Tag Archives: enablers

Octobre ou la mort

28 Juil

Deux soirées immanquables en octobre prochain.

La première, sous les auspices de GTOK? GTKO!, réunira nos vieux amis d’Enablers, désormais habitués de nos contrées mais toujours aussi insurpassables en matière de classe Ginsbergienne, Woman from Brooklyn, rejetons dépravés de Birthday Party et Lubricated Goat, et enfin One Lick Less, l’un des plus beaux groupes parisiens en activité. Ca se passera aux Instants Chavirés et pour les détails, liens et vidéos, je vous somme d’aller vous perdre ICI. Affiche réalisée par votre dévouée tôlière, d’après un auto-portrait de l’expressionniste allemand Conrad Felixmüller aka FM.

La deuxième, dont l’infâme line-up ne sera révélé qu’au moment que nous jugerons opportun aux répliques les plus brutales, sera organisée conjointement par Noise Mag et le blog J’irai verser du Nuoc Mam sur tes tripes du détestable Lelo Jimmy Batista.

Be there or die.

ENABLERS – Tundra

29 Mar

(Majic Wallet / Exile On Mainstream)
ROCK, CLASSE & POÉSIE

Enablers, toujours deux guitares, une batterie et une sacrée voix. Tundra, troisième album, le premier hors du giron de Neurot. Un groupe aussi doué n’avait qu’une seule alternative. Tout changer ou bien alors… ne rien changer. Enablers n’a rien changé, ou presque. Comme Rothko peignait exclusivement par aplats de bandes colorées, faisant de chaque toile la fausse-jumelle de la précédente, les San Franciscains répètent inlassablement la formule magique poético-musicale mise au point sur End Note puis sur Output Negative Space. Tableau, description : Downtown, fin de soirée dans un club sombre et enfumé (trop facile) ; un conteur-poète au timbre grave et assuré racontant des chroniques de la vie ordinaire et d’une humanité ordinaire, les odeurs de drugstores, de cafés, de cigarettes, de vitriol aussi, des scènes de chambres d’hôtel, les ambiances ouatées de la nuit américaine, les impressions fugaces d’un moment « T » ancrées dans une réalité (souvent) urbaine, à la fois concrète et insaisissable ; une surface instrumentale mouvante, expressionniste, allant et venant comme un ressac entre creux cristallins et crêtes électriques ; la poésie et la musique s’enroulent l’une autour de l’autre, échangent leur souffle et leur salive, se questionnant et se répondant par un jeu de dynamiques, de respirations, de montées progressives, d’implosions et d’explosions maîtrisées. Tension : Simonelli la teigne hausse le ton. Colère. La machine s’emballe. Les guitares de Goldring et de Thomson se tordent et s’épaississent. La batterie de Byrnes claque et reflue. Détente : Simonelli la force tranquille se défâche. Les guitares s’effilochent en motifs microscopiques jusqu’à devenir translucides. Retour au calme apparent. La batterie fond et se met à dériver. Et ainsi de suite… Fin de la description.
Les quatre vieux loups n’aiment pas qu’on les compare – ni leurs textes à ceux des Beat américains – ni leur musique à celle du gratin indie/post-rock des années 90 (Slint, Codeine, June Of 44). Soyons donc encore plus paresseux et cessons de comparer Enablers à autre chose qu’à lui-même puisque d’album en album, le groupe ne fait, finalement, qu’enfoncer le clou de son propre « système », consolidant son langage, sa grammaire et sa syntaxe, comme pour mieux nous forcer à saisir l’intensité et l’originalité dans la répétition. Qui s’en plaindra?
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

Interview – ENABLERS : Steppe by steppe

29 Mar

Enablers, c’est la réunion de quatre types qui ne sont pas nés de la dernière pluie : un batteur, Yuma Joe Byrnes, ex-Tarnation ; un guitariste/producteur, Joe Goldring, ex-Toiling Midgets, Swans, Morning Champs, HiM, Men Of Porn (j’en passe, et des kilomètres) ; un autre guitariste, Kevin Thomson, ex-Morning Champs, Timco, Nice Strong Arms ; enfin, un chanteur-conteur-écrivain-poète, Pete Simonelli, ayant roulé sa bosse dans les cercles littéraires de San Francisco et d’Ailleurs. De la mise en commun de ces forces vives est né un son inimitable, sorte de dialogue à la fois raffiné, viscéral et mouvementé entre le verbe et la musique. Et à ce titre, leur troisième album frais émoulu, Tundra, est bien moins une surprise (aucune révolution du côté du langage poético-musical du groupe) que l’éclatante confirmation de leur singularité.

Vous avez joué souvent en France ces derniers temps mais on ne vous connait pas si bien que ça. Pouvez-vous nous parler des débuts d’Enablers ? Le groupe est bien né sur les cendres de Touched By A Janitor ?
Kevin Thomson :
Enablers a débuté lorsque Pete m’a contacté pour que je compose une musique qui puisse s’adapter à ses textes. Touched By A Janitor était un concept complètement différent, des salves de musiques instrumentales concises et soudaines balayant un large spectre de couleurs en un court laps de temps.
Pete Simonelli : J’aimais beaucoup cette approche dans Touched By A Janitor. C’est la raison pour laquelle j’ai contacté Kevin. Goldring nous a rejoint peu de temps après, avant tout parce qu’il aimait la manière dont je racontais les blagues. Mais c’est Joe Byrnes qui a officialisé Enablers en tant que groupe. Ni Kevin ni moi n’avions l’intention de commencer un groupe, et par conséquent, Goldring et Byrnes n’étaient pas vraiment partants non plus. J’avais un projet en tête et après quelques répétitions, Byrnes nous a dit qu’il se sentirait plus à l’aise si on rôdait les morceaux sur scène avant de les enregistrer. Nous avons fait une paire de dates et le téléphone a commencé à sonner…
Joe Goldring : Janitor est né sur les cendres de Morning Champ, le groupe dans lequel je jouais avec Kevin. Au départ, on s’était dit que les compos de Janitor ne nécessitaient ni basse, ni voix. Ça a changé – positivement je l’espère – notre manière de composer. Et puis Pete a contacté Kevin pour ce projet musical et poétique. À ce moment-là, nous venions de perdre notre premier batteur (Dan Martin). Pete et Kevin se mirent alors à travailler ensemble puis me proposèrent de leur donner un coup de main. Ça faisait un moment qu’on pensait à recruter Joe Byrne à la batterie pour Janitor et ce nouveau projet était l’occasion de voir comment il travaillait. Lorsque j’ai commencé à bosser avec Steve Von Till, j’ai décidé de lui faire écouter les démos qu’on avait enregistrées dans mon studio. Dès la première écoute, il m’a dit qu’il voulait les sortir sur Neurot. Ces démos sont devenues End Note.

Enablers est un groupe “tardif”. Vous veniez d’où musicalement parlant ?
Kevin :
Mon premier “vrai” groupe était Nice Strong Arm avec lequel nous avons sorti trois LP sur Homestead Records entre 1986 et 89. On pourrait dire que c’était un trio pré-post-rock. Je jouais de la guitare et je chantais. Mon groupe suivant, Timco, était un peu plus mélodique (Basura Records, http://www.myspace.com/timco). Entre les deux, j’ai eu un projet avec Joe Goldring, Morning Champ.
Pete : J’étais un batteur plutôt mauvais. J’avais joué dans un groupe de punk, Shotwell, pendant deux ans. J’avais commencé avec eux en tant que projectionniste. Avec mon ami Jim, le frontman du groupe, on passait des nuits à coller les bouts de pellicule 16mm qu’il trouvait dans les poubelles domestiques. J’ai fait deux ou trois tournées avec eux comme ça, avec mon projo, à diffuser nos collages. Ils étaient souvent sans batteur alors j’ai accepté de jouer autour d’un feu de joie, face au Cyclone Warhouse (Ndlr : salle/galerie de SF) en 1996. Le reste de l’histoire est une charade et tout ce qu’il y a eu avant 96 est une série de souvenirs flous et sans groupes.
Joe G. : Quand tu dis « background », tu parles d’éducation musicale ? Et bien, je n’en ai pas. Je me suis fait jeter de mes cours de musique et j’ai passé le reste de mon enfance à en écouter et à en jouer. Ce n’est que lorsque j’ai déménagé à San Francisco que j’ai rencontré des musiciens qui m’ont inspiré. Tim Mooney de Negative Trend et Toiling Midgets, Vudi de American Music Club et bien sûr Kevin. Jouer avec eux m’a vraiment ouvert à toutes sortes de musiques à côté desquelles j’étais passé en grandissant. Avant cela, tout ce que j’écoutais venait de mes proches et de John Peel, ce qui n’était déjà pas si mal. Parmi tous les groupes dont j’ai fait parti, il y a les Toiling Midgets, les Swans, Morning Champs, Clodhopper, etc. J’ai également enregistré et tourné pour Tarnation, Mix Master Mike, Hope Sandoval, Men Of Porn et HiM. J’ai aussi collaboré à deux reprises avec Dough Scharin (Ndlr : batteur de June Of 44, HiM) sous le nom de Out Of Worship.

Joe, ces innombrables contributions en tant que musicien permanent ou occasionnel ont-elles modelé ou modifié ta vision de ce qu’est ou ce que doit-être un groupe ?
Joe G. :
J’ai eu beaucoup de chance de jouer avec tous ces musiciens incroyables. J’ai essayé de retenir le maximum de choses de ces expériences. Je ne sais pas si ça a foncièrement changé ma conception de ce que doit être un groupe mais ça a certainement renforcé ma compréhension des dynamiques au sein du groupe.

Même question sur ton travail en tant que producteur.
Joe G. :
Mon travail de producteur enrichie et influence mon travail de musicien, et vice-versa.

« Ce qui nous demande le plus de travail, ce sont les éléments comme la tension, les conflits et les contradictions entre la voix et la musique » Pete Simonelli

John Peel a dit à propos de la musique de The Fall « Toujours différente, toujours la même ». Je serais d’avis d’appliquer la formule à Enablers. Vous en dites quoi ?
Pete :
Ça colle plutôt bien.
Kevin : Écouter plus attentivement : voilà l’enseignement à retenir de la phrase de Monsieur Peel.
Joe G. : Je pense que c’est excellent d’être cité dans la même phrase que John Peel et The Fall.

Tundra est votre troisième album. Avez-vous le sentiment que la manière dont vous appréhendez la composition, l’enregistrement et le travail en groupe a beaucoup changé depuis End Note ?
Kevin :
La façon dont je compose évolue constamment et change en fonction des situations.
Pete : En ce qui me concerne, les choses ont été très différentes. Je me sens de plus en plus à l’aise. Les autres enregistrent des disques depuis beaucoup plus longtemps que moi et mon approche est une sorte d’expérience graduelle. J’essaye de persister.
Joe G. : Je ne crois pas que notre façon de faire un disque ait tant changé que ça depuis le premier album. La musique et l’écriture ont sans doute évolué un peu. Le premier disque était la découverte de notre propre musique. Le second était plus réfléchi. Rien n’était improvisé, les morceaux étaient construits, à l’instar de ce qu’on faisait avec Janitor. Pour Tundra, nous avons travaillé plus de deux ans à partir de quelques sessions. Nous avons une vue un peu plus large que pour les deux précédents.

Vous avez un truc pour arriver à lier de manière si étroite la dynamique des morceaux aux poèmes de Pete ? Qu’est-ce qui vient en premier ?
Kevin :
La poule et l’œuf.
Pete : On ne procède pas différemment des autres groupes. Ce sont les circonstances qui déterminent la manière dont une ligne ou une phrase seront ponctuées. Ce qui nous demande le plus de travail, ce sont les éléments comme la tension, les conflits et les contradictions entre la voix et la musique. Savoir ce qui vient en premier – la musique ou le poème – n’est pas un vrai problème. On a toujours une base à développer et on fonctionne le plus naturellement possible, ce qui implique parfois de modifier les idées musicales ou les mots.
Joe G. : Nous amenons des morceaux ou des riffs. Pete décide s’il a quelque-chose qui pourrait coller avec l’humeur de la musique. Ensuite, nous commençons à travailler la musique autour de l’histoire, comme si nous voulions la ponctuer.

On compare souvent Enablers à certains groupes issus de la scène post-rock des années 90, Slint, Codeine et bien sûr June Of 44. Vous vous sentez liés à une scène ? Quand on vous demande de décrire le groupe, que répondez-vous ?
Kevin :
Je dis que je joue un rock and roll obscure, beau et tapageur déclamé par un poète.
Pete : Ça dépend à qui je m’adresse. Par exemple, je travaille dans un bar qui n’est fréquenté par aucun indie-rocker ou jeune hipster urbain, et d’un côté, c’est un soulagement. C’est aussi un bar où on passe beaucoup de musique – surtout du jazz et du R&B. Quand on me questionne sur la musique que je fais, je réponds presque toujours « bizarre ». C’est ma manière de réagir – même si Enablers doit beaucoup au jazz et au blues. S’ils sont curieux, ils voudront en savoir plus et je leur dirai à peu près la même chose que Kevin. Les rares personnes « au fait » – de même sensibilité – iront sur myspace en rentrant chez eux et reviendront en nous comparant à Slint, June Of 44, etc. Puis ils emploieront le terme « bizarre », ce que je prendrai comme un compliment.
Joe G. : Je ne vois pas cela en termes de scène. J’ai travaillé avec certains de ces groupes et musiciens et plusieurs d’entre eux sont de bons amis. On est de la même génération. Je suis sûr que nous avons grandi en écoutant le même genre de musique. Je ferai de mon mieux pour ne pas tenter de décrire ma propre musique.

Vous remerciez Don Caballero dans les notes de pochettes…
Kevin :
Et pourquoi pas ? C’est un bon groupe.
Pete : Oui, des bons gars aussi.
Joe G. : On a tourné avec eux l’année dernière sur la côté Ouest. C’était génial de les voir jouer tous les soirs. Ce sont des gens très drôles et généreux. C’est l’une des rares tournées que j’ai trouvée trop courte.

« Je n’ai jamais été aussi furieux que la fois où on m’a traité d’écrivain « Beat » » Pete Simonelli

Vous reprenez « Four Women » de Nina Simone. Le texte est très fort. À l’époque, ce morceau avait été banni des principales stations de radio américaines, non pas parce que la chanson dénonçait le racisme et les injustices sociales à l’encontre des Noirs-Américains, mais au contraire, parce qu’il avait été interprété complètement à l’envers, comme un morceau raciste.
Pete :
Je ne savais pas qu’il avait été censuré mais ça ne m’étonne pas. C’est un morceau incroyable.
Joe G. : Quelle ironie. Dans quel monde étrange vivons-nous (ou avons-nous vécus – je l’espère). On n’aurait jamais eu l’audace de reprendre un morceau de Nina Simone, cette femme est une perle. Mais un jour, notre amie Sofie de Run Of The Mill Records à Leeds nous a proposé d’en faire une reprise pour un split 7’’… qui n’est jamais sorti. Alors quand nous avons achevé Tundra, on s’est dit que ça serait bien qu’il figure sur l’album et qu’il ne dénoterait pas puisqu’on l’avait enregistré à peu près en même temps que le reste.

Pete, tes textes sont partout associés à la littérature Beat de San Franciso, Ginsberg, Burroughs, Kerouac… Tu te sens redevable de ces écrivains ?
Pete :
J’ai grandi en lisant les Beats et la plupart de mes premières tentatives d’écriture, avec le recul, étaient certainement influencées par eux. Sur End Note, il y a certains poèmes que j’avais ébauchés alors qu’Enablers n’en était même pas encore au stade de l’idée, à une époque où je cherchais encore mon style et ma voix. Quand un jeune écrivain se retrouve dans cette situation, il va avoir tendance à s’en remettre à des choses qui l’influencent mais qu’il ne maîtrise pas forcément. C’est un penchant naturel et quiconque s’est essayé à l’écriture a vécu ça d’une manière ou d’une autre. En ce qui me concerne, j’étais clairement sous l’influence des Beats sans m’en apercevoir Je pensais que j’avais évolué au-delà d’eux alors que ça n’était pas vraiment le cas. Pour faire court, si ce que j’ai écrit dans ma jeunesse jusqu’à mes 25 ans est considéré comme « Beat », alors soit, je n’y peux rien. Ils ont changé le jeune homme que j’étais, ils m’ont appris à penser pour moi et plus important, comment m’exprimer à travers ce que j’écris. Mais je ne pense plus en ces termes. Aujourd’hui, je vois l’écriture comme la démarche artistique de toute une vie. Je ne crois pas être un écrivain Beat. Je crois être, en quelque sorte, une extension de cet héritage, dont je suis d’ailleurs reconnaissant. Mais je ne les lis plus. Je ne vais plus piocher dans Les Souterrains (Ndlr : roman de Kerouac, 1958) ou relire « Bombe » (Ndlr : poème « concret » de Corso) comme je le faisais à 15, 16 ou 17 ans. Je ne suis pas en train de dire que je n’ai aucun respect pour ce qu’ils ont apporté à la Littérature, pas du tout. Il m’arrive d’ailleurs encore de relire certains des livres que j’aimais enfant. Mais en tant qu’écrivain, je crois avoir grandi. Je crois avoir acquis plus de profondeur et d’expérience, deux attributs qui vont à l’encontre de la marque déposée « Simonelli : poète Beat ». Franchement, les propos de ce genre sont uniquement le fruit de la paresse des journalistes et une insulte à la musique de Kevin, Joe G. et Joe B. Et je n’ai jamais été aussi furieux que la fois où on m’a traité d’écrivain « Beat », parce que je réalisais alors que les journalistes, les chroniqueurs et leurs éditeurs avaient besoin de quelque chose à se mettre sous la dent. Ils entendent de la musique avec un type qui récite de la poésie : quelle que soit cette musique, ils en concluront que l’écrivain est « Beat » et que la musique est là uniquement pour servir de bande-son à la déchéance des poivrots et des losers et je crois sincèrement que la musique d’Enablers ainsi que ma contribution en tant qu’écrivain et membre du groupe – exigent bien plus de bienveillance et de droiture que tout ça. D’autant plus que beaucoup de gens négligent l’humour et l’humanité dans notre musique. L’Art est un divertissement!

Pour moi, tes textes ont quelque chose d’impressionniste dans le sens où tu laisses une grande part aux atmosphères et à la suggestion, avec des scènes de la vie quotidienne racontées par bribes, par séquences… Dans quoi puises-tu la matière première ?
Pete :
Probablement là où tu trouves toi-même l’inspiration pour tes questions. Les impressions viennent des questions. Je me fiche d’expliquer ce qui m’inspires. Ne le prend pas mal, mais je m’en fous vraiment. C’est étouffant et ça ne sert à rien. Il n’y a pas de stimulus particulier. Il y a des poèmes « urbains » ; il y a eu des poèmes « ciel » ; et il y en aura certainement beaucoup d’autres. Mais ce que je pourrais dire à propos d’un poème est probablement très différent de toi ou n’importe qui d’autre en dirait. Tout est là. Tout artiste abandonne au monde une part de lui-même ; c’est cet acte-même qui est une vertu, avec une signification en soi et pour soi.

Il y a une histoire particulière derrière le titre “Kosovo”?
Pete :
Je suis allé au Kosovo en 2003 avec nos amis Benjii et Christopher Simmersbach (ex-membres de A Subtle Plague, A Drastic Measure puis The Durgas). Là-bas, tout est Vrai. Nous étions dans un endroit très hostile. Il y avait un grand sentiment d’instabilité parce que cette zone était encore en proie à la guerre. La menace d’une violence pouvant surgir à tout moment était constante. Il fallait faire attention à tout ce qu’on disait, à tout ce qu’on faisait. La tension dans l’air était palpable. Malgré cela, nous avons été très bien accueillis. Aussi bien du côté Serbes que de celui des populations musulmanes, les gens impliqués dans le conflit avaient tous une histoire à raconter mais ils étaient tous très hospitaliers envers nous, même si nous étions des sortes de curiosités vivantes. Tout le monde voulait savoir pourquoi nous étions là. Évidemment, il y a toujours quelques personnes qui te regardent comme si tu étais une pierre tombale et je crois que c’est ce qui m’a le plus marqué. Donc je ne dirais pas qu’il y a une histoire particulière derrière ce poème, mais plutôt une série d’images qui restent greffées. Je suis persuadé que j’écrirai de nouveau à propos de mon séjour là-bas.

Comment as-tu développé cette scansion particulière, cette forme de spoken-word ?
Pete :
Un vieil ami à moi, un poète du nom de Jack Hayes – qui est d’ailleurs le Jack de « For Jack : A Philippic » (Ndlr : sur Output Negative Space) – m’a dit un jour que lorsque tu récites un poème ou une histoire en public, tu dois t’adresser, non pas aux gens dans la salle, mais à un ami imaginaire assis dans le mur, quelque-part au-dessous du plafond, tout au fond de la pièce. Avec un micro dans un endroit isolé, cette méthode change néanmoins quelque peu. Mais si je dois chanter fort et distinctement, avec ou sans micro, je me remémore toujours cette phrase – que ce soit lors d’un concert, d’une lecture ou d’un enregistrement. Si le morceau requiert une élocution calme et posée, j’essaye de me représenter une conversation que je pourrais avoir avec quelqu’un qui m’est cher. Les poèmes « calmes » ou « feutrés » sont généralement des extensions de conversations réelles que j’ai eues. J’essaye donc de donner à mes inflexions le plus de naturel possible. Franchement, c’est quelque-chose que j’apprends encore.

« En tant que non-Américain, j’en suis encore à essayer de comprendre ce pays » Joe Goldring

Vous venez de quitter Neurot pour le micro-label Majic Wallet (un ami à vous si mes informations sont exactes), Tundra est auto-produit (à l’instar de vos deux premiers albums) et vous bookez vous-mêmes vos propres tournées avec l’aide des promoteurs locaux évidemment. À quel point le souci d’indépendance et la volonté de contrôler tous les aspects de votre musique sont-ils cruciaux pour vous ?
Kevin :
J’aime vivre et faire les choses à ma façon. C’est un défi de réussir à fonctionner comme ça avec le groupe, ça me plaît. Un dur labeur pour une paie minable.
Joe G. : Le temps était venu pour nous d’être un peu plus indépendants, quand bien même Tundra n’aurait jamais vu le jour sans l’aide de tous les gens que nous avons rencontrés en tournée. Nous avons tissé des amitiés durables à force de booker nous-mêmes nos propres tournées. C’est quand même plus personnel que de passer par un agent.

Vous avez récemment sorti The Achievement, un 12’’ dans lequel votre musique était étroitement liée à l’artwork de Chris Johanson. Vous pouvez nous parler de cette collaboration ?
Kevin :
Chris nous a fait part de son désir de travailler avec nous. On s’est vraiment sentis flattés qu’il décide de créer cet artwork à partir de notre musique. C’était aussi un sacré défi d’arriver à improviser quelque-chose avec autant de spontanéité. Merci Chris!!!
Pete : Yep. Merci à Chris. Un vrai original. C’est génial d’avoir collaboré avec lui, et de se dire qu’il y a une petite part de nous dans son œuvre en devenir.
Joe G. : Chris est un vieil ami à nous. Il jouait également dans Morning Champ. Quand il nous a demandé de faire ce 12’’ (le premier pour son propre label Awesome Vistas), on a sauté sur l’occasion. On voulait faire quelque-chose de spécial. Nous avons enregistré le morceau en une prise, la seconde moitié a été improvisée dans la foulée. C’était la première fois qu’on faisait un truc pareil et on était très contents du résultat. J’adore ce que fait Chris. Sa demande était un honneur pour nous tous.

Dans une interview récente, Eugène d’Oxbow nous disait que 12 années s’étaient écoulées avant que les Américains commencent à entendre parler d’eux et à prêter attention à leur musique. Est-ce que cette phrase fait écho à votre propre relation avec les États-Unis ?
Pete :
Oui, je trouve ça très juste.
Kevin : Pour être honnête, on laisse volontairement les États-Unis en dehors de ce qu’on fait.
Joe G. : En tant que non-Américain, j’en suis encore à essayer de comprendre ce pays.

« Un best of 2008 ? L’élection de Barak Obama » Kevin Thomson

Vous êtes venus en Europe en septembre dernier pour la quatrième ou cinquième fois. C’était aussi la deuxième fois en moins de six mois. Vous aimez l’Europe tant que ça ? Pensez-vous que le Vieux Continent est plus ouvert à la musique en tant qu’Art, par opposition à la musique en tant que Business ?
Kevin :
Personnellement, j’adore l’Europe et je crois pouvoir dire que c’est le cas de nous tous. Et j’ai l’impression qu’effectivement les Européens sont plus réceptifs à la musique en tant qu’Art.
Pete : Oui, je le crois en effet et même… j’en suis certain. Je pense que c’est dû en partie à l’âge historique de l’Europe par rapport à la jeunesse du continent américain. La culture européenne est encrée dans un certain nombre de structures, d’héritages et de traditions et cela induit une compréhension et une appréciation plus passionnées de l’Art. L’Amérique est plus volatile, plus fantasque, plus conditionnée par les modes, d’où une philosophie du « Ici et maintenant. Demain, tout aura disparu. »
Joe G. : Je crois que c’était la sixième fois que nous tournions en Europe avec Enablers. J’aime beaucoup jouer en Europe, j’ai l’impression d’être chez moi, d’autant que j’ai beaucoup de famille là-bas. Il y a beaucoup d’Américains ouverts à la musique en tant qu’Art. Ce sont les soutiens qui font défaut. Ça et la distance à parcourir entre chaque ville rendent les tournées aux States extrêmement coûteuses. Les institutions artistiques et les salles subventionnées sont plus courantes en Europe, ce qui permet aux groupes de tourner plus facilement et au public de voir des choses plus obscures.

Pour ce numéro, on prépare une petite rétrospective sur l’année passée. Alors que retiendrez-vous de 2008 ?
Kevin : Un best of 2008 ? L’élection de Barak Obama.
Joe G. : Désolé mais la première chose qui me vient à l’esprit, c’est cette putain d’élection… C’est vraiment énorme. Ça laisse vraiment des tas de possibilités ouvertes pour remettre les choses en ordre. Je n’envie pas du tout ce type : il vient d’hériter d’un gigantesque sandwich à la merde. J’espère qu’il s’en sortira. Et j’espère que le message est parvenu jusqu’en France et en Italie : c’est une idée vraiment TRÈS mauvaise d’élire des hommes d’affaires comme Sarko ou Bellesconi (Ndlr : Tel quel dans le texte) à la tête d’un l’État. Regardez ce qui s’est passé ici.

Pour finir, y a-t-il une question que vous aimeriez qu’on vous pose ?
Kevin :
Non, mais merci de demander.
Pete : Où est la question 21 ?
Joe G. : Désirez-vous retirer cet argent en francs suisses ou bien en livres Sterling, monsieur?

ENABLERS – Tundra (Majic Wallet / Exile On Mainstream)
www.enablerssf.com / www.myspace.com/enablers
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

ENABLERS @ La Mecanique Ondulatoire, Paris (28 mars 2008)

29 Mar

Enablers:

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