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MERCYFUL CAKE : David Yow’s Chocolate Bourbon Bread Pudding

19 Avr

A l’occasion, un musicien nous fait part de sa recette de gâteau favorite.
Entre deux concerts de reformation de Scratch Acid, David Yow (également ex-Jesus Lizard, Qui) nous livre le secret de son démoniaque gâteau au chocolat et bourbon.

 » Cette recette est un croisement contre-nature entre plusieurs recettes trouvées sur internet et la fantastique recette de ma mère qui malheureusement était sans bourbon. C’est une recette très facile à réaliser. Je pense que c’est bon même si tu ne respectes pas parfaitement les proportions. Par contre, une fois que tu as commencé à le manger, sache qu’il est impossible de s’arrêter. Bon appétit !*

David Yow »

*en français dans le texte

  • Pour la sauce :

250 ml de bourbon (je préconise d’utiliser EXCLUSIVEMENT du Buffalo Trace)
110 g de beurre
175 gr de sucre
1 oeuf

  • Pour la pâte :

1 baguette achetée la veille, gentiment croustillante et coupée en petit morceaux
625 ml de lait (n’utilisez pas de lait écrémé. Essayez éventuellement avec du lait Ribot)
250 ml de jus de pommes brut sans ajout de sucre.
3 œufs
3 cuillères à café rases d’extrait de vanille
350 g de sucre bio non raffiné
1 cuillère à soupe de poudre de cacao
1 pincée de noix de muscade
1 cuillère à café de cannelle
1 pincée de piment de Cayenne
135 g de raisins secs
170 g de pépites de chocolat
1 peu de beurre pour graisser le moule

  • Préparation de la sauce au bourbon :

Dans une casserole, faire fondre le beurre à feu très doux.
Ajouter le sucre et les œufs et battre jusqu’à ce que le mélange soit homogène. Le feu doit être vraiment très doux si tu ne veux pas finir avec des œufs brouillés au bourbon.
Remuer sans arrêt jusqu’à ce que le mélange épaississe. Ne le laisse pas bouillir !
Ajouter le bourbon et retirer du feu. Cette sauce doit être bien lisse et crémeuse.

  • Préparation du gâteau :

Préchauffer le four à 175°C.
Verser les raisins dans une casserole, les recouvrir de bourbon et les faire frémir jusqu’à ce qu’ils soient imbibés. Ôter du feu. Laisse refroidir.
Dans un saladier, faire tremper le pain dans un mélange de lait et de jus de pomme.
Emietter et malaxer à pleines mains jusqu’à ce que tout soit bien mélangé et que le liquide soit complètement absorbé.
Dans un autre saladier, battre ensemble les œufs, le sucre, la vanille, le cacao et les épices.
Quand le mélange est bien battu, ajoutez-y les raisins préalablement égouttés. Ajouter aussi les pépites de chocolat.
Beurrez consciencieusement les parois d’un moule rectangulaire (environ 22×33 cm).
Versez la préparation dans le moule et cuire pendant 35-45 minutes. Vérifier que le gâteau soit bien ferme. Le dessus doit être marron foncé et le gâteau doit se décoller légèrement des parois du moule.
Si vous le voulez, vous pouvez mettre la préparation sous le grill du four pendant une minute afin que que les reliefs du gâteau foncent légèrement.
Battre la sauce au bourbon pendant une minute à feu doux et enfin, la verser sur le gâteau.
Maintenant, mangez. Tout doit disparaître.

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #8 (jan/fev 2012)
couv (new) NOISE MAG#8

Interview/Discographie – THE JESUS LIZARD : (Surtout) Ne leur parlez pas de leurs problèmes !

4 Oct

L’interview, ses joies et ses peines. Parfois, tu y vas en super-héro de la rock attitude, les mains dans les poches et la mèche au vent, comme si tu savais par avance que le plan allait se dérouler sans accrocs. Ce qu’on dit moins, c’est qu’il y a des fois où sans crier gare, l’insécurité linguistique te colle un trac pas croyable et le trac redouble quand tu réalises que tu es en route pour aller cuisiner (et cuisiner, c’est souvent emmerder) en face à face l’un des groupes de rock qui t’a le plus considérablement marqué au même titre que Captain Beefheart, Public Image ou les Melvins, le groupe le plus emblématique de la scène dite « noise-rock » de Chicago et d’Ailleurs, un groupe cité à tout bout de champ (à tort ou à raison) par ses pairs et par la critique et dont Steve Albini a dit « Dans quelques années Jesus Lizard, en terme d’impact, sera l’équivalent de Led Zep ou des Stooges », un groupe dont l’ombre irrévérencieuse plane sur un gigantesque pan du rock indépendant depuis le début des 90’s jusqu’à nos jours, enfin, une véritable bête de live qui vient de rempiler pour une trentaine de dates inespérées en formation originale après plus de dix années de silence radio. Alors quoi ? Alors rien bon Dieu. Tu colles tes mains moites au fond de tes poches, tu prends l’air dégagé et tu le fais, c’est tout. En arrivant au café de la musique de La Villette, David Yow et David Wm. Sims sont encore occupés avec Tracks. On en profite pour prendre discrètement la température avec Duane Denison, le renard gris. Euh, ça t’emmerde les interviews ? « Je serai emmerdé le jour où on ne nous posera plus de questions. On en profite tant qu’il y a encore des gens qui s’intéressent à nous ». Bien, c’est noté. Sauf qu’il manquait quand-même une précision de taille : SURTOUT, NE LEUR PARLEZ PAS DE LEURS PROBLÈMES.

Comment se passe la tournée ?

(Silence… Soupir général, les yeux au ciel. Tout le monde feint d’en avoir déjà plein le dos.)

David Yow : Allez, Duane…

Duane Denison : En fait, ce n’est pas vraiment une tournée. On joue par petits groupes de deux ou trois dates ici et là. On a fait trois concerts en Angleterre. Ensuite, on a eu pas mal de temps libre et là on enchaîne à nouveau avec deux ou trois dates. Donc je n’appellerais pas ça une tournée mais plutôt une sélection de concerts choisis. Jusqu’à présent c’est génial… Que du bonheur. Le premier concert (le 9 mai dernier au ATP festival à Minehead, en Angleterre) a été particulièrement intense et chargé en émotions. C’était vraiment bon de se retrouver sur scène ensemble. Ça faisait 10 ans, 15 ans qu’on était passés à autre chose et ce concert m’a vraiment rappelé pourquoi j’aimais tellement ça à l’époque (Ils font tous semblant de pleurer).

Ça vous manquait ?

D.Y. : Plus maintenant (Rire général). Ça y’est, ils me fatiguent déjà.

Quand on s’était eu au téléphone pour Qui l’année dernière, tu m’avais dit qu’une des choses les plus tristes dans ta vie, c’est que ça faisait dix ans que tu n’avais parlé à Mac.

D.Y. : C’est vrai. Je n’avais pas parlé à Mac depuis dix ans et ça faisait douze ans qu’on ne s’était pas vus. Quand on s’est reparlé au téléphone, on se disait que le jour où on allait se revoir on se mettrait sûrement à pleurer comme deux gros bébés. Et finalement quand on s’est revus, on n’a pas pleuré, on s’est marré, on gloussait, c’était bon. Toute à l’heure, on discutait des surnoms qu’on se donnait entre nous – David en a fait une liste sur son blog. L’un des surnoms de Mac était Laffy The Tallest Elf.

D.D. : Il y avait aussi Merrymac, Monitoring Merrymac…

David Wm. Sims : …The Mystical One, The Malingerer (Ndlr : Parmi les meilleurs de la liste, on trouve aussi Sawed-Off Alcoholic Midget ou Constant Comment pour David Yow, Silver Fox ou Half a Woman pour Duane Denison et Four-String Napoleon pour David Sims. Liste exhaustive ici : http://davidwmsims.wordpress.com/2009/05/05/back-to-blighty).

D.D. : Tiens, voilà Mac justement.

Est-ce que vous diriez que cette tournée, c’est « comme au bon vieux temps » ?

D.D. : C’est un peu différent. On a tous vieilli et quand tu vieillis, tu as automatiquement plus de responsabilités. Tu ne peux plus te permettre d’être aussi insouciant qu’avant, d’être constamment défoncé, bourré, enfermé dans ton petit monde.

(Mac McNeilly arrive. Je lui explique le principe de l’interview : un tour de la discographie du groupe, de Pure jusqu’à Blue. Yow se bidonne…)

D.Y : Haha super, Mac n’était sur aucun des deux !

1989 : PURE (Touch & Go – EP)

(À David Sims et David Yow qui jouaient tous les deux dans Scratch Acid) Au moment où Scratch Acid splitte en 87 et que d’Austin, vous déménagez à Chicago, est-ce qu’il vous parait évident que vous allez rejouer ensemble un jour ?

D.W.S. : Non, pas quand on déménage à Chicago. En fait, on répétait déjà à Austin de temps en temps – je dois encore avoir des enregistrements 4-pistes de ces répètes (Yow lâche un rot phénoménal). Ensuite quand on a déménagé, je faisais pas mal d’allers-retours à Austin pour voir Duane et finalement c’est lui qui est venu s’installer à Chicago.

Je croyais que vous aviez rencontré Duane à Chicago.

D.W.S. : Non, David, Duane et moi, on s’est rencontré à Austin.

D.Y. : Il y a plein d’erreurs sur le net à ce sujet, même sur le site de Touch & Go. Je crois qu’ils disent que le groupe a commencé à Chicago. Ça n’est pas vrai. On a commencé à Austin.

D.D. : David (Sims) a déménagé à Chicago pour jouer dans Rapeman et David (Yow) l’a suivi. J’ai dû les rejoindre un an et demi après. David a toujours été bon pour garder le contact alors que moi je suis particulièrement doué pour déménager et faire splitter les groupes (rires). J’ai donc déménagé à Chicago et Rapeman a splitté.

D.W.S. : Bien joué !

D.D. : C’est vrai, quand j’ai déménagé à Austin les Big Boys se sont séparés. Enfin… On a donc commencé à répéter à Austin dans une maison abandonnée. Et puis les deux David sont partis et j’ai suivi un peu plus tard. À ce moment-là, ils connaissaient déjà Mac qui venait d’Atlanta. Je ne l’ai rencontré qu’après.

Mac McNeilly : Oui, j’avais rencontré David (Yow) deux ans auparavant.

Donc vous connaissiez déjà Mac quand vous avez enregistré Pure (Ndlr : le premier EP de Jesus Lizard a été enregistré en trio avec une boîte à rythme avant l’arrivée de McNeilly dans le groupe).

D.W.S. : Oui, on s’est rencontrés avant de former The Jesus Lizard. Mac jouait dans un autre groupe à l’époque.

D.Y. : Si je me souviens bien, au moment où Scratch Acid s’est séparé, Mac était en tournée avec un groupe qui s’appelait 86. Ils jouaient à Austin et un copain m’a conseillé d’aller les voir. J’étais épaté. Le groupe était vraiment bon mais Mac était particulièrement bluffant. Après le concert on s’est assis au bar et on a discuté un moment. Quand l’enregistrement de Pure a été terminé, on a décidé de voir ce que ça donnerait si on jouait avec un batteur. J’ai repensé à ce mec d’Atlanta et on lui a envoyé de jolies petites cassettes.

M.McN. : C’était très différent de ce que j’avais fait avant mais c’était vraiment le genre de truc que j’avais envie de jouer. Les morceaux de Pure avec la boîte à rythme donnaient une idée assez nette de ce qu’ils pourraient devenir avec une batterie. J’aimais ces morceaux, en particulier ceux qu’on a fini par jouer régulièrement ensemble et qu’on joue toujours aujourd’hui.

« Bloody Mary » ?

M.McN. : Oui, et « Blockbuster ». On a donc commencé par jouer les morceaux du EP avec la batterie – ça fonctionnait plutôt bien – et on a fini par écrire des morceaux ensemble.

Sur Pure, certaines de vos influences sont très nettes – la boîte à rythme fait fatalement penser à Big Black, le son de guitare à Birthday Party, les lignes de basses répétitives à Public Image – comme si ce EP était une sorte de brouillon de ce qui deviendra plus tard LE son de Jesus Lizard.

D.D. : Ce que tu dis est aussi valable pour l’album suivant (Head). Tu peux presque prendre chaque morceau séparément et dire « celui-ci ressemble à tel groupe, celui-là sonne comme tel autre ». Ceci dit, on joue encore deux des cinq morceaux du EP, et quelque-part, ça veut dire que ce disque a bien tenu la route.

1990 : HEAD (Touch & Go)

D.D. : Head est encore un disque qui manque d’originalité. C’est le son d’un groupe qui se cherche, avec les influences dont tu parlais toute à l’heure. Je crois que c’est à partir de Dudley (« Then Comes Dudley » sur Goat) que le son de Jesus Lizard a vraiment pris forme et que nous avons commencé à sonner comme personne d’autre.

D.W. S. : Sur Head, nous avons presque tout écrit à deux Duane et moi alors que Goat a vraiment été composé à quatre. Il y a beaucoup de morceaux que j’avais écrits au moment de la séparation de Scratch Acid et qui trainaient depuis cette période. C’était un genre de vide-grenier : est-ce que je vais pouvoir me débarrasser de toutes ces vieilleries ? On était encore en construction, à essayer de voir ce qui marchait et ce qui ne marchait pas.

D.D. : L’avant-Head est aussi le moment où on a commencé à faire des concerts régulièrement.

D.Y. : Ce qui est intéressant dans la façon dont ça s’est passé, c’est qu’on se connaissait tous les trois depuis le Texas alors que je n’avais rencontré Mac qu’une seule fois. En fait on ne le connaissait pas vraiment. Et je crois que le seul ingrédient indispensable dans n’importe quel groupe, c’est l’alchimie entre les membres du groupe. Par chance, ça a fonctionné à merveille avec Mac. Je veux dire, (tendrement) regarde sa frimousse… Donc au départ il fallait non seulement apprendre à se connaître et dans le même temps écrire des morceaux ensemble. Ça retarde un peu la maturation.

M.McN. : Ça m’a paru vraiment facile de jouer avec eux, même au tout début. Je n’avais pas besoin de fournir des efforts démesurés pour que les morceaux sonnent bien. Travailler ensemble allait de soi.

David, tu peux raconter comment le morceau « Metropolis » a été rebaptisé « Tight N Shiny » ? (Ricanements)

D.Y. : La première fois qu’on a joué tous les quatre en public, c’était dans un club à Chicago qui s’appelait Edge Of The Looking Glass. Avant ça, on n’avait fait que des concerts plus ou moins privés dans des soirées, sur le toit de la maison d’un copain ou dans un magasin de disques. Ce soir là, quand ils ont commencé à jouer « Metropolis » qui est un morceau instrumental, je ne savais pas trop quoi faire de moi. Je me dis qu’est-ce que je fais ? Je vais faire un tour ? Je fume une clope ? Je m’assoie ? Alors je décide de prendre le micro, de le baisser et de poser mes couilles dessus tout en fumant ma clope. Notre vieil ami Steve Albini était là. Il nous a dit que c’était le truc le plus drôle qu’il avait jamais vu. J’étais content d’avoir rendu Steve heureux. Et c’est comme ça que nous avons rebaptisé ce morceau « Tight N Shiny ».

1991 : GOAT (Touch & Go)

D.D. : Comme David le disait tout à l’heure, c’est la première fois qu’on composait vraiment à quatre. On s’asseyait avec des guitares acoustiques, un métronome, Mac tapait sur la table et on voyait ce qu’on pouvait faire de toutes ces idées. C’était très viscéral. C’est comme ça qu’un groupe devrait toujours travailler.

D.Y. : Il faut dire qu’on habitait tous dans le même appartement à l’époque.

D.D. : Oui, il y a eu une période où on ne se quittait pratiquement jamais sauf quand on dormait. On était ensemble pendant la journée et quand on rentrait à la maison le soir, on était encore ensemble. Il nous est même arrivé d’avoir des boulots au même endroit. Je crois qu’on a passé plus de temps ensemble que n’importe quel groupe d’hommes adultes ne l’a jamais fait ! (Rires) C’était assez extraordinaire.

D.Y. : Et tout ça sans jamais se pénétrer les uns les autres (rires).

D.D. : Donc oui, ce disque est un effort à quatre et le résultat est une musique très directe.

Pour moi, c’est avec ce disque que les lignes et le son de guitare sont vraiment devenus la patte Denison.

D.D. : Sur ces morceaux, le son de guitare devient particulièrement clair et agressif et je crois qu’on peut dire que globalement, les parties de guitare sont très simples. Je pense aussi que la façon dont Steve Albini nous enregistrait a contribué à cette simplicité : deux micros face à l’ampli et c’est parti. Ce disque était fait pour ça.

J’ai lu cette histoire quelque-part : Led Zeppelin ou plutôt Jimmy Page est en studio avec Albini. Albini lui passe Goat et la seule chose qu’il trouve à dire à propos de ce qu’il entend c’est « trendy ».

D.D. : Je ne sais pas quoi te dire. Goat était sorti depuis au moins cinq ans. Et bon, j’aime beaucoup Led Zeppelin mais Jimmy Page, merde. Franchement, c’est immonde… Oh et puis laisse-tomber (rires). Tu sais qu’il vit en Amérique, à Nashville, comme moi ?

1992 : LIAR (Touch & Go)

Goat et Liar se ressemblent sur beaucoup de points. Le son, le côté urgent et extrême des morceaux…

D.Y. : Oui, je suis d’accord avec ça. On aurait presque pu en faire un double album.

D.D. : Je pense qu’à ce moment-là, on était de meilleurs compositeurs et de meilleurs arrangeurs. Je trouve personnellement que Goat sonne mieux que Liar mais qu’en revanche, le songwriting et les arrangements sont plus sophistiqués sur Liar.

J’ai l’impression qu’il y a eu un travail différent au niveau de l’enregistrement de la voix.

D.Y. : Je ne sais pas. Il faudrait que je me souvienne des titres de l’album. Peut-être que Steve avait utilisé des techniques d’enregistrement différentes. Il avait des idées délirantes sur la manière d’utiliser les micros. Par exemple sur « Nub» – je ne sais plus s’il est sur Goat ou Liar (Ndlr : sur Goat) –, il y a un moment où je dis « But I have got to hand it to you, you’re taking this extremely well », je le dis comme ça : (s’ensuit une longue flatulence vocale) « we-e-ee-eeee-ee-ll ». À ce moment-là, il avait placé deux micros en face de moi. L’un des deux était fixé et l’autre pendouillait et se balançait d’avant en arrière. Au bout du compte, le produit fini n’est pas forcément plus subtil et je ne dis pas qu’il serait meilleur ou pire si on avait fait autrement, mais ce qui est sûr, c’est qu’on s’est vraiment marré avec ces expérimentations et toutes ces techniques bidon. C’est vrai, quoi de plus drôle que de coller sa tête au fond d’une gigantesque poubelle ?

Une partie de vos die-hard fans estiment que ces deux albums, Goat et Liar, représentent l’âge d’or de The Jesus Lizard. Qu’est-ce que vous en dites ?

D.D. : S’ils le pensent, ça n’est pas moi qui les contredirai.

D.W.S. : On a fait tellement de concerts à cette période. On se connaissait par cœur. On arrivait en studio en ayant beaucoup travaillé les morceaux et on les maîtrisait tellement bien qu’on n’avait aucune difficulté à les enregistrer.

D.Y. : On répétait déjà énormément en temps normal mais on travaillait vraiment comme des brutes avant un enregistrement. Quand on arrivait en studio, on était déjà complètement claqués !

D.D. : Pour nous c’était un mode de fonctionnement normal, un acquis : écrire les morceaux, travailler les arrangements, les répéter encore et encore jusqu’à ce qu’on arrive en studio et là, c’était plié. C’est valable pour tous nos disques. Je crois qu’on n’a jamais enregistré aucun morceau en plus de deux ou trois prises et la plupart étaient dans la boîte dès la première prise. À l’époque on croyait que tous les groupes fonctionnaient comme ça mais ensuite, j’ai réalisé que ça n’était pas du tout le cas. Il y en a qui arrivent en studio avec deux idées qui se battent en duel et qui sont incapables de jouer un morceau du début à la fin. Mais Pro Tools est là, donc c’est pas grave, tu peux réparer ! Il y a des gens que j’ai même dû convaincre de répéter d’abord : « On va prendre quelques jours pour travailler et après seulement on va enregistrer, okay ? ». (Rires) On arrivait à boucler un album en quoi… deux week-ends ? Parfois même en un week-end.

D.Y. : D’une part on bossait beaucoup et on avait les idées très claires sur ce qu’on voulait. Et puis Steve aussi savait travailler très vite. On était donc terriblement efficaces par rapport à un groupe qui va commencer à penser aux arrangements une fois en studio. Rentrer en studio pour répéter…Non sérieux…

D.D. : Et puis ça coûte cher.

Quand tu enregistres avec Albini, tu as quand même intérêt à être bon tout de suite.

D.D. : Oh non, pas forcément…

Ok, il a aussi enregistré des merdes. Ce que je veux dire, c’est que sa façon d’enregistrer t’oblige à être efficace dès les premières prises.

D.D. : Ce qui sûr, c’est que ça n’est certainement pas lui qui prendra des pincettes et qui te dira : « oh c’était super » ou « t’en fais pas, on va réparer ça ». Non, ça serait plutôt le genre de mec à te dire (sec) : « t’aurais surtout dû apprendre à jouer tes morceaux avant de venir ici ! » (rires), ce que je trouve très bien. Il y a des mecs qui ont besoin d’entendre ça même si encore une fois, la plupart des gens s’en foutent pas mal parce qu’ils ont Pro Tools. J’étais à Berlin et je suis tombé sur une grosse émission sur la musique électronique. Ils filmaient ce type, un Allemand, dans son home-studio studio et quand on lui demandait de jouer un de ses propres morceaux, il était incapable de reproduire une pauvre mélodie à un seul doigt. Et le pire, c’est qu’il y avait quand même des types assez cons pour lui dire : « Putain mec, t’assures trop ! ».

Tu te rappelles de son nom ?

D.D. : C’était… Air. Non ils sont français. C’était… Daft Punk. Non ils sont français aussi. (Rires)

À cette époque, vous sortez votre split 7’’ avec Nirvana (Puss/Oh The Guilt, 1993, Touch & Go). Nirvana est alors sur Geffen et vous toujours sur Touch & Go. Comment les gens de Geffen réagissent-ils en apprenant que The Next Big Thing veut partager un 45 tours avec un petit groupe indépendant pour le sortir sur un petit label indépendant ?

D.Y. : En fait, ils étaient encore sur Sub Pop au moment où on a eu l’idée de faire ce split.

D.D. : Je pense qu’à ce moment-là, Nirvana était encore en position de le faire.

D.W.S. : Geffen a été obligé d’accepter même si ça ne leur plaisait pas du tout. Ils nous soutenaient qu’on était bloqués, que ça allait poser des problèmes légaux et si Kurt ne s’était pas battu et s’il n’avait pas été jusqu’au bout, ce disque n’aurait pas pu sortir.

D.Y. : C’est Geffen qui a imposé une édition limitée. Je crois que c’était 50.000 exemplaires pour les États-Unis et autant pour le reste du monde ce qui était énorme pour nous mais franchement ridicule pour Nirvana. C’est la seule chose un peu négative dont je me souviens de la part de Geffen.

Est-ce que la sortie de ce split vous a apporté quelque-chose en termes de public, de ventes, de notoriété ?

D.Y. : Ça n’a pas été si tangible que ça. Je ne crois pas que ça ait fait une grande différence comme les gens l’imaginent souvent.

D.D. : On avait peut-être un peu plus de visibilité à l’époque. Par exemple, on a fait quelques apparitions à la télé en Grande-Bretagne…

D.Y.: (Sarcastique) Oh oui, Top Of The Pops !

D.D. : En tout cas en ce qui concerne le public et les ventes d’album, on n’a jamais observé de pic particulier à ce moment-là.

D.Y. : Et tant mieux parce notre intention n’a jamais été de profiter de leur notoriété pour devenir plus populaires. L’histoire c’est qu’on jouait avec eux dans le New Jersey à Hoboken dans un club local qui s’appelait le Maxwells. Ils étaient vraiment très bons ce soir là. Après le concert, je discutais avec Kurt et je lui ai dit : « Sonic Youth a sorti un split single avec Mudhoney sur Sub Pop ». Alors je ne sais plus qui a suggéré : « Pourquoi on ne ferait pas aussi un split ensemble mais pour Touch & Go ? – Ok, excellente idée ! ». On rejouait ensemble quelques temps plus tard à Denver dans le Colorado et on était à peine sortis du van que Kurt arrive en courant et nous demande : « Bon alors, on le fait ce putain de single ? ». Ensuite, ça a pris un certain temps, pendant lequel ils ont signé sur Geffen… Oui, ça a pris du temps.

D.D. : Je me souviens de ce concert à Denver. Nevermind n’était pas encore sorti mais ils jouaient les morceaux de l’album. Et c’est le seul concert que j’ai jamais vu pendant lequel je me disais : quelque-chose d’énorme est en train de se passer.

D.Y. : Quand on a fait ce concert avec eux à Hoboken, ils avaient joué « In Bloom ». Je n’avais jamais entendu ce morceau avant mais le lendemain, je ne pouvais pas m’empêcher de chanter « He’s the one, who likes all our pretty songs… ».

1993 : LASH (Touch & Go – EP)

En 1993, vous sortez Lash (un 6-titres qui était sorti sous forme de triple 45 tours et qui contenait deux nouveaux titres enregistrés en studio et quatre morceaux live) mais pas d’album studio cette année-là…

D.D. : On était constamment sur la route. Je crois même qu’en 1991, on a passé neuf mois sur la route.

D.Y. : C’est vrai ?

D.D. : Oui.

D.Y. : Putain ! (Rires)

D.D. : Oui, on ne faisait que ça. On devait bien essayer de composer des morceaux sur la route, trouver un riff par-ci par-là… Pour en revenir à Lash

M.McN. : Je ne me souviens plus, il y avait des morceaux live et une paire de nouveaux morceaux, c’est ça ?

D.D. : Oui, j’aime encore beaucoup ce disque. Je me souviens que pour « Deaf As A Bat », je voulais faire un riff à la Suicide.

M. McN. : Est-ce qu’on parle de Liar ? (Aïe)

D.Y. : Non non, c’est déjà fait. Je crois qu’on parle de Goat ! (Ouch)

D.D. : Mais non enfin, c’est Down. Down maintenant ! D.o.w.n ! (Oui oui j’ai compris, vous en avez plein le cul…)

D.Y. : Oh et puis de toute façon Mac ne joue pas sur ce disque ! (C’est facile de se moquer)

1994 : DOWN (Touch & Go)

(On enchaîne ?) Est-ce qu’après Goat et Liar, ça vous semblait difficile de faire un disque sans vous répéter ?

D.D. : Très honnêtement oui. D’un côté, tu as ton propre truc et ça fonctionne bien. De l’autre, tu ne veux pas refaire ce que tu as déjà fait. Tu te retrouves donc dans une position difficile. Si tu refais la même chose, on va dire que tu te répètes. Et si tu pars dans une autre direction, on va dire « Oh ces mecs sont des vendus, ils sont désespérés, ils avaient de bonnes idées pourtant, mais là… »

Est-ce que vous n’avez pas eu le même genre de problèmes avec Shot et Blue ?

D.D. : Wow, wow, wow ! (Rire général. Et de plus belle :) Wow, wow, wow, wow ! Ne me parle pas de mes problèmes ! Tu ne me connais pas assez (Rires. Yow a du mal à s’en remettre. Moi aussi. Je veux ma maman). À ce moment-là, on n’habitait plus ensemble et le temps qu’on passait à composer ne suffisait pas.

Vous vous étiez maqués entre-temps, c’est ça ?

D.D. : Ah je vois, les femmes créent des problèmes !

D.Y. : (En français) Cherchez la femme ! (Rires)

D.W.S. : Oui, Mac et moi on s’était mariés. Lui avec Yoko et moi avec Oh No. (Oulah)

D.D. : (Caustique) Oh oh oh oh ! Disons que pour chaque nouvel album, tu as le noyau des morceaux dont tu peux dire « là, c’est bon. Ça fera un bon morceau » et tu construits le reste à partir de ce noyau. Mais parfois, tu sais que tous les morceaux ne seront pas bons. Alors tu essayes d’aller vers ce que tu penses être le plus consistant et cohérent. Down était un album difficile mais il y a toujours des morceaux de l’album que j’aime et qu’on joue sur scène, « Fly », « Destroy Before Reading »…

D.W.S. : Oui, ça a été un album difficile à enregistrer, laborieux. Je crois que c’est le disque de Jesus Lizard que j’aime le moins.

D.D. : En fait, je n’aime pas trop le son de ce disque. Je trouve qu’il ne sonne pas aussi bien que les autres. La voix n’est vraiment pas à son avantage, il y a beaucoup choses qui sont un peu étouffées ou trop basses. Écoute « One Evening » sur Head. La voix est bang !, claire, forte et percutante. Et maintenant écoute les voix sur Down, elles ne vont nulle part !

David ?

D.D. : Oh, il écoutait pas de toute façon.

D.Y. : Est-ce que j’étais stone ?

D.D. : Parfois.

1994 : SHOW (Collision Arts/Warner – Album live)

Sur scène, il y a cette dichotomie totale entre David (Yow) et vous…

D.Y. : Tu parles de Liar ? (Oh no…) Oui, je prends autant d’espace que trois hommes réunis.

… presque comme si vous vous en foutiez complètement et qu’il pouvait se passer à peu près n’importe quoi.

D.Y. : (Denison-esque) Wow, wow, wow. Ne me parle pas de mes problèmes ! (Maman ?)

D.D. : On ne s’en fout pas mais je vois ce que tu veux dire. Il y a cette sorte de machine qui avance toute seule et à côté il y a cette espèce de… de singe savant (Rires). (Théâtral) Il y a les génies en blouse blanche et il y a le clown de cirque ! Il y a l’orchestre de chambre et il y a l’opéra-bouffe ! (Tout le monde se marre et parle en même temps).

Vous n’avez jamais eu envie d’intervenir quand ça commençait à dégénérer ?

D.D. : Pourquoi faire ? (Il se bouche le nez) Pour devenir un clown moi aussi ? Pour me la donner tellement à fond que je m’évanouis et que j’oublie tous les morceaux ? (Rires) Non, merci ! Pour ce qui est d’essayer de le tenir un peu, si, ça nous est arrivé bien sûr. Ça se passait comme ça : « Tu la vois cette bouteille de Whisky là ? T’EN AS EU ASSEZ ! ».

D.Y. : On avait un petit jeu avec Duane. Avec les riders, on savait exactement combien de bières et de bouteilles de whisky on allait avoir et Duane s’amusait toujours à planquer le whisky. Je trouvais ça très drôle sauf quand je ne trouvais pas la bouteille.

D.D. : J’étais obligé de planquer la bouteille dans la loge, c’était la règle. Pas dans le parking ou je ne sais où, toujours dans la loge et à force, il m’est arrivé d’avoir de bonnes idées. Je crois que mon meilleur coup, c’est quand je l’ai cachée à l’intérieur du distributeur de serviettes en papier.

D.Y. : Ils ne m’ont jamais vraiment fliqué sauf quand j’avais vraiment trop picolé et que je dépassais les bornes. C’était pas bon pour le groupe. Ils se contentaient de m’en parler après-coup mais ils n’ont jamais essayé de changer quoi que ce soit à la manière dont je me comportais.

Ça t’est déjà arrivé d’être sobre sur scène ?

D.Y. : Oui, il y a un moment où j’avais arrêté de boire. J’ai dû faire trois concerts en étant sobre et j’ai détesté. Au bout d’un moment, j’ai arrêté de boire tous les jours. Je buvais seulement pour les enregistrements ou les concerts.

Quand tu étais sobre, ce qui te gênait c’est que tu avais l’impression de faire semblant ?

D.Y. : Exactement. Je ne sais pas si ça en dit long sur qui je suis mais… je suis un faible.

D.D. : On est tous un peu comme ça, on a tous besoin d’un remontant avant de jouer, c’est plus marrant. Quand tu vas voir un concert, tu es sobre du début à la fin toi ?

Non.

D.D. : Voilà. Ça enlève un peu de gravité à la situation parce que dans le fond, ça n’est pas si sérieux.

1996 : SHOT (Capitol)

Vous signez donc sur Capitol. La maison de disque vous laisse-t-elle une liberté artistique totale ?

D.D. : Oui, on a fait exactement ce qu’on voulait. On a demandé à Garth de produire le disque.

Vous vouliez vraiment bosser avec Gggarth dès le départ ou est-ce qu’Albini a jeté l’éponge quand vous avez signé sur Capitol ?

D.W.S. : Non pas du tout. On a embauché Garth parce qu’on voulait vraiment que ce soit lui qui produise le disque. On aimait particulièrement ce qu’il avait fait avec les Melvins (Ndlr : Stag, Stoner Witch, une partie de Houdini). Je crois que c’est Houdini qui m’a mis la puce à l’oreille. En tout cas, on n’a pas changé notre façon de bosser.

D.Y. : Toute à l’heure, Duane parlait de la manière dont on arrangeait les morceaux et il faut dire qu’avec Garth, c’était la première fois qu’on faisait ce qu’on appelle de la pré-prod. Il venait chez nous, il assistait aux répètes, il écoutait les morceaux. Je me souviens qu’une fois ou deux, il nous a arrêtés en plein milieu en disant (en bégayant) : « c-c-c-c’est b-b-b-bien m-mais je-j-je pense que vous devriez j-j-j-ouer cette partie p-p-p-lus longtemps avant de passer à la su-u-suite ». Il a essayé de réarranger certains morceaux – en particulier « Blue Shot » qu’il voulait refaire du début à la fin. On n’était pas contre le principe, on a essayé des choses, sauf qu’aucune de ses idées n’a jamais marché. Donc on a fini par faire exactement ce qu’on voulait faire.

D.D. : Ce que tu entends sur l’album, c’est exactement la façon dont on joue les morceaux.

D.Y. : On n’a jamais fait les trouducs avec lui. En fait, il était d’accord, il approuvait totalement le fait qu’on refuse ses arrangements.

D.D. : Je me souviens, quelques jours avant qu’on commence, il voulait absolument qu’on aille faire du shopping pour acheter du matos, des effets, ce genre de trucs. Mais pourquoi faire ? On sait comment on veut que ça sonne. Oui, on peut essayer des choses mais je vais pas essayer ce truc simplement parce que ça sonne différemment. Certains groupes ne peuvent pas s’empêcher d’utiliser tout ce qu’ils ont sous le nez en studio : « Oh, un Dulcimer ! Et si on l’utilisait. Et le cithare là ? ». Non, il faut s’en tenir à ses propres idées et le plus important, c’est au contraire de savoir ce que tu ne vas pas utiliser. Si tu veux que ça rock, il faut te restreindre et pas rajouter… des tablas ! En tout cas Shot est pour moi un véritable bond en avant par rapport à Down.

D.W.S. : C’est l’album que je préfère. C’est le grand disque qu’on essayait de faire depuis des années.

D.D. : Je sais qu’il y a des gens qui pensent que cet album est trop sophistiqué, que le son est trop chiadé et ma foi, c’est exactement pour ça qu’on y a passé du temps. Ça m’avait frappé l’année où on a joué au Lollapalooza. À ce moment-là, les radios de Chicago passaient régulièrement les groupes qui étaient à l’affiche du festival. Un jour ils avaient passé un extrait de Down au milieu d’une série de morceaux d’autres groupes et je me souviens avoir été consterné par le son qu’on avait par rapport aux autres. C’était petit, faible et terne.

1998 : THE JESUS LIZARD (Jetset, EP)

1998 : BLUE (Jetset)

Mac quitte le groupe après Shot et James Kimball le remplace à la batterie…

D.Y. : Je crois que l’interview est terminée. Je ne veux pas parler de ce mec.

D.D. : Si parlons-en. Quand Mac est parti, ça n’était plus comme avant. L’alchimie n’était plus la même sans lui. Et c’était quand même marrant de travailler avec Andy Gill (Ndlr : Membre de Gang Of Four et producteur pas toujours « heureux ». Il a produit Blue ainsi qu’une partie du EP).

D.W.S. : Oui, c’était vraiment cool de bosser avec lui. Ce disque aussi a été incroyablement difficile à faire, notamment à cause de tous nos problèmes personnels. Ça n’est pas mon disque préféré mais je suis quand même fier du résultat. Il y a beaucoup de morceaux que j’aime et je regrette qu’on n’ait pas pu les faire avec Mac.

D.D. : Blue est le seul disque qu’on ait fait pour lequel le producteur participait vraiment aux arrangements. Andy Gill faisait le boulot typique du producteur. On respectait beaucoup ses idées.

D.W.S. : Oui, mais il était aussi musicien. Il était très cool et très coopératif par rapport à notre musique. Et le truc qui me surprend le plus quand je le réécoute aujourd’hui, c’est à quel point je le trouve bien.

D.Y. : Il y a quand même une chose que j’aime bien, c’est que c’est un excellent disque à écouter au casque, il a une vraie texture.

Pour beaucoup de gens, Blue est l’album des compromis, celui sur lequel on sent le plus le travail en studio, les samples, les claviers…

D.Y. : Si tu es AC/DC ou les Ramones, tu n’as pas le droit de changer quoi que ce soit. Mais si tu conçois les choses à la façon punk-rock, tu fais ce que tu veux.

D.W.S. : Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui ont eu un avis sur Shot et sur Blue avant-même de les avoir écoutés. C’est le cas à Chicago ou dans le Mid-Ouest, il y avait un tas de gens qui étaient incapables de se détacher des années Touch & Go et qui à priori avaient décidé de haire tout ce qu’on pouvait faire après.

D.D. : On s’est fait traiter de lâches, de traîtres, on a dit qu’on avait signé sur une major uniquement dans le but de vendre plus, ce qui était plutôt drôle parce qu’en réalité on vendait moins. À ce moment-là, les gens nous ont tourné le dos.

Et vous, vous aviez l’impression d’avoir fait le tour de la question, que le moment était venu de passer à autre chose ?

D.Y. : En ce qui me concerne, à partir du moment où Mac est parti, c’est devenu un job. C’est ce que je te disais toute à l’heure, le plus important pour moi, c’est l’alchimie entre les membres du groupe.

Mac, qu’est-ce que tu as ressenti en entendant Blue à l’époque ?

M.Mc.N. : C’était très difficile d’être objectif. J’avais été tellement impliqué dans le groupe que j’ai eu beaucoup de mal à écouter ce disque et c’est toujours le cas. Je n’ai pas vécu ce moment avec eux, avec ces trois types avec lesquels je jouais. C’était très étrange d’autant plus que je n’avais pas participé à l’écriture des morceaux. Pour moi aussi, c’était fini au moment où je suis parti. Je n’avais aucun ressentiment parce qu’ils avaient continué sans moi, mais c’était juste… étrange. Et quand on s’est enfin retrouvés après tant d’années, tout ça a instantanément disparu. Ça s’est fait tout seul.

Vous êtes toujours en contact avec Kimball ?

D.Y. : Non. Un jour, on a arrêté de jouer avec Mac et le lendemain, c’était 15 ans plus tard.

Nota bene (1) : Dans le feu de l’action, nous n’avons pas pensé à demander au groupe s’il comptait reprendre du service en dehors de cette tournée de reformation. La réponse de David Yow dans une interview pour clashmusic.com : “Même si le concert de reformation de Scratch Acid m’a appris à ne jamais dire jamais, je peux dire qu’en novembre, à la fin de cette tournée de Jesus Lizard, ça sera définitivement terminé ».

Nota bene (2) : Difficile de rendre compte sur le papier de la complicité quasi-fraternelle entre ces quatre types.

Nota bene (3) : Duane Denison préfère de loin Charles Aznavour à Johnny Hallyday.

Francoise Massacre

Publié dans: NOISE MAG #11 (août/septembre 2009)

couv NOISE MAG#11

Live Report – 8-10.05.09 : ATP vs THE FANS (Jesus Lizard, Sleep, Harvey Milk, Devo, Killing Joke, Anti-Pop Consortium….)

21 Mai

affiche ATP

Si le peloton de tête de cette édition des All Tomorrow’s Parties – programmée par les organisateurs pour une moitié, et pour l’autre moitié par les fans qui avaient fébrilement acheté leur billet pour le grand retour de Sleep et de Jesus Lizard – était à peu de choses près exceptionnel, la programmation marginale était globalement décevante, beaucoup trop uniforme, avec un paquet de groupes pop d’une neutralité ultra-convenue et de néo-folk bien sous tout rapport. Alors, avant de rentrer dans le vif du sujet, donnons les verges pour se faire battre avec cette liste exhaustive de tous les groupes manqués en toute conscience (avec une exception pour Lydia Lunch, Grails, Future Of The Left et Fuck Buttons qui ont pâti d’un problème de planning ou d’une grosse cagne de dernière minute) :
Jeffrey Lewis, Grouper, Casiotone For The Painfully Alone, Health, Liam Finn, Fuck Buttons, Pink Mountaintops, Jesu, The Cave Singers, The Acorn, Grizzly Bear, Beirut, Nico Muhly, Retribution Gospel Choir, Sleepy Sun, Sian Alice Group, Errors, Marnie Stern, Shearwater, Parts & Labor, Hush Arbors, Grails, !!!, School Of Seven Bells, The Mae Shi, This Will Destroy You, Lydia Lunch’s Horribly True Confessions.

JOUR 1 : M83 / ANDREW W.K. SPECIAL SOLO SHOW / DEVO / ANTI-POP CONSORTIUM / ELECTRIC WIZARD

12H00 : Après une chouette intoxication alimentaire de bienvenue durement gagnée la veille dans un resto indien de Minehead, Somerset, charmante station balnéaire qui fait face à la côte galloise, après avoir posé nos culs sur la terrasse d’un club du troisième âge pour avaler une tasse de cette eau vaguement marron que les Angliches osent encore appeler « Coffee », mon garde du corps gitan et moi-même décidons de braver fièrement les vents marins contraires en direction des « big mushrooms » du Butlins Holiday Resort, ces gigantesques chapiteaux blancs d’une laideur incommensurable qui abritent le centre commercial et les trois scènes principales de ce Center Park à l’anglaise où se déroule le festival depuis maintenant quelques éditions.

Butlins Holiday Resort

butlins holiday resort (c) francoise massacre

Nous y rejoignons ceux que j’appellerais ici « Les Limougeauds », à savoir Mariexxme qui n’est pas limougeaude pour un sou mais dont la main droite est prolongée d’une excroissance naturelle en forme de caméra, Eric (africain blanc) et Arnaud (blob), graphistes de Noise Mag à plein temps et enfin Charlie, ex-Purgatory, Bushmen, batteur gaucher/droitier et surtout fan transi de Matt Pike venu ici en pèlerinage (son amour indéfectible pour le golum édenté de Sleep et High On Fire sera d’ailleurs l’une des meilleurs running jokes de ce festival). On apprend que nous avons quatre heures à tuer avant de pouvoir investir nos bungalows respectifs. En désespoir de cause, on patiente en sirotant nos premières pintes sur la terrasse du pub irlandais du centre qui deviendra notre QG mais aussi celui d’une partie des groupes du festival. Déjà sur place, les Harvey Milk ont eu la même idée que nous. J’en profite pour aller les saluer et j’apprends que Joe « L’Arlésienne » Preston ne sera pas de la partie demain soir (ni plus jamais si l’on s’en fie à leur page myspace), ce qui par ailleurs ne m’inquiète ni ne m’étonne pas plus que ça, sa réputation d’instable notoire le précédant. Le temps d’aller aux bungalows, de faire quelques provisions au superminimarket et de réclamer un pommeau de douche et les premiers groupes ont déjà commencé à investir Center Stage et Pavilion, la scène principale coincée entre le Burger King, le Finnegan’s Fish & Chips et le Pizza Hut.
19h00 : On traine nos guêtres devant le début du set des français de M83, juste le temps d’avoir la confirmation en live de la signification de l’acronyme M83 : de la Merde from le Var. Leur kiff : une synthèse complètement ouf de pop synthétiques, du pire des 80’s, de shoegaze des 90’s, de french electronica et d’hymnes pompiers, tellement audacieuse que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Vraisemblablement, je suis trop vieille et beaucoup trop blasée pour comprendre comment on peut adhérer à cette soupe et pourquoi leur nom est inscrit en gras sur l’affiche au même niveau que Devo, Killing Joke, Jesus Lizard ou Sleep. Vive la France.
19h30 : Direction Centre Stage où ANDREW W.K. a déjà commencé son show Spinal Tap-esque en solo. Avant de le voir en chair et en os, je me demandais franchement si ce type était une blague ou pas. Réponse : C’est une blague. Une grosse blague potache qui réussit à me faire marrer quelques minutes. Moulé dans un costume blanc immaculé, les cheveux au vent, Andrew W.K s’excite comme un damné sur son piano électrique façon Jerry Lee Lewis du pauvre pendant que des bandes diffusent une musique hilarante entre power-variétoche et hard-rock hi-energy du meilleur effet. Et que je tape dans mes mains, et que j’avale mon micro, et que je harangue les foules « public chéri mon amour je vous aime, vous êtes formidables ! ».

andrew w.k

andrew w.k. (c) francoise massacre

C’est fun mais ça ne fait pas un pli : on décolle au bout de dix minutes pour le premier vrai bon concert du festival après un énième passage au pub irlandais où Matt Pike descend bière sur whisky et whisky sur bière. Mais… Où est Charlie ? Inévitablement, notre ami est là, tout près, la langue pendante collée à la moquette. Pike a du souci à se faire.
20h30 : Après avoir croisé notre collègue Lorène Lenoir encore vrillée par sa soirée de la veille, on file se positionner devant la scène de Pavilion déjà prise d’assaut par des hordes de fans dévots enchapeautés de leurs fameux pots de fleurs renversés (qu’on pouvait s’offrir au stand de merch pour la modique somme de 20 livres, une broutille pour un bout de plastic rouge… Qui a dit que DEVO s’était reformé pour le fric ?).

devo fans

devo fans unite (c) francoise massacre

Comme l’année dernière à La Villette, le concert démarre sur un montage impayable des vieux clips du groupe projeté sur écran géant avec une voix off qui nous met en garde : « It’s not the human mind that we must fear but lack of it on this planet. Why believe in things that make it tough on you? It’s time for new traditions! Devolution is REAL, people! ». Et si les cinq types qui débarquent sur scène revêtus de leur traditionnelle salopette de protection chimique jaune pétard sont bien réels, on peut dire que physiquement parlant, à l’exception du relativement jeune batteur John Freese, les quatre sexagénaires défraichis du groupe (deux frères Mothersbaugh et autant de frères Casale) ont loupé le coche de leur dé-évolution.

Devo 1

devo (c) lorène lenoir

Malgré tout, le poids des années n’empêche pas les papys de démarrer sur les chapeaux de roue, avec un enchaînement de tous leurs morceaux d’anthologie que la quasi-totalité de l’assemblée reprendra à l’unisson et que je cite de tête et dans le désordre : « Whip It », « Girl You Want », « Peek A Boo », « Mongoloid », « Freedom Of Choice », « Uncontrollable Urge », leurs deux illustres reprises « Secret Agent Man » et « (I Can’t Get No) Satisfaction » et bien entendu, l’hymne en forme de question-réponse « Jocko Homo » pendant lequel les dandinements grotesques des frères Mothersbaugh nous font piquer un bon fou rire. Au beau milieu de ce Greatest Hits jubilatoire, les viocs balancent dans la foule une vingtaine de pots de fleurs à 20 Pounds pièce (je tends les bras… Crap, encore raté ! C’est trois menus Wooper XXL qui me passent sous le nez) avant de déchirer leur salopette jaune façon Full Monty vs Alice Sapritch dans La Folie des Grandeurs et de se retrouver déguisés en footballeurs à la retraite.

devo 2

devo (c) francoise massacre

Peu avant la fin, mon bodyguard et moi-même sommes pris simultanément d’une Uncontrollable Urge qui nous oblige à quitter la salle inopinément, la faute aux trop nombreux passages par le pub irlandais. Quelques instants plus tard, c’est baignés dans la délicate odeur de friture du Finnegan’s Fish & Chips que l’on assiste au final juvenile de Boojie Boy on ne peut plus à propos : « It’s a beautiful world we live in, A sweet romantic place, Beautiful people everywhere, The way they show they care makes me want to say : It’s a beautiful world ».
23h15 : C’est l’heure du dilemme. Jesu à Reds ou ANTI-POP CONSORTIUM à Centre Stage ? Évidemment, j’ai déjà tranché depuis longtemps et sans aucune hésitation ni l’ombre d’une pensée émue pour Justin Broadrick, je fonce à Centre Stage, disco reconvertie en salle de concert pour l’occasion. Je me sens vieille (encore), il a bien dû s’écouler sept ou huit ans depuis mon premier, mon dernier et mon unique concert d’APC, une date d’ailleurs assez surréaliste, leur première en France, qui aurait dû avoir lieu en plein Paris mais qui avait été déplacée en banlieue à la dernière minute (à Colombes si ma mémoire est bonne). On n’était pas plus de dix péquins dans la salle. À l’époque, le posse n’avait pas encore signé sur Warp et n’avait qu’un album à son actif, Tragic Epilogue, un régal autant pour les B-boys purs et durs que pour les amateurs éclairés d’electro expérimentale, de hip-hop alternatif et de l’école stream of consciousness. On loupe la moitié du premier morceau. Earl Blaze et deux autres gars s’activent déjà autour de la table sur laquelle est installé le matos new school : MPC(s), laptops, boîte à rythme et une seule platine. Ils assurent la partie instrumentale : loops rétro-futuristes et beats concassés dont ils ont le secret. Visuellement parlant, le sweat APC rouge ou bleu est de rigueur pour tout le monde. Les trois MC se relaient au micro mais ce soir, c’est surtout M. Sayyid qui fait son ego trip, monopolisant la cérémonie, le flow et les skits en arpentant la scène dans tous les sens. High Priest sera le plus discret, se contentant de ponctuer les fins de phrases à une ou deux exceptions près. Mais la palme de la très grande classe revient incontestablement à Beans le surdoué. Affublé de ses grosses lunettes carrées made in nerdland, avec son mètre cinquante au garrot, son chapeau et ses pompes de mac’, le minuscule MC est le prince du groove, le roi du flow, le seigneur du pas de danse. Indétrônable Beans, il incarne la maîtrise du rythme à tous les niveaux.

Anti-pop Consortium - BEANS

anti-pop consortium – beans (c) francoise massacre

De temps en temps, le crew au grand complet se masse autour de la table pour des parties fines d’improvisations lunaires et hypnotiques qui captiveront même les plus hermétiques, à commencer par le voleur de poules qui m’accompagne.
00h30 : Après une brève errance dans le centre commercial, le temps de faire face à un nouveau dilemme (Fuck Buttons à Centre ou ELECTRIC WIZARD à Reds ?), on décide de donner une chance supplémentaire aux doomsters de Dorset. « Overrated » et « ectoplasmiques », voilà ce que j’ai pensé à chaque fois que j’ai vu les Wizard en concert. Malgré tout, je suis curieuse d’entendre les versions live des morceaux de Witchcult Today et je me jette donc corps et âme dans la fosse aux lions. La salle, peuplée de créatures à crinières et à blousons à patchs, dégueule de monde. Mais pas une âme qui fume. Décidément tout se perd…

Electric Wizard - Jus Oborn

electric wizard – jus (c) lorène lenoir

Bingo, le concert démarre par trois morceaux du dernier album. Le virage mélodique le fait plutôt bien sur scène et casse le côté « pousse ton ampli à donf, bouge plus et attends de voir ce qui se passe, y’aura bien des blaireaux pour trouver ça « AWESOME » ». Problème : chassez le naturel, il revient au galop. Après cette mise en bouche positivement surprenante, la bande à Jus Oborn replonge dans son sabbatho-drone cracra routinier supposément hypnogène mais qui, à moi, me fait l’effet d’un gros sédatif et surtout me donne l’impression que le groupe doit tout ou presque à son matos (bizarrement, je n’ai jamais eu ce problème avec leurs albums studio). Pourtant, la salle est en ébullition, et pendant que je m’extirpe de ce vivier non-fumant, je me demande qui, de la musique ou du fessier callipyge de Liz Buckingham, ensorcèle le plus la majorité virile de l’assistance.

Electric Wizard - Liz Buckingham

electric wizard – liz (c) lorène lenoir

JOUR 2: LORDS / QUI / YOUNG MARBLE GIANT / HARVEY MILK / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h45 : LORDS, c’est l’excellente surprise matinale de ce jour 2 (oui, 14h45 aux ATP, c’est le matin. Tu te lèves à peine, tu te sens frais comme une chaussette de la veille et tu n’es même pas encore passé par la case pub irlandais ni par le questionnement crucial : « sous quelle forme ta friture aujourd’hui chéri ? Burger/Frites, Fish & Chips ou Pizza Hut ? »). Lords, c’est même une double surprise parce qu’en bons journalistes du dimanche, on s’attendait à voir les Lords de Louisville, des coreux américains en cheville avec Coliseum dont on avait lu le plus grand bien. Or, non seulement les trois types sur scène ont des vraies têtes de British, mais leur musique n’a pas grand-chose de hardcore. On a plutôt affaire à du Rock avec un grand « R », mélange de punk (plutôt américain pour le coup), de rock sixties à la Hendrix, de blues retro avec quelques passages un chouilla stonerisants. On pense à Comets On Fire, à Penthouse (la décadence en moins) et parfois à Naked Rayguns. Malgré leur charisme d’huîtres, les Lords de Nottingham remportent deux prix : le prix du groupe le plus sympathique (on apprend que le chanteur vient de se marier, que le batteur est tout juste papa, c’est beau, c’est frais, c’est la vie, et tout ça est annoncé avec gras de sourires candides qui en disent long sur leur plaisir d’être là) et le prix de la bonne vieille simplicité rock’n’roll sans prise de chou qui fait largement défaut à cette édition des All Tomorrow’s Parties.

lords (from nottigham)

lords (c) francoise massacre

15h30 : Nous avons un peu de temps à tuer avant d’aller voir Qui. En Angleterre, les jeux de mots avec le nom du groupe sont beaucoup moins évidents pour tout le monde. On croise justement David Yow qui erre comme un fantôme autour du stand de merch. « Oh salut, est-ce que tu joues ce soir ? ». Cette question, c’est lui qui me la pose, pour vous dire qu’il est un peu largué. Et puis, l’air mal assuré : « Est-ce que vous venez voir Qui ? ». Bien sûr qu’on y sera. Mais avant, il faut se nourrir et faire le plein de bulles à la terrasse du pub irlandais où l’on retrouve les Limougeauds en ordre dispersé avant d’essuyer une attaque de mouettes fritovores insoutenablement Hitchcockienne.

attaque de mouettes

mouette (c) francoise massacre

16h45 : C’est l’heure, direction Reds. La salle est désespérément vide pour QUI. C’est à n’y rien comprendre. Sur les 6000 personnes présentes à Butlins ce jour-là, la moitié au moins est ici pour voir le grand retour du Lizard. Et même si Qui n’est pas Jesus Lizard, si d’aucuns disent même que Qui est une sorte de mauvais Canada Dry, constater que si peu de gens (600 à tout péter ?) ont eu le bon sens ou tout simplement la curiosité d’aller juger sur pièce me laisse franchement sur le cul, surtout qu’il est fort improbable que sur les 2400 personnes restantes, toutes ont déjà eu l’occasion de voir Qui sur scène auparavant. Pour moi, c’est le troisième concert du groupe en à peine un an et aussi le plus mauvais. Alors ça me fait mal de le dire mais ces 2400 cons n’auront vraiment pas loupé grand-chose : un David Yow en petite forme, la tête ailleurs, aussi peu convainquant que vraiment convaincu, qui regarde sa montre entre et pendant les morceaux, qui va même faire un tour backstage avant de revenir les mains dans les poches. Le gitan a très bien résumé ce que personne ne dit mais que tout le monde pense ou plutôt, ce que tout le monde espère dur comme fer à ce moment-là : « Il semble bien qu’en cette journée mémorable Yow est avant tout le chanteur de Jesus Lizard ». Quant à Matt Cronk et Paul Christensen, ils n’ont pas vraiment les épaules pour relever le niveau.

Qui

qui (c) lorène lenoir

Outre le côté petits joueurs de la performance, le concert sera sauvé par une poignée de nouveaux morceaux plutôt bons, un « Freeze » et un « Willy The Pimp » excellents et quelques pas de danse Yiddish exécutés par-dessus la jambe. Au sortir de Reds, on recroise Yow et sa valise. C’est l’heure de la sieste nous dit-il. On ne lui souhaite qu’une chose : repose-toi bien et pète la forme ce soir.
18h00 : Notre proprio Julie Tippex est aussi la tourneuse et la manageuse de YOUNG MARBLE GIANTS. La veille au Finnegan’s, elle nous avait raconté la manière dont elle avait réussi à convaincre les Gallois de remettre le couvert pour le BBMix l’année dernière, en leur promettant de faire venir femmes et enfants, après des années passée à hiberner. Et puis on apprend qu’à la ville les frères Moxham sont respectivement garagiste et chauffeur de maître, qu’Alison Statton est chiropractrice et que le dernier est employé dans un mall. Surtout, ne montez jamais de groupe culte ! En tout cas, j’étais curieuse de les voir enfin en chair et en os, surtout qu’ils allaient jouer Colossal Youth, leur seul et unique album qui avait été la bande-son d’une petite partie de mon adolescence tardive. On rate le début du set et lorsqu’on arrive à Reds, je me prends en pleine face LE son Colossal Youth, le même, tout est là. Les mêmes claviers au grain si particulier, le même son de basse à la fois rond, précis et métallique et la voix d’Alison, toujours aussi candide, très Moe Tucker version british. C’est toute la magie du concept Don’t Look Back des ATP. VOIR un disque, voir LE groupe jouer LE disque que tu as écouté dans ta chambre d’ado pendant des années.

YMG

young marble giant (c) olivier heredia

Mais les Young Marble Giants, s’ils ne sont plus tout jeunes (on s’y attendait) et pas si grands que ça, sont bels et bien de marbre. Statisme absolu, rien ne bouge, rien ne dépasse. Alison ne sortira pas les mains de ses poches et les problèmes de son et d’accordage du bassiste font que le concert s’enlise peu à peu. Les pauses entre les morceaux sont plus longues que les morceaux eux-mêmes et le groupe a un mal fou à se détendre.
19h00 : Après ce concert en demi-teinte, la petite déception du festival, on va se préparer psychologiquement pour l’énorme soirée qui va suivre avec un apéro en bonne et due forme dans le bungalow des Limougeauds à Pacific Wharf, autrement plus accueillant que le notre pourtant situé au Surfers Point, oui mais…
19h45 : … Malheur, la bière de trop ! Je débarque au milieu du premier morceau de HARVEY MILK (en bon français : Hervé Lait) et je suis en colère. Moi qui ne voulais pas en louper une miette, frustrée comme je l’avais été lors de leur passage à Paris l’été dernier qui n’avait duré qu’une demi-heure à peine. Je me fais une place au premier rang face à Stephen Tanner, le bassiste au sourire hagard permanent.

Harvey Milk - Stephen Tanner

harvey milk – s. tanner (c) lorène lenoir

Dans la fosse aux photographes « officiels », Lorène Lenoir (Lolo pour les intimes) est fidèle au poste, fidèle aussi à son taux d’alcool dans le sang. Comme Tanner, elle aussi a le sourire hagard et puis les yeux vitreux de celle qui est parfaitement high. C’est alors qu’elle me bredouille avec un aplomb hilarant : « Je prends des supers photos quand je suis bourrée, si si ! ». Dire qu’elle avait raison (la preuve en images sous vos yeux ébahis)…

Harvey Milk - Kyle Spence

harvey milk – k. spence (c) lorène lenoir

Mais revenons à Harvey Milk. À posteriori, il m’est absolument impossible de trancher entre ce concert et ceux de Sleep et Jesus Lizard pour déterminer quel est mon grand vainqueur de ce ATP fest. Harvey Milk, The Best Band in Town ? En tout cas, Harvey Milk est un grand groupe, un groupe largement sous-estimé, un groupe sans attitude, dans le vrai 100% du temps. Le set de la Maroquinerie faisait la part belle aux morceaux des deux derniers albums, Special Wishes et Life… The Best Game In Town mais ce soir, le set est surtout axé sur leur disque le plus ostensiblement (hard) rock, The Pleaser. Creston Spiers croisé le lendemain au supermarché nous le confirmera : « On jouait avant The Jesus Lizard, on voulait faire un set vraiment rock’n’roll ». Et c’est vrai, ça rock à tous les étages. Une plongée explosive dans la musique électrique populaire américaine. Beaucoup de hard-rock (à l’ancienne, sans fioritures ou au contraire complètement déconstruit) et de pur rock’n’roll (on pense aux Screaming Trees me souffle mon voisin qui n’a pas vraiment tort), un peu de heavy-rock lent, lourd et de southern rock, quelques kilos de larsen, beaucoup de gras, des solos crasseux comme la moquette de Butlins après deux jours de festival et comme d’habitude, Harvey Milk fait du Harvey Milk : ce sont les genres qui se plient à eux et pas le contraire. La musique n’est pas forcément simple, les types, eux, le sont. Kyle Spence (ex-Fiddlehead, The Martians, qui a aussi accompagné J. Mascis sur plusieurs tournées), physique de jouvenceau et frappe herculéenne, Stephen Tanner, sourire scotché et calme olympien en toute circonstance et Creston Spiers, le renfrogné, le bourru, songwriter de génie et guitariste hors-pair, plus habité et dégoulinant que jamais.

Harvey Milk - Creston Spiers

harvey milk – c. spiers (c) lorène lenoir

Mais le vrai grand coup de massue de ce concert arrive au moment où Spiers attaque les premières mesures de « Lay My Head Down », un morceau incroyable, complètement improbable, quelque-part entre « Since I’ve Been Loving You » de Led Zep et une version ultra-redneck des meilleurs slows d’Al Green ou du « It’s A Man’s Man’s World » de James Brown. Avec sa voix de husky mal léché, Spiers joue le soul singer blanc à la perfection « I’ve been tired everyday…Everyday of my life so far ». De là à dire que j’ai la chair de poule et que je fais ma bichette, il n’y a qu’un pas que je récuse mollement (ici, une autre version live du même morceau).Comme sur The Pleaser, le trio enchaîne avec le musclé « Rock & Roll Party Tonite » et achève ce concert de feu en apothéose avec une version magistrale de « I’ve Got A Love ». Et quelles que soient les prestations de The Jesus Lizard et de Sleep ce soir, je peux déjà dire que je ne serais pas venue pour rien dans ce lieu de perdition.
22h45 : Après nous être délectés de notre dixième Wooper du séjour, on regagne Center Stage avec 45 minutes d’avance, histoire de se coller immédiatement au premier rang contre les barrières. Le grand retour de THE JESUS LIZARD, c’est pas tous les jours coco. On veut en profiter, on veut s’en prendre plein la face et plein les oreilles. Évidemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée lumineuse, les places sont chères, il faut se battre. Finalement, je me retrouve juste en face de Duane Denison, coincée entre deux molosses de 150 kilos. Celui de gauche s’avérera être un fieffé connard, celui de droite, fan absolu du Lizard, deviendra notre « gros pote l’Américain ». À tour de rôle, Denison et Sims viennent régler leurs amplis et leurs retours sous les premiers hurlements du public au taquet.
23h30 : Le groupe démarre très fort avec « Puss » et une demi-seconde à peine après le coup d’envoi, Yow a déjà piqué sa première tête dans le public, comme s’il attendait ça depuis dix ans.

Jesus Lizard - Yow can swim

jesus lizard – yow can swim (c) francoise massacre

La salle est en délire, le son du groupe est puissant, tranchant, précis et David Yow dans une forme olympique. The Jesus Lizard is back ! On croit rêver, notre gros pote l’Américain aussi : « I can’t believe it man! I can’t believe it ! ». Le temps que Yow regagne la scène à la nage et c’est « Seasick » qui commence. Deuxième plongée pour Yow et le public entonne « I Can’t Swim ! I Can’t Swim ». Tu parles qu’il sait nager David, et comme un poisson dans l’eau : brasse piquée, brasse coulée, dos crawlé et tout ça sans jamais lâcher le micro ni foirer sa ligne de voix. Littéralement broyée entre mes deux molosses et la rambarde de sécurité, j’assiste à la première scène de pêche au gros. Un type de la sécu (la sécu qui ne débandera pas pendant une heure) monte sur scène et s’empare du fil du micro, suivant les déplacements de Yow sur les têtes, donnant du mou ou tirant sur la ligne suivant que le vieux fada s’éloigne ou se rapproche de la scène. C’est hilarant.

Jesus Lizard - pêche au yow

jesus lizard – pêche au yow (c) francoise massacre

Pendant ce temps-là, Denison, Sims et McNeilly filent tout droit et enchaînent les morceaux sans jeter le moindre regard au fondu qui leur sert de frontman. En parlant de regard, Sims a celui d’un fou ou d’un tueur, au choix. On peut en dire autant de son son de basse.

jesus lizard - sims

jesus lizard – sims (c) francoise massacre

Denison se le joue relativement cool et flegmatique et c’est un bonheur de l’entendre dérouler ses petites phrases de guitares assassines caractéristiques.

jesus lizard - duane denison

jesus lizard – denison (c) francoise massacre

Quant à McNeilly, il est hors de mon champ de vision mais sa frappe n’a rien perdu de sa toute-puissance (malgré le casque qu’il est obligé de porter à cause de problèmes aux oreilles.

Jesus Lizard - McNeilly

jesus lizard – mcneilly (c) lorène lenoir

Debout au fond de la scène, Creston Spiers et Stephen Tanner d’Harvey Milk prennent leur pied, hurlent et claquent dans leurs mains. Ce concert phénoménal se déroulera dans une ambiance survoltée (joie, fièvre, sueur, fureur, manque d’oxygène et transe pour certains) sans cesse alimentée par un enchaînement de hits imparables (« Bloody Mary », « Destroy », « Mouthbreather », « Blue Shot », « Then Comes Dudley », « Chrome », « Boilermaker », « Monkey Trick ») et les incessantes pitreries de Yow (une bonne douzaine de stage-diving magnifiques, trois glaviots collés au plafond, des dizaines de pas de danse grotesques et une bonne poignée d’acrobaties perché sur les enceintes de face).

jesus lizard - yow

jesus lizard – yow (c) francoise massacre

1h00 : Après ça, on aurait pu aller se coucher heureux. Mais c’était au tour de SLEEP de faire son comeback (tout en l’écrivant, je me dis que bordel de dieu, quand même, Harvey Milk, Jesus Lizard et Sleep dans la même soirée, c’était un sacré tiercé). Séchés et moulus, on reste en place devant nos barrières pendant que l’un de nous assure l’indispensable ravitaillement en boissons fraîches. Charlie est en feu. Le groupe s’installe doucement devant son mur d’ampli (sept ? huit ?). C’est Joe L’Indien, le grand chevelu à l’œil acéré qui sert de merch man, de flic et probablement de tour manager au groupe qui installe et teste le matos (allez, bande de geeks : deux Rickenbacker 4001 pour Cisneros, une First Act 9-cordes plus une Takamine électro-acoustique 12-cordes pour Matt Pike et une splendide batterie Ludwig toute d’orange et de rouge pour Chris Haikus). Joe L’Indien, faut pas l’emmerder. Certains l’apprendront à leurs dépends. Il averti les premiers rangs : interdiction formelle de filmer ! Rien de tel pour me donner envie de shooter quelques morceaux choisis avec mon appareil photo. Comme pour Jesus Lizard, le public bouillonne. C’est fou d’ailleurs, je n’aurais jamais imaginé que Sleep même reformé puisse se retrouver un jour en tête d’affiche d’un festival d’une telle ampleur. Haikus débarque torse nu avec son collier de barbe rousse, son bermuda marron et ses grosses chaussures de marche tel un randonneur de retour d’un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle.

Sleep - chris haikus

sleep – hailus (c) lorène lenoir

Pike est égal à lui-même, le cheveu gras et la bedaine de buveur de mousse. Et Cisneros ? On en parlera plus tard. Le concert démarre sur « Holy Mountain », le morceau-titre de l’album qu’ils joueront dans son intégralité mais dans le désordre. Le son est énorme, épais et dense comme la fumée du kilomètre de joints que ces types ont dû s’enquiller à l’époque de la sortie de l’album en 1993. Je n’arrête pas de bloquer sur le couple Pike/Cisneros, le jour et la nuit. Pike, c’est le panache. Affichant son éternel sourire plein de dents pourries, il arpente la scène d’avant en arrière, toisant le public, l’exhortant de « c’mon ! » et de grands gestes d’encouragements. De son côté, Cisneros ressemble à un croisement entre Rain Man, J. Mascis circa 2009 avec un petit air de Daniel Day-Lewis, l’embonpoint en plus. Son style à lui, c’est plutôt l’autiste surdoué : pieds en dedans, tête rentrée dans les épaules, dos légèrement vouté, bouche toujours entre-ouverte et les yeux écarquillés, ronds comme des boutons de bottines, se balançant d’avant en arrière sans bouger les pieds. Mais surtout, Cisneros est un bassiste fascinant. Il a une façon bien à lui de frapper (littéralement) les cordes de sa Ricky avec son index. Son jeu est à la fois hyper fluide, puissant et véloce (ce dont on ne se rend pas forcément compte sur disque).

Sleep - Al cisneros

sleep – cisneros (c) lorène lenoir

Lorsque Pike entame les premières notes de guitare de « Dragonaut », l’atmosphère monte encore d’un cran. On repense au concert d’Electric Wizard de la veille et vus d’ici, les Anglais semblent encore plus minuscules et inoffensifs. Sleep possède ce qui fait cruellement défaut à tous les autres : le charisme et un groove absolu, presque jazz, qui font d’eux les maîtres incontestés de la chapelle stoner-doom. Au milieu du set, Pike se fend d’un « Some Grass » (Some Blue Grass ?) en solo à la 12-cordes acoustique.

Sleep - Matt Pike acoustique

sleep – pike acoustique (c) lorène lenoir

Après « Nain’s Baptism », Pike nous prévient d’un geste de la main que quelque-chose va se passer maintenant. On se prend une volée de bois vert : le groupe attaque le riff le plus gras, le plus lourd et le plus hypnotique de « Jerusalem » (dont on n’aura droit qu’à un court extrait), celui du fameux « Proceed the Weedian… Nazareth » éructé par Cisneros avec sa voix de hardos enveloppée dans un léger écho. Une gamine tente alors de sauter dans le public depuis la scène. Ce chien maudit de Joe L’Indien la rattrape in-extremis et lui botte le cul. Un peu plus tard, il fait le signe de la gorge tranchée à un pauvre gars qui filme le concert depuis le 5ème rang. Ah, il est fier de lui Joe L’Indien, c’est son quart d’heure de gloire. Le public sera néanmoins récompensé par un énorme rappel avec « From Beyond » et « Antarcticans Thawed », un inédit « composé il y a quinze ans » dans la veine de « Jerusalem », la conclusion parfaite à cette journée de fous.

JOUR 3: KILLING JOKE / SPIRITUALIZED / THE JESUS LIZARD / SLEEP

14h00 : Pas grand chose qui nous botte en cette dernière journée de festival. On attendra le concert de Killing Joke à 19H00 et des bananes. Entre enfants, on a donc largement le temps d’aller barboter dans la piscine à vague. Et oui, c’est aussi ça le Butlins Holiday Resort. Une vingtaine de longueurs et quelques tours de toboggan plus tard (mon préféré : le Black Hole où, comme son nom l’indique, c’est le noir absolu), on retrouve Marie, David Yow et sa compagne pour un petit apéro sur la pelouse sous le timide soleil anglais. On croise Olly de Moss qui squatte avec la bande à Jus Oborn « On a fumé trop de weed, je suis complètement défoncé ». Ah… ok. Le temps file et on se dirige vers Centre Stage…

19h00 : … pour KILLING JOKE en formation presque originale, Reza Udhin en plus (claviers). C’est donc Fergusson à la batterie et Youth, déguisé en riche golfeur, qui tient la basse.

Killing Joke - Youth

killing joke – youth (c) lorène lenoir

La dernière fois que j’avais vu Killing Joke, c’était avant l’accident de Jaz Coleman et celui-ci devait alors peser 20 kilos de plus au bas mot (et non pas 60, me souffle mon rédac chef). Ce soir, c’est un Coleman plutôt sobre, légèrement maquillé et sans salopette qui débarque sur scène. N’étant pas une grande spécialiste de Killing Joke, j’aurais bien du mal à restituer l’enchaînement exact des titres. J’arrive néanmoins à identifier un beau florilège de morceaux issus de ce que je considère comme la meilleure période du groupe, avant que ça ne vire au metal indus ou au rock symphonique : « Turn To Red », « Requiem », « The Wait », « Wardance », « Change », « Madness », « Dregs », ou « Pssyche », un très grand moment de post-punk sur lequel Youth assure une partie des voix. Coleman se lance alors dans une série de convulsions et contorsions du meilleur cru, passant en revue tous les masques de la Commedia Dell’arte : colère, effroi, tristesse, grimaces sardonique et possessions en tout genre.

Kiiling Joke - Jaz Coleman

killing joke – jaz coleman (c) lorène lenoir

Il parait que KJ a foutu le feu au Heaven de Londres quelques jours plus tôt, mais ce soir, le public est un peu emplâtré et l’ambiance retombe dès que le groupe aborde des morceaux plus récents. Coleman nous fait un speech sur la malbouffe. Ah bon, on bouffe mal à Butlins ? Passage obligé par « Love Like Blood » et « Pandemonium », un ou deux titres plus symphoniques à mon avis complètement dispensables et le set est plié, laissant un public aux trois-quarts convaincu.
20h45 : T’es pas à Woodstock ici. Les concerts, c’est pas assis dans l’herbe que tu les vois mais allongé sur la moquette psyché du centre commercial. C’est de là qu’on verra (ou plutôt qu’on écoutera) une grande partie du concert de SPIRITUALIZED, le groupe post-Spacemen 3 de Jason Pierce alias J. Spaceman qui n’a pas gobé que des mouches.

Spiritualized - Jason Pierce

spiritualized – jason pierce (c) lorène lenoir

Thumbs up pour les morceaux les plus planants de Ladies & Gentlemen We Are Floating In Space, qui s’accordent parfaitement à la moquette qu’on dirait conçue spécialement pour le space-rock. J’adhère un peu moins avec les grandes envolées gospel type « Come Together » pendant lequel, même à une centaine de mètres de la scène, on aperçoit nettement la glotte des deux choristes qui accompagnent Pierce.

spritualized - choeurs

spiritualized – choeurs (c) lorène lenoir

23h30 : Je m’attarderai moins sur la fin de soirée puisqu’en gros, on prend les mêmes et on recommence. D’abord avec JESUS LIZARD. Je suis aussi impatiente que la veille, de nouveau collée aux barrières face à Sims. David Yow débarque sur scène, attrape le micro et annonce : “The show yesterday was bullshit compared to tonite. It was like… bullshit for homosexuals”. Ça ne se passera pas exactement comme ça. Yow a tellement donné hier qu’il parait un peu moins en forme. Confirmation quand il se met à vomir au milieu du set, allant terminer son œuvre backstage avant de revenir comme si de rien n’était. On ne lui souhaite pas, mais ce mec cassera probablement sa pipe sur scène. Bien qu’un peu moins fiévreux que la veille (c’est dimanche soir et il y a aussi moins de monde), le concert est malgré tout fantastique, avec une set-list un peu différente de la veille (« Fly On The Wall » et « Urine » en plus, « Destroy Before Reading » et « Blue Shot » en moins) si ce n’est que les morceaux ne sont pas joués dans le même ordre. Pendant l’entracte, on sympathise avec la Headline Team, l’équipe de sécu la plus souriante, polie et affable que je n’ai jamais vue de mémoire de concerts, qui a assuré avec classe tout le long du festival sans jamais jouer les gros bras inutilement : « Si tout se déroule bien, y’a pas de raison qu’on emmerde le monde ». On leur demande de prendre l’air méchant pour la photo souvenir, ils en sont incapables.

headline security team

headline security team (c) francoise massacre

En guise de remerciement, ils me font monter sur scène pendant que Pike s’accorde – un grand moment de ridicule : « Comme ça, vous dirait aux Frenchies que la sécu anglaise est la plus cool ». C’est dit. Les quatre boules à Z de la bande feront du (bald)headbang pendant tout le concert de Sleep, avec le sentiment du travail bien fait.
1h00 : SLEEP, dont la prestation, qui est encore meilleure que la veille (ne me demandez pas pourquoi), s’achevera sur un « Dragonaut » magistral, le point final de cette excellente édition des ATP vs The Fans.

FM vs DAVID YOW

10 Oct

Nagawika a encore frappé :

le report quelle na pas osé dévoiler.

Francoise Massacre vs QUI : le report qu'elle n'a pas osé dévoiler - par Nagawika

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