feu au Heaven de Londres quelques jours plus tôt, mais ce soir, le public est un peu emplâtré et l’ambiance retombe dès que le groupe aborde des morceaux plus récents. Coleman nous fait un speech sur la malbouffe. Ah bon, on bouffe mal à Butlins ? Passage obligé par « Love Like Blood » et « Pandemonium », un ou deux titres plus symphoniques à mon avis complètement dispensables et le set est plié, laissant un public aux trois-quarts convaincu.
20h45 : T’es pas à Woodstock ici. Les concerts, c’est pas assis dans l’herbe que tu les vois mais allongé sur la moquette psyché du centre commercial. C’est de là qu’on verra (ou plutôt qu’on écoutera) une grande partie du concert de SPIRITUALIZED, le groupe post-Spacemen 3 de Jason Pierce alias J. Spaceman qui n’a pas gobé que des mouches.

Spiritualized - Jason Pierce

spiritualized – jason pierce (c) lorène lenoir

Thumbs up pour les morceaux les plus planants de Ladies & Gentlemen We Are Floating In Space, qui s’accordent parfaitement à la moquette qu’on dirait conçue spécialement pour le space-rock. J’adhère un peu moins avec les grandes envolées gospel type « Come Together » pendant lequel, même à une centaine de mètres de la scène, on aperçoit nettement la glotte des deux choristes qui accompagnent Pierce.

spritualized - choeurs

spiritualized – choeurs (c) lorène lenoir

23h30 : Je m’attarderai moins sur la fin de soirée puisqu’en gros, on prend les mêmes et on recommence. D’abord avec JESUS LIZARD. Je suis aussi impatiente que la veille, de nouveau collée aux barrières face à Sims. David Yow débarque sur scène, attrape le micro et annonce : “The show yesterday was bullshit compared to tonite. It was like… bullshit for homosexuals”. Ça ne se passera pas exactement comme ça. Yow a tellement donné hier qu’il parait un peu moins en forme. Confirmation quand il se met à vomir au milieu du set, allant terminer son œuvre backstage avant de revenir comme si de rien n’était. On ne lui souhaite pas, mais ce mec cassera probablement sa pipe sur scène. Bien qu’un peu moins fiévreux que la veille (c’est dimanche soir et il y a aussi moins de monde), le concert est malgré tout fantastique, avec une set-list un peu différente de la veille (« Fly On The Wall » et « Urine » en plus, « Destroy Before Reading » et « Blue Shot » en moins) si ce n’est que les morceaux ne sont pas joués dans le même ordre. Pendant l’entracte, on sympathise avec la Headline Team, l’équipe de sécu la plus souriante, polie et affable que je n’ai jamais vue de mémoire de concerts, qui a assuré avec classe tout le long du festival sans jamais jouer les gros bras inutilement : « Si tout se déroule bien, y’a pas de raison qu’on emmerde le monde ». On leur demande de prendre l’air méchant pour la photo souvenir, ils en sont incapables.

headline security team

headline security team (c) francoise massacre

En guise de remerciement, ils me font monter sur scène pendant que Pike s’accorde – un grand moment de ridicule : « Comme ça, vous dirait aux Frenchies que la sécu anglaise est la plus cool ». C’est dit. Les quatre boules à Z de la bande feront du (bald)headbang pendant tout le concert de Sleep, avec le sentiment du travail bien fait.
1h00 : SLEEP, dont la prestation, qui est encore meilleure que la veille (ne me demandez pas pourquoi), s’achevera sur un « Dragonaut » magistral, le point final de cette excellente édition des ATP vs The Fans.

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ATP : The Fans Strike Back – Vidéo par Mariexxme

19 Mai

featuring :Devo, Harvey Milk, The Jesus Lizard, Sleep, Qui, Electric Wizard, Killing Joke, Parts & Labor

Vodpod videos no longer available.

more about « ATP : The Fans Strike Back – Vidéo p…« , posted with vodpod

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Interview – HARVEY MILK : Mieux vaut être vivant… que mort (16 juil.08)

31 Déc

Harvey Milk- 16 jul.08 @ La Maroquinerie (Paris)

Harvey Milk- 16 jul.08 @ La Maroquinerie (Paris)

On serait probablement morts d’ennui si au beau milieu de ce long et triste été passé entre le gris souris et le jaune pisseux de Paris – capitale du Monde sinistrée par la culture pendant deux mois consécutifs – ce concert de salubrité publique n’était venu nous arracher à la morosité ambiante. À l’affiche de la Maroqu ce soir-là, il y avait deux groupes immanquables, vieux comme le monde et dont le point commun était d’avoir été copieusement ignorés du public pendant plus d’une décennie avant que le vent ne se mette récemment à tourner. Mieux vaut tard. Aussi, ils étaient nombreux à se masser devant la scène pour Oxbow pendant qu’Eugene S. Robinson, lui, se massait le zizi sur la scène (on caricature évidemment. On passe sur la puissance de feu de ce groupe) et nombreux aussi à venir assister à la première française d’Harvey Milk minablement écourtée après 29 minutes et des poussières de larsens et de riffs gras as fuck made in Athens, Géorgie, pour d’inévitables questions de timing. Un peu plus tard, à quelques enjambées de la salle, assis nonchalamment devant le premier rideau métallique venu, clope au bec et bière à la main, Creston Spiers, Stephen Tanner et Joe « encore lui » Preston sont bien « des types normaux qui aiment rire » même si aucun d’eux ne porte de chemise à carreau. Ces types sont même franchement drôles – il faut les entendre, le papier ne le permet pas encore – peut-être parce que comme le suggère le titre de leur nouvel album Life… The Best Game In Town, le deuxième depuis la résurrection en 2006, un bon Harvey Milk est un Harvey Milk vivant.

Comment était la scène musicale d’Athens à vos débuts ? On connait surtout REM et les B-52’s mais il y a avait tout un tas d’excellents groupes plus confidentiels comme les Bar-B-Q Killers, Jack O’Nuts, Pylon, ou les Martians.
Creston Spiers : Pour moi, Jack O’Nuts était de loin le meilleur groupe d’Athens. On était potes avec eux. J’ai habité avec Laura (Ndlr : Laura Carter, également ex-chanteuse de Bar-B-Q Killers) pendant quelques années et Brooks (Ndlr : Brooks Carter, guitare et voix) est toujours un bon ami à nous. C’était vraiment ceux qu’on aimait le plus. Quand on jouait à l’époque, il n’y avait pratiquement que des potes à nous dans le public, ceux qui jouaient dans les autres groupes à l’affiche. Les gens de l’extérieur ne venaient jamais. On dépassait rarement les 20 personnes : les amis, les petites-copines, et les gens qui nous connaissaient.

C’était comme ça pendant toute la première période d’Harvey Milk avant le break ?
Creston Spiers : Pas complètement. Disons que vers la fin, on attirait un peu plus de monde.

Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir et à enregistrer Special Wishes en 2006 ?
Stephen Tanner : J’ai rencontré un pote de Joe, Dennis, qui est devenu un de mes meilleurs amis depuis. Il avait un label à New York et c’était un grand fan du groupe. Il nous a demandé si on avait des morceaux live ou inédits de côté, des choses qu’il aurait pu sortir sur son label. On a donc écouté ce qu’on avait mais tous les enregistrements live sonnaient comme de la merde. On a commencé à bosser avec Relapse en parallèle. Ils voulaient rééditer des vieux trucs mais je n’étais pas super content de la manière dont ça se passait. Merde, on n’avait pas arrêté parce qu’on ne pouvait plus se saquer ou quelque chose comme ça. Simplement, on était parti vivre ailleurs Kyle et moi et puis Creston s’occupait de son gosse. Il n’y a jamais eu de problèmes entre nous. Ça s’est juste arrêté comme ça. D’ailleurs, je crois qu’on savait tous au fond de nous qu’on rejouerait ensemble un jour. Quand j’ai commencé à avoir des propositions de la part des labels, j’ai appelé Creston et Paul pour savoir s’ils voulaient venir à New-York jouer un peu et voir si on arrivait à faire un nouvel album. Deux semaines plus tard, Special Wishes était bouclé.

Est-ce que les rééditions sur Relapse et le DVD sur Chunklet n’ont pas aussi contribué à votre retour, au moins en vous faisant prendre conscience que vous aviez toujours un public, et un public sûrement plus conséquent qu’à vos débuts.
Stephen Tanner : On n’a rien à voir avec ces rééditions. Et à vrai dire, on n’a jamais vraiment eu de public avant notre séparation ou disons que notre public était ridiculement confidentiel. Mais à ce moment-là, beaucoup de choses ont commencé à changer dans le paysage musical. Parmi les groupes qu’on aimait, deux ont émergé sur le devant de la scène. C’était des groupes… de reprises (rires) et ils sont devenus très populaires. Ces groupes, c’est Sunn O))) et Boris. Quand t’y penses, Sunn était un groupe de reprise de Earth et Joe a fait partie de Earth. Boris a commencé comme un putain de groupe de reprises des Melvins et Joe a fait partie des Melvins. J’aime ces deux groupes, j’aime Earth et j’aime les Melvins…

Par déduction, tu aimes Joe.
Stephen Tanner : Oui je l’aime.
Creston Spiers : C’est un vrai connard. Note bien ça ! (Rires)
S.T : C’était une période où les gens se mettaient à aimer Sunn, Boris et ce genre de trucs. Alors les gens ont commencé à s’intéresser à nous. Et puis on était potes avec Steven (Ndlr : O’Malley). Il parlait de nous dans les interviews, ce genre de trucs. Quand on a commencé, il n’y avait pas le net et nos disques étaient quasiment impossibles à trouver.

Vous lisez les chroniques qui parlent de vous ?
Creston Spiers (caustique) : Excessivement ! Toutes ! Je n’en loupe aucune… Sauf bien sûr quand c’est insultant.
Stephen Tanner : Notre batteur les lit sur son Blackberry.

Parce que justement, on vous compare souvent aux Melvins – même avant l’arrivée de Joe dans le groupe. Vous ne trouvez pas ça un peu lourd ?
Joe Preston : On les emmerde.
Creston Spiers : Ils ont fait des trucs géniaux.
Stephen Tanner : Je crois – et je pense que les autres seront d’accord avec moi – que la seule ressemblance réside dans les tempos et les timbres lourds et graves. Mais je trouve qu’on est à des kilomètres des Melvins. Pour moi c’est le jour et la nuit et Dieu sait que j’aime ce groupe. Je ne comprends pas ceux qui disent qu’on est un groupe de rip-off des Melvins parce que pour avoir vu jouer des dizaines de groupes de rip-off des Melvins, je peux te dire qu’ils sont tous MAUVAIS (Rires). On joue à peu près aux mêmes tempi et avec le même type d’accordage mais à ce moment là, on pourrait dire aussi qu’on copie Black Sabbath.
J.P. (sarcastique) : J’aime tellement ces mecs !
C.S. : La première fois que j’ai entendu les Melvins, ma vision de la musique a changé radicalement. C’était une révélation pour moi.
S.T : Tu dis ça parce que t’avais pas encore écouté la face B de My War de Black Flag !
C.S. : C’est ça, j’écoute jamais rien de toute façon. Plus sérieusement, l’une des grosses différences entre eux et nous, c’est qu’on utilise principalement des tonalités majeures.
J.P. : Je trouve qu’il y a des points communs notamment avec le premier album des Melvins, Gluey Porch Treatments, un album que j’adore. Il y a un feeling très particulier dans ce disque qui, je crois, est très représentatif du Nord-Ouest des États-Unis, là où j’ai grandi. La première fois que j’ai entendu Harvey Milk, ce n’est pas tant que vous me rappeliez l’endroit où j’avais grandi, mais un album comme My Love… me procurait des sensations assez semblables, quelque chose de très local, une humeur particulière. C’était pas « CE morceau parle de ÇA ». Non, c’était une musique très sentie et pensée.
S.T. : Tu veux que je te dise ? La vraie différence entre eux et nous c’est qu’on se sape normalement alors qu’eux portent des blouses de mamies à fleurs.

Tu disais que Special Wishes vous avait pris deux semaines. En revanche, j’ai lu que Life… avait été un disque plutôt difficile à faire.
Stephen Tanner : Ça n’a pas été un disque difficile à faire mais un disque difficile à finir parce qu’on l’a enregistré dans le studio de notre batteur. Par conséquent on n’avait aucune deadline. On zonait tranquillement dans la putain de baraque de Kyle, à bouffer des kilos de burritos. Pendant ce temps-là, le disque n’était toujours pas terminé.
Creston Spiers : C’est pas vrai !
S.T. : Si, c’est vrai ! C’est pour ça que tu l’as pas terminé. (Rires)
C.S : La raison pour laquelle le nouvel album a été difficile à faire, c’est que quand on l’a commencé, on n’avait pas un seul morceau ! On a décidé de faire un disque en partant de zéro. Il fallait composer les morceaux puis les enregistrer. Sauf que quand tu écris un morceau, il faut au moins trois ou quatre mois de maturation avant de pouvoir le terminer réellement. Alors on écrivait puis on enregistrait, puis on changeait des trucs, il fallait rôder les morceaux à nouveau pour les réenregistrer, etc, etc. C’était pas une bonne façon de faire.

Vous allez devoir imposer au label de vous imposer une deadline pour le prochain disque ?
Joe Preston : Non, on l’écrira d’abord.
Stephen Tanner : On est tombé sur un blog sur lequel un crétin disait : « J’ai enfin chopé le nouveau Harvey Milk, j’espère qu’il sera moins accessible que celui d’avant ». Selon ce type, faire un truc « pas accessible » devrait être l’idée maîtresse quand tu fais un disque. Il voulait quoi, un truc plus bizarre ? Un truc plus stupide ?
Creston Spiers : Okay les gars, le prochain disque sera ultra-bizarre et complètement inaccessible ! (Rire). En fait, il n’y aura pas de prochain disque. (Silence) Ahahaha ! Non non, c’est une blague.

« Old Glory » (sur Special Wishes) et « Death Goes to the Winner » (sur Life…) sont pour moi très représentatifs de l’identité singulière de Harvey Milk, à savoir le refus de choisir entre le riff lourd et la mélodie. Vous pouvez m’en dire plus sur ces deux morceaux ?
Stephen Tanner : « Old Glory » a été entièrement écrit par Creston et c’est lui qui joue de tous les instruments. J’ignorais l’existence de ce morceau jusqu’à ce qu’il soit enregistré. C’est un de mes morceaux préférés.

J’ai lu dans le liner notes que Joe avait composé la partie mélodique très baroque de « Death Goes to the Winner ».
Creston Spiers :
Oui et c’est Paul, notre ancien batteur, qui en a écrit l’autre partie.
Stephen Tanner : Ces deux bribes de morceaux sont apparues alors qu’on était en train de finir le disque. J’avais déjà trouvé le titre de l’album. On les a mises bout à bout et je leur ai dit d’écrire des paroles du genre : c’est cool d’être vivant.
C.S : Si on l’a écrit c’est uniquement parce que Stevie nous l’a ordonné : « Faites-ci, faites-ça… ». On l’a fait. (Rires)
S.T. : Okay, j’ai peut-être pas composé une seule note de ce morceau mais j’ai gueulé jusqu’à ce qu’ils le fassent. Et au final c’est le meilleur de l’album.

Tu parlais du titre de l’album Life… The Best Game in Town. Ça vient d’où?
Stephen Tanner : D’un ami à moi que je ne nommerai pas. Sa copine est la plus belle fille de la planète. On croise une autre nana dans la rue et il se met à la mater comme s’il voulait se la faire. Je lui dis : « Qu’est-ce qui cloche chez toi mec ? Pourquoi tu fais ça ? » Et il me répond : « La vie, c’est le meilleur jeu dans le coin. Je ne veux pas avoir à regretter quoi que ce soit quand je serai vieux ». Ce qu’il voulait dire c’est qu’il vaut mieux être vivant que…
Creston Spiers : Mort ! (Rires)

Creston, tu es toujours prof de musique ?
Creston Spiers : Je l’ai été pendant 9 ans. Aujourd’hui, je suis toujours prof mais j’enseigne toutes les matières. Je suis allé à l’école pour apprendre la musique et je maintenant je peux l’enseigner.

Penses-tu que ça a influencé ta manière d’aborder la musique avec Harvey Milk ?
Stephen Tanner :
Il nous apprend des trucs tous les jours.
Creston Spiers : Les cours de musique ont eu une influence énorme sur Harvey Milk.

Tu as déjà fait écouter Harvey Milk à tes élèves ?
Creston Spiers :
Tu plaisantes, ils ont huit ans ! Non. Je les effraie déjà assez comme ça. (Rires)

Joe, peux-tu nous raconter comment tu as atterri dans le groupe ?
Joe Preston :
Ça faisait des années qu’on était amis. J’avais rencontré Stephen quand je jouais dans les Melvins pendant un concert à Athens avec son groupe, Clamp. Ces hippies nous avaient gonflés. Ils étaient montés sur scène à poil. Quelques temps après, je trainais avec eux. Je crois que j’avais eu leur numéro par Godheadsilo. On a fait quelques concerts ensemble et j’ai passé du temps avec Steven. Un an plus tard, vers 1992 je crois, on jouait en première partie de Gwar avec les Melvins. Steven était venu avec Creston. A la fin du concert, ils me disent qu’ils viennent de commencer un nouveau groupe ensemble. J’étais encore dans le feu de l’action et j’ai dû leur lâcher un truc vite fait du genre « Euh okay… Cool dudes. On se voit plus tard, hein ! ». (Rires) Plus de 10 ans après, ils continuaient à me tester pour savoir si j’étais un blaireau ou pas.
Creston Spiers : Joe EST un blaireau.

Tu jouais encore avec High On Fire à ce moment-là ?
Joe Preston :
Non je n’avais plus que Thrones. J’avais déjà quitté High On Fire. On est toujours amis et c’est bien le seul groupe avec lequel j’ai réussi à rester en bon terme. (Rires) Je me sentais lessivé à force de tourner.
Creston Spiers : C’est types sont des homosexuels avérés, ça se voit non ? Joe ne supportait plus leurs avances. C’est tout !

Tu t’es beaucoup impliqué dans la composition de l’album ?
Joe Preston :
Au moment où j’ai pris l’avion pour la Géorgie, je n’avais pratiquement rien à part quelques trucs que j’avais écrit un an auparavant et que je pensais utiliser pour Thrones (Spiers lâche un gigantesque rire gras). On n’avait que 10 jours pour bosser. J’ai fait quelques parties de basse et de guitare. C’est à peu près tout. Dommage qu’on n’ait pas eu plus de temps. On commençait à développer de bonnes idées qu’on n’a pas pu finir à temps pour l’album.
Creston Spiers : Joe joue sur tous les morceaux excepté « Death Goes to the Winner » qu’on a terminé bien plus tard.

Il y a toujours beaucoup d’humour dans vos disques à côté de choses plus sérieuses.
Creston Spiers :
Ah, content que tu l’aies remarqué.
Stephen Tanner : C’est pour rappeler aux gens qu’on n’est pas un groupe de Dooooom avec des t-shirts noirs, que nous sommes des types normaux, qu’on aime rire et qu’on n’est pas des putains de gros idiots.
C.S. : Si, on est idiots et on déteste rire. On s’ennuyait, c’est tout.
S.T. : Tous ces groupes qui hurlent « Grrrrrrr ! Aaaarrrrrrgh ! » sont sérieux et stupides.

Lorsque vous avez joué « The Anvil Will Fall » ce soir, des types dans le public se foutaient de vous : « Arrêtez les mecs, vous allez nous faire chialer… ».
Creston Spiers :
Tant mieux. J’espère qu’ils ont vraiment chialé parce que c’est précisément le but. Plus sérieusement, il n’y a ni moquerie ni aucune forme d’ironie derrière ce morceau. Émotionnellement parlant, c’est un thème très fort.
Joe Preston : On ne savait pas que ce morceau était un hymne patriotique anglais jusqu’à ce qu’on le joue en Écosse et qu’on se fasse insulter : « Allez vous faire foutre ! Fermez-la ! ».
C.S. : C’était l’hymne des forces armées britanniques. On l’ignorait totalement. On l’a emprunté aux Planètes de Gustave Holst. (Ndlr : L’adaptation « I Vow To Thee My Country », jouée lors de nombreuses cérémonies officielles britanniques a été originalement composée dans la première moitié du siècle dernier par Holst pour son œuvre la plus célèbre, Les Planètes, au milieu du mouvement « Jupiter »).

Comment avez-vous atterri sur Hydra Head ?
Stephen Tanner :
Chacun de nos disques est sorti sur un label différent. Ça marchait jamais vraiment comme on voulait. Je n’avais jamais entendu parler d’Hydra Head jusqu’à ce qu’ils sortent l’album de Big Business, qui est un groupe que j’adore. Je savais que Joe avait joué avec Jared de Big Biz il y a un moment (Ndlr : The Whip avec Jared Warren et Scott Jernigan de Karp). J’ai fini par rencontrer les Big Business qui ne m’ont dit que des bonnes choses à propos d’Hydra Head. Joe m’a dit qu’un des types du label jouait dans Isis et je savais que le groupe était fan d’Harvey Milk. En revanche, je ne sais même pas à quoi ressemble leur musique. J’avais vu Thrones jouer en première partie d‘Isis mais eux, je les avais loupés. En tout cas j’aime bien ces gars et je suis sûr que j’aimerais aussi leur musique. On les a rencontrés à un showcase au Texas et quand ils nous ont proposé de sortir notre album, c’était exactement le label que j’avais en tête. Je crois que si on fait un nouveau disque, ça sera avec eux.

Donc c’était du pipeau quand vous disiez à Rock’A’Rolla que si on voulait vous voir une dernière fois sur scène, c’était ici et maintenant.
Creston Spiers :
C’est la fin de TOUT !… Non, je travaille déjà sur des nouveaux morceaux et ça s’annonce bien.
Stephen Tanner : On veut juste rentrer chez nous et reprendre nos petites vies chiantes pour pouvoir dire : « Alors, vous faites un nouveau disque ? – ON N’A PAS UN SEUL MORCEAU ! – Et qui va booker la tournée ? -TA SŒUR ! ». Franchement, on s’aime tous énormément et c’est bien plus important que d’être créatifs. (Spiers et Preston explosent de rire) Fermez-là, je suis sérieux ! Bien s’entendre, c’est quand même plus important que d’être…
C.S : … que d’être bons ! (Éclat de rire, bis)
S.T : Mais ON est bons, mec !

J’aime bien vos derniers artworks, les photos de chambres à coucher avec des posters de groupes, Maiden, les Alleman Brothers…
Stephen Tanner :
Oui, ça c’est ma chambre à Brooklyn. Je loue mon appart à un ex-Hell’s Angels qui était ingé-son dans les années 80. C’est le mec qui a mixé Appetite For Destruction. Son appart était rempli de ces vieux trucs. Le sombrero et la photo d’Alleman étaient déjà sur le mur, celle de l’équipe de baseball aussi. Pour la pochette de Special Wishes avec le poster d’Hendrix, les photos ont été prises chez Creston en Georgie. C’est devenu notre thème pour les artworks. Donc je pense que pour le prochain, on prendra des photos chez Joe ou chez Kyle… Bah, la maison de Kyle est trop « jolie ». Ça risque d’être déprimant.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #7 (oct/nov/dec 2008)
couv NOISE MAG#7

De la cuisse de jupiter, à propos de « The Anvil Will Fall »…

31 Juil

Je lis un peu partout sur la toile des compte-rendus de la tournée Oxbow/Harvey Milk.

Un peu partout donc, je lis des choses pas croyables sur ce morceau d’Harvey Milk, « The Anvil Will Fall », qui semble-t-il, a laissé interdits une bonne partie des spectateurs et dont voici un extrait:

Il y a quelques temps sur le postjournal, Basile commentait: « ah, cet hymne symphonique sorti de nulle part, c’est à pleurer tellement c’est improbable« . Je n’ai jamais relevé, jamais répondu, j’aurais dû et je m’en excuse.

Ailleurs, je lus tout et n’importe quoi de « niaiserie« , « violons mielleux« , « bizarroïde« , à « the most underrated, fucking awesome-est song in all of 90s rockness«  en passant par le moins indécrottable « […]instantly recognisable British hymn Ummm by Shit, It’s On the Tip of My Tongue (help ? anyone ? Put me out of my misery and tell me what it is)« . Moins indécrottable, j’insiste, parce qu’enfin voilà quelqu’un qui « reconnait » et qui s’interroge.

And you know, I’m so glad i can put you out of your misery.

« I Vow to Thee, My Country » est un hymne patriotique anglais composé par Gustave Holst dans la première moitié du siècle dernier (Plus de détails sur la Bible communautaire). Tout le monde a déjà entendu les « Planètes » de ce même Gustave Holst, cette œuvre pas tout à fait aussi pompière, presque aussi populaire mais pas encore aussi détestable que le « Carmina Burana » de Carl Orff. Et tout le monde a au moins entendu une fois le mouvement le plus célèbre de cette tentative Debussy-esque ratée. JUPITER. Tout le monde. Oui.

Aussi, en entendant « The Anvil Will Fall », ce même tout le monde devrait reconnaitre quelque chose qui alors, invaliderait tous les commentaires définitifs emballés en 2 secondes (« Ce morceau d’Harvey Milk est le plus grand morceau de l’histoire du Rock » au même titre que « C’est qu’ils voudraient nous faire chialer, les bouseux, avec leurs violons » – Je caricature à peine). Simplement parce que ce morceau n’est pas d’Harvey Milk et que c’est par conséquent en tant que citation/reprise que ce morceau fait sens – le sens que vous voudrez d’ailleurs, là n’est pas la question. Et si pour les Ecossais « The Anvil Will Fall » a un goût particulièrement amer, ça n’est bien sûr pas ‘à cause des violons mielleux’ mais parce qu’en tout état de cause, les Ecossais n’ont pas beaucoup d’estime pour Madame Thatcher. On les comprend.

Le savoir, ou faire ‘l’effort’ de le savoir, ou accepter de le savoir, c’est, au minimum, comprendre où le groupe essaye d’aller, comprendre où il veut en venir et pas simplement lever ou baisser paresseusement son pouce en signe de vie ou de mort. Comme s’il existait une catégorie de groupes pour qui refuser de trancher entre le gras et le maigre, la bière et la limonade serait intolérable.

Du reste, et surtout, Harvey Milk étant irréductible à un groupe de sludge de cul-terreux – il suffit d’écouter n’importe lequel de leurs albums pour s’en convaincre – ce que certains voient comme une ‘bizarrerie’ ou une aberration est en réalité en parfaite adéquation avec leur discographie polymorphe et accidentée.

OXBOW + HARVEY MILK @Maroquinerie, Paris (16 Juillet 2008)

20 Juil

Finalement, pas de poussage de disques mais quelques photos en ligne de ces deux concerts trop courts-trop bons ICI et ICI, plus une interview filmée d’Oxbow à venir. Soon…

oxbow

Oxbow

harvey milk

Harvey Milk

Il paraît…

23 Juin

…que j’aurai l’honneur d’assurer la sélection musicale (warm up, kids) sur la date obligatoire de HARVEY MILK, d’OXBOW et de Red Sparowes à la Maroquinerie le 16 juillet prochain, sur celle de LOCUST un peu plus tard à la rentrée et, beaucoup moins probable, sur celle de WILL HAVEN le 23 septembre.

flyer maroqu

HARVEY MILK – Courtesy And Good Will Toward Men

9 Sep

HARVEY MILK - Courtesy And Good Will Toward Men
(Relapse 2006)
Heavy Rock

Dans le dernier numéro de Versus Mag (paix à son âme maudite), j’avais vaguement – un peu trop vaguement – évoqué cette réédition puisque sa sortie fin 2006 coïncidait à peu de choses près avec celle de Special Wishes, le nouvel album grandiose du groupe le plus imprévisible d’Athens, Georgie, après un silence radio de sept ans. Originalement sorti en 1997 et sainement réédité par Relapse avec un CD bonus contenant quatre morceaux live enregistrés un an plus tôt dans la moiteur interlope d’un club du Massachusetts, Courtesy And Love Will Toward Men est un objet qui méritait largement d’être considéré ou reconsidéré, à condition de ne pas attendre d’un disque qu’il vous saute immédiatement à la gorge comme un tacle batave. De fait, Harvey Milk n’a jamais transigé avec le dictat du straight to the point. Pour les suivre, il faut le vouloir. Intransigeance maximum, efficacité zéro, et de sang-froid s’il vous plaît. Respect. Eternel. «Pinnochio’s Example» en est un admirable, d’exemple. Un modèle d’auto-sabotage intentionnel, difficile, expérimental, sludge, crasseux, minimaliste, chaotique, et pourtant (justement), Harvey Milk a compris qu’un silence bien placé était beaucoup plus terrassant qu’un son superflu. C’est un art de maltraiter ainsi le son et ceux qui l’entendent et plus encore d’être capable, dans le même temps, de pondre une comptine folk sibylline comme «Brown Water» chantée par Creston Spiers et son organe rocailleux avec autant de fragilité qu’il peut de brutalité rustre. Les morceaux se suivent mais ne se ressemblent pas, et c’est comme ça tout le long de ce Courtesy. Sans doute ce que le groupe a fait de meilleur jusqu’à son retour de flammes l’année dernière, et l’assurance qu’Harvey Milk est rétrospectivement l’un des rejetons les plus déroutants et subtils de… de quelle scène d’ailleurs ? Whatever.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #2 (Septembre 2007)
couv NOISE MAG#2-1
couv NOISE MAG#2-2

HARVEY MILK – Special Wishes

8 Mar

HARVEY MILK - Special Wishes 2006

(Troubleman Unlimited, 2006)
The Gospel according to…

Si certaines reformations sont aussi moches qu’une réunion d’anciens élèves, celle d’Harvey Milk est au contraire une véritable bénédiction. Amen. Absolument, Special Wishes, c’est l’Evangile selon Harvey Milk, le Gospel façon Heavy Rock, et je me serais presque mise à croire en Dieu si les paroles de «Once In A While» ne m’avaient rappelé au blasphématoire bon sens («Me and God’ll raise a bottle when I get to Hell !»).
De 1991 à 1999 (année de la séparation officieuse), le trio d’Athens dispense sa profession de foi sludge-rock (post-grunge?) inédite à une petite poignée de bigots suffisamment dévoués dans leur piété pour accéder à l’inaccessible discographie. Et déjà, chaque LP, chaque single crie : «Attention, Harvey Milk est un groupe comme les autres… en mieux!». Car pendant que certains jouent du sludge, du doom, du heavy rock, de la folk ou du grunge, Harvey Milk joue du Harvey Milk, avec cette liberté souveraine qui échappe à toute autorité de style. Mais malgré toutes les promesses en germe pendant ces huit premières années, jamais aucun album n’avait été aussi crucial, aussi vibrant que ce Special Wishes, et ce à plusieurs titres.
D’abord, j’étais à des lieux d’imaginer qu’un disque aurait le pouvoir de me réconcilier définitivement avec le Slow, un genre qui avait gardé l’arrière-goût mortifiant des booms de ma pré-adolescence. C’était le moment où il fallait littéralement « s’y coller », se dandiner sottement sur l’effroyable «Don’t Cry», le fangeux «Still Loving You» ou pire, sur «Hotel California» (sept longues minutes de corvée avilissante) dans les bras raides du premier de la classe alors qu’on pissait encore au lit. J’avais dû refouler si fort cette période que l’idée qu’un slow me mettrait un jour à plat ventre relevait de l’impensable. Et voilà qu’Harvey Milk lâche trois méga-ballades sales, heavy tellement poignantes, assumées avec tant de sincérité («Once In A While», «The End», véritable blockbuster indie, et l’inénarrable «Mothers Day») qu’elles mériteraient qu’on réhabilite sur le champ le quart d’heure américain.
Car à l’instar des Melvins, Harvey Milk fait partie de ces rares groupes suffisamment arrogants et irrévérencieux pour pouvoir s’autoriser ce genre de libertés sans y laisser des plumes et c’est probablement ce qui les tient à l’écart, loin devant. Pour clore le chapitre des ballades, il faut parler de «Old Glory», sorte de protest-song anti-nationaliste sublime qui hésite entre la folk ombragée de Johnny Cash et le blues-rock sudiste de Lynyrd Skynyrd. Excepté un «Love Swing» un peu plus anecdotique il n’y a rien à jeter non plus dans les morceaux plus sludge de l’album auxquels la voix de vieux loup écorché de Creston Spiers (entre Kurt Cobain et Matt Pike) apporte une désinvolture un peu rustre, un peu redneck. Des boutures glam, progressives (à la King Crimson) ou 70’s (Hendrix, Zeppelin) finissent toujours par s’enraciner autour de la tige principale.
Special Wishes est non seulement un disque de salubrité publique (parce que c’est sain de constater qu’une reformation peut servir à autre chose qu’à donner de la mauvaise confiture à des cochons) mais aussi un disque crucial, où chaque silence fait sens, où chaque note vibre, où chaque seconde compte. A ce jour le meilleur disque d’Harvey Milk; en ce qui me concerne, l’un des meilleurs de l’année.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

Interview – HARVEY MILK: Vaches à lait & Terminal Speakers

7 Mar

Harvey Milk

Athens, Georgie. La Liverpool du Sud est surtout fameuse pour avoir été le berceau d’une scène musicale foisonnante à partir du début des années 80. À l’époque, les rares noms qui parviennent à percer la bulle de la notoriété locale (les B 52’s, REM ou Pylon) attirent cependant l’attention sur ce bourgeonnement de groupes hétéroclites, même si relativement conformes à une certaine facture new-wave/indie-rock US peu encline aux dérives extrêmes. Au début des 90’s, délaissée par les médias et la presse alternative, la scène d’Athens en perte de vitesse débande sérieusement. Et c’est dans ce contexte que le trio Harvey Milk débarque un beau jour – après la bataille – avec son sludge de culs-terreux, son doom cradingue, son goût pour les silences bien sentis, ses chansons acoustiques, son noise rock hybride mêlé de feedbacks et d’expérimentations en tout genre (dans le parc instrumental du groupe, on trouve notamment un marteau et une enclume) et un nom emprunté au célèbre député américain abattu par un militant d’extrême droite pour avoir défendu la cause homosexuelle.

Après le faste de la décennie précédente, Harvey Milk est le symbole musical ultime du déclin de cette micro-civilisation du rock-indépendant. La discographie de ce groupe parmi les plus atypiques d’Athens, restera longtemps l’affaire d’une poignée de fans (singles introuvables édités dans une confidentialité quasi-totale par des labels de chambre à coucher, premier album disparu, albums suivants épuisés) jusqu’à la publication par Relapse en 2003 d’une compilation de singles posthume (le groupe splitte, pense-t-on, en 1999). Mais en 2006, après un hiatus de sept ans (suffisamment longtemps pour faire mûrir la légende), Harvey Milk ressurgit du néant avec une reformation et trois sorties consécutives : Anthem, un DVD live de plus de 3h30 (Chunklet), Courtesy And Good Will Toward Men, réédition de leur second LP chez Relapse, et surtout Special Wishes, un nouvel album frais émoulu pour Megablade Records. Tentative d’éclairage avortée sur l’histoire du groupe avec Creston Spiers (guitare, chant, et marteau).

Parle-moi des débuts du groupe.
Vers 91-92, j’ai quitté Philadelphie et je me suis installé à Commerce en Georgie. J’avais collé une annonce sur la vitrine du magasin de disques dans lequel bossait Steve (Ndlr : Stephen Tanner, basse) en disant que je recherchais un bassiste et un batteur. Je citais Kiss comme étant ma seule influence, et je crois que c’est pour cette raison qu’il a répondu. Paul (Ndlr : Paul Trudeau, batterie) était un ami à lui. On a commencé à répéter dans un hangar. Ça paraît dingue, mais au départ, on jouait avec un saxophoniste alto, Steve Swan, qui avait composé un de nos meilleurs morceaux de l’époque : «Construction Worker».

Comment as-tu choisi le nom Harvey Milk ?
Au collège, j’avais vu cet excellent documentaire The Times Of Harvey Milk, dont j’avais loupé les 15 premières minutes, celles où tu apprends les circonstances de sa mort. Tout ce que j’avais vu, c’était le récit de sa vie et des événements qui aboutirent à cette mort tragique et absurde. Cette histoire m’avait beaucoup ému. Pour moi, cet homme était une grande figure humaniste au même titre que Martin Luther King ou Gandhi. J’en ai toujours gardé un souvenir fort. Mais je crois que finalement, on a choisi ce nom pour le groupe parce c’était un nom marrant pour quelqu’un de bien réel. Le fait qu’on soit tous pédés est hors-sujet bien entendu.

À l’époque, vous sentiez-vous à part au sein de la scène musicale d’Athens ? Comment les gens réagissaient-ils à la lenteur et à la lourdeur de votre musique ?
Au départ, nous avons été confrontés à des réactions violentes et négatives par rapport au nom du groupe et à notre son, même de la part de nos amis et de nos petites copines. Il nous a bien fallu deux ans pour se faire accepter.

Quelles étaient vos influences musicales à l’époque ?
Avant ma rencontre avec Stevie, mes influences musicales se limitaient à Kiss, aux Beatles, aux Stones, Led Zep, Hendrix et à tout le classic Rock des 60’s et des 70’s. J’écoutais aussi un peu de punk et des groupes alternatifs comme REM, Dinosaur Jr, les Sex Pistols. Stevie m’a fait découvrir un nombre de groupes incalculables. Mais le plus important de tous pour moi, ce fut les Melvins. La première fois que j’ai écouté un de leurs disques, j’étais littéralement sidéré. Ça a instantanément changé ma vision de la musique. Je n’avais jamais entendu un truc pareil.

En 1993, après plusieurs singles sur des labels locaux, vous enregistrez votre premier LP avec Bob Weston (Ndlr : producteur et musicien, notamment bassiste de Shellac). Cet album n’est jamais sorti officiellement. Que s’est-il passé ?
Je n’en suis plus très sûr, mais il me semble que l’album a été perdu. Finalement, c’était plutôt une bonne chose. My Love (Ndlr : My Love Is Better Than Your Assessment of What My Love Could Be, premier album officiel du groupe sorti en 1996 sur le micro label de Caroline du Nord Yesha) était beaucoup plus réussi. Ce qui s’est passé, je crois, c’est que le type du label en a eu marre de nous, et donc, il a «perdu» les bandes. Il ne nous a jamais rappelés. A mon avis, il n’avait pas vraiment apprécié qu’on prenne sa femme en sandwich et qu’on lui repeigne le visage en blanc le week-end où on lui avait rendu visite.

Creston Spiers

En 1996, Paul quitte le groupe et c’est Kyle Spence qui le remplace à la batterie…
Oui, je pense que Paul en a eu marre de jouer de la musique frustrante qui n’intéressait personne et qui ne ramenait pas de blé. Ce qui est ironique, c’est que les choses ont justement commencé à s’accélérer au moment où il est parti. Le son était devenu plus rock et il y avait plus de monde aux concerts.

Effectivement, le son de Harvey Milk prend une nouvelle couleur après le départ de Paul.
C’était volontaire. Ça nous faisait chier de perdre notre temps à essayer de jouer lentement. Merde, on voulait juste faire du rock.

Pourtant le groupe splitte en 1999…
Stevie et Kyle ont déménagé pour réaliser le rêve californien. De mon côté, j’avais une famille et toutes les joyeuses obligations que cela comporte. On n’a pas vraiment splitté, disons qu’on a juste fait un break.

Qu’est-ce tu as fait pendant ce break, entre 1999 et 2006 ?
J’ai joué dans plusieurs groupes, ici ou là. Soit je jouais des reprises à la batterie, soit je jouais mes propres morceaux à la guitare et au chant. Mais rien dans la veine d’Harvey Milk. Plutôt des trucs dans le genre de Kiss ou des Stones…

Comment vous est venue l’idée de vous reformer avec Paul à la batterie, d’enregistrer un nouvel album, de faire à nouveau des concerts ?
C’est parti d’une idée de Stevie qu’on a tous approuvée immédiatement.

Que penses-tu du regain d’intérêt soudain pour le groupe, les rééditions de Relapse, le nouvel album, et le fait que beaucoup de gens se mettent subitement à s’intéresser à vous?
Je pense que tous ces gens devraient nous envoyer des chèques.

Ca vous donne envie de continuer (Ndrl : “… to go for some more”)?
Continuer… à avoir plus de chèques ? Oui, on est tous super fauchés.

Fauchés ? Peut-être bien, en effet. Les six dernières questions sont restées à jamais sans réponse. Silence radio. Comme si Creston Spiers s’était dégonflé comme un pneu crevé au fur et à mesure de l’interview. Alors si vous voulez connaître la suite, soyez sympas, pensez-bien à lui envoyer votre chèque, daté, signé et provisionné.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

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