Tag Archives: high on fire

Interview – MATT PIKE/SLEEP : Sonic Titans

5 Sep

C’est dans la chaleur de la porte de Pantin que l’on retrouve Matt Pike, frontman édenté de High On Fire et guitariste de Sleep, groupe-Phoenix du stoner-doom que l’on avait vu renaître de ses cendres en 2009 (et il y avait de quoi faire quand on sait les kilomètres de joints et les montagnes de bangs qui sont passés et qui passent toujours entre leurs mains). Un peu moins de 10 ans auparavant, en 1999, le trio avait accédé au rang de formation culte avec Jerusalem (qui deviendra Dopesmoker quelques années plus tard), morceau-album maudit et radical, dernier avant la dislocation du groupe. A l’occasion de leur venue à Paris dans le cadre de l’édition 2012 de la Villette Sonique, Matt Pike tel qu’en lui même, le cheveu gras, la bière à la main, les tatouages dehors et la bedaine au vent, évoque l’histoire du groupe, non sans afficher un certain trouble. « Séquence émotion ».

 J’ai assisté à vos deux premiers concerts de reformation au ATP festival en 2009. A ce moment-là, ces concerts étaient supposés être les derniers, un one-shot. Finalement, vous avez continué et vous êtes là aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

C’était tellement bien. On s’est vraiment marrés alors on s’est dit pourquoi ne pas continuer ? Il s’est avéré que Chris Haikus, le batteur, préférait s’arrêter là mais Jason (Ndlr : Roeder, de Neurosis) est monté à bord immédiatement. On se connait depuis qu’on est gamins. Il n’a que quelques années de plus que moi. A l’époque d’Asbestos Death (Ndlr : groupe pre-Sleep) et aux débuts de Sleep, les mecs de Neurosis nous avait pris sous leur aile. Jay connaissait déjà tous les morceaux et quand il a dû remplacer Chris, il est arrivé et il a plié ça en moins de deux. Jason Roeder est un des types les plus dingues que j’ai rencontré et un batteur exceptionnel. Il n’a jamais essayé de remplacer Chris, d’être la « nouvelle » petite-copine après le départ de l’ex. En revanche, il a fait en sorte que Sleep devienne aussi son groupe, il est la physiquement et moralement. C’est notre groupe maintenant.

Ça ne doit pas être facile de jouer des morceaux dont on n’est pas à l’origine.

Je crois qu’il s’en fout. Qu’il les a re-composés en quelque sorte. Et puis la musique de Sleep, c’est un rêve éveillé pour un batteur. Il y a tellement d’espace à prendre. Tu peux faire ce que tu veux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer de nouveau ensemble en 2009, onze ou douze ans après la dislocation du groupe ?

Parce que ça nous amusait. Tu t’amuses tout en te faisant du fric et tu passes du temps avec tes vieux copains. Al et moi, on est amis depuis le collège. J’aime ce mec. C’est avec lui que j’ai appris à jouer. On était ensemble en école de musique, on a étudié ensemble… On était aussi des gros fumeurs de bangs mais ce qui nous liait vraiment, c’était la musique. On a travaillé dur. Et aujourd’hui, c’est mon job. Peu de gens peuvent se targuer de vivre de leur musique en s’en étant vraiment donné les moyens. Je suis assez fier de ça.

Finalement, c’est quand même la proposition des ATP qui vous a servi de déclic ?

Oui.

Comment était ce tout premier concert de reformation, de l’intérieur ?

Quand on a commencé à jouer le tout premier morceau, que j’ai vu les gens dans la salle, je me suis mis à pleurer… Je te jure. C’était tellement énorme, tellement intense. Honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à ça. J’ai vraiment pris sur moi pour ne pas me mettre à chialer pour de bon.

Pourquoi Chris n’a-t-il pas voulu continuer ?

Disons que Chris n’est pas un être franchement sociable. Il n’aime pas la foule. Il aime la montagne, sa vie avec sa femme dans les bois. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un moine mais c’est quelqu’un qui est très porté sur une certaine forme de spiritualité. Il voulait rester en dehors de tout ça, ne pas être un personnage public. Je peux le comprendre même si je suis un peu à l’opposé : je n’ai rien contre le fait d’être reconnu pour ce que je fais ni de gagner de l’argent avec ça. Lui gagne sa vie autrement, d’une façon qui n’implique que lui et sa femme.

Il faisait vraiment homme des montagnes avec son collier de barbe, ses pompes de marche et son bermuda…

Exactement, il se fout de tout ça. La publicité, la célébrité, ça ne l’intéresse pas. C’est plutôt sage. Il faut être incroyablement solide pour vivre dans ce business si tu veux rester sain d’esprit. J’ai complètement perdu la tête pendant un moment et je viens seulement de la retrouver. Je prenais des cachets de Vicodin par dizaine, je suis tombé dans la coke, je buvais, je buvais, je buvais… Si tu ne retrouves pas une certaine forme de normalité, tu crèves très rapidement. Oui bon, je suis en train de boire une bière (rire). Mais je suis assez transparent comme mec, dans le sens où je n’ai pas de filtre, je mens très rarement, j’ai l’habitude de dire ce qui me passe par la tête… et je n’ai peur de rien… Si en fait. J’ai peur du noir. Je n’aime pas me retrouver dans le noir. C’est spirituel, une peur spirituelle.

C’est quoi, la peur de te retrouver face à toi-même ?

Oui, je ne sais pas… C’est dur à expliquer. Les médecins non plus n’arrivent pas à l’expliquer. J’ai essayé l’acupuncture, la chiropractie et différentes thérapies mais les docteurs m’ont rapidement gonflé. J’ai fini par arrêter. La scène est devenue ma thérapie. J’ai besoin d’avoir quelque chose à faire pour rester équilibré. Si je n’ai rien à faire, je deviens dingue.

Sur scène Al est très statique, concentré et introverti alors que toi, tu dégages au contraire une forme de panache et beaucoup d’énergie. Dirais-tu que vous êtes complémentaires ?

Je crois oui. D’ailleurs Sleep est basé sur cette complémentarité. Dans High On Fire, je suis le frontman, je vais au charbon, j’essaye d’aller au devant du public, j’ai un rôle de lead et c’est moi qui décide où j’emmène la section rythmique. En revanche avec Sleep, je reste plus en retrait et je fais mon job, celui-ci consistant à rendre le son le plus puissant possible et à me faire le complément des gens avec qui je joue. C’est comme les pommes et les oignons, ce sont deux expériences délicieuses et complètement différentes. J’ai beaucoup de chance de jouer avec ces gens-là. C’est tellement intense… (Une fille passe devant nous. Il s’interrompt) Désolé, on dirait ma femme, une grande amazone avec de longs cheveux noirs. Elle me manque.

Tu es marié ?

Pas encore. Je lui ai demandé de m’épouser à Rome.

Elle a dit oui ?

Oui. Au départ, elle a pleuré pendant presque une heure. Au bout d’un moment, je lui ai demandé « Bon, c’est un putain de oui ou un non, bordel !? » (rire). Elle a dit « Mais oui, oui ! ». Ca faisait une heure qu’elle ne disait rien, on a failli s’engueuler (rire).

Dans les années 90, vous avez joué souvent Jerusalem/Dopesmoker sur scène. Al disait que personne ne s’y intéressait vraiment jusqu’à votre séparation…

Oui, après notre séparation, les choses ont pris beaucoup d’ampleur. Qui aurait pu s’y attendre ? Après ce disque (Ndlr : En 1995, Sleep enregistre Dopesmoker, un long morceau de plus d’une heure. London Records, leur maison de disque, refuse de le sortir. Sleep réenregistre alors le même morceau, raccourci à 52 minutes, sous le nom de Jerusalem. Second refus de la maison de disque. Frustré, le groupe décide de se séparer), quand on s’est séparé, je savais, j’étais certain que c’était la bonne décision et que ça allait finir par payer. C’est comme Bobby Fisher, le joueur d’échecs. Il s’est planqué, il a disparu et quand il est revenu, il a niqué tout le monde. Et puis il a de nouveau disparu. C’est ce qu’on a fait. Je savais que c’était la meilleure décision qu’on pouvait prendre.

La musique de Sleep, et Dopesmoker en particulier, c’est quelque chose de très physique…

Oui, quand tu joues ce genre de musique, tu es obligé d’être en mouvement. C’est un peu comme une danse. Tu ne peux pas la jouer sans bouger. C’est un art martial. High On Fire, c’est un peu ça aussi tout en étant beaucoup plus technique. Il y a beaucoup plus à penser et puis je dois jouer et chanter en même temps. La préparation est différente. Avec Sleep, il faut réussir à faire décoller les gens simplement avec un « son ». Tu as vu le film Dune ? Tu te souviens de cette arme qui convertit les sons en rayons laser ? Et bien c’est exactement ça : molester les gens avec le son.

Ça requiert une forme de concentration particulière ?

Il faut que tout soit parfait. Chad, le technicien, prend ma guitare et joue pendant que je règle mes pédales et les potards de l’ampli. Là, généralement, je me mets à arpenter la scène de long en large (il décrit un mouvement circulaire sur un plan imaginaire) et je me concentre sur chaque degré du son. Ainsi, quand j’arrive sur scène, je sais précisément ce que les gens vont entendre et ressentir.

Je n’ai pas écouté le nouveau mastering de la réédition de Dopesmoker qui vient de paraître chez Southern Lord…

Les techniques de mastering sont bien plus perfectionnées aujourd’hui. Il est encore meilleur que l’original.

Aux ATP, vous aviez joué un vieux morceau inédit, « Antarctican’s Thought » je crois, et je m’attendais à ce qu’il figure sur cette réédition mais ça n’est pas le cas. Vous n’avez pas l’intention d’enregistrer de nouveaux morceaux ?

(Pause… sourire énigmatique). C’est un mystère… Je n’ai pas envie de dire quoi que ce soit aux gens si j’ai la possibilité de les surprendre. En fait, je n’en sais rien.

Mais toi, tu aimerais ?

Je ne répondrai pas à la question. C’est pour ça que c’est un mystère.

Ok. Pour finir, qu’est-ce que tu vas faire en rentrant chez toi après la tournée?

I’m going to sleep !

___________________________________________

Sleep – Dopesmoker « Deluxe Reissue » (Southern Lord)

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NEW NOISE #11 (juillet/août 2012)
couv NEW NOISE #11

Publicités

HIGH ON FIRE – Death Is this Communion

2 Déc

hof death is this communion
(Relapse)
Thrash guerrier

Les labels de metal sont définitivement les champions pour vous balancer les Cd promo les plus dissuasifs de la planète. 88 pistes pour le nouveau High On Fire, rien que ça, et quel vilain chiffre. A ce niveau là, on n’écoute pas un disque, on le reconstitue, tympans à l’affût, stylo en main, un œil rivé sur le player pour lire les numéros qui défilent à tombeau ouvert, l’autre fixé simultanément sur les VRAIS titres de la backcover pour savoir à quel morceau correspond le susdit numéro: «Vraiment chouette le riff de la 57», «Et un solo à la Jeff Hanneman pour la 16, un !». De quoi devenir cinglé. Et donc, il fallait que ce soit dit : l’incinérateur n’est pas passé loin. Parenthèse refermée, tout ceci n’enlève évidemment rien à la teneur hyper-musclée du quatrième opus sans surprise du trio d’Oakland.
Pour le coup, ceux qui ne brûlaient déjà pas pour les trois albums précédents ont relativement peu de chance de changer d’avis avec Death Is This Communion. Quant aux autres, il est tout aussi improbable qu’ils se mettent subitement à conspuer la bande à Matt Pike. Oui, le monde se divise en deux catégories, et High On Fire fait du High On Fire. Voilà au moins quelque chose qu’on ne peut pas leur enlever. Une belle preuve de constance malgré les deux changements de bassistes (Jeff Matz de Zeke succède à George Rice et à Joe Preston) et d’ingé-son/producteurs : après Billy Anderson et Steve Albini, c’est Jack Endino, l’un des architectes du son de Seattle et d’Ailleurs (Nirvana, Mudhoney, Tad, Afghan Whigs, Zeke, Helios Creed, Soundgarden, j’en passe), qui s’y colle. Assurément, on reste dans le gratin et la crème. D’ailleurs, les paris sont ouverts pour savoir qui sera aux manettes du prochain album. Personnellement, mon cœur balance entre Rick Rubin, Butch Vig… et puisque Matt Pike s’est mis à la 12-cordes acoustique, parions sur Steve Fisk pour la production de l’album solo de folk lo-fi. On ne sait jamais.
En attendant la pacification (on en est loin), Death Is This Communion reste du pur High On Fire avec des riffs guerriers à la pelle, des rythmiques toutes aussi va-t-en-guerre, les traditionnels refrains chevaleresques et leurs assertions d’autorité f-l-i-p-p-a-n-t-e-s (« Death is this communion, now you realize ! ») braillées par l’organe glaireux de Pike qui n’a jamais autant ressemblé à celui de Lemmy, et puisqu’on est dans Motorhead, allons-y franchement, certains morceaux frisent la contrefaçon, mais une contrefaçon foutrement bien contrefaite. Alors pardon, mais High On Fire fait du High On Fire ET AUSSI du Motorhead.
La petite nouveauté tout de même, c’est que le groupe a franchi un palier supplémentaire sur l’échelle qui mène au tout-au-metal. On nage dans un bain thrash-speed cradingue, bourrin, violent et épique décliné façon péplum/Lawrence d’Arabie sur « Khanrad’s Wall », (et quand Pike aboie, la caravane passe), ou façon metal héroïque (« Turk » et son refrain qui aurait pu virer facilement R’n’B avec une bonne production minimaliste à la Timbaland, « Waste Of Tiamat » et son solo de tapping sur lequel Slayer ou Kreator n’auraient sans doute même pas craché).
Une belle constance donc, mais avec les revers de la médaille : d’abord l’éternel mauvais goût des artworks donjons&dragons d’Arik Roper, et surtout, on se lasse sur la deuxième moitié de ce Death Is This Communion un peu excessif et qui malgré tout ne contient pas que des fulgurances.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #3 (novembre 2007)
couv NOISE MAG#3

HIGH ON FIRE @ Gibus, Paris (7 septembre 2007)

7 Sep

HIGH ON FIRE @ Gibus
HIGH ON FIRE @ Gibus Lire la suite

INTERVIEW – JOE PRESTON: Le monde selon Joe

19 Jan

Ça faisait longtemps que je rêvais de choper Joe Preston dans un coin. Alors, profitant honteusement de la venue d’High On Fire à Paris en ce frisquet début de mois de décembre, j’ai pu assouvir cet inavouable fantasme, attirant l’homme au pédigree suprême (Melvins, Earth, High On Fire, Sunn O))), Witchypoo, The Whip, Men’s Recovery Project et j’en passe) sur un coin de table au Batofar, et de le soumettre à un questionnaire revisitant les hauts, les bas et les plats de son passé de musicien infidèle et boulimique. Retour parfois douloureux ou amer sur quelques-uns des innombrables groupes, connus ou méconnus, dans lesquels l’immense Joe Preston (Salty Green pour les intimes) s’est illustré depuis plus d’une quinzaine d’années.

THE WHIP

Les Whip, c’était moi, Jared et Scott de Karp. J’ai joué de la guitare avec eux pendant à peu près un an. Scott est mort dans un accident bizarre il y a un an et demi et Jared fait maintenant partie de Big Business. En janvier, nous allons faire quelques dates ensemble aux États-Unis avec High On Fire.

WITCHYPOO

Le principal membre de Witchypoo était Slim Moon, le fondateur du label Kill Rock Stars. Mais des dizaines et des dizaines de personnes ont fait partie de ce groupe. J’y suis resté un petit moment. Nous sommes partis deux ou trois fois en tournée sur la côte Ouest, après quoi nous avons fait une tournée Thrones/Witchypoo, vers 1994, 1995. C’était la toute première fois que je faisais une vraie tournée avec Thrones à travers les États-Unis.
En quelle année le groupe a-t-il splitté?
Je crois qu’il n’y a jamais vraiment eu de split officiel. Notre dernière tournée a eu lieu aux alentours de 2000.
Tu étais à la basse?
Je jouais surtout de la guitare, et puis des synthés, de la boîte à rythme. Tout ce dont on avait besoin, tout ce qu’on pouvait utiliser.
À quoi ressemblait votre musique?
C’est difficile à dire. C’est un groupe qui se réinventait en permanence. C’est vite devenu très improvisé du début à la fin. Les morceaux n’avaient pas vraiment de structures prédéterminées, on ne répétait pas vraiment. Sur scène aussi on improvisait totalement. On nous proposait une date, et on y allait. Mais la première incarnation du groupe était vraiment géniale. On jouait beaucoup dans des soirées à Olympia, là où je vis.

MEN’S RECOVERY PROJECT

On a enregistré deux albums ensemble. J’ai aussi fait quelques tournées avec eux au Japon et aux États-Unis. Ils m’ont demandé de les aider et j’ai accepté, mais c’était avant tout leur groupe (Ndlr : Neil Burke et Sam Mc Pheeters, ex-membres de Born Against). La dernière fois que j‘ai joué avec eux, c’était juste avant que je parte vivre à Olympia vers 1996. On s’est retrouvé en 2000 lors d’une tournée assez longue Thrones/MRP. En plein milieu, je me suis mis à paniquer. J’ai pété un plomb et je leur ai vraiment fait un mauvais trip. À ce moment-là, ça faisait à peu près quatre mois que je tournais non-stop et j’en avais plein le cul. Après ça évidemment, nous n’étions plus en très bon terme. Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux (rires).

EARTH

J’ai fait partie de Earth de 1989 à 1991, au moment où j’ai rejoint les Melvins. Quand j’ai commencé à jouer dans Earth, nous étions trois. Il y avait Dylan (Ndlr: Carlson) et Slim de Witchypoo au chant. Ils habitaient à Olympia, et moi dans l’Oregon, à quatre heures de là. J’étais fauché, je n’avais pas de voiture, et on arrivait difficilement à se voir pour répéter. On jouait le week-end de temps en temps et on s’enregistrait. Et puis, je rentrais chez moi. On a fait notre premier concert en aveugle, sans vraiment être prêts. Mais malgré tout, ça fonctionnait. Ce concert était génial. En sortant de scène on s’est dit: «Wow! C’était incroyable, ça va marcher!». Mais les concerts d’après furent catastrophiques. J’aimais jouer avec Earth à cette époque.
Dylan Carlson me disait que Earth était un passe-temps pour toi, et que ton vrai rêve à l’époque, c’était de faire partie des Melvins. J’imagine qu’il plaisantait à moitié…
C’est bizarre… (son regard s’assombrit) Tu sais, Dylan a dit beaucoup de choses pas très belles à mon sujet. Pendant un moment, il y a eu beaucoup d’animosité entre nous. Je ne sais pas ce qu’il pense de moi aujourd’hui. Peut-être qu’il plaisantait en disant ça… En tout cas, il a beaucoup changé. Les drogues ont été un gros problème dans ma vie, autant sur le plan personnel que dans mes relations avec les autres. Et ce fut un grand sujet de discorde entre lui et moi. Le fric et la drogue sont les deux grands problèmes de ma vie. Toutefois, j‘ai lu une interview récente de Dylan et il m’a paru différent, comme le Dylan que j‘avais connu. C’est sans doute le mec le plus intelligent que j’ai rencontré dans ma vie.
Son interprétation des bouquins de Cormac Mc Carthy est passionnante.
C’est marrant parce qu’indépendamment de lui, je suis passionné par les livres de Cormac Mac Carthy depuis des années. C’est de là que je viens.
Est-ce que tu as écouté leur nouvel album, Hex?
Non, ça fait des années que je n’ai pas écouté quoi que ce soit de Earth.

MELVINS

Tu as donc quitté Earth pour rejoindre les Melvins.
Encore une histoire qui s’est mal terminée.
Tu sais, si tu ne souhaites pas en parler…
Non, ça va. Je peux en parler tranquillement aujourd’hui, ce que je ne pouvais pas faire il y a quelques années. Je crois avoir fait un gros travail sur moi-même et aujourd’hui toute cette haine n’a plus vraiment de sens. Je n’ai plus de temps à perdre avec ça, c’est trop épuisant.
Tu t’amusais au début?
Oui, et c’est pour ça que j’ai tenu quelques temps. Tu sais, je les idolâtrais vraiment.
Peut-être que c’était justement ça le problème ?
Oui, c’était clairement une partie du problème. Quand je les ai rejoints, j’ai réalisé que les choses n’étaient pas vraiment comme je les avais imaginées. Je crois que j’ai été très… (long silence) déçu. Cependant, jouer avec eux était extraordinaire. Je me sentais libre. Être dans un groupe dans lequel tu peux absolument tout jouer du moment que tu aimes ça, c’est formidable. Même si personnellement, je n’ai jamais eu l’impression de faire partie du groupe, contrairement à ce qu’ils me disaient. Les Melvins, c’est le groupe de Buzz, un point c’est tout. C’est lui qui décide.
Comment expliques-tu la malédiction qui frappe les bassistes successifs des Melvins?
Je crois que c’est différent pour chaque personne. J’ai entendu beaucoup d’histoires là-dessus parce que j’ai pas mal d’amis qui les connaissent bien et qui me racontent ce qui se passe, que ça me plaise ou non (rires)! Pour ma part, je suis assez étonné qu’ils aient conservé autant d’animosité à mon égard compte-tenu de toutes les embrouilles qu’ils ont eu avec les autres bassistes qui m’ont succédés. À ce titre là, j’ai l’impression d’avoir été une sorte de bouc-émissaire. Mais aujourd’hui, je m’en fous. C’est leur problème.

THRONES (projet solo)

Au départ, Thrones était un projet réactionnaire. Je composais des morceaux, et je les jouais avec un batteur, mais ça ne fonctionnait pas vraiment. On n’avait pas la même vision des choses. Et surtout, je détestais qu’on me dise comment je devais les jouer. Alors j’ai décidé d’utiliser une boîte à rythmes, et c’était exactement ce qu’il me fallait. C’était un moment de ma vie où j’étais vraiment très isolé et j’avais besoin d’être indépendant musicalement. C’est pourquoi j’ai choisi de tout faire par moi-même. J’avais quitté les Melvins en 1992 et pendant l’année qui a suivi, je n’ai pas fait quoi que soit, à part un concert pour Halloween organisé par des amis à moi.
Certaines de tes programmations de boîtes à rythmes sonnent comme de vraies batteries…
En fait, je n’ai enregistré qu’un ou deux morceaux avec un vrai batteur, mais ces démos ne sont jamais sorties. Personne ne les a entendues et franchement, ça n’est pas plus mal! Programmer des rythmes est quelque chose que j‘aime vraiment faire, et je crois que je me débrouille plutôt bien pour ça. Malheureusement en ce moment, je n’ai plus d’endroit à moi, ni de temps et je ne compose pratiquement plus. C’est un gros problème pour moi.
À quel moment as-tu décidé de sortir la compilation de Thrones Day Late, Dollar Short?
Ça faisait pas mal de temps que des gens dans mon entourage me parlaient de ça, mais c’est au moment où j’ai tourné pour la première fois avec Sunn O))) en Europe, il y a quelques années, que l’idée a vraiment pris forme. Stephen me disait (en imitant sa voix) : «Tu devrais vraiment faire quelque chose avec tous ces morceaux!». Et puis je crois que de son côté, Greg de Southern Lord voulait vraiment me pousser, me donner une chance sur son label.
Je me suis fait la réflexion que ce que tu faisais avec Thrones avait beaucoup de choses en commun avec la musique de John Carpenter…
J‘adore ce qu’il fait. Je le prends comme un compliment.
Tu n’as jamais pensé à composer pour le cinéma?
J’ai toujours voulu faire des musiques de film. J’ai eu deux ou trois opportunités. Comme je n’ai pas beaucoup de temps, ça ne s’est jamais vraiment matérialisé, mais j’aimerais vraiment le faire. J’ignore si j’y arriverai parce que je suis très paresseux. Les deadlines me tuent!
Tu disais que tu n’avais plus le temps de travailler sur de nouveaux morceaux?
En fait, depuis un an, je n’ai pas vraiment d’endroit où vivre, de chez-moi. Et avec les nombreuses tournées de High On Fire, je n’ai plus beaucoup de temps. A chaque fois que je vais partir en tournée, je me mets à flipper et je me dis : «Allez, écris quelque chose, un nouveau morceau avant de partir!», mais ça n’arrive jamais. J’ai quand même écrit un nombre respectable de nouveaux morceaux qu’il faut que je termine. J’ai presque un set complet, du moins, si j’arrive à le finir. Je suis assez excité à cette idée. Mais j’ai commencé à déménager à Los Angeles, et je n’habite vraiment nulle-part en ce moment. Toutes mes affaires sont au garde-meuble. En rentrant de tournée, je récupère mon chat à Washington, et je pars habiter à L.A. J’attends donc d’être dans une situation plus stable et de pouvoir me relaxer pour recommencer à travailler.

SUNN O)))

J’ai enregistré deux albums avec eux (Ndlr : la série des White1 et White2). Nous avons aussi tourné en Europe ensemble et un peu aux States. Ce qui est dingue avec Sunn, c’est de voir que tout le monde les prend tellement au sérieux! Moi qui les connais, je peux te dire qu’ils sont toujours en train de se marrer (simulant une énorme rire gras) : «Huhu haha huhuh». Ils aiment s’amuser et c’est ce que j’aime chez eux. Quand ils font des concerts, ils sont toujours enthousiastes, ils essayent toujours de jouer avec les gens qu’ils trouvent intéressants. Ils aiment se payer du bon temps et ils ont un grand sens de l’humour.

LOUDMACHINE 0.5

C’est un groupe japonais. En fait, c’est le gars qui s’occupait entre autres de la distribution pour Kill Rock Stars au Japon qui avait monté Loud Machine. Le groupe jouait déjà sous d’autres noms depuis les années 80. La première fois que j’ai joué avec eux, c’était au festival Yoyo-A-Gogo à Olympia (Ndlr : en 1999). Après, j’ai fait quelques dates avec eux au Japon à la basse. En échange, ils vendaient les disques de Thrones au Japon. C’était plutôt marrant.

THE NEED

J’ai joué avec eux trois ou quatre fois. La première fois, c’était vers 1995. On n’avait encore rien enregistré, on ne faisait que jammer de temps à autres. Et puis, peu de temps après, on a tous déménagé à Olympia bizarrement, et c’est à ce moment-là qu’on a vraiment commencé à jouer ensemble. J’ai enregistré un 10’’ avec eux vers 1998, 1999. En 2001, nous avons fait notre dernière tournée ensemble aux États-Unis. Aujourd’hui, le groupe a splitté mais je suis toujours ami avec Rachel Carns, la batteuse qui joue maintenant avec King Cobra. Ça ressemble beaucoup à The Need. Sa façon de jouer et de chanter est très reconnaissable.

Pour finir, as-tu des regrets ?

Je ne sais pas. Je me suis senti bizarre quand j’ai quitté Earth parce que c’était le tout premier groupe dont j’avais l’impression de faire vraiment partie. Quoi qu’on en dise, on était sur la même longueur d’onde musicale Dylan et moi. J’aimais sa vision très conceptuelle des choses. J’étais très excité de jouer cette musique un peu étrange. C’était toujours un défi avec lui. J’ai eu des regrets, mais aujourd’hui avec du recul, je n’en ai plus. Il y a eu des raisons à tous ces mouvements. Beaucoup de gens pensent que quelque chose cloche chez moi, et me reprochent d’avoir joué dans tant de groupes différents.
On peut aussi voir dans tous ces changements l’expression d’une certaine ouverture d’esprit.
Oui, je trouve ça plutôt cool en définitive. Mais j’ai eu des problèmes à cause de ça sur le moment. J’aime jouer avec des personnes différentes parce que ça t’ouvre sur des mondes différents. Les gens voudraient que tu fasses toujours la même chose, toujours le même morceau pendant dix ans, et je suis bien content de ne pas en être arrivé là. Alors non, pas de regrets.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #6 (Janvier 2006)
couv VERSUS MAG #6

INTERVIEW – HIGH ON FIRE : The wings of destiny

19 Jan

Il y a presque un an jour pour jour, High On Fire mettaient au monde leur troisième rejeton, grâce au savoir-faire de l’accoucheur en chef Steve Albini. Sous le signe du changement, Blessed Black Wings aurait pu ne jamais voir le jour sans l’intervention divine et précipitée de la bonne fée Joe Preston (Thrones, Earth, Melvins), qui cinq jours seulement avant l’enregistrement, se voyait soudain promu bassiste du groupe après la défection de George Rice, trop fatigué pour continuer l’aventure, cassé par les mois passés sur la route, à écumer salles de concerts et festivals, à arpenter les États-Unis en long, en large et en travers. Toutefois, Matt Pike et Des Kensel n’étant guère du genre à aspirer à la paix au foyer et à la sédentarité, c’est donc sans Rice mais avec Preston qu’ils remettent le couvert pour une année de nomadisme métal. En cette fin d’année 2005, ils clôturaient cet impressionnant tour de piste par une tournée européenne difficile, achevée dans la douleur à Londres (bilan: un poignet cassé pour Pike). Rencontre avec le trio deux jours plus tôt, avant un concert parisien résolument crade, cru et poisseux, entre Discharge, Entombed, Motörhead, alcool, sueur et glaviots.

Depuis la sortie de Blessed Black Wings vous passez énormément de temps sur la route. Comment vivez-vous cela?
Matt : Eh bien… Je ne sais pas. On le vit au jour le jour. Mais effectivement, c’est un mode de vie assez rude.

Vous prenez toujours du plaisir à tourner ? Est-ce que vous n’en avez pas un peu marre au bout d’un moment?
Joe : Au bout d’un moment, j’en ai un peu marre effectivement (Rires)
Des : Un peu des deux en fait.
Joe : Je crois qu’il vaut mieux s’efforcer de ne penser qu’aux moments forts, histoire de rester un peu concentré.
Matt : C’est souvent éprouvant. Le bus dans lequel on tourne en ce moment est tellement inconfortable. On dort assis ou bien sur les genoux ou les épaules les uns des autres…

Vous dormez dans le bus?
Matt : Non, la plupart du temps, on dort à l’hôtel mais on est tous entassés…
Joe : On dort quand on peut et comme on peut. On est pratiquement à la bourre tous les matins. On se réveille et la seconde d’après, on se retrouve dans le bus à essayer de finir notre nuit. Si tu commences à faire une fixation là-dessus, alors ça devient vraiment épouvantable.

Vous utilisez des remontants?
Des : Si tu rajoutes des drogues, c’est encore pire. Le mieux, c’est d’essayer d’oublier que tu as mal, tous les mauvais côtés, le manque de sommeil et de continuer coûte que coûte.

Vous deviez jouer à Paris l’année dernière, et la date a été annulée…
Joe : Oui, c’était sensé être la dernière date de la tournée.
Des : Je crois que c’est le promoteur qui a annulé. Si je me souviens bien, il n’avait pas vendu assez de places…

Vous avez encore beaucoup de boulot à faire en Europe, n’est-ce pas?
En chœur : Oui ! (Rires)
Matt : J’aurais aimé que ça soit facile, débarquer ici et voir que tout roule… mais on en est très loin. Il y a bien quelques villes où ça se passe sans problèmes, mais la plupart du temps, on se rend compte que ça n’est pas gagné.

Ça se passe beaucoup mieux aux États-Unis, je présume…
Ensemble : Oui, c’est beaucoup plus facile.
Matt : Tu sais, on a joué tellement souvent là-bas…
Joe : Je crois que c’est toujours plus facile quand tu es dans ton propre pays. Même si les choses ne se passent pas très bien, tu te dis qu’il suffit de quelques heures de bus pour rentrer chez toi.

Est-ce que vous avez le sentiment que Blessed Black Wings a été vraiment crucial pour HoF, le début de quelque chose?
Matt : Eh bien, c’est ce que j’espérais, mais apparemment… (Rires). Plus sérieusement, je crois que oui, et on a beaucoup travaillé pour. Nous avons fait notre trou. Ces dernières années, on a réussi à remplir de très grandes salles dans certains endroits. Et les ventes de disques ont considérablement augmenté.
Joe : En rentant aux États-Unis, nous allons faire une tournée en tant que tête d’affiche pour la première fois depuis la sortie de l’album. Jusqu’à présent, les tournées aux États-Unis étaient un peu bizarres. Soit on ouvrait pour des groupes qui n’en avaient rien à foutre d’être là, ou pas grand chose, soit on jouait dans d’énormes festivals comme le Sounds Of The Underground. C’était vraiment bizarre. Cela dit, ça s’est beaucoup mieux passé que ce qu’on avait imaginé.
Matt : Oui, on s’est vraiment marré.

Vous vous amusez toujours à mettre des chaussettes et des caleçons sales dans les grosses-caisses des groupes avec lesquels vous jouez?
Matt : Hahaha. À un moment, on avait des tonnes de vieilles farces dans le genre! On s’est un peu calmés…
Des : Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait une bonne blague.
Joe : Il serait peut-être temps de s’y remettre, non?
Matt : Oui. D’ailleurs on joue avec Mastodon demain à Glasgow et je crois que je vais commencer à y réfléchir très sérieusement. Je leur réserve les meilleures.

Aux États-Unis, les concerts sont de plus en plus gros, le public de plus en plus nombreux. Est-ce que le stress est proportionnellement plus grand?
Matt : Bien sûr. C’est pas évident. Tu dois faire de mieux en mieux, avoir toujours en tête ce que tu dois donner au public, et surtout, garder assez d’énergie pour le faire, et le faire bien. C’est difficile parfois. Tu ne peux pas jouer et crier pendant une heure ou plus si tu n’es pas un minimum au point. Le stress est plus grand qu’à nos débuts. Quand on a commencé à jouer avec High On Fire, on était des vrais party animals, on n’en avait strictement rien à foutre. Aujourd’hui, on a quelques années de plus, et on essaye de soigner les choses un minimum. Ça ne veut pas dire que je ne suis plus un party animal, seulement tout est un peu plus tendu. Je ne peux plus me permettre de me mettre le cerveau en bouillie comme avant.

C’est aussi devenu votre job…
Matt : Tourner? Oui. Même si on le voulait, on n’aurait pas le temps de travailler à côté. Il nous arrive d’avoir un mois off entre deux tournées, mais imagine le temps de trouver un job…
Joe : Ça te prend déjà trois semaines…

Et au niveau des médias, vous avez ressenti une pression particulière ces derniers mois? Vous êtes attentifs à ce que les journalistes écrivent sur vous?
Des : On espère toujours que ça sera bon évidemment. Mais on ne se sent pas particulièrement sous pression. On ne peut pas faire grand chose de plus que de jouer nos morceaux.
Matt : Oui, tu as raison. On le fait avant tout pour nous-mêmes et parce qu’on aime ça. Si je me souciais de ce que les gens pensent et si j’avais voulu que tout le monde aime ce que je fais, j’aurais rejoint un groupe de country depuis longtemps ou bien un truc vraiment mainstream. HoF ne fait pas vraiment dans le metal mainstream. Et franchement, je m’en fous.

Vous n’avez pas été surpris pas les retours assez positifs sur Blessed Black Wings et son succès relatif auprès des médias?
Matt : À un certain degré si, mais on ne ressent pas tant que ça ce succès dont tu parles. Ça prend du temps, on n’en est pas encore là. C’est quelque chose qu’on ne réalise pas trop.
Des : Oui, je pense que les gens de l’extérieur, nos proches, nos amis ressentent cela bien plus que nous-mêmes. Quand je rentre chez moi après une tournée, je n’ai pas l’impression de revenir d’un truc extraordinaire et d’avoir tant de succès que ça. D’ailleurs je me déplace toujours à vélo…

Oui, tu m’avais déjà parlé de ton vélo la dernière fois qu’on avait discuté…
Des : Et merde, je l’avais déjà utilisée celle-là! (Rires)

Tu t’es quand même acheté une voiture depuis, non?
Des : Oui, je viens tout juste d’en acheter une. Mais j’ai 5 ans pour finir de la payer, donc je peux encore dilapider tout mon fric comme une rock star… pshhhttt !

C’est pas une Porsche quand même?
Des : Non, les Porsche, c’est bien trop petit pour moi ! (Il se redresse) Eh, ok j’ai la voiture, mais je roule toujours à vélo (Rires)… parce que je n’ai même pas de quoi me payer l’essence.

Vous êtes satisfaits du travail de Relapse?
Des : Oui, ils ont travaillé dur. Ils nous ont bien poussés. Ils ont contribué à ce qu’on soit un peu plus visibles…
Matt : Ils ont une bonne manière de bosser avec nous : «Si ça vous convient, alors ça nous convient aussi».

Pensez-vous que Relapse a eu un rôle décisif dans la tournure qu’ont pris les événements pour vous?
Joe : Moi qui suis un peu étranger à tout ça, je peux affirmer que Relapse a sûrement énormément aidé HoF, notamment au niveau des tournées. Et leur département promo est vraiment efficace.
Matt : Oui, pour ce genre de musique, je crois vraiment qu’il n’y a pas mieux. Ils investissent beaucoup d’argent dans la presse, la promo, la pub et tout ce genre de trucs…
Joe (s’adressant à Matt) : D’ailleurs, à chaque fois que vous veniez jouer dans le coin, j’étais toujours au courant… même si je ne suis jamais venu aux concerts. Ça veut bien dire qu’ils sont bons pour ça.

Blessed Black Wings est sorti il y a bientôt un an. Vous comptez retourner en studio bientôt?
Des : On l’espère.
Matt : Il y a bien quelques morceaux sur lesquels on travaille quand on rentre. Le problème, c’est qu’on ne reste jamais suffisamment longtemps chez nous pour vraiment pouvoir se poser et commencer à construire les choses avec Des…
Joe : Oui, je n’habite pas dans la même ville qu’eux, Oakland. J’en suis à peu près à 14 heures de voiture…

Tu habites où ?
Joe : J’ai habité longtemps à Washington, mais maintenant, je suis vers Seattle.

Et vous êtes toujours à Oakland ?
Des : Oui, près de San Francisco
Joe : Ça fait à peu près quatorze heures de voiture de chez moi.

Quatorze heures, c’est toujours difficile à imaginer quand on habite en France…
Joe : C’est un peu comme si tu conduisais jusqu’en Bulgarie juste pour le fun… (Rires)

Donc vous avez quand même quelques nouveaux morceaux de côté?
Matt : On n’a pas encore de morceaux vraiment finis et complets. Juste des bouts, par-ci par-là, quelques riffs qui prennent forme.

Pas moyen de composer dans le tourbus?
Matt : C’est difficile, on n’a pas assez de temps…
Joe : Et encore moins d’espace.
Matt : Il m’arrive quand même d’écrire des textes pendant les tournées. La dernière fois, j’avais apporté une douze-cordes. Ça dépend vraiment si j’ai une chambre d’hôtel ou non. En Europe, ça n’est pas possible. Aux States, j’amène généralement une seconde guitare avec moi, sur laquelle je peux jouer tous les jours.

Joe, tu comptes participer à l’écriture du prochain album?
Joe : J’espère…
Matt : J’espère que oui.
Joe : Pour l’instant, je n’ai rien apporté de mon côté. Disons que nous n’avons pas l’occasion de jouer très souvent ensemble en dehors des concerts. On se voit surtout pour travailler un peu le set avant de partir en tournée.
Des : Tu sais, après des tournées aussi longues, quand tu rentres chez toi, la dernière chose dont tu as envie c’est de retourner en studio, d’installer les instruments, de remonter la batterie et de te remettre à jouer. On a besoin de temps pour ça.

(À Joe) Il paraît que tu as dû apprendre toutes les lignes de basse et la structure des morceaux de Blessed Black Wings en à peine cinq jours ?
Joe : Oui, ils avaient besoin de quelqu’un rapidement avant l’enregistrement. J’avais cinq jours.
Matt : C’était un énorme bordel.
Joe : Les premiers jours ont été vraiment rudes. Des et Matt s’arrachaient les cheveux! Et je me disais : «Mon Dieu! Dans quoi je les ai embarqués? Comment je vais bien pouvoir m’en sortir cette fois?» (Rires)

Avec du recul, comment voyez-vous le travail de production de Steve Albini pour Blessed Black Wings ?
Matt : Au départ, on voulait vraiment essayer quelque chose de nouveau, se réinventer. Comme on devait recruter un nouveau bassiste, on s’est dit que c’était de toute façon l’occasion de prendre une nouvelle direction, ce que Steve Albini a parfaitement compris, et réussi. J’ai adoré enregistrer avec lui, il a fait du bon boulot.
Joe (à Des & Matt) : Est-ce qu’à ce moment-là, vous saviez déjà que George (Ndlr: George Rice, premier bassiste de HoF) allait partir ?
Des : On y pensait, oui. On savait que ça allait arriver. Mais on espérait qu’il partirait après l’enregistrement.

C’est par l’intermédiaire de Greg Anderson que vous avez rencontré Joe, n’est-ce pas?
Joe : Oui, lui et moi, on se connaît depuis un bon moment.
Des : J’ai appelé Greg. Je lui ai dit que notre bassiste était sur le point de partir et qu’on avait déjà réservé le studio. Au départ, il voulait le faire lui-même !
Matt : Qu’est-ce qu’il t’a dit déjà ? Un truc du genre «Mec, je vais bosser la quatre-cordes jusqu’à la mort !» ? (Ndlr: jeu de mots avec «death» et «doom», à peu près intraduisible en français) (Rires)
Des : Oui ! Bon, ensuite il m’a dit que Joe serait parfait pour ça. En fait, on avait déjà évoqué l’idée que Joe prenne la basse avant que Greg nous en parle.
Matt : À un moment, j’ai voulu proposer à Hank III de jouer avec nous. En fait, on cherchait simplement quelqu’un pour enregistrer l’album, sans vraiment penser à la suite. Et puis ça s’est tellement bien passé en studio qu’on a demandé à Joe s’il voulait bien faire quelques concerts avec nous.

Matt, peux-tu me parler de ton side-project, Kalas, anciennement Scum Angel. Vous avez changé de nom récemment, pourquoi?
Matt : Il était déjà pris. D’ailleurs, je crois que tous les noms de groupes dans le monde sont déjà pris. Ce nom m’était un peu égal au début, et puis au bout d’un moment, j’ai commencé à le trouver plutôt bien…
Des : Tu sais d’où ça vient, Joe? (il pouffe)
Joe : Ahaha oui! D’ailleurs je détestais ce nom jusqu’au moment où j’ai appris de quel film ça venait ! (Ndlr: Le film en question c’est… Le Monde de Nemo. Tout le monde pouffe)
Matt : Quoi qu’il en soit, on enregistre en janvier pour Tee Pee Records. Ça nous prendra entre une semaine et quinze jours. Et le studio est à côté de chez moi.

Tu trouves assez de temps pour les deux groupes?
Matt : Oui. Des et moi, on répète habituellement deux ou trois jours par semaine, et je consacre deux jours à Kalas. Finalement, on n’a pas grand chose à faire à part écrire de la musique, rester à la maison et jouer aux jeux-vidéos.

Qui sont les autres membres de Kalas?
Matt : Andy Christ qui faisait partie d’Eldopa et d’Econochrist, Scott Plumb et Paul Kott tous les deux ex-Cruevo (Ndlr: formation sludge-crust d’Oakland), et puis Brad Reynolds.
Des : Paul a également joué dans Medication Time.
Matt : Oui, et dans High Tone Son Of A Bitch.

Ça sonne comment?
Matt : Comme du metal classique, mais pas comme cette chose un peu bizarre qu’est HoF. Les tempos sont plus lents, c’est difficile à expliquer. C’est plus rock, plus étiré.

Des, pas d’autre groupe à côté?
Des : Non.
Joe : Il faut que tu bosses mec!
Matt : Pas la peine. Il a une femme, et elle cuisine bien!

Qu’avez-vous prévu dans les prochains mois?
Matt : On a cette tournée en janvier, et un concert le 31 décembre. Mais je crois qu’on va quand même essayer de se reposer un peu à Noël. Et puis on essayera de prendre le temps d’écrire de nouveaux morceaux avec Des, de les envoyer à Joe et de voir ce qu’il peut faire, au niveau des arrangements… On a un nouveau morceau vraiment cool. Peut-être qu’on pourra essayer de le jouer sur scène ? (À Joe) T’as déjà pris des cours accélérés avec Blessed Black Wings, tu verras, ça va passer tout seul!

www.highonfire.net
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #6 (Janvier 2006)
couv VERSUS MAG #6

HIGH ON FIRE @ Batofar, Paris (2 decembre 2005)

2 Déc

Lire la suite

%d blogueurs aiment cette page :