Tag Archives: joe preston

EARTH – A Bureaucratic Desire For Extra-Capsular Extraction

9 Fév

(Southern Lord, 2011)
DRONE ROCK MANIFESTO

A la fin de l’année 1990, Dylan Carlson, Dave Harwell et Joe Preston (qui rejoindra les Melvins peu de temps après) enregistrent sept morceaux aux studios Smegma à Portland pour à peine 300 dollars. Trois d’entre-eux échoueront en versions écourtées sur le EP Extra-Capsular Extraction, édité par Sub Pop en 1991 et qui constituera le point de départ discographique de Earth. Les quatre autres seront ajoutés par No Quarter à la réédition du live Sunn Amps And Smashed Guitars près d’une dizaine d’années plus tard. A Bureaucratic Desire For Extra-Capsular Extraction présente la totalité de ces démos en versions intégrales, brillamment remasterisées pour l’occasion par Mell Dettmer.

Les premiers disques de Earth, c’était le concept d’abord, la musique ensuite », nous disait Carlson lors d’une interview il y a quelques années. Que ce concept ait été pleinement conscient ou pas, les morceaux de ces sessions obéissent déjà aux grands principes qu’on retrouve en filigrane dans toute la discographie de Earth : lenteur, spleen et répétition. On peut y ajouter l’étirement maximal du son, le riff érigé en culte, la distorsion massive et la vision cyclique du temps musical (comme en atteste la référence à la figure mythologique d’Ouroboros dans le titre Ouroboros Is Broken) qui évolueront au fil des errances musicales de Earth et qui prendront une tournure radicalement différente (formellement en tout cas) en 2005 avec Hex ; Or Printing In The Infernal Method. l’album qui mettait un terme à la traversée du désert de Carlson.

Si ces sessions encore maladroites ne sont pas ce que Earth a produit de plus indispensable d’un point de vue purement musical (rétrospectivement, elles s’apparentent à une sorte d’ébauche un peu voilée du séminal Earth 2 de 1993, mais qui aurait pu le dire à l’époque ?), elles restent un document essentiel au regard de l’histoire de la musique populaire moderne, en tant que témoignage cardinal d’une époque où l’underground rock renouait lentement avec les têtes chercheuses de la musique contemporaine et le minimalisme, plus de 15 ans après le Velvet Underground et la vague Krautrock en Allemagne. Via Earth, Dylan Carlson, ce « proche » de Kurt Cobain (qui fait d’ailleurs une apparition à la voix sur « Divine And Bright), invitait ainsi le drone, alors apanage d’une poignée de compositeurs avant-gardistes en occident (La Monte Young, Terry Riley ou Tony Conrad pour ne citer qu’eux) dans la sphère du rock. A ce titre, Carlson peut être considéré comme le géniteur du drone moderne et A Bureaucratic Desire For Extra-Capsular Extraction comme la matière brute et précoce du manifeste que Sunn O))) reprendra résolument à son compte quelques années plus tard, sans jamais pour autant se dérober à la question de l’héritage (« groupe-hommage à Earth » tel que le duo d’encapuchonnés s’est souvent décrit). Plus de 20 ans après ses débuts ombrageux, c’est à la lumière de l’apaisement que Earth poursuit sa quête de l’infiniment lent comme en atteste Angels Of Darkness, Demons Of Light 1, nouvel album à paraître début 2011.

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
couv (new) NOISE MAG#2

Interview – HARVEY MILK : Mieux vaut être vivant… que mort (16 juil.08)

31 Déc

Harvey Milk- 16 jul.08 @ La Maroquinerie (Paris)

Harvey Milk- 16 jul.08 @ La Maroquinerie (Paris)

On serait probablement morts d’ennui si au beau milieu de ce long et triste été passé entre le gris souris et le jaune pisseux de Paris – capitale du Monde sinistrée par la culture pendant deux mois consécutifs – ce concert de salubrité publique n’était venu nous arracher à la morosité ambiante. À l’affiche de la Maroqu ce soir-là, il y avait deux groupes immanquables, vieux comme le monde et dont le point commun était d’avoir été copieusement ignorés du public pendant plus d’une décennie avant que le vent ne se mette récemment à tourner. Mieux vaut tard. Aussi, ils étaient nombreux à se masser devant la scène pour Oxbow pendant qu’Eugene S. Robinson, lui, se massait le zizi sur la scène (on caricature évidemment. On passe sur la puissance de feu de ce groupe) et nombreux aussi à venir assister à la première française d’Harvey Milk minablement écourtée après 29 minutes et des poussières de larsens et de riffs gras as fuck made in Athens, Géorgie, pour d’inévitables questions de timing. Un peu plus tard, à quelques enjambées de la salle, assis nonchalamment devant le premier rideau métallique venu, clope au bec et bière à la main, Creston Spiers, Stephen Tanner et Joe « encore lui » Preston sont bien « des types normaux qui aiment rire » même si aucun d’eux ne porte de chemise à carreau. Ces types sont même franchement drôles – il faut les entendre, le papier ne le permet pas encore – peut-être parce que comme le suggère le titre de leur nouvel album Life… The Best Game In Town, le deuxième depuis la résurrection en 2006, un bon Harvey Milk est un Harvey Milk vivant.

Comment était la scène musicale d’Athens à vos débuts ? On connait surtout REM et les B-52’s mais il y a avait tout un tas d’excellents groupes plus confidentiels comme les Bar-B-Q Killers, Jack O’Nuts, Pylon, ou les Martians.
Creston Spiers : Pour moi, Jack O’Nuts était de loin le meilleur groupe d’Athens. On était potes avec eux. J’ai habité avec Laura (Ndlr : Laura Carter, également ex-chanteuse de Bar-B-Q Killers) pendant quelques années et Brooks (Ndlr : Brooks Carter, guitare et voix) est toujours un bon ami à nous. C’était vraiment ceux qu’on aimait le plus. Quand on jouait à l’époque, il n’y avait pratiquement que des potes à nous dans le public, ceux qui jouaient dans les autres groupes à l’affiche. Les gens de l’extérieur ne venaient jamais. On dépassait rarement les 20 personnes : les amis, les petites-copines, et les gens qui nous connaissaient.

C’était comme ça pendant toute la première période d’Harvey Milk avant le break ?
Creston Spiers : Pas complètement. Disons que vers la fin, on attirait un peu plus de monde.

Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir et à enregistrer Special Wishes en 2006 ?
Stephen Tanner : J’ai rencontré un pote de Joe, Dennis, qui est devenu un de mes meilleurs amis depuis. Il avait un label à New York et c’était un grand fan du groupe. Il nous a demandé si on avait des morceaux live ou inédits de côté, des choses qu’il aurait pu sortir sur son label. On a donc écouté ce qu’on avait mais tous les enregistrements live sonnaient comme de la merde. On a commencé à bosser avec Relapse en parallèle. Ils voulaient rééditer des vieux trucs mais je n’étais pas super content de la manière dont ça se passait. Merde, on n’avait pas arrêté parce qu’on ne pouvait plus se saquer ou quelque chose comme ça. Simplement, on était parti vivre ailleurs Kyle et moi et puis Creston s’occupait de son gosse. Il n’y a jamais eu de problèmes entre nous. Ça s’est juste arrêté comme ça. D’ailleurs, je crois qu’on savait tous au fond de nous qu’on rejouerait ensemble un jour. Quand j’ai commencé à avoir des propositions de la part des labels, j’ai appelé Creston et Paul pour savoir s’ils voulaient venir à New-York jouer un peu et voir si on arrivait à faire un nouvel album. Deux semaines plus tard, Special Wishes était bouclé.

Est-ce que les rééditions sur Relapse et le DVD sur Chunklet n’ont pas aussi contribué à votre retour, au moins en vous faisant prendre conscience que vous aviez toujours un public, et un public sûrement plus conséquent qu’à vos débuts.
Stephen Tanner : On n’a rien à voir avec ces rééditions. Et à vrai dire, on n’a jamais vraiment eu de public avant notre séparation ou disons que notre public était ridiculement confidentiel. Mais à ce moment-là, beaucoup de choses ont commencé à changer dans le paysage musical. Parmi les groupes qu’on aimait, deux ont émergé sur le devant de la scène. C’était des groupes… de reprises (rires) et ils sont devenus très populaires. Ces groupes, c’est Sunn O))) et Boris. Quand t’y penses, Sunn était un groupe de reprise de Earth et Joe a fait partie de Earth. Boris a commencé comme un putain de groupe de reprises des Melvins et Joe a fait partie des Melvins. J’aime ces deux groupes, j’aime Earth et j’aime les Melvins…

Par déduction, tu aimes Joe.
Stephen Tanner : Oui je l’aime.
Creston Spiers : C’est un vrai connard. Note bien ça ! (Rires)
S.T : C’était une période où les gens se mettaient à aimer Sunn, Boris et ce genre de trucs. Alors les gens ont commencé à s’intéresser à nous. Et puis on était potes avec Steven (Ndlr : O’Malley). Il parlait de nous dans les interviews, ce genre de trucs. Quand on a commencé, il n’y avait pas le net et nos disques étaient quasiment impossibles à trouver.

Vous lisez les chroniques qui parlent de vous ?
Creston Spiers (caustique) : Excessivement ! Toutes ! Je n’en loupe aucune… Sauf bien sûr quand c’est insultant.
Stephen Tanner : Notre batteur les lit sur son Blackberry.

Parce que justement, on vous compare souvent aux Melvins – même avant l’arrivée de Joe dans le groupe. Vous ne trouvez pas ça un peu lourd ?
Joe Preston : On les emmerde.
Creston Spiers : Ils ont fait des trucs géniaux.
Stephen Tanner : Je crois – et je pense que les autres seront d’accord avec moi – que la seule ressemblance réside dans les tempos et les timbres lourds et graves. Mais je trouve qu’on est à des kilomètres des Melvins. Pour moi c’est le jour et la nuit et Dieu sait que j’aime ce groupe. Je ne comprends pas ceux qui disent qu’on est un groupe de rip-off des Melvins parce que pour avoir vu jouer des dizaines de groupes de rip-off des Melvins, je peux te dire qu’ils sont tous MAUVAIS (Rires). On joue à peu près aux mêmes tempi et avec le même type d’accordage mais à ce moment là, on pourrait dire aussi qu’on copie Black Sabbath.
J.P. (sarcastique) : J’aime tellement ces mecs !
C.S. : La première fois que j’ai entendu les Melvins, ma vision de la musique a changé radicalement. C’était une révélation pour moi.
S.T : Tu dis ça parce que t’avais pas encore écouté la face B de My War de Black Flag !
C.S. : C’est ça, j’écoute jamais rien de toute façon. Plus sérieusement, l’une des grosses différences entre eux et nous, c’est qu’on utilise principalement des tonalités majeures.
J.P. : Je trouve qu’il y a des points communs notamment avec le premier album des Melvins, Gluey Porch Treatments, un album que j’adore. Il y a un feeling très particulier dans ce disque qui, je crois, est très représentatif du Nord-Ouest des États-Unis, là où j’ai grandi. La première fois que j’ai entendu Harvey Milk, ce n’est pas tant que vous me rappeliez l’endroit où j’avais grandi, mais un album comme My Love… me procurait des sensations assez semblables, quelque chose de très local, une humeur particulière. C’était pas « CE morceau parle de ÇA ». Non, c’était une musique très sentie et pensée.
S.T. : Tu veux que je te dise ? La vraie différence entre eux et nous c’est qu’on se sape normalement alors qu’eux portent des blouses de mamies à fleurs.

Tu disais que Special Wishes vous avait pris deux semaines. En revanche, j’ai lu que Life… avait été un disque plutôt difficile à faire.
Stephen Tanner : Ça n’a pas été un disque difficile à faire mais un disque difficile à finir parce qu’on l’a enregistré dans le studio de notre batteur. Par conséquent on n’avait aucune deadline. On zonait tranquillement dans la putain de baraque de Kyle, à bouffer des kilos de burritos. Pendant ce temps-là, le disque n’était toujours pas terminé.
Creston Spiers : C’est pas vrai !
S.T. : Si, c’est vrai ! C’est pour ça que tu l’as pas terminé. (Rires)
C.S : La raison pour laquelle le nouvel album a été difficile à faire, c’est que quand on l’a commencé, on n’avait pas un seul morceau ! On a décidé de faire un disque en partant de zéro. Il fallait composer les morceaux puis les enregistrer. Sauf que quand tu écris un morceau, il faut au moins trois ou quatre mois de maturation avant de pouvoir le terminer réellement. Alors on écrivait puis on enregistrait, puis on changeait des trucs, il fallait rôder les morceaux à nouveau pour les réenregistrer, etc, etc. C’était pas une bonne façon de faire.

Vous allez devoir imposer au label de vous imposer une deadline pour le prochain disque ?
Joe Preston : Non, on l’écrira d’abord.
Stephen Tanner : On est tombé sur un blog sur lequel un crétin disait : « J’ai enfin chopé le nouveau Harvey Milk, j’espère qu’il sera moins accessible que celui d’avant ». Selon ce type, faire un truc « pas accessible » devrait être l’idée maîtresse quand tu fais un disque. Il voulait quoi, un truc plus bizarre ? Un truc plus stupide ?
Creston Spiers : Okay les gars, le prochain disque sera ultra-bizarre et complètement inaccessible ! (Rire). En fait, il n’y aura pas de prochain disque. (Silence) Ahahaha ! Non non, c’est une blague.

« Old Glory » (sur Special Wishes) et « Death Goes to the Winner » (sur Life…) sont pour moi très représentatifs de l’identité singulière de Harvey Milk, à savoir le refus de choisir entre le riff lourd et la mélodie. Vous pouvez m’en dire plus sur ces deux morceaux ?
Stephen Tanner : « Old Glory » a été entièrement écrit par Creston et c’est lui qui joue de tous les instruments. J’ignorais l’existence de ce morceau jusqu’à ce qu’il soit enregistré. C’est un de mes morceaux préférés.

J’ai lu dans le liner notes que Joe avait composé la partie mélodique très baroque de « Death Goes to the Winner ».
Creston Spiers :
Oui et c’est Paul, notre ancien batteur, qui en a écrit l’autre partie.
Stephen Tanner : Ces deux bribes de morceaux sont apparues alors qu’on était en train de finir le disque. J’avais déjà trouvé le titre de l’album. On les a mises bout à bout et je leur ai dit d’écrire des paroles du genre : c’est cool d’être vivant.
C.S : Si on l’a écrit c’est uniquement parce que Stevie nous l’a ordonné : « Faites-ci, faites-ça… ». On l’a fait. (Rires)
S.T. : Okay, j’ai peut-être pas composé une seule note de ce morceau mais j’ai gueulé jusqu’à ce qu’ils le fassent. Et au final c’est le meilleur de l’album.

Tu parlais du titre de l’album Life… The Best Game in Town. Ça vient d’où?
Stephen Tanner : D’un ami à moi que je ne nommerai pas. Sa copine est la plus belle fille de la planète. On croise une autre nana dans la rue et il se met à la mater comme s’il voulait se la faire. Je lui dis : « Qu’est-ce qui cloche chez toi mec ? Pourquoi tu fais ça ? » Et il me répond : « La vie, c’est le meilleur jeu dans le coin. Je ne veux pas avoir à regretter quoi que ce soit quand je serai vieux ». Ce qu’il voulait dire c’est qu’il vaut mieux être vivant que…
Creston Spiers : Mort ! (Rires)

Creston, tu es toujours prof de musique ?
Creston Spiers : Je l’ai été pendant 9 ans. Aujourd’hui, je suis toujours prof mais j’enseigne toutes les matières. Je suis allé à l’école pour apprendre la musique et je maintenant je peux l’enseigner.

Penses-tu que ça a influencé ta manière d’aborder la musique avec Harvey Milk ?
Stephen Tanner :
Il nous apprend des trucs tous les jours.
Creston Spiers : Les cours de musique ont eu une influence énorme sur Harvey Milk.

Tu as déjà fait écouter Harvey Milk à tes élèves ?
Creston Spiers :
Tu plaisantes, ils ont huit ans ! Non. Je les effraie déjà assez comme ça. (Rires)

Joe, peux-tu nous raconter comment tu as atterri dans le groupe ?
Joe Preston :
Ça faisait des années qu’on était amis. J’avais rencontré Stephen quand je jouais dans les Melvins pendant un concert à Athens avec son groupe, Clamp. Ces hippies nous avaient gonflés. Ils étaient montés sur scène à poil. Quelques temps après, je trainais avec eux. Je crois que j’avais eu leur numéro par Godheadsilo. On a fait quelques concerts ensemble et j’ai passé du temps avec Steven. Un an plus tard, vers 1992 je crois, on jouait en première partie de Gwar avec les Melvins. Steven était venu avec Creston. A la fin du concert, ils me disent qu’ils viennent de commencer un nouveau groupe ensemble. J’étais encore dans le feu de l’action et j’ai dû leur lâcher un truc vite fait du genre « Euh okay… Cool dudes. On se voit plus tard, hein ! ». (Rires) Plus de 10 ans après, ils continuaient à me tester pour savoir si j’étais un blaireau ou pas.
Creston Spiers : Joe EST un blaireau.

Tu jouais encore avec High On Fire à ce moment-là ?
Joe Preston :
Non je n’avais plus que Thrones. J’avais déjà quitté High On Fire. On est toujours amis et c’est bien le seul groupe avec lequel j’ai réussi à rester en bon terme. (Rires) Je me sentais lessivé à force de tourner.
Creston Spiers : C’est types sont des homosexuels avérés, ça se voit non ? Joe ne supportait plus leurs avances. C’est tout !

Tu t’es beaucoup impliqué dans la composition de l’album ?
Joe Preston :
Au moment où j’ai pris l’avion pour la Géorgie, je n’avais pratiquement rien à part quelques trucs que j’avais écrit un an auparavant et que je pensais utiliser pour Thrones (Spiers lâche un gigantesque rire gras). On n’avait que 10 jours pour bosser. J’ai fait quelques parties de basse et de guitare. C’est à peu près tout. Dommage qu’on n’ait pas eu plus de temps. On commençait à développer de bonnes idées qu’on n’a pas pu finir à temps pour l’album.
Creston Spiers : Joe joue sur tous les morceaux excepté « Death Goes to the Winner » qu’on a terminé bien plus tard.

Il y a toujours beaucoup d’humour dans vos disques à côté de choses plus sérieuses.
Creston Spiers :
Ah, content que tu l’aies remarqué.
Stephen Tanner : C’est pour rappeler aux gens qu’on n’est pas un groupe de Dooooom avec des t-shirts noirs, que nous sommes des types normaux, qu’on aime rire et qu’on n’est pas des putains de gros idiots.
C.S. : Si, on est idiots et on déteste rire. On s’ennuyait, c’est tout.
S.T. : Tous ces groupes qui hurlent « Grrrrrrr ! Aaaarrrrrrgh ! » sont sérieux et stupides.

Lorsque vous avez joué « The Anvil Will Fall » ce soir, des types dans le public se foutaient de vous : « Arrêtez les mecs, vous allez nous faire chialer… ».
Creston Spiers :
Tant mieux. J’espère qu’ils ont vraiment chialé parce que c’est précisément le but. Plus sérieusement, il n’y a ni moquerie ni aucune forme d’ironie derrière ce morceau. Émotionnellement parlant, c’est un thème très fort.
Joe Preston : On ne savait pas que ce morceau était un hymne patriotique anglais jusqu’à ce qu’on le joue en Écosse et qu’on se fasse insulter : « Allez vous faire foutre ! Fermez-la ! ».
C.S. : C’était l’hymne des forces armées britanniques. On l’ignorait totalement. On l’a emprunté aux Planètes de Gustave Holst. (Ndlr : L’adaptation « I Vow To Thee My Country », jouée lors de nombreuses cérémonies officielles britanniques a été originalement composée dans la première moitié du siècle dernier par Holst pour son œuvre la plus célèbre, Les Planètes, au milieu du mouvement « Jupiter »).

Comment avez-vous atterri sur Hydra Head ?
Stephen Tanner :
Chacun de nos disques est sorti sur un label différent. Ça marchait jamais vraiment comme on voulait. Je n’avais jamais entendu parler d’Hydra Head jusqu’à ce qu’ils sortent l’album de Big Business, qui est un groupe que j’adore. Je savais que Joe avait joué avec Jared de Big Biz il y a un moment (Ndlr : The Whip avec Jared Warren et Scott Jernigan de Karp). J’ai fini par rencontrer les Big Business qui ne m’ont dit que des bonnes choses à propos d’Hydra Head. Joe m’a dit qu’un des types du label jouait dans Isis et je savais que le groupe était fan d’Harvey Milk. En revanche, je ne sais même pas à quoi ressemble leur musique. J’avais vu Thrones jouer en première partie d‘Isis mais eux, je les avais loupés. En tout cas j’aime bien ces gars et je suis sûr que j’aimerais aussi leur musique. On les a rencontrés à un showcase au Texas et quand ils nous ont proposé de sortir notre album, c’était exactement le label que j’avais en tête. Je crois que si on fait un nouveau disque, ça sera avec eux.

Donc c’était du pipeau quand vous disiez à Rock’A’Rolla que si on voulait vous voir une dernière fois sur scène, c’était ici et maintenant.
Creston Spiers :
C’est la fin de TOUT !… Non, je travaille déjà sur des nouveaux morceaux et ça s’annonce bien.
Stephen Tanner : On veut juste rentrer chez nous et reprendre nos petites vies chiantes pour pouvoir dire : « Alors, vous faites un nouveau disque ? – ON N’A PAS UN SEUL MORCEAU ! – Et qui va booker la tournée ? -TA SŒUR ! ». Franchement, on s’aime tous énormément et c’est bien plus important que d’être créatifs. (Spiers et Preston explosent de rire) Fermez-là, je suis sérieux ! Bien s’entendre, c’est quand même plus important que d’être…
C.S : … que d’être bons ! (Éclat de rire, bis)
S.T : Mais ON est bons, mec !

J’aime bien vos derniers artworks, les photos de chambres à coucher avec des posters de groupes, Maiden, les Alleman Brothers…
Stephen Tanner :
Oui, ça c’est ma chambre à Brooklyn. Je loue mon appart à un ex-Hell’s Angels qui était ingé-son dans les années 80. C’est le mec qui a mixé Appetite For Destruction. Son appart était rempli de ces vieux trucs. Le sombrero et la photo d’Alleman étaient déjà sur le mur, celle de l’équipe de baseball aussi. Pour la pochette de Special Wishes avec le poster d’Hendrix, les photos ont été prises chez Creston en Georgie. C’est devenu notre thème pour les artworks. Donc je pense que pour le prochain, on prendra des photos chez Joe ou chez Kyle… Bah, la maison de Kyle est trop « jolie ». Ça risque d’être déprimant.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #7 (oct/nov/dec 2008)
couv NOISE MAG#7

OXBOW + HARVEY MILK @Maroquinerie, Paris (16 Juillet 2008)

20 Juil

Finalement, pas de poussage de disques mais quelques photos en ligne de ces deux concerts trop courts-trop bons ICI et ICI, plus une interview filmée d’Oxbow à venir. Soon…

oxbow

Oxbow

harvey milk

Harvey Milk

DOSSIER MELVINS Part II : LA MORGUE DES BASSISTES (Commentée par les Melvins)

6 Juin

Les Melvins un trio? Ha, vous plaisantez. Car nul n’est censé l’ignorer: dans la mathématique Melvinsienne, 2+1 sera toujours égal à 2. On a beau préférer Joe Preston à Mark D, trouver l’ère Lorax de meilleure facture que l’ère Lukin, se dire que Rutmanis avait du style et était parti pour durer, que Trevor Dunn (ignominieusement oublié dans ces lignes) aurait bien fait l’affaire, les trouver tour à tour uniques, talentueux, défoncés, paresseux, vaniteux ou exemplaires, il n’en reste pas moins que la grande valse spinal-tapesque des bassistes des Melvins témoigne paradoxalement de la souveraine infaillibilité du couple Osborne/Crover, seuls maîtres à bord de leur navire. Retour cursif sur 23 ans de flux et de reflux.

matt lukin

MATT LUKIN

Melvins de : 1983 à 1987
A joué sur : The Mangled Demos From 1983, 6 Songs, 10 Songs, Gluey Porch Treatments
Autres groupes : Mudhoney
Signe particulier : premier bassiste des Melvins, allergique aux maths.
Buzz : «La rumeur dit qu’il est devenu un born-again Christian, mais c’est sûrement des conneries»
Dale : «La rumeur dit que c’est un born-again»

lorax

LORAX

Melvins de : 1988 à 1991 (puis en 1993 ?)
A joué sur : Ozma, Bullhead, Eggnog, Your Choice Live Series, Houdini
Autres groupes : Clown Alley (avec Mark Deutrom)
Signe particulier : fille de Shirley Temple, seule Melvins de sexe féminin, on l’a dite morte par overdose, ce qui n’est pas confirmé.
Buzz : «Qui sait ? Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Elle a rencontré les «Beetles» backstage… Elle est loin, très loin!»
Dale : «Un jour elle a piqué une crise simplement parce que j’avais dit qu’on était des nerds»

joe preston

JOE PRESTON

Melvins de : 1991 à 1992
A joué sur : Joe Preston, Nightgoat, Lysol
Autres groupes : The Whip (avec Jared Warren et Scott de Karp), Witchypoo, Men’s Recovery Project, The Need, Earth, Sunn O))), Thrones (son projet solo), High On Fire…
Signe particulier : caractère trempé, un peu paresseux, génial par ailleurs. S’est brouillé avec la moitié des groupes sus-cités, avec Buzz en particulier. Vient de quitter High On Fire. On l’aurait aperçu jouant du marteau piqueur pour le prochain Sunn O))).
Buzz : «La rumeur dit qu’il serait sur le point de terminer un master spécialisé en Sciences Actuarielles»
Dale : «Le torse de Joe est aussi poilu que celui de Paul Stanley»

billy anderson

BILLY ANDERSON

Melvins de : 1993 à 1993
A joué sur : Houdini
Autres groupes : Men Of Porn (avec Tim Moss et Dale Crover), Blessing The Hogs
Signe particulier : producteur/ingénieur du son au palmarès effrayant (High On Fire, Neurosis, Melvins, Swans, Sleep, Sourvein, Sick Of It All, Red House Painters, Om, Orange Goblin, Neurosis, Mr. Bungle, Fantômas, Eyehategod, Crisis, Cathedral, Buzzov’en, Asva, Altamont…)
Buzz : «La rumeur dit qu’il pratique une chirurgie d’effacement de tatouages intensive et qu’il serait sur le point de soutenir sa thèse de doctorat en Pharmacologie»
Dale : «Le surnom de Billy est Shredlocks ! (Ndlr : chevelure en lambeaux

Gene $immon$

GENE $IMMON$

(Ndlr : « S » transformés en « $ » sur l’initiative de Buzz)
Melvins : Jamais
A joué sur : quelques morceaux live sur une poignée de concerts des Melvins entre 1993 et 1994, dont une version de son propre morceau «Going Blind», qu’il décide alors de réintégrer au set de Kiss.
Autres groupes : Kiss
Signe particulier : aurait amené son lecteur de K7 à réparer après avoir écouté la version de «Going Blind» sur la demo-tape d’Houdini, pensant qu’elle était lue à la mauvaise vitesse.
Buzz : «La rumeur dit qu’il est gay, complètement à la rue et non-kasher»
Dale : «J’aurais cru que jouer avec nous le ramollirait»

mark D

MARK DEUTROM

Melvins de : 1994 à 1997
A joué sur : Stoner Witch, Prick, Stag, Honky, une partie d’Electroretard, Alive At The Fucker Club
Autres groupes : Clown Alley, Mark D. (solo)
Signe particulier : chapeau
Buzz : «La rumeur dit que c’est un mec bien. Un cow-boy grincheux, wannabe, déchu ou quelque chose comme ça. On a entendu dire qu’il nous HAIT… ce qui est intéressant»
Dale : «Mark était le cow-boy grincheux»

kevin rutmanis

KEVIN RUTMANIS

Melvins de : 1997 à 2004
A joué sur : The Maggot, The Bootlicker, The Crybaby, une partie d’Electroretard, Hostile Ambient Takeover, Pigs Of The Roman Empire, Never Breathe What You Can’t See, Sieg Howdy, Colossus Of Destiny
Autres groupes : The Cows, Tomahawk
Signe particulier : détient le record de longévité de la discipline «bassiste des Melvins»
Buzz : «La rumeur dit que c’est un mec bien ou quelque chose comme ça… On a entendu dire qu’il nous HAIT… ce qui est intéressant»
Dale : «J’ai entendu dire qu’il s’était mis à peindre. Mais j’ignore s’il peint des maisons ou des tableaux»

jared warren

JARED WARREN

Melvins de : 2006 à ?
A joué sur : le prochain album studio (A) Senile Animal
Autres groupes : Karp, Tight Bros From Way Back When, The Whip, Big Business
Signe particulier : pas encore viré
Buzz : «La rumeur dit que c’est un mec bien. Ça reste à voir»
Dale : «Un jour, Jared et moi, nous avons fait une partie de bowling avec Ed McMahon. Sans blague!»

coady willis

COADY WILLIS (batteur)

Melvins de : 2006 à ?
A joué sur : le prochain album studio (A) Senile Animal
Autres groupes : Murder City Devils, Dead Low Tide, Big Business
Signe particulier : pas bassiste, gaucher, pas encore viré
Buzz : «Orthographe déformée de son nom de Baptême. Ses couteaux à beurre sont tout noirs au bout»
Dale : «Ne cherche pas Coady. Il te botterait le cul!»

mike patton

PATTON (homme à tout faire)

(Ndlr : rajouté à la liste sur l’initiative de Buzz)
Melvins : jamais
A joué sur : The Crybaby, tous les concerts avec le FantômasMelvins Big Band
Autres groupes : Faith No More, Fantômas, Tomahawk, Peeping Tom, Mister Bungle, Maldoror, Lovage, Mike Patton (solo) …
Signe particulier : juif fier et patenté, co-dirige le label Ipecac
Buzz : «Bottait des culs Nazis dès son plus jeune âge, guerrier-poète mystique dans le sens classique du terme»

Et aussi : Tom Flynn, Bill Bartel, David Scott Stone, Dave Sahijdak, Adam Jones…

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
couv VERSUS MAG #8

INTERVIEW – JOE PRESTON: Le monde selon Joe

19 Jan

Ça faisait longtemps que je rêvais de choper Joe Preston dans un coin. Alors, profitant honteusement de la venue d’High On Fire à Paris en ce frisquet début de mois de décembre, j’ai pu assouvir cet inavouable fantasme, attirant l’homme au pédigree suprême (Melvins, Earth, High On Fire, Sunn O))), Witchypoo, The Whip, Men’s Recovery Project et j’en passe) sur un coin de table au Batofar, et de le soumettre à un questionnaire revisitant les hauts, les bas et les plats de son passé de musicien infidèle et boulimique. Retour parfois douloureux ou amer sur quelques-uns des innombrables groupes, connus ou méconnus, dans lesquels l’immense Joe Preston (Salty Green pour les intimes) s’est illustré depuis plus d’une quinzaine d’années.

THE WHIP

Les Whip, c’était moi, Jared et Scott de Karp. J’ai joué de la guitare avec eux pendant à peu près un an. Scott est mort dans un accident bizarre il y a un an et demi et Jared fait maintenant partie de Big Business. En janvier, nous allons faire quelques dates ensemble aux États-Unis avec High On Fire.

WITCHYPOO

Le principal membre de Witchypoo était Slim Moon, le fondateur du label Kill Rock Stars. Mais des dizaines et des dizaines de personnes ont fait partie de ce groupe. J’y suis resté un petit moment. Nous sommes partis deux ou trois fois en tournée sur la côte Ouest, après quoi nous avons fait une tournée Thrones/Witchypoo, vers 1994, 1995. C’était la toute première fois que je faisais une vraie tournée avec Thrones à travers les États-Unis.
En quelle année le groupe a-t-il splitté?
Je crois qu’il n’y a jamais vraiment eu de split officiel. Notre dernière tournée a eu lieu aux alentours de 2000.
Tu étais à la basse?
Je jouais surtout de la guitare, et puis des synthés, de la boîte à rythme. Tout ce dont on avait besoin, tout ce qu’on pouvait utiliser.
À quoi ressemblait votre musique?
C’est difficile à dire. C’est un groupe qui se réinventait en permanence. C’est vite devenu très improvisé du début à la fin. Les morceaux n’avaient pas vraiment de structures prédéterminées, on ne répétait pas vraiment. Sur scène aussi on improvisait totalement. On nous proposait une date, et on y allait. Mais la première incarnation du groupe était vraiment géniale. On jouait beaucoup dans des soirées à Olympia, là où je vis.

MEN’S RECOVERY PROJECT

On a enregistré deux albums ensemble. J’ai aussi fait quelques tournées avec eux au Japon et aux États-Unis. Ils m’ont demandé de les aider et j’ai accepté, mais c’était avant tout leur groupe (Ndlr : Neil Burke et Sam Mc Pheeters, ex-membres de Born Against). La dernière fois que j‘ai joué avec eux, c’était juste avant que je parte vivre à Olympia vers 1996. On s’est retrouvé en 2000 lors d’une tournée assez longue Thrones/MRP. En plein milieu, je me suis mis à paniquer. J’ai pété un plomb et je leur ai vraiment fait un mauvais trip. À ce moment-là, ça faisait à peu près quatre mois que je tournais non-stop et j’en avais plein le cul. Après ça évidemment, nous n’étions plus en très bon terme. Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux (rires).

EARTH

J’ai fait partie de Earth de 1989 à 1991, au moment où j’ai rejoint les Melvins. Quand j’ai commencé à jouer dans Earth, nous étions trois. Il y avait Dylan (Ndlr: Carlson) et Slim de Witchypoo au chant. Ils habitaient à Olympia, et moi dans l’Oregon, à quatre heures de là. J’étais fauché, je n’avais pas de voiture, et on arrivait difficilement à se voir pour répéter. On jouait le week-end de temps en temps et on s’enregistrait. Et puis, je rentrais chez moi. On a fait notre premier concert en aveugle, sans vraiment être prêts. Mais malgré tout, ça fonctionnait. Ce concert était génial. En sortant de scène on s’est dit: «Wow! C’était incroyable, ça va marcher!». Mais les concerts d’après furent catastrophiques. J’aimais jouer avec Earth à cette époque.
Dylan Carlson me disait que Earth était un passe-temps pour toi, et que ton vrai rêve à l’époque, c’était de faire partie des Melvins. J’imagine qu’il plaisantait à moitié…
C’est bizarre… (son regard s’assombrit) Tu sais, Dylan a dit beaucoup de choses pas très belles à mon sujet. Pendant un moment, il y a eu beaucoup d’animosité entre nous. Je ne sais pas ce qu’il pense de moi aujourd’hui. Peut-être qu’il plaisantait en disant ça… En tout cas, il a beaucoup changé. Les drogues ont été un gros problème dans ma vie, autant sur le plan personnel que dans mes relations avec les autres. Et ce fut un grand sujet de discorde entre lui et moi. Le fric et la drogue sont les deux grands problèmes de ma vie. Toutefois, j‘ai lu une interview récente de Dylan et il m’a paru différent, comme le Dylan que j‘avais connu. C’est sans doute le mec le plus intelligent que j’ai rencontré dans ma vie.
Son interprétation des bouquins de Cormac Mc Carthy est passionnante.
C’est marrant parce qu’indépendamment de lui, je suis passionné par les livres de Cormac Mac Carthy depuis des années. C’est de là que je viens.
Est-ce que tu as écouté leur nouvel album, Hex?
Non, ça fait des années que je n’ai pas écouté quoi que ce soit de Earth.

MELVINS

Tu as donc quitté Earth pour rejoindre les Melvins.
Encore une histoire qui s’est mal terminée.
Tu sais, si tu ne souhaites pas en parler…
Non, ça va. Je peux en parler tranquillement aujourd’hui, ce que je ne pouvais pas faire il y a quelques années. Je crois avoir fait un gros travail sur moi-même et aujourd’hui toute cette haine n’a plus vraiment de sens. Je n’ai plus de temps à perdre avec ça, c’est trop épuisant.
Tu t’amusais au début?
Oui, et c’est pour ça que j’ai tenu quelques temps. Tu sais, je les idolâtrais vraiment.
Peut-être que c’était justement ça le problème ?
Oui, c’était clairement une partie du problème. Quand je les ai rejoints, j’ai réalisé que les choses n’étaient pas vraiment comme je les avais imaginées. Je crois que j’ai été très… (long silence) déçu. Cependant, jouer avec eux était extraordinaire. Je me sentais libre. Être dans un groupe dans lequel tu peux absolument tout jouer du moment que tu aimes ça, c’est formidable. Même si personnellement, je n’ai jamais eu l’impression de faire partie du groupe, contrairement à ce qu’ils me disaient. Les Melvins, c’est le groupe de Buzz, un point c’est tout. C’est lui qui décide.
Comment expliques-tu la malédiction qui frappe les bassistes successifs des Melvins?
Je crois que c’est différent pour chaque personne. J’ai entendu beaucoup d’histoires là-dessus parce que j’ai pas mal d’amis qui les connaissent bien et qui me racontent ce qui se passe, que ça me plaise ou non (rires)! Pour ma part, je suis assez étonné qu’ils aient conservé autant d’animosité à mon égard compte-tenu de toutes les embrouilles qu’ils ont eu avec les autres bassistes qui m’ont succédés. À ce titre là, j’ai l’impression d’avoir été une sorte de bouc-émissaire. Mais aujourd’hui, je m’en fous. C’est leur problème.

THRONES (projet solo)

Au départ, Thrones était un projet réactionnaire. Je composais des morceaux, et je les jouais avec un batteur, mais ça ne fonctionnait pas vraiment. On n’avait pas la même vision des choses. Et surtout, je détestais qu’on me dise comment je devais les jouer. Alors j’ai décidé d’utiliser une boîte à rythmes, et c’était exactement ce qu’il me fallait. C’était un moment de ma vie où j’étais vraiment très isolé et j’avais besoin d’être indépendant musicalement. C’est pourquoi j’ai choisi de tout faire par moi-même. J’avais quitté les Melvins en 1992 et pendant l’année qui a suivi, je n’ai pas fait quoi que soit, à part un concert pour Halloween organisé par des amis à moi.
Certaines de tes programmations de boîtes à rythmes sonnent comme de vraies batteries…
En fait, je n’ai enregistré qu’un ou deux morceaux avec un vrai batteur, mais ces démos ne sont jamais sorties. Personne ne les a entendues et franchement, ça n’est pas plus mal! Programmer des rythmes est quelque chose que j‘aime vraiment faire, et je crois que je me débrouille plutôt bien pour ça. Malheureusement en ce moment, je n’ai plus d’endroit à moi, ni de temps et je ne compose pratiquement plus. C’est un gros problème pour moi.
À quel moment as-tu décidé de sortir la compilation de Thrones Day Late, Dollar Short?
Ça faisait pas mal de temps que des gens dans mon entourage me parlaient de ça, mais c’est au moment où j’ai tourné pour la première fois avec Sunn O))) en Europe, il y a quelques années, que l’idée a vraiment pris forme. Stephen me disait (en imitant sa voix) : «Tu devrais vraiment faire quelque chose avec tous ces morceaux!». Et puis je crois que de son côté, Greg de Southern Lord voulait vraiment me pousser, me donner une chance sur son label.
Je me suis fait la réflexion que ce que tu faisais avec Thrones avait beaucoup de choses en commun avec la musique de John Carpenter…
J‘adore ce qu’il fait. Je le prends comme un compliment.
Tu n’as jamais pensé à composer pour le cinéma?
J’ai toujours voulu faire des musiques de film. J’ai eu deux ou trois opportunités. Comme je n’ai pas beaucoup de temps, ça ne s’est jamais vraiment matérialisé, mais j’aimerais vraiment le faire. J’ignore si j’y arriverai parce que je suis très paresseux. Les deadlines me tuent!
Tu disais que tu n’avais plus le temps de travailler sur de nouveaux morceaux?
En fait, depuis un an, je n’ai pas vraiment d’endroit où vivre, de chez-moi. Et avec les nombreuses tournées de High On Fire, je n’ai plus beaucoup de temps. A chaque fois que je vais partir en tournée, je me mets à flipper et je me dis : «Allez, écris quelque chose, un nouveau morceau avant de partir!», mais ça n’arrive jamais. J’ai quand même écrit un nombre respectable de nouveaux morceaux qu’il faut que je termine. J’ai presque un set complet, du moins, si j’arrive à le finir. Je suis assez excité à cette idée. Mais j’ai commencé à déménager à Los Angeles, et je n’habite vraiment nulle-part en ce moment. Toutes mes affaires sont au garde-meuble. En rentrant de tournée, je récupère mon chat à Washington, et je pars habiter à L.A. J’attends donc d’être dans une situation plus stable et de pouvoir me relaxer pour recommencer à travailler.

SUNN O)))

J’ai enregistré deux albums avec eux (Ndlr : la série des White1 et White2). Nous avons aussi tourné en Europe ensemble et un peu aux States. Ce qui est dingue avec Sunn, c’est de voir que tout le monde les prend tellement au sérieux! Moi qui les connais, je peux te dire qu’ils sont toujours en train de se marrer (simulant une énorme rire gras) : «Huhu haha huhuh». Ils aiment s’amuser et c’est ce que j’aime chez eux. Quand ils font des concerts, ils sont toujours enthousiastes, ils essayent toujours de jouer avec les gens qu’ils trouvent intéressants. Ils aiment se payer du bon temps et ils ont un grand sens de l’humour.

LOUDMACHINE 0.5

C’est un groupe japonais. En fait, c’est le gars qui s’occupait entre autres de la distribution pour Kill Rock Stars au Japon qui avait monté Loud Machine. Le groupe jouait déjà sous d’autres noms depuis les années 80. La première fois que j’ai joué avec eux, c’était au festival Yoyo-A-Gogo à Olympia (Ndlr : en 1999). Après, j’ai fait quelques dates avec eux au Japon à la basse. En échange, ils vendaient les disques de Thrones au Japon. C’était plutôt marrant.

THE NEED

J’ai joué avec eux trois ou quatre fois. La première fois, c’était vers 1995. On n’avait encore rien enregistré, on ne faisait que jammer de temps à autres. Et puis, peu de temps après, on a tous déménagé à Olympia bizarrement, et c’est à ce moment-là qu’on a vraiment commencé à jouer ensemble. J’ai enregistré un 10’’ avec eux vers 1998, 1999. En 2001, nous avons fait notre dernière tournée ensemble aux États-Unis. Aujourd’hui, le groupe a splitté mais je suis toujours ami avec Rachel Carns, la batteuse qui joue maintenant avec King Cobra. Ça ressemble beaucoup à The Need. Sa façon de jouer et de chanter est très reconnaissable.

Pour finir, as-tu des regrets ?

Je ne sais pas. Je me suis senti bizarre quand j’ai quitté Earth parce que c’était le tout premier groupe dont j’avais l’impression de faire vraiment partie. Quoi qu’on en dise, on était sur la même longueur d’onde musicale Dylan et moi. J’aimais sa vision très conceptuelle des choses. J’étais très excité de jouer cette musique un peu étrange. C’était toujours un défi avec lui. J’ai eu des regrets, mais aujourd’hui avec du recul, je n’en ai plus. Il y a eu des raisons à tous ces mouvements. Beaucoup de gens pensent que quelque chose cloche chez moi, et me reprochent d’avoir joué dans tant de groupes différents.
On peut aussi voir dans tous ces changements l’expression d’une certaine ouverture d’esprit.
Oui, je trouve ça plutôt cool en définitive. Mais j’ai eu des problèmes à cause de ça sur le moment. J’aime jouer avec des personnes différentes parce que ça t’ouvre sur des mondes différents. Les gens voudraient que tu fasses toujours la même chose, toujours le même morceau pendant dix ans, et je suis bien content de ne pas en être arrivé là. Alors non, pas de regrets.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #6 (Janvier 2006)
couv VERSUS MAG #6

INTERVIEW – HIGH ON FIRE : The wings of destiny

19 Jan

Il y a presque un an jour pour jour, High On Fire mettaient au monde leur troisième rejeton, grâce au savoir-faire de l’accoucheur en chef Steve Albini. Sous le signe du changement, Blessed Black Wings aurait pu ne jamais voir le jour sans l’intervention divine et précipitée de la bonne fée Joe Preston (Thrones, Earth, Melvins), qui cinq jours seulement avant l’enregistrement, se voyait soudain promu bassiste du groupe après la défection de George Rice, trop fatigué pour continuer l’aventure, cassé par les mois passés sur la route, à écumer salles de concerts et festivals, à arpenter les États-Unis en long, en large et en travers. Toutefois, Matt Pike et Des Kensel n’étant guère du genre à aspirer à la paix au foyer et à la sédentarité, c’est donc sans Rice mais avec Preston qu’ils remettent le couvert pour une année de nomadisme métal. En cette fin d’année 2005, ils clôturaient cet impressionnant tour de piste par une tournée européenne difficile, achevée dans la douleur à Londres (bilan: un poignet cassé pour Pike). Rencontre avec le trio deux jours plus tôt, avant un concert parisien résolument crade, cru et poisseux, entre Discharge, Entombed, Motörhead, alcool, sueur et glaviots.

Depuis la sortie de Blessed Black Wings vous passez énormément de temps sur la route. Comment vivez-vous cela?
Matt : Eh bien… Je ne sais pas. On le vit au jour le jour. Mais effectivement, c’est un mode de vie assez rude.

Vous prenez toujours du plaisir à tourner ? Est-ce que vous n’en avez pas un peu marre au bout d’un moment?
Joe : Au bout d’un moment, j’en ai un peu marre effectivement (Rires)
Des : Un peu des deux en fait.
Joe : Je crois qu’il vaut mieux s’efforcer de ne penser qu’aux moments forts, histoire de rester un peu concentré.
Matt : C’est souvent éprouvant. Le bus dans lequel on tourne en ce moment est tellement inconfortable. On dort assis ou bien sur les genoux ou les épaules les uns des autres…

Vous dormez dans le bus?
Matt : Non, la plupart du temps, on dort à l’hôtel mais on est tous entassés…
Joe : On dort quand on peut et comme on peut. On est pratiquement à la bourre tous les matins. On se réveille et la seconde d’après, on se retrouve dans le bus à essayer de finir notre nuit. Si tu commences à faire une fixation là-dessus, alors ça devient vraiment épouvantable.

Vous utilisez des remontants?
Des : Si tu rajoutes des drogues, c’est encore pire. Le mieux, c’est d’essayer d’oublier que tu as mal, tous les mauvais côtés, le manque de sommeil et de continuer coûte que coûte.

Vous deviez jouer à Paris l’année dernière, et la date a été annulée…
Joe : Oui, c’était sensé être la dernière date de la tournée.
Des : Je crois que c’est le promoteur qui a annulé. Si je me souviens bien, il n’avait pas vendu assez de places…

Vous avez encore beaucoup de boulot à faire en Europe, n’est-ce pas?
En chœur : Oui ! (Rires)
Matt : J’aurais aimé que ça soit facile, débarquer ici et voir que tout roule… mais on en est très loin. Il y a bien quelques villes où ça se passe sans problèmes, mais la plupart du temps, on se rend compte que ça n’est pas gagné.

Ça se passe beaucoup mieux aux États-Unis, je présume…
Ensemble : Oui, c’est beaucoup plus facile.
Matt : Tu sais, on a joué tellement souvent là-bas…
Joe : Je crois que c’est toujours plus facile quand tu es dans ton propre pays. Même si les choses ne se passent pas très bien, tu te dis qu’il suffit de quelques heures de bus pour rentrer chez toi.

Est-ce que vous avez le sentiment que Blessed Black Wings a été vraiment crucial pour HoF, le début de quelque chose?
Matt : Eh bien, c’est ce que j’espérais, mais apparemment… (Rires). Plus sérieusement, je crois que oui, et on a beaucoup travaillé pour. Nous avons fait notre trou. Ces dernières années, on a réussi à remplir de très grandes salles dans certains endroits. Et les ventes de disques ont considérablement augmenté.
Joe : En rentant aux États-Unis, nous allons faire une tournée en tant que tête d’affiche pour la première fois depuis la sortie de l’album. Jusqu’à présent, les tournées aux États-Unis étaient un peu bizarres. Soit on ouvrait pour des groupes qui n’en avaient rien à foutre d’être là, ou pas grand chose, soit on jouait dans d’énormes festivals comme le Sounds Of The Underground. C’était vraiment bizarre. Cela dit, ça s’est beaucoup mieux passé que ce qu’on avait imaginé.
Matt : Oui, on s’est vraiment marré.

Vous vous amusez toujours à mettre des chaussettes et des caleçons sales dans les grosses-caisses des groupes avec lesquels vous jouez?
Matt : Hahaha. À un moment, on avait des tonnes de vieilles farces dans le genre! On s’est un peu calmés…
Des : Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait une bonne blague.
Joe : Il serait peut-être temps de s’y remettre, non?
Matt : Oui. D’ailleurs on joue avec Mastodon demain à Glasgow et je crois que je vais commencer à y réfléchir très sérieusement. Je leur réserve les meilleures.

Aux États-Unis, les concerts sont de plus en plus gros, le public de plus en plus nombreux. Est-ce que le stress est proportionnellement plus grand?
Matt : Bien sûr. C’est pas évident. Tu dois faire de mieux en mieux, avoir toujours en tête ce que tu dois donner au public, et surtout, garder assez d’énergie pour le faire, et le faire bien. C’est difficile parfois. Tu ne peux pas jouer et crier pendant une heure ou plus si tu n’es pas un minimum au point. Le stress est plus grand qu’à nos débuts. Quand on a commencé à jouer avec High On Fire, on était des vrais party animals, on n’en avait strictement rien à foutre. Aujourd’hui, on a quelques années de plus, et on essaye de soigner les choses un minimum. Ça ne veut pas dire que je ne suis plus un party animal, seulement tout est un peu plus tendu. Je ne peux plus me permettre de me mettre le cerveau en bouillie comme avant.

C’est aussi devenu votre job…
Matt : Tourner? Oui. Même si on le voulait, on n’aurait pas le temps de travailler à côté. Il nous arrive d’avoir un mois off entre deux tournées, mais imagine le temps de trouver un job…
Joe : Ça te prend déjà trois semaines…

Et au niveau des médias, vous avez ressenti une pression particulière ces derniers mois? Vous êtes attentifs à ce que les journalistes écrivent sur vous?
Des : On espère toujours que ça sera bon évidemment. Mais on ne se sent pas particulièrement sous pression. On ne peut pas faire grand chose de plus que de jouer nos morceaux.
Matt : Oui, tu as raison. On le fait avant tout pour nous-mêmes et parce qu’on aime ça. Si je me souciais de ce que les gens pensent et si j’avais voulu que tout le monde aime ce que je fais, j’aurais rejoint un groupe de country depuis longtemps ou bien un truc vraiment mainstream. HoF ne fait pas vraiment dans le metal mainstream. Et franchement, je m’en fous.

Vous n’avez pas été surpris pas les retours assez positifs sur Blessed Black Wings et son succès relatif auprès des médias?
Matt : À un certain degré si, mais on ne ressent pas tant que ça ce succès dont tu parles. Ça prend du temps, on n’en est pas encore là. C’est quelque chose qu’on ne réalise pas trop.
Des : Oui, je pense que les gens de l’extérieur, nos proches, nos amis ressentent cela bien plus que nous-mêmes. Quand je rentre chez moi après une tournée, je n’ai pas l’impression de revenir d’un truc extraordinaire et d’avoir tant de succès que ça. D’ailleurs je me déplace toujours à vélo…

Oui, tu m’avais déjà parlé de ton vélo la dernière fois qu’on avait discuté…
Des : Et merde, je l’avais déjà utilisée celle-là! (Rires)

Tu t’es quand même acheté une voiture depuis, non?
Des : Oui, je viens tout juste d’en acheter une. Mais j’ai 5 ans pour finir de la payer, donc je peux encore dilapider tout mon fric comme une rock star… pshhhttt !

C’est pas une Porsche quand même?
Des : Non, les Porsche, c’est bien trop petit pour moi ! (Il se redresse) Eh, ok j’ai la voiture, mais je roule toujours à vélo (Rires)… parce que je n’ai même pas de quoi me payer l’essence.

Vous êtes satisfaits du travail de Relapse?
Des : Oui, ils ont travaillé dur. Ils nous ont bien poussés. Ils ont contribué à ce qu’on soit un peu plus visibles…
Matt : Ils ont une bonne manière de bosser avec nous : «Si ça vous convient, alors ça nous convient aussi».

Pensez-vous que Relapse a eu un rôle décisif dans la tournure qu’ont pris les événements pour vous?
Joe : Moi qui suis un peu étranger à tout ça, je peux affirmer que Relapse a sûrement énormément aidé HoF, notamment au niveau des tournées. Et leur département promo est vraiment efficace.
Matt : Oui, pour ce genre de musique, je crois vraiment qu’il n’y a pas mieux. Ils investissent beaucoup d’argent dans la presse, la promo, la pub et tout ce genre de trucs…
Joe (s’adressant à Matt) : D’ailleurs, à chaque fois que vous veniez jouer dans le coin, j’étais toujours au courant… même si je ne suis jamais venu aux concerts. Ça veut bien dire qu’ils sont bons pour ça.

Blessed Black Wings est sorti il y a bientôt un an. Vous comptez retourner en studio bientôt?
Des : On l’espère.
Matt : Il y a bien quelques morceaux sur lesquels on travaille quand on rentre. Le problème, c’est qu’on ne reste jamais suffisamment longtemps chez nous pour vraiment pouvoir se poser et commencer à construire les choses avec Des…
Joe : Oui, je n’habite pas dans la même ville qu’eux, Oakland. J’en suis à peu près à 14 heures de voiture…

Tu habites où ?
Joe : J’ai habité longtemps à Washington, mais maintenant, je suis vers Seattle.

Et vous êtes toujours à Oakland ?
Des : Oui, près de San Francisco
Joe : Ça fait à peu près quatorze heures de voiture de chez moi.

Quatorze heures, c’est toujours difficile à imaginer quand on habite en France…
Joe : C’est un peu comme si tu conduisais jusqu’en Bulgarie juste pour le fun… (Rires)

Donc vous avez quand même quelques nouveaux morceaux de côté?
Matt : On n’a pas encore de morceaux vraiment finis et complets. Juste des bouts, par-ci par-là, quelques riffs qui prennent forme.

Pas moyen de composer dans le tourbus?
Matt : C’est difficile, on n’a pas assez de temps…
Joe : Et encore moins d’espace.
Matt : Il m’arrive quand même d’écrire des textes pendant les tournées. La dernière fois, j’avais apporté une douze-cordes. Ça dépend vraiment si j’ai une chambre d’hôtel ou non. En Europe, ça n’est pas possible. Aux States, j’amène généralement une seconde guitare avec moi, sur laquelle je peux jouer tous les jours.

Joe, tu comptes participer à l’écriture du prochain album?
Joe : J’espère…
Matt : J’espère que oui.
Joe : Pour l’instant, je n’ai rien apporté de mon côté. Disons que nous n’avons pas l’occasion de jouer très souvent ensemble en dehors des concerts. On se voit surtout pour travailler un peu le set avant de partir en tournée.
Des : Tu sais, après des tournées aussi longues, quand tu rentres chez toi, la dernière chose dont tu as envie c’est de retourner en studio, d’installer les instruments, de remonter la batterie et de te remettre à jouer. On a besoin de temps pour ça.

(À Joe) Il paraît que tu as dû apprendre toutes les lignes de basse et la structure des morceaux de Blessed Black Wings en à peine cinq jours ?
Joe : Oui, ils avaient besoin de quelqu’un rapidement avant l’enregistrement. J’avais cinq jours.
Matt : C’était un énorme bordel.
Joe : Les premiers jours ont été vraiment rudes. Des et Matt s’arrachaient les cheveux! Et je me disais : «Mon Dieu! Dans quoi je les ai embarqués? Comment je vais bien pouvoir m’en sortir cette fois?» (Rires)

Avec du recul, comment voyez-vous le travail de production de Steve Albini pour Blessed Black Wings ?
Matt : Au départ, on voulait vraiment essayer quelque chose de nouveau, se réinventer. Comme on devait recruter un nouveau bassiste, on s’est dit que c’était de toute façon l’occasion de prendre une nouvelle direction, ce que Steve Albini a parfaitement compris, et réussi. J’ai adoré enregistrer avec lui, il a fait du bon boulot.
Joe (à Des & Matt) : Est-ce qu’à ce moment-là, vous saviez déjà que George (Ndlr: George Rice, premier bassiste de HoF) allait partir ?
Des : On y pensait, oui. On savait que ça allait arriver. Mais on espérait qu’il partirait après l’enregistrement.

C’est par l’intermédiaire de Greg Anderson que vous avez rencontré Joe, n’est-ce pas?
Joe : Oui, lui et moi, on se connaît depuis un bon moment.
Des : J’ai appelé Greg. Je lui ai dit que notre bassiste était sur le point de partir et qu’on avait déjà réservé le studio. Au départ, il voulait le faire lui-même !
Matt : Qu’est-ce qu’il t’a dit déjà ? Un truc du genre «Mec, je vais bosser la quatre-cordes jusqu’à la mort !» ? (Ndlr: jeu de mots avec «death» et «doom», à peu près intraduisible en français) (Rires)
Des : Oui ! Bon, ensuite il m’a dit que Joe serait parfait pour ça. En fait, on avait déjà évoqué l’idée que Joe prenne la basse avant que Greg nous en parle.
Matt : À un moment, j’ai voulu proposer à Hank III de jouer avec nous. En fait, on cherchait simplement quelqu’un pour enregistrer l’album, sans vraiment penser à la suite. Et puis ça s’est tellement bien passé en studio qu’on a demandé à Joe s’il voulait bien faire quelques concerts avec nous.

Matt, peux-tu me parler de ton side-project, Kalas, anciennement Scum Angel. Vous avez changé de nom récemment, pourquoi?
Matt : Il était déjà pris. D’ailleurs, je crois que tous les noms de groupes dans le monde sont déjà pris. Ce nom m’était un peu égal au début, et puis au bout d’un moment, j’ai commencé à le trouver plutôt bien…
Des : Tu sais d’où ça vient, Joe? (il pouffe)
Joe : Ahaha oui! D’ailleurs je détestais ce nom jusqu’au moment où j’ai appris de quel film ça venait ! (Ndlr: Le film en question c’est… Le Monde de Nemo. Tout le monde pouffe)
Matt : Quoi qu’il en soit, on enregistre en janvier pour Tee Pee Records. Ça nous prendra entre une semaine et quinze jours. Et le studio est à côté de chez moi.

Tu trouves assez de temps pour les deux groupes?
Matt : Oui. Des et moi, on répète habituellement deux ou trois jours par semaine, et je consacre deux jours à Kalas. Finalement, on n’a pas grand chose à faire à part écrire de la musique, rester à la maison et jouer aux jeux-vidéos.

Qui sont les autres membres de Kalas?
Matt : Andy Christ qui faisait partie d’Eldopa et d’Econochrist, Scott Plumb et Paul Kott tous les deux ex-Cruevo (Ndlr: formation sludge-crust d’Oakland), et puis Brad Reynolds.
Des : Paul a également joué dans Medication Time.
Matt : Oui, et dans High Tone Son Of A Bitch.

Ça sonne comment?
Matt : Comme du metal classique, mais pas comme cette chose un peu bizarre qu’est HoF. Les tempos sont plus lents, c’est difficile à expliquer. C’est plus rock, plus étiré.

Des, pas d’autre groupe à côté?
Des : Non.
Joe : Il faut que tu bosses mec!
Matt : Pas la peine. Il a une femme, et elle cuisine bien!

Qu’avez-vous prévu dans les prochains mois?
Matt : On a cette tournée en janvier, et un concert le 31 décembre. Mais je crois qu’on va quand même essayer de se reposer un peu à Noël. Et puis on essayera de prendre le temps d’écrire de nouveaux morceaux avec Des, de les envoyer à Joe et de voir ce qu’il peut faire, au niveau des arrangements… On a un nouveau morceau vraiment cool. Peut-être qu’on pourra essayer de le jouer sur scène ? (À Joe) T’as déjà pris des cours accélérés avec Blessed Black Wings, tu verras, ça va passer tout seul!

www.highonfire.net
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #6 (Janvier 2006)
couv VERSUS MAG #6

HIGH ON FIRE @ Batofar, Paris (2 decembre 2005)

2 Déc

Lire la suite

THRONES – Day Late, Dollar Short

12 Juil

THRONES - Day Late, Dollar Short (Southern Lord 2005)
(Southern Lord, 2005)
Slack Metal

Joe Preston n’est pas né de la dernière pluie. Après avoir été membre du groupe pionnier de drone-rock Earth aux côtés de Dylan Carlson au début des 90’s, il rejoint pour un temps les légendaires Melvins. Plus récemment, il enregistre le White 1 et le White 2 avec les barbus de Sunn O))) puis remplace George Rice à la basse dans High On Fire, le brillant projet heavy-trash de l’ex-Sleep Matt Pike. Dans les cercles du métal déviant, croyez-moi, beaucoup seraient prêts à vendre leur chemise, leur âme et pourquoi pas leur mère en échange d’une telle carte de visite. Mais aussi enviable et respectable soit-il, Preston reste un homme de l’ombre et peu de gens sont au fait de son one-man band atypique. C’est donc seul et sous le nom de guerre Thrones que Preston réalise Alraune en 1996 et le double ep Sperme Whale en 2000.
D’autres néanmoins lui vouent un culte discret et soumis, à l’instar de Stephen O’Malley et de Greg Anderson du label Southern Lord sur lequel paraît aujourd’hui Day Late, Dollar Short : une sélection chronologique rassemblant 78 minutes de raretés et d’inédits enregistrés entre 1994 et 2001. Si la nature même de la compilation et des morceaux choisis en fait une galette un peu inégale, elle rend pourtant compte de l’extraordinaire éclectisme musical de cet homme ovni, sorte de Lou Barlow du metal lo-fi, qui puise aussi bien dans son passé au sein des Melvins, que dans l’univers bizarre des Residents ou de compositeurs comme John Carpenter ou Badalamenti. A mesure que s’enchaînent les 19 miniatures, on découvre un monde sonore parallèle et multidimensionnel qui ne ressemble à rien d’autre. Heavy-doom inquiétant, pièces électroniques bruitistes, ambient retors, stoner baroque, marches funèbres et sludge futuriste : Preston jongle avec les genres et les atmosphères, les mêlant, les tordant, puis les démêlant à grands renforts d’effets, de collages, de feedbacks, de séquenceurs surannés, de synthés ultra cheap, de boîtes à rythmes névrosées, de lignes de basse pachydermiques, de voix débilitantes pitchées, vocodées, accélérées ou passées à l’envers. Au milieu de ce génial bric-à-brac dont l’humour et l’étrange constituent le ciment, les cinq remarquables reprises (« Oracle » de Rush, « Black Blade » de Blue Oyster Cult, « Eastern Woman » des Residents, « Young Savage » de Ultravox et « A Quick One (While He’s Away) » des Who) montrent que le sludge master hirsute détourne avec la même audace qu’il construit.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #4 (Eté 2005)

couv VERSUS MAG #4

%d blogueurs aiment cette page :