Tag Archives: lester bangs

LESTER BANGS vs ANDY KAUFMAN – Look-A-Like

31 Mai

Deux génies de l’imposture et un billet parfaitement inutile.




Publicités

JIM DEROGATIS – Lester Bangs : Megatonnique Rock Critic

4 Juin

Mégatonnique Rock Critic (Tristram 2007)
(Tristram, 2007)

Comment devenir Lester Bangs ou plutôt, comment devenir le meilleur rock critic de tous les temps ? Sois toi-même et défonce-toi avec tout ce que tu trouves, de l’alcool, de la méthédrine, des litres de sirop pour la toux… un inhalateur nasal ? Hé, facile ! D’ailleurs, c’est ce nous faisons tous à la rédaction de Versus dans le dos du patron (chut, ne lui dites pas, il pense qu’on a tous contracté un rhume chronique). Allons bon, on a beau s’évertuer et porter la moustache, on sait que c’est peine perdue. Aucun de nous n’accédera jamais à la consécration ultime du scribouillard rock, et je crois, pour ma part, que la seule réponse est celle que l’auteur Jim DeRogatis développe en filigrane tout au long de cette fabuleuse biographie et qui ne nous laisse pas la moindre chance: « être ou avoir été Lester Bangs ». Parce que sa plume était à ce point liée à sa vie, à sa géniale subjectivité, à ses rencontres pittoresques, à ses doutes, à ses certitudes absolues, à ses propres contradictions et à ses abus, Lester Bangs a inventé une littérature Rock à la mesure de sa propre démesure : libre, fulgurante, provocante, joyeuse et excessive. Depuis son enfance chaotique en Californie du Sud (sa mère est Témoin de Jéhovah et son père, alcoolique, finira dévoré par les flammes) à sa mort prématurée par overdose de tranquillisants le 14 avril 1982 alors qu’il écoutait « Dare » de The Human League, DeRogatis raconte la vie de ce héros de la contre-culture, presque aussi passionnante que son œuvre gonzo, l’une et l’autre étant de toute façon indissociables. Et quand sa prose impétueuse nourrie à Kerouac, Burroughs et Buk volait en éclat dans les pages de Creem, de Rolling Stone ou plus tard du Village Voice, c’était SA vision du Rock qu’il racontait, un Rock fougueux, que le Velvet et le MC5 incarnaient au même titre que Mingus, Coltrane, Beefheart ou Van Morrison. Lester Bangs les côtoyait tous : Lou Reed, avec qui il entretenait un rapport de fascination et de haine, Patti Smith, Iggy Pop, Richard Hell, Wayne Kramer et les autres. Il était leur égal et pourtant, son intégrité et sa liberté d’expression étaient totales : elles ne cédaient à rien ni personne. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir Psychotic Reactions ou Fêtes Sanglantes et Mauvais Goût à n’importe quelle page, soit les deux recueils d’anthologie des plus belles tartines de Lester : la régalade absolue en matière de littérature Rock.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #1 (Juin 2007)

Couv 1 NOISE #1

THE SHAGGS – Philosophy Of The World

10 Mar

THe SHAGGS Philosophy Of The World
(1969 / 1980 Rounder Records)

1969. Quand les jeunes sœurs Wiggins ont commencé à jouer les premières notes de ce qui allait devenir Philosophy Of The World, l’ingénieur du son du petit studio de Revere (Nouvelle-Angleterre), qui n’en croyait pas ses oreilles, s’est adressé aux père des trois jeunes filles, en lui disant que peut-être elles n’étaient pas tout à fait prêtes à enregistrer un disque, ce à quoi l’honorable Austin Wiggins répondit, magnanime : «Il faut battre le fer tant qu’il est chaud». Austin Wiggins était un visionnaire. Sans lui, les Shaggs ne seraient jamais rentrées dans la légende en devenant «le meilleur plus mauvais groupe de rock du monde».

La première version de Philosophy Of The World fut pressée à 1000 exemplaire, dont 900 disparurent dans la quatrième dimension. Les 100 copies restantes commencèrent à circuler sur des radio locales. Par miracle, en 1970, une de ces copies tomba entre les mains de Franck Zappa qui déclara : «Philosophy Of The World est le troisième meilleur disque du monde», les Shaggs sont «meilleures que les Beatles» et le «chaînon manquant entre Fanny et Captain Beefheart». L’album fut réédité peu de temps après, et même s’il ne partait pas comme des petits pains, le culte était né.

Les Shaggs, c’est tout un poème, le génie primitif, la naïveté originelle, la candeur absolue faite rock, la version girls-band du mythe du bon sauvage, comme si, à 20 ans, Dorothy, Betty et Helen Wiggins s’étaient mises à faire du rock sans avoir jamais entendu ni joué une seule note de musique. Je pense d’ailleurs qu’on n’est pas loin de la vérité, mais c’est ce que la légende, pour le coup, ne dit pas. Les Shaggs jouent faux, chantent faux et comme des poêlons (Laetitia Sadier ne leur arrive même pas à la cheville), sont toujours en dehors du temps, et sont bien incapables de jouer un seul riff. De toute façon il n’y a pas de riffs, les morceaux sont tous complètement bancals. Comme Dorothy et Betty ne sont pas foutues de gratouiller et de chanter en même temps, elle ne chantent que ce qu’elles jouent, (fausse) note pour (fausse) note. Citons Lester Bangs pour changer : «Style de guitare : ça sonne comme 14 peignes de poches passés sur l’épine dorsale d’un élan, mais très doucement, et pourtant ça rocke, oh que oui !». Helen (à la batterie) est complètement à la ramasse. Elle trace tout droit comme si les deux autres n’existaient pas. De temps en temps, elle tente de donner le change mais ses breaks disgracieux arrivent toujours comme un cheveu sur la soupe. C’est magique, 300% authentique, complètement unique. Pire que de l’amateurisme, c’est de la musique d’infirme. Et pourtant, cette musique-là possède bien une logique interne. Et puisque j’ai déjà dépassé allègrement l’espace qui m’est imparti, je vous invite aussi à lire et à relire les paroles de Philosophy Of The World, cet ovni, foncièrement l’album le plus mental qui soit (je veux dire, aussi débile… que malade).

Le pacte écologique, c’est une chose. Mais si seulement on pouvait obliger tous les requins de sessions, tous les babouins de la fusion jazz-rock-funk technicos, ceux qui portent des chemises africaines, des bérets et des lunettes pointues, qui jouent sur basse fretless headless 6 cordes ou guitare Midi à 300 à l’heure, tous les Didier Lockwood du monde, tous les Dave Wakle de la Terre, les Uzeb, les Spyro Gira et les Satriani à se fader Philosophy Of The World pendant 24 heures, alors ils deviendraient fous, et alors le monde deviendrait meilleur.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Lick My Decals Off, Baby

24 Août

CAPTAIN BEEFHEART Lick My Decals Off Baby
(1970, Straight Records)

Quel est LE chef-d’œuvre absolu de Don Von Vliet, aka Captain Beefheart, et de son Magic Band ?
A cette question torride, l’histoire, la critique, le monde a tranché, dictant du même coup un verdict qui semble irrécusable et sans appel, hissant Trout Mask Replica au rang de sésame, de must-have et de référence suprême. Je contre et j’affirme, quitte à y laisser des plumes, que Lick My Decals Off, Baby lui dame le pion. J’ai raison. Je le sais. Et vous avez tort. Vous avez tort parce que vous mesurez le caractère ultime d’un disque à l’encre qu’il a fait couler, à l’incompréhension et à la controverse qu’il a suscitées à sa sortie en 69 puis à sa réhabilitation planétaire, à sa pochette mythique à la tête de poisson, à son Fast’n’Bulbous, et parce que c’est le plus ardu, le plus décousu et le plus imbitable que le Cap aie jamais pondu (et ça, ça vous plaît), et puis aussi pour faire comme tout le monde puisque ça vous évite de devoir choisir entre deux disques presque à égalité dans l’imbitabilité et la frénésie déconstructiviste. Je suis une fan indécrottable de Trout Mask, dévote à la limite de l’idiotie, j’aime ce disque comme mon frère. Trout Mask Replica est un disque IMPORTANT, mais Lick My Decals Off, Baby est simplement MEILLEUR et je l’aime plus encore (Ah, traîtresse !).
Vous vous plantez, mais au-delà de ce début de harangue pisse-copiste, nous sommes au moins d’accord sur un point : dans le cœur de bœuf, tout se mange. Mieux, tout est exquis, excepté les très dispensables Unconditionally Guaranteed et Bluejeans & Moonbeams (quelques années plus tard, Von Vliet fit d’ailleurs son mea-culpa, mettant en garde la jeunesse contre la médiocrité – relative – de cette double ration Mercury 1974). Vous vous plantez, mais il faut bien l’avouer, Beefheart est un géant de la musique du Xxe siècle, et Trout Mask et Lick My Decals Off sont deux grands albums.
D’abord parce que le Magic Band n’a jamais été aussi bon que sur ces deux là et n’a jamais si bien porté son nom. Imaginez une bande de freaks géniaux affublés de surnoms à coucher dehors: Zoot Horn Rollo (guitare slide, flûte), Antennae Jimmy Semens (slide guitare), The Mascara Snake (voix, clarinette basse), Rockette Morton (basse, narration), John « Drumbo » French (batterie), Art “Ed Marimba” Tripp (marimba) et Captain Beefheart (chant, saxophones ténor et soprano, clarinette basse). Imaginez les réunis dans une pièce jouant simultanément un morceau différent sur un instrument différent, puis imaginez qu’envers et contre toute logique musicale connue, il résulte de l’assemblage des ces parties un swing vaudou comme vous n’en aviez jamais entendu, même dans vos rêves les plus dingues, ceux dans lesquels Sun Ra, Ornette Coleman, les Stooges, Leadbelly, Howlin’ Wolf, et Bo Diddley se livrent à un rite d’initiation païen avec une avant-garde rock même pas encore née, sous la pleine lune de la Nuit Etoilée à St Rémy. Oui bien sûr, la musique de Beefheart est au-delà de ça. Plus dadaïste que Dada, elle échappe à tout verbiage. Plus on en parle, plus elle se dérobe. Alors n’en parlons plus.
Sur Lick My Decals Off, Baby, Zappa n’est plus de la partie suite aux différents qui opposèrent momentanément les deux frères ennemis caractériels à la sortie de Trout Mask, et c’est Beefheart qui produit tout. L’histoire raconte qu’en pur autodidacte, il avait pris l’habitude de siffler chaque partie à ses musiciens. Et même si cette légende minimise probablement le rôle du Magic Band dans le processus de composition et les arrangements, il y a sans doute une part de vrai. Ce qui est certain cependant, c’est que la mise en mots incombe à Don Von Vliet dans sa totalité et que cette poésie-là sort de la cervelle d’un type qui n’est clairement pas de ce monde terrestre.
« I wanna find me a woman who’ll hold my big toe till I have to go / I wanna find a blue swirl plastic ocarina / About five miles long / And play with them sweet potatoes all night long / ’cause them yams have all them eyes that yawn / ‘yearn down yonder below the ground ‘n their golden hair is ah dirty brown« .
A l’instar de sa peinture (car l’homme est aussi peintre et sculpteur), l’approche textuelle de Beefheart est basée sur le jeu et la libre-association et tient à la fois de la pureté candide de l’enfant, de la bestialité de l’animal sauvage, de l’humour Rabelaisien, du sexe, de la nature, de la joie et de la grâce de l’innocence que nous autres terriens avons perdus en même temps que nos poils ont poussés.
« Rather than I want to hold your hand / I wanna swallow you whole / ‘n I wanna lick you everywhere it’s pink / ‘n everywhere you think / Whole kit ‘n kaboodle ‘n the kitchen sink / Heaven’s sexy as hell / Life is integrated / Goes together so well ‘n so on »
Bien sûr, l’Art sans ego du type le plus égocentrique du désert de Mojave a fini par tomber dans les oreilles de la « next-generation » (Père Ubu, John Lydon, Devo, The Fall, Joe Strummer, Sonic Youth…) dont le Cap a dit, s’adressant à Lester Bangs : « Je ne les écoute jamais… ce qui n’est pas très gentil de ma part… encore une fois, pourquoi devrais-je contempler mon propre vomi ?« .
Francoise Massacre
Publié dans : VERSUS MAG #8 (Eté 2006)

couv VERSUS MAG #8

%d blogueurs aiment cette page :