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DEATHSPELL OMEGA – Paracletus

20 Fév


(Norma Evangelium Diaboli, 2010)
BLACK METAL

Chaotiques, denses, presque informes, les premières minutes de Paracletus, dernier volet de la trilogie entamée en 2004 avec Si Monumentum Requires Circumspice, ne ressemblent à rien de tout à fait connu jusqu’ici. Un flux continu, du blast en rafales, des cassures rythmiques enchaînées dans une cadence infernale, une basse omniprésente (le black metal l’avait presque bannie), une masse de sons enchevêtrés impénétrable, une vélocité implacable, des dissonances à en pleuvoir : c’est la guerre.C’est la guerre ou plutôt, c’est l’une des grandes batailles de cette guerre menée de front, depuis quelques années, par une petite poignée de musiciens technovores (pour la France, on citera Blut Aus Nord, Spektr et Deathspell Omega) contre le conservatisme black metal de la fin des années 90 et dont on se demande si elle n’atteint pas aujourd’hui ses limites.

Dans l’ensemble et en tout état de cause, Paracletus est un album soufflant : construit à la manière d’un Catch 33 (une longue plage découpée en plusieurs pistes qui s’appréhende comme un tout ; la comparaison avec la monomanie rythmique de Meshuggah n’est d’ailleurs pas superflue), Deathspell y pratique allègrement le jeu de la volte-face et du grand écart permanent entre les tempi (du plus lent au plus rapide), les emprunts stylistiques (outre le black metal, le doom, la musique industrielle, le post-rock, voire la noise), les passages clean, crasseux ou cabalistiques. La surenchère (en terme de technique, de brutalité, de stratification, de rapidité et de versatilité) abasourdit littéralement, c’est indéniable. Mais on peut se demander si elle ne traduit pas aussi l’épuisement du discours et la perte de sens qui fait place au trop-plein de tentatives pour réduire le vocable black en bouillie, comme si l’éclatement des repères et la recherche de l’hétérodoxie à tout prix étaient devenues des fins en soi, au lieu de servir de véhicule à l’expression et à la singularité. C’est la guerre, mais pourquoi faut-il que dans cette guerre, chaque cessez-le-feu tourne invariablement au mélo à l’italienne ? D’où vient cette affreuse manie du parlé-chanté (Burzum, suivez mon regard), cette théâtralité surjouée et ces logorrhées pathétiques dignes des pires bluettes de Pelican ou d’Isis période « pleureuses » ? Comment peut-on prétendre vouloir dézinguer un genre et ses scléroses et dans le même temps, céder à l’incontinence de tels clichés ? Après Si Monumentum et Kénôse (2004 et 2005) qui avaient remporté haut la main le pari de la cohérence, Fas (2007) ressemblait à une parenthèse que Paracletus aurait dû/pu refermer de fort belle manière si seulement Deathspell Omega avait mené la bataille jusqu’au bout sans céder aux sirènes du mauvais goût.
www.deathspellomega.com

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
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BURZUM – Belus

29 Mai


(Byelobog Productions, 2010)
PAGAN FEST

On les voit d’ici les hordes noires, attendant, pantelantes, le grand retour discographique de Varg Vikernes, l’homme aux 23 coups de couteau et autant d’idéologies frelatées (satanisme, nazisme, pangermanisme, odinisme, paganisme, ufoisme, connerisme), craint par les uns et adulé par les autres, légende d’entre les légendes. On les imagine ces bataillons transis et nostalgiques, la salive au coin des lèvres, guettant Belus comme le Saint Graal, avec une avidité vorace, dans l’espoir que ce disque soit celui qui, peut-être, fera replonger notre monde consumériste dans l’anti-faste marécageux et chaotique qui avait accompagné la naissance de la deuxième vague du black metal en Norvège au début des années 90. Pauvres foules déguenillées, comme je vous plains ! Onze années de silence-prison sont passées depuis Hliðskjálf, onze années de réflexion, 132 mois à saliver, 3960 jours à n’en plus pouvoir et tout ce que Varg vous donne en pâture aujourd’hui, c’est ce disque de carnaval, d’Halloween, ce Filosofem du pauvre ! Ça la fout mal, car de fait, Belus marque la fin d’un règne. C’en serait presque touchant. Mais allons mes amis ! Ne pleurez plus, séchez vos larmes de suie, mieux vaut en rire, n’est-ce pas ? Surtout que, je vous le dis, il y a largement matière à en rire. Mais il vous faudra d’abord dépasser les effroyables cliquetis de l’introduction, largement aussi noirs qu’une coquille de moule puis, parvenir à percer l’ennui mortel des deux premiers titres (« Belus Doed » et surtout « Glemselens Elv » soit « Le Fleuve de l’oubli », qui porte rudement bien son nom : douze minutes de vide, à oublier), avec leur rythmique lente, répétitive, carrée, famélique et conne comme la lune, celle dont on louait pourtant les vertus hypnotiques sur un disque de la trempe de Filosofem. Il faudra encore accepter l’idée que l’organe de Varg a beaucoup perdu de sa superbe. Mais où sont passés les cris qui déchiraient la nuit ? Enfin, il faudra pouvoir résister à l’émotion qui nous submerge, à l’intériorité secrète de l’homme mûr et à l’insoutenable mélancolie qui tournicote comme une brise légère autour des guitares aux motifs païens. Passés ces obstacles mes amis, je vous l’assure, la fête pourra enfin commencer avec le premier titre d’anthologie : « Kaimadalthas Nedstigning », un morceau qu’on n’oublie pas, un refrain qui fait surgir des images mentales absolument insoupçonnées, comme un cours d’aérobic dans la rosée matinale perlant sur la prairie du parc du Puy du Fou, un beat quasiment technoïde et un parlé/chanté qui nous fait bouger les mains en cadence : « En haut ! En bas ! À droite ! À gauche ! ». Parions que même Enslaved n’aurait pas osé. Ah, je vois poindre un sourire, un rire même, sur vos faciès livides et émaciés. C’est qu’on commence à s’amuser. La grand-messe païenne bat pas son plein mais attendez encore « Sverddans » (« La Danse des Épées ») si vous voulez atteindre le grand climax, l’ultime frisson Burzumesque. Le morceau démarre assez convenablement sur un black thrash de bonne facture, cru, guerrier et assez proche du Darkthrone des années 2000. Et soudain, tout bascule, on est pris de court, un cowboy dancer nous prend par le bras, on entre dans la ronde. Polka ? Country ? On tourne, on tourne encore et tous les acadiens et toutes les acadiennes vont sauter, vont danser sur le violon ! Mes amis, il faut l’entendre pour le croire. C’est magique, bucolique, complètement authentique et il ne fait aucun doute qu’à eux seuls, ces deux titres balayeront d’un revers de manche votre première déception. Il y a quelques semaines, Varg devançait modestement son auditoire en écrivant, à propos de Belus : « If I can make you dream when listening to this album, I believe I have done a good job ». Ce à quoi nous ne pouvons que lui répondre : Beau travail, l’artiste!
3/10
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #15 (avril/mai 2010)
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BLUT AUS NORD – Memoria Vetusta II : Dialogue With The Stars

14 Juil


(Candlelight, 2009)

BLACK METAL (EPIQUE PARTOUT)

La première fois que j’ai écouté Memoria Vetusta II : Dialogue With The Stars, j’étais franchement à deux doigts de faire sous moi. De rire, d’écœurement, des deux ? Je ne sais pas. Ce que je sais en revanche, c’est que ça a commencé dès les première nappes de synthé ultra-New Age de l’introduction et que ça ne m’a pas lâché jusqu’à la fin de ce pavé symphonique éperdument, furieusement romanesque. Je dis romanesque, je pourrais dire aussi théâtral, épique, grandiloquent, emphatique ou violemment émotif. J’ai eu des crampes d’estomac mais aussi des visions fantastiques : une licorne, un barde, un paysage enneigé, un lutin, un guerrier solitaire coiffé d’une cervelière en maille dessiné par Frank Frazetta. Je crois que j’avais espéré que quelque-chose au moins aurait survécu de la froideur dissonante des derniers albums de Blut Aus Nord, celle qui culminait avec MoRT. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir été prévenue. D’une part, Odinist se posait déjà là, comme un disque de transition manifeste entre la période la plus expérimentale, la plus abstraite du groupe et ce retour à un Black franchement chevaleresque. Et puis ce Memoria Vetusta II était clairement annoncé comme la suite, treize ans plus tard, du premier volet Memoria Vetusta I: Fathers Of The Icy Age. Je l’ai repassé le lendemain et les visions ont continué. Mais ce que j’ai vu alors était pire que tout : oui, j’ai vu Opeth, le seul groupe de metal progressif capable de me faire rendre tripes et boyaux à tous les coups. Brisée, j’ai rangé l’album dans un coin, loin, sous une pile et je l’ai chassé de mon esprit jusqu’à ce que se mette à sonner le glas assourdissant de la deadline. Avec la plus grande circonspection, j’ai donc extirpé une nouvelle fois Memoria Vetusta II de son fourreau transparent. Et alors, il se passa l’impensable. Brusquement, je compris que ce disque était bon, même très bon. Il fallait un sacré aplomb à Blut pour balayer treize années passées à désarticuler froidement et minutieusement la syntaxe Black traditionnelle et revenir, encore plus royalistes que le roi, avec cette valeureuse débauche mélodico-symphonique à l’ancienne. Ainsi, faisant fi des canons du bon goût et de la surcharge carillonnante de cette chevauchée black effrénée, tortueuse, excessive à bien des égards et beaucoup trop démonstrative pour être malhonnête, je rentrais enfin corps et âme dans le vif du sujet comme on rentre dans un livre dont vous êtes le héros. En chemin, j’eus même une nouvelle vision : le Emperor magistral de la période Anthems To The Welkin At Dusk pourfendant Opeth à grands coups de fléau.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #10 (mai/juin 2009)
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DOSSIER 2008 – Noir c’est noir (enfin presque)

23 Mar

Il y a quelque chose de pourri au royaume du black metal. Depuis la sortie du Black One de Sunn O))) en 2005, le genre n’a cessé de se démocratiser, mutant, abandonnant ses oripeaux archaïques pour sortir du marigot putride mais confortable dans lequel il était confiné jusqu’alors pour se pavaner sous les lumières fragiles du renouveau. Du jeune geek au bon père de famille, le fan n’est plus le jeune paria esseulé qu’il était autrefois et le black s’écoute désormais en famille. Non, rien ne va plus, tout fout le camp. Mais comment voulez-vous que l’ancien monde – celui des traditions, celui des purs, des durs, des vrais, de ceux qui fondèrent le mythe d’un true black evil, viril et sataniste – ne s’écroule pas à l’heure où le chanteur de l’un des groupes les plus cultes de la scène fait son coming-out à la presse musicale allemande ? Mesdames et Messieurs, en 2008 la nouvelle est tombée : le grand Gaal (de son VRAI nom Kristian Espedal, c’est beau comme un poème) de Gorgoroth aime les hommes, et l’on ne compte plus le nombre d’ados corpspaintés qui se sont autoflagellés avec leur ceinture à clous en apprenant la nouvelle. On attend avec impatience les aveux de Varg Vikerness quant à son appartenance au parti communiste.

Qui encore aurait pu prédire que l’autodérision s’inviterait au cœur du chaos et qu’Attila Csihar, la plus grande voix du black metal originel, celle de l’immense, du légendaire De Mysteriis Dom Satanas, se commettrait sur scène avec Mayhem déguisé en Bugs Bunny, en Leguman ou en sapin de Noël ? C’est une question de survie. Les vieux pandas en voie d’extinction n’ont désormais plus d’autre choix que de faire peau neuve face à la déferlante USBM. Car s’il ne fait plus peur à personne, le black metal est devenu un terrain d’expérimentations et d’hybridations plus ou moins heureux (on vous laisse la liberté d’appréciation) dont le foyer d’activité numéro un se situe de l’autre côté de l’Atlantique. De microbuzz en microbuzz, on a assisté cette année encore à un pullulement de sorties black metal/ambient/shoegaze dans la lignée de Leviathan, Crebain ou Xasthur sur des labels pas forcément dédiés au genre : Cobalt, Wolves In The Throne Room, Velvet Cacoon, Striborg, Mick Barr et ses divers projets (Krallice et Ocrilim) ou encore Nachtmystium pour la face psychédélique du genre. Nordvarg (Suède), Wold (Canada), Gnaw Their Tongues (Pays-Bas), Blut Aus Nord et Gargouillax (France), les autres parties du monde non plus n’ont pas failli, les terres encore fertiles ont été cultivées et les accros à la newsletter d’Aquarius Records savent même qu’un petit génie du black metal s’est réveillé au cœur d’une nation des plus improbables, la Corée, et que son nom est Pyha. L’ordre black mondial s’inverse et c’est tout à son honneur. Prions juste pour qu’en 2009, à force d’être porté, nettoyé et essoré, le metal noir ne finira pas par paraître complètement délavé.

WOLD – Stratification

31 Déc


(Profound Lore, 2008)

HARSH NOISE VS BLACK METAL

Pas certain que Wold et ses mystères n’aient été inclus un seul instant au programme très old school du « Canadian Metal » de nos amis Fenriz et Nocturno Culto. Et pourtant, Wold est bien un duo corpsepaint-free 100% canadien – avec déjà trois albums au compteur et rien à jeter – dont la prose est traversée de part et d’autre par l’évocation des paysages nocturnes, enneigés et désolés de leur Saskatchewan natal. Nuits glacées, reines des neiges, no man’s lands cryogénisés sous une lune blafarde, infernal blizzard et vive le vent d’hiver : des thèmes qui, sur le papier, font directement écho à la thématique « nature et nordisme » Darkthronienne du début des 90’s (A Blaze In The Northern Sky, Under A Funeral Moon), à l’exception peut-être des rennes et des clochettes de la ballade en traineau de « Sleigh Ride » – car voyez-vous, les norvégiens de la vieille école, eux, avaient le cran de se déplacer à pied… l’histoire ne dit pas s’ils portaient des Moon boots. Musicalement cependant, le blacknoise hybride de Wold s’adresse bien moins aux nostalgiques d’un black metal traditionnel qu’aux oreilles coutumières des turbulences soniques extrêmes de Prurient, Philip Jeck ou Wolf Eyes. Les 50 minutes de Stratification, qui porte magnifiquement bien son nom, sont enroulées dans un épais manteau de bruit blanc en couches granuleuses superposées. L’électrique et l’électronique sont bouillis dans la même marmite puis refroidis à des températures extrêmes pour former un agrégat menaçant de boucles hypersaturées duquel s’échappent parfois les restes d’une boîte à rythme grippée, d’un bourdonnement de guitare ou d’un vague débris mélodique. Au-dessus de ce chaos compact et incessant, Fortress Crookedjaw, la voix de Wold, vomit sa bile dans la neige immaculée. Sensation et image mentale : la tête plaquée sur le moteur d’un scooter des neiges propulsé à toute vitesse dans la tempête glacée alors que vous vous faites engueuler copieusement par le type haineux qui conduit l’engin pied au plancher, le même qui un jour a dit : « Stratification est la voix de la domination de Wold. Nous dominons d’une manière authentique, comme la colère et le sexe. C’est notre disque le plus fort et le plus strict. En tant que guerriers et artistes, Obey et moi nous sentons satisfaits ; nous sommes réellement triomphants. C’est naturel. C’est juste ». Non, c’est pas juste. Je t’ai rien fait, moi.
http://wold-klan.blogspot.com/
Francoise Massacre

Publié dans: NOISE MAG #7 (oct/nov/dec 2008)
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Interview – BLUT AUS NORD : Brise-Glace

24 Avr

blut aus nord logo

A peine un an après le rampant, glacial et jusqu’au-boutiste MoRT, les obscurs laborantins du black metal Blut Aus Nord remettent le couvert avec Odinist : The Destruction Of Reason By Illumination, un album de transition qui, tout en se plaçant dans le prolongement direct des expérimentations et des dissonances du précédent, se veut toutefois moins cérébral, plus épique et beaucoup plus intuitif. Comme si le moment était venu pour BAN d’entreprendre la reconstruction du pont qui le relie à ses origines : Bathory, Emperor et Voivod en tête. Entretien avec Vindsval, cortex de Blut et pilote du label Appease Me.

Avec MoRT, tu disais être allé « au bout du black metal ». Où va-t-on lorsqu’on est arrivé au bout ?
On cherche un autre bout, une autre voie, d’autres atmosphères, d’autres ambiances, un autre son.

Qu’en est-il d’Odinist ? Où le places-tu sur la carte du black metal ? Pas comme un retour en arrière j’imagine ?
Comme une forme d’équilibre nécessaire à la bonne continuation des événements, depuis quelques années nous nous enfonçons dans des sphères extrêmement macabres et il nous a semblé évident après l’enregistrement de MoRT qu’il ne fallait pas trop jouer avec cet univers qui a tendance à te dévorer sournoisement. Mentalement, tu chutes avec ta musique. Quand celle-ci est ta principale activité tu manques cruellement de recul et tu glisses lentement. Tout fonctionne sur l’équilibre et Blut Aus Nord n’échappe pas à cette règle. Ainsi, Odinist est une remise à niveau qui va nous emmener vers d’autres territoires. Il nous a permis de retrouver le plaisir de composer et jouer de véritables riffs, de travailler des structures de morceaux plus solides, de retrouver de la puissance et une certaine forme d’efficacité. Tout cela en conservant l’aspect froidement mécanique et dissonant (dans une moindre mesure cette fois-ci) de nos derniers albums. Odinist est peut-être moins sombre mais il est plus menaçant, ne renferme pas beaucoup de vie et est certainement notre album le moins organique. Certaines personnes ont évoqué une version extrême de Voivod et je trouve cette approche assez pertinente.

C’est comme si le titre suggérait un retour au « nordisme » de vos débuts (Memoria Vetusta, Ultima Thulee) ou du moins, comme une sorte de trait d’union inévitable (de référence commune) avec les pères du black metal, Bathory, Emperor, Burzum, etc. ?
Le titre et son sous-titre suggèrent à la fois un retour au nordisme des débuts et soulignent une certaine évolution dans la manière totalement universelle de l’aborder, ainsi que tout ce qui l’entoure. Une manière d’avancer en n’oubliant jamais des racines qui nous ont justement permis d’évoluer. Bathory par exemple a été une influence énorme et Quorthon un formidable initiateur, tous les albums que nous sortirons seront marqués de façon plus ou moins profonde et visible par cette origine. C’est peut-être plus évident sur Odinist que sur MoRT, entre autres parce que Blut Aus Nord doit se ressourcer, mais ce lien a toujours été présent et le sera toujours.

Quel est votre rapport à l’Asatrù (Ndlr : ou odinisme, ancienne religion polythéiste basée sur la mythologie nordique et adaptée à l’époque moderne dans les années 60…) et à la mythologie nordique ?
Nous en avons une vision très universelle, il ne s’agit que de clés permettant d’atteindre d’autres niveaux de conscience où le mythe et les croyances, la terre et le peuple, la culture et l’histoire n’ont plus aucune importance… La destruction de la raison par l’illumination.

Sur MoRT, il y avait, en filigrane, la volonté de traduire avec des sons les problématiques de la perception du réel, du Chaos, de l’Incertain. Quel a été votre cheminement intérieur pour la conception d’Odinist ?
Les choses ont été beaucoup plus instinctives cette fois-ci, comme je te l’ai dit nous avons ressenti un besoin d’équilibre, presque vital. Pour la première fois depuis longtemps nous avons eu besoin de composer par passion du riff. La première des motivations a été la musique pour elle-même, nous avons presque fonctionné comme un groupe de rock, toujours à la recherche d’une certaine puissance. Odinist a été très agréable à composer, nous étions étrangement libérés, livrés à notre seule intuition alors que MoRT avait été une véritable épreuve.

Le sous-titre de l’album (The Destruction Of Reason By Illumination) laisse penser que le thème de la Folie vous a en partie servi de trame de fond…
Pas la folie car la raison n’est qu’une illusion mais plutôt la conscience, pleine ou totale. Cette conscience est le cœur même de l’album, ancré dans l’instant.

Odinist est donc le double de MoRT, ou disons son pendant puisqu’au départ, vous aviez l’intention de les intégrer à un double album. Quel est le lien/quelles sont les correspondances entre les deux albums ?
Nous devions effectivement intégrer un autre album mais il ne s’agissait pas de celui-là (nous avons une quantité assez conséquente de matériel composé et même enregistré). Comme je te l’ai dit Odinist est une réaction, une conséquence, un équilibre nécessaire.

Le fait qu’Odinist soit plus intelligible, plus épique et structurellement moins complexe que son prédécesseur (même si on reconnaît immédiatement la patte, les dissonances et l’idiome Blutiens) est donc un acte délibéré…
Odinist est définitivement un album de riffs ! Nous voulions un album plus direct, moins abstrait, plus puissant. Le résultat est plus efficace que tout ce que nous avons pu enregistrer auparavant, nous avons particulièrement soigné les transitions pour éviter les cassures trop brutales et conserver cette espèce de dynamique hypnotique. Tu sais, nous sommes constamment tiraillés par des envies épiques, métalliques, mélodiques et d’autres beaucoup plus morbides, atonales et macabres que nous avons (finalement partiellement) assouvies sur nos trois précédents albums. Je sais désormais que MoRT n’était pas si extrême et que d’autres voies bien pires commencent à s’entrouvrir dans mon esprit mais avant de replonger dans ces marécages sonores il nous faut assouvir d’autres envies et Odinist est un premier pas vers d’autres extrémités plus belles et mélodiques.

C’est presque officiel, vous travaillez sur le second volet de Memoria Vetusta : Memoria Vetusta II – Dialogue With The Stars. Pourquoi vouloir donner aujourd’hui une suite à cet album, après plus d’une décennie ? Est-ce qu’il sera une suite moderne du premier, avec les matériaux et le langage musical que vous avez développés depuis, ou au contraire, comptez-vous opérer une dé-évolution, revenir à la crudité du son Memoria Vetusta de 1996 ?
Nous avons pensé à cette suite durant toute cette décennie, nous avons même souvent commencé à travailler dessus mais d’autres envies plus sombres nous parasitaient régulièrement. Nous avons donc composé puis enregistré The Work Which Transforms God et avant même que nous ayons pu repenser sérieusement à Dialogue With The Stars nous avons eu besoin d’explorer le pire de The Work et nous avons entamé le travail sur MoRT. Ce dernier a engendré Odinist sur lequel nous avons pu retrouver le plaisir de composer de longs riffs plus épiques, plus mélodiques. Cette fois-ci c’est le bon moment pour se consacrer enfin à cet album, nous sommes impatients de nous plonger dans ce vieux rêve. Nous n’allons certainement pas enregistrer une copie du premier volet mais effectivement une suite moderne et cohérente, les quelques plans que nous avons déjà commencés à développer sont complexes, très riches et techniques. Nous voulons intégrer les éléments qui ont fait la force épique de Fathers Of The Icy Ages, des voix claires, des solos, de longs riffs majestueux mais également beaucoup d’autres univers allant de Nocturnus à Pink Floyd.

J’ai également lu que vous alliez sortir un disque intitulé What Once Was. Tu peux m’en parler ?
C’est un vieux projet, sortir une série d’albums proposant un black metal extrêmement pur sur lequel l’évolution n’aura eu aucune prise. Nous ne savons pas encore comment sortir les différents volumes, en éditions limitées, en vinyl, en libre téléchargement sur notre site ou de façon totalement conventionnelle même si cette perspective ne nous enchante pas. Nous avons envie que cette autre face de Blut Aus Nord demeure obscure et se diffuse différemment. Surveillez notre site, on ne sait jamais…

Est-ce toi ou Candlelight (qui continue en revanche à sortir les disques de BAN) qui a rompu le deal de distribution avec ton label Appease Me ? Que s’est-il passé ? Par quels circuits vas-tu désormais passer pour la distribution ?
En fait cela n’a rien changé au niveau de la distribution, les prods Appease Me seront encore distribuées par Plastic Head. En revanche nous ne travaillons plus ensemble sur la production elle-même, Candlelight injectait de l’argent ce qui me facilitait la tâche mais allait m’obliger à accepter le fait qu’ils approuvent chaque nouvelle signature. Je tiens à rester seul décisionnaire sur le plan artistique et eux ne voulaient plus mettre de fric sans pouvoir donner leur avis, ce que je comprends aisément. Au début, ils ne demandaient pas de comptes, plutôt ravis d’abriter une sous division plus « expérimentale », mais devant des chiffres de vente parfois décevants ils ont commencé à demander des groupes un peu plus rentables, plus catégorisables. C’est à ce moment-là qu’il m’est apparu plus sage de tout stopper et eux n’ont logiquement pas insisté. Les groupes sur Appease Me ne sont pas tous calibrés pour vendre 10.000 copies par album et ont plus leur place sur une structure plus underground pouvant supporter des chiffres beaucoup plus modestes. Si Candlelight vend 2.000 exemplaires d’une prod c’est une catastrophe, pour Appease Me c’est un joli score.
Cela n’a absolument pas affecté les relations qui existent entre Candlelight et Blut Aus Nord, la séparation des deux labels était juste quelque chose de parfaitement logique finalement.

Pour finir, tu viens de sortir le surprenant nouvel album d’Overmars, Born Again, sur Appease Me. J’aimerais avoir l’avis du label.
J’ai été très surpris quand j’ai écouté Born Again pour la première fois, le groupe a considérablement évolué et semble avoir digéré puis balayé toutes ses influences. Ils ont désormais un son à eux et un style qui n’appartient également qu’à eux. Ce groupe a une très grosse personnalité qui s’exprime de façon très puissante sur cet album. Born Again est très intense, c’est beaucoup plus sombre que ce qu’Overmars a pu enregistrer avant et la voix de Marion m’a véritablement impressionné. Comme je l’ai dit à Xavier, je suis très fier de sortir cet album, j’ai l’impression de participer à l’éclosion et au développement d’un grand groupe. Je viens également de recevoir une version rough-mix du prochain Monolithe, M III, qui est absolument dantesque, ce groupe emmène le doom dans une autre dimension.

BLUT AUS NORD – Odinist, The Destruction Of Reason By Illumination (Appease Me/Candlelight Records)

www.blutausnord.com
www.appease-me.com

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #4 (janvier 2008)
couv NOISE MAG#4

BLUT AUS NORD – Odinist : The Destruction Of Reason By Illumination

23 Avr

BAN Odinist
(Appease Me… / Candlelight)
Black-Metal expérimental

Un an après MoRT, ce véritable concentré d’abstraction distanciée qui amenait le Black Metal sur une pente plus que glissante, Odinist était annoncé en substance comme un double retour aux sources : celui des débuts du groupe, l’époque de Memoria Vetusta où l’on n’hésitait pas à classer BAN dans la catégorie « viking black-metal », mais aussi un retour à l’esprit de leurs pères musicaux, Bathory, Celtic Frost, Emperor. Evidemment, Odinist n’a pas fait table rase de ce qui précédait et s’inscrit bel et bien dans le sillage fangeux de MoRT. Les rythmiques hybrides où les vagues de blast beats électroniques sous-tendent des patterns slow-rock presque traditionnels – caisse claire bien en avant -, les entrelacs de riffs arachnoïdiens en descentes et montées chromatiques, les dissonances à gogo, le chant guttural lugubre as fuck et le mix si particulier de l’ensemble : rien, donc, n’a vraiment disparu de ce qui avait été amorcé, et le contraire eut été franchement étonnant de la part de ce groupe qui n’a eu de cesse de renouveler sa syntaxe album après album. En fait, le sentiment qu’Odinist est plus facilement apprivoisable que le précédent ne vient pas tant du langage qu’ils utilisent – puisqu’il est à peu de choses près le même -, que de l’atmosphère plus épique, plus ostensiblement metal qu’ils développent au gré des neuf pistes de l’album. Les dédales filandreux des guitares dans lesquels ont se perdait si facilement dans MoRT font place à des les lignes plus droites, plus répétitives, qui semblent moins régies par l’aléatoire et le chaos organisé que par la volonté de créer une transe glaciale. L’insaisissable flux devient une terrible machine qui avance, en rampant peut-être, mais qui avance. MoRT avait quelque chose d’un questionnement sans fin, Odinist ressemble à une affirmation, comme si BAN avait décidé, cette fois, de suivre son instinct plutôt que sa raison.

www.blutausnord.com / www.appease-me.com

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #4 (janvier 2008)
couv NOISE MAG#4

BLUT AUS NORD – MoRT

11 Sep

BAN - MoRT
(Appease Me… / Candlelight, 2006)
Unorthodox Black Metal

La métamorphose eu lieu en 2001, quand Blut Aus Nord, après quatre années de silence, sortit à nouveau des limbes avec The Mystical Beast Of Rebellion, un album magistral qui venait insidieusement bousculer les codes d’un Black Metal grippé, autosuffisant, prisonnier de son alphabet et enseveli sous le poids de ses principes. Les deux disques suivants, The Work Which Transforms God et le Ep Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity s’inscrivaient logiquement, mais peut-être plus radicalement encore, dans ce processus expérimental et transgressif : préserver l’esprit du Black Metal, sa noirceur et ses atmosphères, mais en rejeter les dogmes, en refuser le formalisme, et pour cela, le déconstruire, puis le reconstruire en le nourrissant d’autres influences. Aujourd’hui, MoRT marque l’aboutissement à la fois musical et symbolique de cette démarche, comme le chant d’un cygne malade de la peste. L’album déploie lentement ses huit chapitres, comme autant de sombres tentacules, dans un Tout unifié par un vocabulaire commun – qui emprunte parfois certains traits au jazz-rock, au rock progressif ou post-industriel -, mais où la complexité est toujours au service du rampant. Micro-intervalles, rythmes composites et décharnés, syncopes, étirements, allongements, guitares arachnéennes, mécanique des dissonances, growling caverneux, viscosité des timbres, interludes comme des field-recordings sur les rives du Styx : tout ici concourt à l’immensément sinistre. C’est comme si, au fil de ces errances glaciales, Blut Aus Nord avait pris un plaisir vicieux à éliminer tout recours aux sacro-saintes ficelles de la tonalité (l’axe tension / résolution) pour ne laisser en pâture aux mortels qu’une spirale de désolation sans fin et sans commencement. Dans MoRT, la catharsis n’existe pas, le repos éternel non plus. Il y a bien cette vague lueur, lorsque Vindsval pousse sa voix en chant clair, mais elle est aussitôt happée dans ce bouillon de fatalisme hostile, qui évoque la condamnation éternelle de Sisyphe, héros de l’Absurde et de la Déroute. L’écoute de MoRT est une expérience éprouvante qui ne laisse place à aucune forme de compassion, pas même envers ses propres démons. N’espérez pas vous émouvoir, pleurer, vous apitoyer et encore moins souffrir : MoRT est un disque d’anti-pathos absolu, froid comme la glace, oppressant et jusqu’au-boutiste, un chaos organisé dans le sens du non-sens.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9

Interview – BLUT AUS NORD: Unorthodox Paradox

11 Sep

ban

Depuis les treize ans qui les séparent de leurs débuts, Vindsval, GhÖst, et quiconque se cache derrière l’énigme Blut Aus Nord, n’ont cessé de transfigurer le genre même sur lequel repose l’ensemble de leur production, mutante et dissidente. En débarrassant le Grand Macabre de ses traditionnels artefacts et poncifs formels, leur nouvel album, MoRT, plus éprouvant que jamais, pousse le paradoxe Black Metal jusqu’à un comble d’où ne subsistent que le fond et l’essence – sépulcrale. Entretien avec Vindsval.

Avant de vous attaquer à la réalisation de chaque album, vous en définissez un concept extrêmement précis, un peu à la manière d’un story-board pour le cinéma. Quel est celui de MoRT? Peux-tu nous parler de sa genèse?
Nous avons passé de nombreux mois à discuter de l’album avant de commencer sa composition, nous avions trop d’idées que nous ne parvenions pas à mélanger, trop d’angles d’attaque possible, trop de thématiques, trop de texte, trop de tout… Comme c’est le cas pour chacun de nos albums nous sommes partis dans un nombre incalculable de directions pour finalement nous recentrer sur le titre, sur ce mot MoRT qui s’est imposé comme le seul chemin à suivre, une forme ultime de néant parfait mais extrêmement complexe débouchant à la fois sur rien et sur tous les possibles imaginables. Il nous a évoqué ces riffs maladifs, ces guitares rampantes et décharnées, nous avons finalement voulu que notre musique souffre, que chaque note exprime le malaise. De tout un concept il n’est resté que la quête obsédante d’une atmosphère glauque, d’un paysage sonore poisseux et dévasté. Cet album est une histoire d’ambiance, le ressenti prend le dessus sur le cérébral.

Tu disais avoir voulu aller « au bout du Black Metal »?
Nous avons voulu avec MoRT toucher le fond d’une vision du Black Metal que nous développons depuis notre troisième album, aller au bout de cette idée, au bout de ce Black Metal malsain, dérangeant, dissonant, malade et torturé. Nous avons ouvert une brèche abominable avec The Mystical Beast Of Rebellion et nous nous sommes engouffrés dedans. Au bout du chemin nous attendait ce MoRT qui est aujourd’hui notre album le plus sombre, peut-être l’une des pires choses que la musique ait engendrées. Nous sommes allés au bout de ce Black Metal car nous n’insisterons pas (pour le moment) dans cette voie. Nous avons touché quelque chose avec MoRT et nous ne voulons pas le salir en composant une copie de cet album. Nous savons aujourd’hui que nous n’avons plus rien à apporter en travaillant dans ce sens et il est par conséquent temps d’explorer d’autres voies, certainement moins morbides mais toutes aussi profondes.

On imagine que l’acronyme MoRT (Metamorphosis of Realistic Theories) et les titres que vous aviez initialement donné aux morceaux de l’album («Ruins Of The Genesis (Antiparticles)», « Samsaric Ocean »…) sont en rapport direct avec la physique quantique, les théories de la perception du réel, de l’espace et du temps, et leurs implications philosophiques sur le rôle de la conscience dans l’appréhension et la compréhension de l’univers. Thematic Emanation y faisait également référence. C’est comme si, par le biais de ces références, vous vouliez donner un sens supplémentaire à vos disques, une piste de réflexion, en dehors de l’aspect purement musical…
Nous avons besoin de donner du sens à notre musique, pas pour l’auditeur (pour qui les choses peuvent sembler un peu «abstraites») mais pour nous-mêmes. La composition d’un album est une véritable aventure intérieure et philosophique dans la mesure où cela nous oblige à aller chercher des réponses à des questions posées par nos titres, nos riffs, nos textes qui sont souvent écrits de façon très compulsive. Je vis pour chaque album un moment très étrange où je ne fais plus évoluer le projet mais où lui me fait avancer, réfléchir, un moment où l’album n’est plus sous notre contrôle. C’est une étape très délicate mais stimulante (et envahissante) qui t’oblige à travailler énormément pour progresser et atteindre de nouveaux buts que tu n’avais même pas imaginés. Tout cela est très personnel, difficile à comprendre parfois et impossible à expliquer… mais qui peut aujourd’hui m’expliquer ce monde, le temps, la mémoire et tous les réels possibles… c’est pour cette raison que nous laissons traîner un peu de texte sur nos albums ou sur notre site, quelques écrits jetés à qui veut bien les lire.
Je ne suis pas certain que ces pistes de réflexion, ces références qui font partie de notre travail soient suffisamment bien retranscrites pour que l’auditeur se sente réellement concerné par cet aspect de notre travail, je pense qu’il retient surtout la musique que nous composons et c’est ce qui importe dans la mesure ou c’est cette forme d’Art que nous avons choisie pour nous exprimer.

Est-ce que le caractère musical relativement complexe de MoRT – recours à l’atonalité, dissonances, micro-intervalles, rythmes composites -, part d’une volonté de traduire musicalement le principe d’incertitude inhérent à ces théories, comme une remise en cause d’un déterminisme musical/black metal où les jeux seraient déjà faits?
Totalement. Nous refusons cette idée de choses figées, de jeux aux règles établies par d’autres et nous refusons que le Black Metal soit une chose figée vouée au pourrissement, nous refusons de pratiquer un Art dans des règles que d’autres ont décidé pour nous. L’Art dans son ensemble, et le Black Metal en particulier, ne doit pas connaître de limites. Nous considérons ce style de musique comme quelque chose de profondément subversif, pas quand il se contente d’être la méchante musique d’un Satan de carnaval, mais quand il est hors style, qu’il remet tout en question en détruisant, en (se) ré-inventant, en reniant pour avancer… quand il est un feeling insaisissable.

Il y a néanmoins cette référence à Satan dans la citation issue d’un rapport du FBI sur les crimes occultes dans les notes de pochette, qui dit que plus de crimes ont été commis au nom de Dieu, de Jésus et de Mahomet qu’au nom de Satan. Ce constat (ou cette forme indirecte de «dénonciation» ?) vient-il étayer votre propre interprétation du Satanisme ?
Les Satanistes sont des hippies inoffensifs au palmarès peu impressionnant. Si toutes les religions étaient aussi efficaces en matière de propagation du chaos, la Terre serait un havre de paix. En luttant, (silencieusement et discrètement quand même, l’adversaire est féroce), contre les religions «établies», les Satanistes luttent contre la haine, la guerre, la mort et l’intolérance. Ce sont des humanistes qui militent de toute évidence pour un monde meilleur… bénis soient-ils.

Quelle est la part d’incertitude dans la musique de BAN?
Totale, comme dans nos vies. Nous ne savons absolument pas ou Blut Aus Nord ira sur les prochains albums, les possibilités sont infinies, quand elles ne le seront plus nous arrêterons.

Dans MoRT, encore plus que dans les albums précédents, l’aspect technique semble extrêmement important. Est-il, pour vous, plus qu’un simple moyen pour arriver à ses fins?
La technique sert simplement à ne pas être limité, rien n’est plus frustrant que de ne pas pouvoir concrétiser une idée à cause d’une lacune technique. MoRT est un album très complexe à plusieurs niveaux mais cette complexité n’est pas une fin en soi, nous en avions besoin pour atteindre ce que nous avions en tête et ce vers quoi les compositions se sont lentement dirigées. La technique doit servir la musique, l’inverse ne présente aucun intérêt, seul le feeling doit exister et celui de MoRT n’aurait pu se construire dans la simplicité.

Pour la première fois, on entend du chant en voix claire, un peu à la manière de Virus ou Vend Buens Ende. Pourquoi n’avoir jamais sauté le pas auparavant?
Il y avait déjà un peu de chant en voix claire sur nos deux premiers albums, c’est quelque chose que nous utilisons quand nous estimons qu’un morceau en a besoin, comme pour tout le reste nous n’avons pas de cahier des charges. Néanmoins c’est quelque chose que j’aimerais personnellement développer un peu sur un prochain album.

Peut-être plus que jamais dans MoRT, on perçoit des influences musicales très éloignées du BM traditionnel, même si elles étaient déjà extrêmement palpables depuis The Mystical Beast.
Du Black Metal nous n’avons gardé que le feeling, le fond. La forme traditionnelle est précieusement conservée par les puristes qui ont la noble excuse de l’intégrité pour masquer leur incapacité à faire évoluer leurs compositions.
Évidemment nous écoutons énormément de choses, non pas pour piller mais pour nous ouvrir de nouveaux horizons, nous offrir quelques possibilités supplémentaires. L’important est de digérer tout ce qui peut t’influencer et d’en faire ta propre matière, quelque chose de nouveau. Par exemple Trey Gunn a été une grosse influence pour les riffs de MoRT (s’il savait ça je pense qu’il se suiciderait), c’est inaudible en écoutant l’album mais sa façon de jouer nous a permis d’imaginer une utilisation encore différente des guitares pour cet album.
Nous essayons d’écouter tout ce qui se présente, nous sommes constamment en quête de nouveaux vocabulaires musicaux… plus tu as de vocabulaire mieux tu t’exprimes.

Vous aviez, je crois, envisagé un featuring de Jarboe. Cette collaboration va-t-elle aboutir?
Nous avons eu cette idée mais pas pour cet album, nous aurions en revanche beaucoup aimé pouvoir travailler avec quelqu’un comme Diamanda Galás sur MoRT, le résultat aurait été terrifiant. Je pense que nous collaborerons avec Jarboe sur un prochain album ou un MCD mais nous ne voulons pas d’un featuring sans autre intérêt que de faire figurer un «nom» sur une pochette. Le but serait plutôt de composer quelque chose dans lequel elle puisse se sentir parfaitement à l’aise et qu’elle prenne ainsi entièrement en charge toutes ses parties, nous envisageons une véritable collaboration artistique qui permette à tout le monde de s’exprimer pleinement et de profiter de l’émulation créée pour avancer, progresser et essayer de nouvelles choses.
Maintenant, je ne peux absolument pas te dire quand cette collaboration pourra se concrétiser ni même si elle se concrétisera un jour, elle a beaucoup de projets en cours, nous en avons également beaucoup trop et il faudra évidemment que nous discutions en profondeur du sujet avec elle avant de nous lancer dans cette aventure.

Vous aviez également annoncé MoRT comme un double album avec deux styles distincts. Pourquoi avoir abandonné l’idée en cours de route ?
Comme je te le disais tout à l’heure nous sommes partis dans beaucoup de directions différentes avec MoRT et ne pouvant pas tout travailler sur un seul album par souci de cohérence nous avons pensé qu’il serait intéressant de sortir un double représentant deux approches différentes de ce titre mais nous nous sommes rendu compte en cours de route de la quantité astronomique de travail qu’il faudrait fournir et nous avons préféré garder toutes ces idées de riffs, de titres et de textes pour les retravailler ultérieurement afin de nous consacrer pleinement au MoRT qui sort aujourd’hui. Tout ce matériel figurera sur un futur album déjà intitulé The Destruction Of Reason By Illumination.

Même si les notes de pochettes sont extrêmement macabres, il s’en dégage un sentiment qui tient davantage d’un fatalisme noir que d’un réel pessimisme face à la Mort…
Pas de pessimisme, l’espoir permet d’être pessimiste mais l’espoir n’a aucune place ici. Un fatalisme noir effectivement, teinté d’une haine défaillante, d’un dégoût profond et d’une certaine mélancolie. Ces notes sont le résultat d’une grande Fatigue.

Comment a-t-on accueilli l’album chez Candlelight?
Ils sont très excités à l’idée d’avoir un album comme celui-là à travailler, ils ont fait de MoRT leur grosse priorité, considèrent BAN comme leur nouveau Emperor et sont extrêmement motivés, tout s’annonce donc plutôt bien. Ils ont déjà fait de l’excellent boulot sur The Work… qui s’est depuis beaucoup vendu et sur les rééditions des deux premiers albums. Nous attendons de voir ce qu’ils feront avec MoRT dont le caractère commercial nous semble tout de même assez limité…

Pourtant, The Work et Thematic Emanation se sont relativement bien vendus par rapport au tout-venant de la production Black Metal actuelle, non?
Oui. Candlelight nous a réellement permis de franchir un cap à ce niveau, en Europe évidemment mais surtout aux États-Unis, où Candlelight USA fait un énorme travail et nous a permis de toucher un nouveau public, à tel point que nous vendons désormais plus d’albums aux États-Unis qu’en Europe.
Cela ne change en rien notre façon de travailler et d’appréhender notre musique (MoRT est là pour en témoigner) mais en revanche, il est très agréable de savoir que nos albums sont disponibles absolument partout et bénéficient désormais d’une importante campagne de promotion.

Depuis vos débuts il y a 13 ans, votre vision profonde de la musique a-t-elle considérablement évoluée, ou bien, finalement, seule la forme change-t-elle?
Notre vision de la musique est exactement la même, nous avons simplement évolué, mûri, et surtout nous nous sommes ouverts mais les bases et les buts à atteindre restent les mêmes. Nous sommes fiers de chacun de nos albums et ne renions absolument rien, nous avions une ligne de conduite au début et nous sommes restés fidèles à ces principes. Les modèles, les «pères» de Blut Aus Nord (Quorthon et Bathory en tête) sont toujours les mêmes et c’est toujours vers ces références que nous allons puiser l’essence de BAN, quel que soit le projet en cours…

On a pu lire et entendre ici et là des histoires de «concurrence» entre BAN et Deathspell Omega. Quelles relations entretiennent les deux entités ?
Je n’avais pas encore entendu ces histoires de concurrence entre les deux groupes, au contraire Deathspell est l’un des rares groupes actuels que j’apprécie personnellement beaucoup et qui propose une musique de qualité et un concept très complet. Leur dernier MCD Kenôse laisse entrevoir de belles choses. C’est un groupe qui travaille sérieusement et qui, avec quelques autres comme Axis Of Perdition ou Spektr par exemple, peut faire avancer les choses, les pousser encore un peu plus loin. Le Black Metal a besoin de ces groupes, bien plus que de tous les pompeurs de Mayhem, Dark Throne ou Burzum qui ne servent strictement à rien…
Pas de concurrence donc et pas de relations non plus, nous ne faisons pas beaucoup de copinage dans ce milieu.

Pour finir, j’aimerais que tu me parles de ton label, Appease Me.
Avec Appease Me… le but est de travailler avec des Artistes, pas de simples musiciens mais des Artistes ouverts qui ont envie d’avancer sans s’imposer de limites. C’est dans cette optique que nous avons signé Coprofago récemment, groupe qui est en train de se séparer de ses influences pour se lancer dans quelque chose de plus personnel, ils ont un potentiel incroyable et pourraient devenir les nouveaux Cynic. Nous venons de sortir l’album de Spektr qui est une véritable expérience, une œuvre fascinante, ainsi que celui de Comity qui est d’une densité absolument incroyable, la construction de cet album nous a totalement bluffés. Les deux nous ont mis une grosse claque !
Au cours des prochains mois nous sortirons les albums d’Eternal Majesty, Forest Silence, Bunkur, Apocryphal Voices et un nouveau MCD de Monolite.
Quelques signatures importantes sont en cours de «négociations» mais il est évidemment beaucoup trop tôt pour en parler… Nous essayons de développer des relations réellement amicales avec les groupes que nous signons, nous sommes aussi, et surtout, musiciens et nous aimons échanger avec eux sur leur travail, le nôtre, imaginer et prévoir des projets communs, etc…

www.blutausnord.com
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9

Interview – DARKTHRONE: Trop vieux, trop cultes

6 Avr

DARKTRONE

Ceux qui connaissent Darkthrone connaissent aussi leur haine légendaire pour les reprises. Ceux-là connaissent aussi la mythique désinvolture et l’irrévérence moqueuse – autant envers les autres qu’envers eux-mêmes, c’est réglo – du duo Fenriz/Nocturno Culto. Alors même si on n’a pas pu s’empêcher d’y penser, la reprise du célèbre «Love In A Void» de Siouxsie & The Banshees sur leur single quatre-titres Too Old Too Cold ne fut pas vraiment une surprise, encore moins une épouvantable trahison, sauf peut-être pour une poignée de fans pétrifiés, mais plutôt une impayable curiosité. Too Old est suivi de près par la sortie leur douzième album The Cult Is Alive. Un titre à prendre au premier comme au quatrième degré. Voire beaucoup plus loin. Un son cru, 80’s, des titres rapides, bourrins, un mix de punk, de crust, de metal. Old school. Très old school. Avant l’interview, je priais Odin en pensant «Bon sang, j’espère que Fenriz sera en forme». Bingo. Gylve Nagell (son vrai nom) n’a rien perdu de son sardonique bagout.

Darkthrone a toujours refusé et détesté le concept de reprise. Pourquoi avoir repris «Love In A Void»? Vous avez changé d’avis ?
Non, je me suis senti comme une pute en le faisant, mais Ted (Ndlr : Ted Skjellum aka Nocturno Culto) propose TELLEMENT de choses pour Darkthrone que parfois, je dois accepter certaines d’entre elles, histoire de conserver des relations saines.

Pourquoi avoir choisi ce morceau de Siouxsie & The Banshees ?
C’était le seul morceau qui était assez primitif, hahahahahahaha.

Comment en êtes-vous venus à collaborer avec Grutle d’Enslaved sur Too Old?
Très naturellement. On est amis avec les gars d’Enslaved depuis 94, depuis que Cato leur batteur les a rejoints. Lui, on le connaît depuis 91 ! On a tous le même intérêt pour la vie sauvage. Donc la dernière fois que Grutle a rendu visite à Ted, dans les montagnes, c’était tout naturel pour lui d’inviter Grutle à poser des voix, puisque c’est là-bas qu’il a installé le studio Necrohell 2. C’est celui qu’on utilise quand on n’enregistre pas à Trysil.

«Too Old, Too Cold» est entré dans le top single norvégien à la 11ème place. As-tu été surpris, plutôt honoré, est-ce que ça t’a fait marrer ou bien n’en as-tu juste rien à foutre ?
Tous ceux qui normalement étaient SUPPOSÉS n’en avoir rien à foutre ont été scandalisés bien sûr. Mais ce qui m’a VRAIMENT surpris au départ, c’est que le single est aussi entré dans les charts DANOIS !!! HAHAAHA ! Au Danemark ! Hahahaha ! Rappelle-toi la première fois qu’un truc pareil est arrivé, qu’un album heavy est entré dans les charts… C’était And Justice For All de Metallica je crois, et tu sais pourquoi ? C’est parce que les fans de metal sont des gens loyaux et qu’ils achètent les disques LE JOUR DE LA SORTIE.

FENRIZ

Pour The Cult Is Alive, vous êtes retournés enregistrer au studio Necrohell (Necrohell 2). Est-ce qu’il est toujours situé chez toi à Oslo ? Penses-tu que ça a été déterminant dans l’obtention du son 80’s très primitif de The Cult Is Alive ?
Ted l’a acheté et Ted s’en occupe, un très bon job puisque de toute façon il a des tonnes de trucs à faire, avec ou sans. Mais on ne se fait pas chier avec ça. On capture les morceaux tels qu’ils sont, avec un son clair et puissant, et on n’a pas grand chose à retoucher après. C’est VRAIMENT comme ça que ça sonne là où on répète.

Pourquoi attachez-vous autant d’importance à la crudité du son, entre crust, evil punk et metal old school ? Est-ce que c’est une manière pour vous d’aller à l’encontre de l’aspect surcommercial d’une partie de la scène black metal ?
À côté de tous ceux qui n’ont rien compris au metal et qui font des productions en plastic, nous, on se marre et les fans nous respectent pour ça. Ce qui est important pour nous, c’est de sonner VRAIMENT tels que nous sommes. Basta.

Vous allez continuer dans cette voie pour le treizième album ?
Oui, on a déjà enregistré deux morceaux pour le prochain album Fuck Off And Die, dans un style très 80’s, 70’s. On ne réinvente pas la roue, ce qu’on réinvente, c’est la route, la base dont la roue a besoin pour tourner.

DARKTHRONE

J’ai vu Carpathian Forest en concert récemment. C’était du punk rock du début à la fin, si tu fais abstraction des corpspaints et des traditionnels froufrous. Dans ce sens-là, est-ce qu’on peut dire que Darkthrone, Nattefrost et Carpathian Forest sont sur la même longueur d’onde ? Y’a-t-il d’autres groupes dont vous vous sentez proches ?
Hmm, tout ce que je peux dire, c’est que Nattefrost est Nattefrost et il marche dans la même direction que nous. Lorsqu’il s’agit de continuer à faire vivre le vieux feeling du metal, on regarde également dans la même direction que Nifelheim et Old (Allemagne). Mais pour nous, le plus important, c’est d’avoir les BONNES influences, et bien sûr, nous les avons, mais on les garde pour nous. Il y en a deux à trois cent au moins.

«THE CULT IS ALIVE (…), C’EST LE SON DU VENT DANS TES CHEVEUX»

Avec Too Old et The Cult, vous pensez être sur la bonne voie pour devenir les «Ramones du black metal» ? (Ndlr: statut auquel Fenriz aurait soi-disant aspiré, d’après une interview datant de quelques années)
Cette question montre que tu n’as pas encore écouté l’album. On nous surnomme déjà les «Motörhead du black metal» depuis un bout de temps, et ça va continuer. Quoi qu’il en soit, je pense que Venom nous sied mieux maintenant. Darkthrone a toujours tout basé sur la VARIATION (excepté ce putain de Transilvanian Hunger) et le mélange des genres : doom, death, black, thrash, speed, crust, rock etc.

Est-ce que The Cult Is Alive surpasse (Ndlr : « topped » en anglais) Sardonic Wrath ?
The Cult Is Alive n’est pas enfermé (Ndlr : « trapped » en anglais !!!), c’est le son du vent dans tes cheveux.

L’abum est dédié à Piggy. Qu’est que Voivod représente pour toi, en considérant leur évolution depuis l’incroyable matière brute et punk (Ndlr : «punk raw shit». Nécessaire pour comprendre la réponse de Fenriz) de War & Pain jusqu’à l’ère Forrest ?
Non, seul le morceau «Atomic Coming» est dédié à Piggy, aux premiers albums de Voivod et plus particulièrement au morceau «Tornado» (Ndlr : effectivement, c’est texto ce qui est écrit dans le booklet du cd). Punk SHIT ? War and Pain, Rrroooaaarrr et Killing Technology sont de grands albums. N’emploie jamais le mot «shit» pour parler de l’esprit ORIGINAL. «Shit», c’est pour des groupes qui font ce qu’on a fait sur Soulside Jouney, c’est-à-dire, aller dans un VRAI studio où ils savent qu’ils pourront avoir ce son en plastic sans âme.

Je sais que les cheeseburgers de Peaceville sont meilleurs que les pizzas de Moonfog, mais y’a t-il une autre raison à votre départ de Moonfog et votre retour chez Peaceville ?
Si tu cherches le conflit, regarde ma réponse à la question précédente. ETUDIE LA QUESTION !!!

FENRIZ

Que penses-tu de la scène française, passée et présente ? Au milieu des 90’s quel regard les Norvégiens portaient-ils sur les Black Legions françaises ?
Notre boulot, c’est de s’intéresser aux racines du black metal et du vrai metal. Ce qui n’inclut PAS les 90’s.

Est-ce que tu peux me parler de votre label Tyrant Syndicate Productions ? Sur le site de Peaceville, on peut lire : «Tyrant Syndicate ne retournera pas, ni ne répondra à aucun courrier envoyé à notre adresse. Seuls les groupes qui présentent un intérêt pour le label seront contactés». Et donc, que se passe-t-il si un bon groupe vous envoie une demo ? Vous avez d’autres sorties prévues après The Merciless d’Aura Noir ? Tu as évoqué l’album de OLD d’Allemagne…
Il sortira avant l’été je pense. EXTREMEMENT old school. Ensuite, il y aura un album d’Abscess. Nous aimons trouver nos groupes nous-mêmes. Quand un groupe VEUT être sur notre label, c’est qu’il y a déjà un truc qui cloche. Tu me suis ?

As-tu le sentiment d’être trop vieux ?
Trop vieux pour les conneries.

As-tu l’intention de sortir un second volume à ta compilation Fenriz Presents… ?
J’adorerais. Mais après ma première compilation, j’ai reçu tant de questions stupides de la presse et des gens que je ne pense pas m’emmerder à compiler une bible du thrash metal pour la nouvelle génération, comme je l’ai fait pour ma compilation de black metal.

Tu voulais partager ta vision du metal old school dans un but éducatif ?
Oh oui. Mais les gamins sont incroyablement morveux, hehehehehehe.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
THRUST Fist Held High (lp, 84, speed/thrash), RAZOR Evil Invaders (85), MOUNTAIN Nantucket Sleighride (71, heavy funky blues epic doom rock), MASSACRE First Demos (84-85), et puis des dj-mix electro variés d’une grande originalité.

A propos d’electro, je suis curieuse de savoir si tu portes réellement un tatouage Plasticman.
Bien sûr. C’est le symbole de beaucoup de choses.

Eibon, Valhalla, Isengard, Neptune Tower, Aura Noir… Tu as eu énormément de side-projects et fait beaucoup de collaborations par le passé. Est-ce que c’est quelque chose dont tu es fatigué aujourd’hui ?
Je me suis épuisé en 95 et j’ai décidé de me consacrer uniquement à Darkthrone. Ensuite, je suis tombé en dépression de 1998 à 2003 et j’ai beaucoup lutté. It’s a long way to the top if you wanna rock’n’roll.

Rien à ajouter ?
Hail au vrai metal ! Soutenez MANILLA ROAD, ORCUSTUS et AUDIOPAIN !!!

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #7 (Mars 2006)

couv VERSUS MAG #7

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