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Interview avec Eugene S.Robinson

27 Avr

Pour fêter les trois dernières dates de la tournée française d’Eugène Robinson à l’occasion de la parution française de son excellent roman Paternostra (A Long Slow Screw, éditions Inculte) et de la sortie du DVD consacré au 20ème anniversaire d’Oxbow (A Luxury Of Empire, réalisé par Mariexxme), voici l’intégralité de l’interview en partie publiée dans mon article pour le n°76 de Chronicart (encore en kiosque pour quelques jours).

Qu’est-ce qui fait une bonne fiction selon toi ?
Je pense, très simplement, qu’une bonne fiction est celle qui appelle le désir. Je donnerais des points supplémentaires aux auteurs qui écrivent de bonnes histoires. C’est important. Je n’aime pas tellement le style de Paul Auster mais j’adore les histoires qu’il raconte.
Est-ce que dès le début, tu voulais inscrire Paternostra dans un genre particulier, le roman noir, le roman hardboiled ?
Ça va peut-être te surprendre mais je n’ai jamais pensé – et je ne pense toujours pas – Paternostra en termes de genre. Pour moi, ça n’est pas un roman de braquage. Je le considère, et je suis très sérieux, comme une monographie philosophique dont l’auteur est trop paresseux ou bien trop talentueux pour écrire un ouvrage philosophique sur la nature du lucre. En quelque sorte, c’est mon Opera de quat’sous.
Toutes les histoires, toutes les fictions possèdent une part de réel. Quelle est la part autobiographique dans Paternostra ?
Ce serait mon appétit existentiel profond, mes difficultés émotionnelles insolubles, mon incapacité à développer de l’empathie envers les autres êtres humains, et de sombres désirs pour le cash. Principalement. Et bien sûr, tu as raison : l’ensemble de mon travail est d’une manière ou d’une autre imprégné d’expériences très personnelles. Mais je pense que si j’avais voulu être totalement transparent sur le pourquoi du comment, j’aurais écrit des mémoires. Ce que ce livre n’est pas.


Tu dis souvent, à propos d’Oxbow, que les paroles que tu écris documentent ta vie. En quoi l’écriture d’une fiction ou d’une non-fiction comme Fight, la documente également ?
Ce que j’ai voulu dire, c’est que les disques d’Oxbow sont des journaux intimes virtuels. Par conséquent, les morceaux pris individuellement n’ont pas vraiment d’importance en dehors de leur contexte général et de l’œuvre dans sa globalité qui elle, est représentative de ma vie – voire qui en contient même une part d’absolue vérité.
Mais tu me demandes quelle est la différence entre les deux formes d’écriture ? C’est comme demander si manger des œufs est différent de manger des fruits. Les paroles de chansons sont de brèves esquisses qui doivent porter leur charge émotionnelle de façon suggérée sur une durée qui n’excède pas 5 minutes. La non-fiction est peut-être plus facile à condition que les recherches soient bien faites. La forme fictionnelle longue est très satisfaisante. Comme un bon bain chaud.
Dans ton livre, tu décris un New-York chaotique, sombre, dangereux et omniprésent. Est-ce que c’est le New-York dans lequel tu as grandi ?
Oui. Mais le New-York dans lequel j’ai grandi n’existe plus depuis longtemps. D’ailleurs, personne n’aurait imaginé le contraire. Le photographe Richard Kern est le premier à m’avoir dit que ça serait bientôt fini. Cette forme de chaos était trop bien pour durer. Et puis franchement, qui l’aurait souhaité ? Les immeubles cramés, la coke, les agressions, la merde de chien, l’émergence de formes extrêmes d’expression sexuelle… La liste peut continuer encore longtemps. Quand j’y vivais, tout cela était alimenté par l’héroïne. L’héroïne et la coke – le crack n’est arrivé que plus tard, après que je sois parti pour la Californie. C’était très chargé, le vieux New-York jouxtait le nouveau monde. C’était sauvage comme une Far West sans l’Ouest. La dimension est devenue urbaine, c’est-à-dire qu’elle avait perdu toute organisation de classes. Les gosses de riches regardaient les transsexuels se faire tabasser par leurs macs dans toute la ville. Joey Gallo s’est fait tirer dessus en plein milieu de la rue devant une Clam house. Chaque instant était réellement aussi intense que tout ce qu’on a pu entendre à ce sujet. Moins le crack et le sida. Ça, c’est arrivé seulement en 1980.

La forme fictionnelle longue est très satisfaisante. Comme un bon bain chaud.

T’es-tu inspiré de tes activités de journaliste pour te documenter, par exemple sur les milieux criminels ?
Je pense que la plupart des écrivains ne dorment JAMAIS. Autrement dit, l’enregistreur est toujours en marche. Si ce que disait Hemingway contient quelque vérité, alors oui, j’ai effectivement écrit à partir de ce que je sais et des lieux où je suis allé. J’appelle ce livre mon livre New-Yorkais. En tant que New-Yorkais, même si j’ai vécu plus longtemps en Californie qu’à New-York, il m’a fallu tout un livre pour sortir cette ville de mon système. Donc oui, les recherches additionnelles sur les milieux criminels et surtout, la faculté de se souvenir des choses sans être constamment connecté à un enregistreur m’ont sûrement aidé et m’aident encore.
Pour Jake, le personnage principal, les dilemmes habituels, les questions morales (Dois-je prendre les diamants? Dois-je tuer pour prendre les diamants ?) ne se posent pas vraiment. En dehors du fric, de la vie rêvée et du pouvoir qui vont avec, qu’est-ce qui motive ses actions ? Le pur désir d’aller jusqu’au bout ?
La beauté du personnage de Jake est qu’il est étranger à ses propres motivations, comme le sont d’ailleurs beaucoup de gens qui, quand ils obtiennent enfin ce qu’ils ont toujours voulu, n’ont aucune idée de COMMENT FAIRE avec. Comme une sorte de compréhension animale, ils sait qu’avoir PLUS rendrait, d’une certaine façon, sa vie meilleure. Mais le fait que ça n’arrive pas ne change rien à la manière dont il projette ses propres pouvoirs de représentation.
Ceci est en dehors de la morale puisque celle-ci nous apprend généralement que les bons prospèrent alors que les mauvais souffrent. Que se passe-t-il pour ceux qui pensent être des hommes vertueux ayant fait « tout ce qu’il fallait faire » et qui s’aperçoivent que pour autant, les choses ne se sont pas améliorées pour eux ? Ne sont-ils pas sous l’emprise de la morale ? Mais pour répondre à ta question : Jake est motivé par ce « PLUS » qui affecte tous les individus du monde occidental.
La fin du livre hésite entre absurde et pessimisme : tout ce que les personnages ont mis en oeuvre est vain parce qu’au final, personne n’y a rien gagné,. On pense à la fameuse interrogation de Brecht : « Quel est le plus grand crime, braquer une banque ou en ouvrir une ? » Quelle est ta conception de la moralité ?
Je suis un amoraliste. Mon sens du fairplay est ce qui se rapproche peut-être le plus d’une forme de morale. Cela signifie juste que je n’aime pas voir un homme battre un enfant. Je n’aime pas voir dix hommes en tabasser un, sauf s’il l’a vraiment mérité. Tout le reste est équitable selon moi. Un contrepoint du fairplay. Mais en vérité, je me fiche de tout ça. Nous sommes plus disposés à l’amoralité qu’à n’importe quoi d’autre. Ma conception de la moralité est qu’elle est une valeur utile en tant que structure normative mais que seuls les fous s’en font une religion.
Tous les personnage du livre, sans exception, sont à un moment ou à un autre attirés par le fric. Quelle est ta relation à l’argent ?
Dans ma vie, il m’est arrivé d’avoir beaucoup d’argent et d’horribles, horribles moments sans argent. Dans ma relation avec l’argent, il y a l’idée que la vie est clairement meilleure avec que sans. La nourriture, la boisson sont meilleures. Ça sent meilleur. Chaque lieu est mieux que le précédent. Sans argent ? La vie est un fardeau. Mais c’est une relation de haine. Même si je suis intimement persuadé que l’argent est une abstraction qui devrait par conséquent être ignorée, je suis néanmoins attiré par son pouvoir et je n’ai jamais éprouvé la moindre honte à ça. L’argent est comme un rayon-x qui te permet de voir à l’intérieur de toi et ça, c’est bien plus précieux que toutes les valeurs standard qu’on peut lui assigner.
Que peux-tu faire gratuitement ? Que-ce que tu ne ferais pas sans être payé ?
Je baise gratuitement, bien que je pourrais aussi le faire pour de l’argent si son cours actuel était répercuté sur le marché. Tout ce qui implique un travail physique DOIT être payé. Ça inclut aussi le chargement du matériel dans un van quand tu vas jouer quelque part.


Tu évoques l’enfance de Jake, particulièrement sa relation (ou non-relation) au père. En quoi est-elle déterminante sur sa vie d’adulte ?
L’absence de relation avec son père sert à souligner la réalité qui est que dans son monde, Dieu est mort.
Certains écrivains élaborent leurs livres de manière ultra-structurée (je pense, par exemple, à James Ellroy qui part de fiches historiques, de chronologies et de notes de fictions très détaillées avant de construire un synopsis et une séquence d’événements et de s’atteler enfin à la partie subjective de l’écriture). Quelle a été ta démarche pour l’écriture de Paternostra ?
Je pense que tu peux facilement dire quels sont les écrivains qui ont une démarche très structurée et les autres. J’adore Ellroy et son travail bénéficie vraiment de cette approche. Ça correspond tout à fait à sa personnalité et au ton littéraire emprunté aux gazettes à sensations. Mais mon approche est très intuitive parce que je crois que les livres s’écrivent tout seuls. Je commence avec une structure élémentaire et une histoire et ensuite, je plonge à pieds joints dans les profondeurs, précisément là où l’histoire commence. A ce moment-là, je ne suis plus que le dactylo. Et quand bien même je saurais comment je veux que l’histoire se termine, rien ne garantie que j’y parviendrai si les personnage ne le veulent pas.
Quand et pourquoi as-tu commencé à écrire ?
J’ai commencé à écrire vers l’âge de 8 ans sans vraiment pouvoir l’expliquer. Je trouvais ça amusant et j’aimais bien lire donc pour atteindre la joie ultime, il fallait parvenir à créer, à écrire des choses que j’aurais moi-même aimé lire.
Quels sont les écrivains qui t’ont poussé à lire et à écrire ?
Nabokov, Martin Amis, Jose Saramago, Kerouac, McCarthy, Durrell, Bukowski, Heller… J’ai pris beaucoup de plaisir a essayer de comprendre leur façon de travailler. Avant eux, ceux qui m’ont amené à la lecture furent Hemingway, Kerouac, Jack London, Dickens, Mark Twain et tous ceux dont l’oeuvre pouvait être comprise par un garçon de mon âge. J’ai commencé à lire à 7 ans. En revanche, je ne me souviens pas avoir jamais établi de connexion entre les auteurs que j’aimais lire et mon propre passage à l’écriture. Pour moi, écrire, c’était un peu comme quand un enfant rapide se met à courir très vite. Je pouvais le faire et le faire bien, j’aimais ça et en le faisant, j’avais l’impression de faire exactement ce que pourquoi j’étais là.
En général je suis plutôt indulgent quand il s’agit de littérature même si j’apprécie vraiment les livres qui fonctionnent sur plusieurs niveaux avec une réelle maîtrise du langage. Ce que je déteste par dessus tout – c’est le cas de beaucoup de gens que je connais, dont certains sont même des amis et qui ont tous beaucoup plus de succès que moi – ce sont les auteurs qui sont au-dessus de leurs capacités réelles. Ecrire hors-catégorie et écrire mal. Pourtant les mauvais livres remplissent les librairies. Mais puisque j’ai toujours voulu m’amuser, je suis sûr de remplir ma vie agréablement en songeant que tous ces mauvais livres rapportent des millions, alors que pour moi, écrire me permettra juste de passer du temps sur cette terre sans faire trop de mal aux autres.
Même question en ce qui concerne la musique.
En ce qui concerne la musique, je suis réellement très indulgent. Je sais à quel point c’est difficile. Et qu’est-ce que ça peut bien foutre que je n’aime pas un truc ? Quand j’étais môme, j’adorais Ray Charles, Little Richard, Elvis et les Beatles. Ce que je trouve rédhibitoire en musique ? C’est très simple : les mecs idiots sans imagination qui seraient plus à leur place à servir dans une épicerie et les chanteuses qui pensent/qui ont l’impression que la seule façon d’y arriver c’est de me donner envie de les baiser avec chaque chanson, chaque pub, chaque concert, chaque mot prononcé. J’ai la flatterie en horreur.

OXBOW – Fuckfest (réédition)

14 Mar

(1990, CFY/PAthological / 2009, Hydrahead)

En pleine Oxbowmania, la récente exhumation de Fuckfest par Hydra Head tombe à point nommé, notamment pour ceux qui n’avaient pas eu la chance de pouvoir se procurer l’édition très limitée du double-CD vendu sur la tournée 2008, Fuckfest/12 Galaxies. Paru originellement en 1989 sur CFY (le propre label d’Eugene Robinson) puis en 90 sur Pathological (celui de Kevin Martin : God, The Bug, Techno Animal), ce point de départ discographique constitue de fait un excellent témoignage du chemin parcouru par le groupe. Mais plus encore, cette réédition (remasterisée par John Golden pour l’occasion) devrait pouvoir servir de ré-introduction pour tous ceux qui ont découvert Oxbow par le prisme tardif de The Narcotic Story, alors que le groupe trainait déjà derrière lui presque vingt ans d’histoire au service de « l’Art pour l’Art » – pour reprendre les mots de Robinson. Vingt ans, ça parait difficile à croire, mais après tout, la sagesse populaire ne dit-elle pas que les pots fêlés sont ceux qui durent le plus ? On pourrait rajouter qu’Oxbow a produit l’une des œuvres les plus personnelles et singulières des deux dernières décennies, et que cette personnalité ne s’est jamais effritée sous l’effet du temps.
A l’époque de l’enregistrement de Fuckfest, le personnel ne s’est pas encore stabilisé autour de l’inébranlable quatuor que l’on connait aujourd’hui. Le bassiste Dan « fretless » Adams, n’est pas encore de la partie et Greg Davis se partage la batterie par intermittence avec un certain Tom Dobrov. Manifestement, le groupe ne semble pas non plus totalement affranchi de l’influence du hardcore américain, de Black Flag ou des Bad Brains (rappelons que Robinson a passé quatre ans, de 82 à 86, au sein de Whipping Boy), comme en attestent les tumultes de « Curse », le morceau d’ouverture, avec ses power-chords et les rugissements bestiaux de Robinson (pour le coup au moins aussi hardrock que hardcore). Et pourtant, ce 6-titres contient déjà tout le ferment des œuvres à venir : la syntaxe si particulière du guitariste Niko Wenner, entre clairs-obscurs acoustiques (« The Valley »), riffage massif, dissonances tourbillonnantes et fureur électrique et bruitiste ; la poésie d’écorché vif de Robinson tendue par une énergie noire qui tient à la fois de l’introspection et d’une forme de démence cathartique ; enfin, cette impression persistante de fin des temps. Tout est déjà là, et il ne reste plus qu’à attendre l’arrivée de Dan Adams sur King Of The Jews pour atteindre définitivement l’épaisseur et la cohésion qui manquent encore un peu à ce Fuckfest, même si les six minutes de « Yoke » – walking-bass rampant façon jazz dépravé illuminé de guitares hurlantes – restent certainement l’un des moments les plus intenses de toute la discographie d’Oxbow.
Enfin, pour mieux saisir la force chaotique, non seulement de ce disque, mais aussi du groupe, il faut également rappeler que Fuckfest avait d’abord été conçu et pensé comme la chronique d’un suicide annoncé, celui d’Eugène Robinson (« I’ll never get out of this life alive »), qui fut avorté après le petit succès d’estime du disque à sa sortie. Parce qu’« un mec qui se bat est toujours plus intéressant qu’un mec qui sombre » et qu’un bon Eugène n’est pas un Eugène mort.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #14 (janvier/février 2010)
couv NOISE MAG#14

OXBOW – Video Interview Part IV – Fight

7 Sep

Interview & French Subtitles by Francoise Massacre /// Cameras by Arnaud Gabache & Mariexxme /// Edit by Mariexxme  – Part 4/4

Part 1/4 (The Beginning)
Part 2/4 (The Narcotic Story)
Part 3/4 (On & Off Stage)

OXBOW- Video Interview Part III – On & Off Stage

6 Sep


Interview & French Subtitles by Francoise Massacre /// Cameras by Arnaud Gabache & Mariexxme /// Edit by Mariexxme – Part 3/4

Part 1/4 (The Beginning)
Part 2/4 (The Narcotic Story)
Part 4/4 (Fight)

OXBOW – Video Interview – Part II : The Narcotic Story

5 Sep

La deuxième partie de l’interview filmée d’Oxbow est en ligne ici:

Oxbow - Video Interview Pt 2 : The Narcotic Story

Interview & French Subtitles by Francoise Massacre /// Cameras by Arnaud Gabache & Mariexxme /// Edit by Mariexxme – Part 2/4

Part 1/4 (The Beginning)
Part 3/4 (On & Off Stage)
Part 4/4 (Fight)

OXBOW – Vidéo interview – Part I : The Beginning

29 Août

Ladies & Gentlemen, le premier volet de l’interview d’Oxbow que Marie et moi avons réalisée le 16 juillet dernier à la Maroquinerie est dans la boîte. La deuxième partie est presque terminée, la troisième en est loin, loin, loin…

Part 2/4 (The Narcotic Story)
Part 3/4 (On & Off Stage)
Part 4/4 (Fight)

De la cuisse de jupiter, à propos de « The Anvil Will Fall »…

31 Juil

Je lis un peu partout sur la toile des compte-rendus de la tournée Oxbow/Harvey Milk.

Un peu partout donc, je lis des choses pas croyables sur ce morceau d’Harvey Milk, « The Anvil Will Fall », qui semble-t-il, a laissé interdits une bonne partie des spectateurs et dont voici un extrait:

Il y a quelques temps sur le postjournal, Basile commentait: « ah, cet hymne symphonique sorti de nulle part, c’est à pleurer tellement c’est improbable« . Je n’ai jamais relevé, jamais répondu, j’aurais dû et je m’en excuse.

Ailleurs, je lus tout et n’importe quoi de « niaiserie« , « violons mielleux« , « bizarroïde« , à « the most underrated, fucking awesome-est song in all of 90s rockness«  en passant par le moins indécrottable « […]instantly recognisable British hymn Ummm by Shit, It’s On the Tip of My Tongue (help ? anyone ? Put me out of my misery and tell me what it is)« . Moins indécrottable, j’insiste, parce qu’enfin voilà quelqu’un qui « reconnait » et qui s’interroge.

And you know, I’m so glad i can put you out of your misery.

« I Vow to Thee, My Country » est un hymne patriotique anglais composé par Gustave Holst dans la première moitié du siècle dernier (Plus de détails sur la Bible communautaire). Tout le monde a déjà entendu les « Planètes » de ce même Gustave Holst, cette œuvre pas tout à fait aussi pompière, presque aussi populaire mais pas encore aussi détestable que le « Carmina Burana » de Carl Orff. Et tout le monde a au moins entendu une fois le mouvement le plus célèbre de cette tentative Debussy-esque ratée. JUPITER. Tout le monde. Oui.

Aussi, en entendant « The Anvil Will Fall », ce même tout le monde devrait reconnaitre quelque chose qui alors, invaliderait tous les commentaires définitifs emballés en 2 secondes (« Ce morceau d’Harvey Milk est le plus grand morceau de l’histoire du Rock » au même titre que « C’est qu’ils voudraient nous faire chialer, les bouseux, avec leurs violons » – Je caricature à peine). Simplement parce que ce morceau n’est pas d’Harvey Milk et que c’est par conséquent en tant que citation/reprise que ce morceau fait sens – le sens que vous voudrez d’ailleurs, là n’est pas la question. Et si pour les Ecossais « The Anvil Will Fall » a un goût particulièrement amer, ça n’est bien sûr pas ‘à cause des violons mielleux’ mais parce qu’en tout état de cause, les Ecossais n’ont pas beaucoup d’estime pour Madame Thatcher. On les comprend.

Le savoir, ou faire ‘l’effort’ de le savoir, ou accepter de le savoir, c’est, au minimum, comprendre où le groupe essaye d’aller, comprendre où il veut en venir et pas simplement lever ou baisser paresseusement son pouce en signe de vie ou de mort. Comme s’il existait une catégorie de groupes pour qui refuser de trancher entre le gras et le maigre, la bière et la limonade serait intolérable.

Du reste, et surtout, Harvey Milk étant irréductible à un groupe de sludge de cul-terreux – il suffit d’écouter n’importe lequel de leurs albums pour s’en convaincre – ce que certains voient comme une ‘bizarrerie’ ou une aberration est en réalité en parfaite adéquation avec leur discographie polymorphe et accidentée.

OXBOW + HARVEY MILK @Maroquinerie, Paris (16 Juillet 2008)

20 Juil

Finalement, pas de poussage de disques mais quelques photos en ligne de ces deux concerts trop courts-trop bons ICI et ICI, plus une interview filmée d’Oxbow à venir. Soon…

oxbow

Oxbow

harvey milk

Harvey Milk

Il paraît…

23 Juin

…que j’aurai l’honneur d’assurer la sélection musicale (warm up, kids) sur la date obligatoire de HARVEY MILK, d’OXBOW et de Red Sparowes à la Maroquinerie le 16 juillet prochain, sur celle de LOCUST un peu plus tard à la rentrée et, beaucoup moins probable, sur celle de WILL HAVEN le 23 septembre.

flyer maroqu

Interview – OXBOW: The War Against Cliché (Rock’n’Roll Nigga)

11 Sep
Oxbow @ La Loco, Juin 2007

oxbow @ la loco, paris (juin 07)

The Narcotic Story, le sixième et nouvel album d’Oxbow, est un chef-d’œuvre. Mais plus magnifiquement encore, il se pose là, comme une objection éclatante au lieu-commun usurpatoire qui cadenasse le groupe à l’intérieur d’une prison opaque de violence et de dangerosité depuis Fuckfest en 1990. Oh non, The Narcotic Story est un disque qui ne se dérobe ni à la violence, ni à la dangerosité, ni à la tension, mais il n’est pas QUE cela, et plus que tous les autres il crache sa profondeur et son intensité à la face de qui veut bien les recevoir.
Quelques minutes avant sa métamorphose, c’est avec un calme olympien, un franc sourire et une incroyable suavité que le colosse d’ébène Eugene Robinson, la plume, le corps et la voix d’Oxbow, évoque la genèse de The Narcotic Story, la musique, l’écriture, la littérature, le suicide, l’ironie, le combat, la nudité, les Bee Gees, et sa vision du monde, bientôt rejoint par Niko Wenner, le guitariste et compositeur du groupe. C’était à Paris à la Loco, et Oxbow qui ouvrait pour Isis – transparents – nous a laissé par terre, en mille morceaux.

«Il y a beaucoup de gens qui méritent de mourir et qui pourtant ne meurent pas. Penser à eux me remplit de rage. Alors j’ai décidé de voir en ma propre vie un unique acte de vengeance»

Première question… ça te dérange si je fume ?
Oui! (Premier éclat de rire) Désolé, je dois vraiment préserver ma gorge.

Peux-tu me raconter la genèse de The Narcotic Story? Comment l’idée de cet album a-t-elle germé et grandi depuis An Evil Heat en 2002?
Il y a deux réponses à cette question. La première nous concerne en tant que musiciens. Nous avons essayé de faire quelque chose que nous n’avions jamais fait auparavant. Lorsqu’ils deviennent connus, certains artistes épuisent leurs forces à essayer de faire et de refaire le même album, encore et encore. Si c’est vraiment ce que tu veux atteindre, d’un point de vue philosophique, alors tu dois en donner différentes versions et l’envisager sous différentes perspectives, comme dans Rashomon, le film de Kurosawa. La deuxième réponse, c’est que cela fait quatre ans que l’on joue The Narcotic Story mais comme pour tous nos autres disques, cet album est simplement le reflet de nos vies à un moment donné, ni plus ni moins. Je crois que l’on ne peut pas documenter sa vie si on ne la vit pas… En tout cas, nous avons essayé de documenter nos vies en utilisant la musique, et en ce qui me concerne, l’écriture. Finalement, même si le groupe et moi-même utilisons différents mediums, nous avons tous fini par converger vers la même chose: The Narcotic Story, avec ce son, ces arrangements, cette violence. Ça nous a pris des années et des années de répétition, petit bout par petit bout, jusqu’à ce qu’on aboutisse à quelque chose qui avait un sens pour nous tous.

Vous avez travaillé petit bout par petit bout, mais aviez-vous une vision globale de ce à quoi vous vouliez aboutir?
De mon point de vue, non. J’écris les textes et les titres. Dans mon esprit tous les albums mis bout-à-bout forment un livre. Fuckfest, King Of The Jews, Let Me Be A Woman… tous sont des pages ou des chapitres d’un seul et même livre.

Ton livre?
Moi! (Rires)

Est-ce que les autres membres du groupe ont aussi leur propre livre?
Ils travaillent et construisent les structures musicales autour des thèmes que je leur propose. Donc il n’y a pas tellement de différence pour moi… Ou peut-être que si, ça fait une différence. Lorsque j’écris, j’espère toujours qu’une réelle connexion émotionnelle s’établira entre mes textes, les thèmes que j’aborde et le reste du groupe. Mais le fait est que deux personnes ne sont et ne seront jamais tout à fait sur la même longueur d’onde émotionnelle, n’est-ce pas? Je crois que l’essence de ce que l’on fait réside dans ce qu’ils forment un vrai noyau dur et qu’ils arrivent à construire une trame émotionnelle forte autour des textes, des thèmes et des titres que je leur donne. Et tout ça ne peut fonctionner que si tu gardes à l’esprit que tout ce qui compte, c’est de faire exactement et artistiquement ce que tu es et ce que tu veux.

Donc The Narcotic Story est le disque parfait?
Oui, c’est le disque parfait. Je défie n’importe qui de trouver un seul passage de cet album qui n’est pas réussi. Tu peux ne pas l’aimer, c’est une chose, mais pour moi, rien dans ce disque n’est là par hasard. Il n’y a rien que j’aurais fait différemment, pas une note, pas un mot, pas un morceau. Pour nous tous, c’est quelque chose de rare. Peut-être que je parle pour moi, mais oui, c’est rare d’atteindre ça. J’ai tellement écouté ce disque… et pas parce que je DEVAIS l’écouter.

C’est facile pour toi de l’écouter?
Oui. Mais tu sais, ça fait un moment que je fais de la musique et je ne suis pas capable de réécouter tout ce que j’ai fait.

Comme quoi? Fuckest ou King Of The Jews?
Non, ceux-là, je peux encore. Parcontre, j’ai fait des voix pour les Dead Kennedy’s et pour le coup je ne peux pas écouter ça sans avoir envie de rentrer sous terre ! (Rires) En revanche, j’ai dû écouter The Narcotic Story à peu près … 207 fois.

Y’a-t-il eu une part d’improvisation dans la composition de l’album?
L’improvisation a joué un rôle minime. Nous avons passé six mois à travailler sur des minuscules sections des morceaux et nous avons répété quatre ans pour ce disque. J’avais besoin d’assister aux répétitions mais il n’était pas question que je chante une seule note parce que dans ma tête je ne pense pas aux parties que je vais chanter. La manière dont je conçois les voix est très différente de la manière dont fonctionne le reste du groupe. Je connais le sens des mots. Je connais les émotions qu’ils évoquent pour moi. Mon rôle pendant les répétitions, c’est de me demander si la musique qu’ils jouent correspond à ce que je ressens et à la manière dont j’imagine vouloir exprimer ce que je ressens. C’est un processus laborieux. Ils jouent, j’écoute ; j’écoute, ils jouent. Et finalement, après quatre années, nous avons abouti à cette chose où les voix font écho aux émotions, où les émotions font écho à la musique, où la musique fait écho aux voix. Et tout se rejoint dans en cet ensemble qu’est The Narcotic Story.

Il n’y a donc pas de systématisme dans la manière dont vous assemblez les textes et la musique…
Non, mais généralement, les textes arrivent avant la musique. C’est comme ça depuis le début. Je donne le nom de l’album et les paroles à Niko sans aucune explication supplémentaire quant à la direction que les morceaux doivent prendre. Nous avions besoin de ce genre d’explications au moment des deux premiers albums mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Niko est mon guitariste, mais c’est aussi un génie de la musique… et je dirais exactement la même chose s’il n’était pas mon guitariste (rires). Il saisit parfaitement la manière dont j’écris, mais il sait aussi qui je suis, en tant que personne. Par conséquent, il comprend facilement ce que j’ai voulu exprimer avec ma voix et mes mots, mais aussi avec mon corps.

En dehors du fait qu’elle reflète ta vie et tes propres expériences, ton écriture est-elle ou a-t-elle été influencée par certains écrivains? Il m’est arrivé de penser à John Fante en lisant certains de tes textes.
J’aime beaucoup John Fante. C’est un des rares écrivains à être allé à l’encontre de la critique. Bukowski a été influencé par Fante, et je ne sais pas à quel point Fante a lui-même été influencé par Knut Hamsun. En tout cas, leur écriture est très similaire. J’aime vraiment ce qu’ils ont fait, mais ce ne sont pas des écrivains dont je me revendiquerais. Ça fait un bout de temps que j’écris. Par conséquent, je lis avec un regard d’écrivain un peu biaisé, de la même manière que Nico va observer et décortiquer le jeu des autres guitaristes en concert. Quand je lis, j’y prends évidemment et heureusement du plaisir mais c’est aussi comme si je regardais les pixels au lieu de regarder l’écran. J’adore John Fante, j’ai un penchant naturel pour sa plume, mais à un certain moment, je ne peux pas m’empêcher de me représenter la manière dont il s’y est pris. Ça ne rend pas ses livres moins agréables à lire, ça les rend moins intéressants. Ça n’est pas forcément négatif. Par exemple, il y a certains écrivains, comme Cormack McCarthy…

Blood Meridian est fascinant.
Oui, Blood Meridian est vraiment génial mais quand je lis certains de ses livres aujourd’hui, j’arrive à voir derrière le rideau, je peux voir comment il a construit son texte et ce qu’il a essayé de faire. Je ne les apprécie pas moins, mais je ne peux plus les lire comme avant. Bizarrement, Martin Amis est peut-être le seul écrivain qui arrive vraiment à me retourner. Les gens se moquent de lui alors que son écriture est pourtant terriblement sophistiquée et ses livres conceptuellement très audacieux. Il écrit en se foutant complètement de ce que les gens vont penser. Pour te donner un contre exemple, je suis un grand fan de Francis Scott Fitzgerald, mais quand tu le lis tu sens qu’il s’est posé la question de savoir si les gens allaient aimer ou non, ce qui pour moi n’est pas une bonne façon d’aborder l’écriture. Il faut écrire sans tenir compte de ceux qui te liront. Je me fous complètement que les gens aiment ce que je fais. Je dis ce que j’ai besoin de dire et tant mieux si certains l’entendent.

Peut-on considérer Franck, le personnage central de The Narcotic Story, comme ton alter-ego?
(Sans hésitation) Oui.

Dans quelle mesure son histoire avec la drogue fait-elle écho à ta propre histoire?
En fait, il est prévu que The Narcotic Story soit une pièce en trois actes: l’album, la bande-originale du film et le film. Le film racontera l’histoire d’un ami à moi dont l’histoire converge avec la mienne… à la différence qu’il a fini en asile psychiatrique alors que moi je suis là, à discuter avec toi (rires).

Il y est toujours?
Je ne crois pas. On a joué en Californie il n’y pas longtemps et il m’a appelé en me disant qu’il venait de s’échapper de l’asile. Il me racontait que quand tu arrives, ils gardent ton portefeuille pour que tu ne puisses pas t’enfuir bien loin et bien longtemps. Il avait réussi à planquer son permis de conduire et à foutre le camp. C’est un génie. Même sa folie est structurée. Et c’est de notre histoire dont je parle dans The Narcotic Story.

The Narcotic Story sera donc un triptyque, dont l’une des parties sera un film. Qui va le réaliser? Toi?
Non je n’espère pas ! On en a discuté avec Gibbs Chapman qui a produit An Evil Heat. Il est aussi réalisateur. Il a réalisé une paire de petits films indépendants. On en a aussi parlé à Josh Graham (Ndlr: graphiste attitré de Neurosis, également musicien dans Red Sparowes et Battle Of Mice) qui a fait des vidéos pour Dillinger Escape Plan, Bee & Flower, Isis, mais il est maintenant occupé avec ses propres groupes. Il faut qu’on voie s’il est toujours intéressé. Si jamais nos pistes n’aboutissent pas – on en discutait hier encore – on peut le diriger nous-mêmes. Nous avons un autre ami, Massimo… il est sur ce label… (Il cherche) Le label de ce type qui fait KTL avec Stephen O’Malley… Peter…

Peter Rehberg, le label Mego?
Oui voilà, merci, bravo! (Rires). Donc Massimo qui a sorti quelques disques sur Mego pourra peut-être nous donner un coup de main pour le film. De toute façon, j’imagine que The Narcotic Story ne sera pas distribué dans le même réseau de salles que Shrek 3, donc il n’y a aucune raison pour qu’on ne le fasse pas par nos propres moyens. (Rires)

Est-ce que la trame du film sera vraiment narrative?
Oui. Ça sera un film, pas une vidéo musicale, pas un documentaire. Je ne sais pas si tu as ouvert le livret de l’album mais les photos à l’intérieur sont inspirées du film. On aura tous un petit rôle dedans. Je pense que ça va être amusant à faire. Quoique, il y a sûrement des choses beaucoup plus amusantes à faire. (Rires)

Et la bande-originale?
Elle viendra après le film bien sûr.

Eugene Robinson

Eugene S. Robinson (Oxbow) @ La Loco, Paris (juin 07)

Donc l’album The Narcotic Story, c’est quoi, une sorte de synopsis?
Oui, je crois que c’est exactement comme ça qu’il faut le voir. Bien sûr, tout ce dont je te parle est encore à l’état de fantasme pour moi. Personne n’a encore décidé de la forme exacte que cela prendra et personne ne m’a encore dit «je vais te filer du fric pour le faire». Pour l’instant, ça n’est encore qu’une idée dans ma tête qui prendra forme un jour. Nous avons sorti nos deux premiers disques nous-mêmes et peu de temps après, des gens ont voulu les rééditer. Ça se passera sûrement de la même manière. C’est difficile de parler de quelque chose qui n’existe pas que ça soit un film ou un disque. La meilleure façon d’en parler, c’est de te le montrer ou de te le faire écouter.

C’est sûrement un très mauvais réflexe de journaliste mais certains passages de l’album m’ont parfois fait penser à d’autres musiciens que j’aime, comme Pere Ubu, Enablers, les Bad Seeds, même Beefheart. Ça te paraît insensé?
Ça ne me choque pas dans la mesure où depuis les débuts d’Oxbow on nous a toujours comparés à tout un tas de groupes, Jesus Lizard, les Butthole Surfers… Les gens ont besoin de points de comparaison et j’aime beaucoup les groupes que tu as cités, mais ce qui est certain, c’est que nous n’essayons pas d’être quelqu’un d’autre.

Exactement comme ce que tu disais à propos de ton rapport aux autres écrivains.
Tout à fait. Tu parlais de Captain Beefheart… J’ai beaucoup écouté Trout Mask Replica mais je suis incapable de nommer un seul des morceaux de l’album.

Rassure-toi, je crois que personne n’en est capable.
(Rires) C’est vrai. Quoi qu’il en soit, ça ne me dérange vraiment pas d’être comparé à ça. Seulement, nos centres d’intérêt sont suffisamment vastes pour qu’on ne puisse pas imputer la responsabilité de ce qu’on fait à qui que ce soit en particulier, si ce n’est à nous-mêmes. Mais par exemple si tu écoutes Robbie Williams… (rire pincé de la rédaction) Hey, j’aime bien Robbie Williams! En tout cas, quand tu écoutes ce qu’il fait, tu peux clairement identifier d’où vient sa musique.

«Je ne monte pas sur scène tous les soirs pour sortir une blague. Je suis beaucoup plus excité par le fait que notre musique reflète ce que l’on ressent. Je ne suis pas là pour faire le show. Je ne suis pas là pour te divertir»

Ça me fait penser que j’ai lu quelque part que tu adorais « Stayin’ Alive » des Bee Gees.
(Surpris) Oui, c’est vrai ! Tu as lu l’article de Dusted? (Rires). Tu sais, je suis de Brooklyn et pour moi, ce morceau, c’est comme l’hymne national.

Tu disais que tu aimais réellement ce morceau, sincèrement.
Oui, je l’aime sans aucune ironie, très sérieusement. C’est vraiment un super morceau et les paroles sont excellentes. S’ils ne l’avaient pas écrit avec la sincérité la plus totale, il serait impossible de ne pas se moquer d’eux. Mais ils l’ont fait sincèrement, donc je ne peux pas rire de ça.

Tu ne crois pas que le second degré peut parfois fonctionner en musique? Je pense aux Residents. Il y a deux niveaux d’écoute. Un extrêmement sérieux, l’autre totalement absurde, et pourtant ça marche.
J’aime bien l’absurdité chez les écrivains, comme chez Ionesco ou Luigi Pirandello. En musique cependant, je ne crois pas que ça fonctionne parce qu’à force d’écoutes, tu perds le sens de l’absurde. C’est comme l’humour de répétition. Une blague va marcher une fois, deux fois, mais à la troisième, tu cesses de rire. J’ai vu un de mes vieux groupes préférés hier soir en Suisse, Nomeansno. Musicalement, ces types sont vraiment bons. Le problème, c’est leur ironie, la post-ironie, l’ironie post-moderne, l’ironie néo-post-moderne… Ça ne correspond pas à ma façon de voir les choses. J’ai un certain sens de l’humour, comme tout le monde mais je ne monte pas sur scène tous les soirs pour sortir une blague. Je suis beaucoup plus excité par le fait que notre musique reflète ce que l’on ressent. Je ne suis pas là pour faire le show. Je ne suis pas là pour te divertir.

D’ailleurs que représente la nudité pour toi, quand tu es sur scène ? Tu penses que ça permet au public et à toi-même de mieux ressentir l’intensité de la musique et des textes?
Bien. (Pause) J’ai une question pour toi. Pourquoi tu retires tes fringues pour baiser?

Hum… ok. (Rires)
Ne me dis pas que tu restes habillée (Rires)

Joker.
Plus sérieusement, ce que je veux dire, c’est que quand tu baises, personne ne t’oblige à retirer tes vêtements. Sur scène, c’est exactement la même chose.

La musique pour toi, c’est un truc sexuel?
Je dirais plutôt sensuel.

Ce que j’entends par cette question c’est… Comment dire… Manger, c’est aussi une expérience sensuelle, et pourtant quand tu manges, tu te mets rarement à poil.
Oui… Sauf si je suis dans un endroit vraiment cool. Alors là c’est sûr, je bouffe à poil ! (Rire général). Pour en revenir à la musique, c’est une expérience sensuelle. Ce que je vois, ce que j’entends, sentir l’air sur ma peau, c’est sensuel.

Au moment où tu te déshabilles sur scène, tu es conscient d’être en train de le faire?
Non. D’ailleurs c’est très étrange. C’est une expérience de libération pendant laquelle l’esprit se retrouve complètement déconnecté du corps. Je suis sûr qu’il y a des dizaines de performers qui ressentent exactement ce genre de choses. Quand tu es sur scène, ton corps devient insensible. Les émotions que tu absorbes se nichent si profondément en toi que quand tu atteints un certain stade, il n’y a plus de place pour les stimulations extérieures.

Je voudrais revenir sur l’album. Qui a composé et arrangé toutes les parties de cordes et de bois?
C’est Niko.

Ça a du être un travail colossal.
Traumatisant tu veux dire. Il en parlerait mieux que moi, je suis un ignorant musicalement parlant.

Cette patte orchestrale, c’est quelque chose que vous aviez en tête depuis le début de l’album?
Oui. Niko t’en parlera.

Sur l’album, tu as cette façon très intimiste de chanter. Comme si tu voulais raconter cette histoire en parlant à l’oreille.
C’est cool que tu dises ça. Vraiment cool. La plupart de producteurs ont toujours la même façon de traiter la voix. Elle nage au milieu du reste ce qui fait qu’il faut la pousser, hurler dans le micro pour la faire ressortir du mix. Pour The Narcotic Story, la première chose que j’ai dit à Joe Chicarelli qui a produit l’album, c’est : Je ne veux pas de ça. Ce que je veux vraiment, c’est qu’on ait l’impression que je me tiens là, juste à côté de toi, tout près. Il faut que tu puisses ressentir ce que je ressens. On avait commencé à entrevoir cette manière d’aborder la voix sur An Evil Heat et on a voulu continuer de manière plus intimiste encore. On ne voulait surtout pas tomber dans le truc facile piano/voix. On voulait y parvenir en conservant la force instrumentale et la fureur du bruit.

Tu as dit que tu avais commencé à jouer parce que tu comptais te suicider et que la musique était le seul moyen d’expliquer au monde pourquoi. Est-ce qu’aujourd’hui tu es toujours motivé par ce même sentiment d’autodestruction?
Je crois que mes tendances suicidaires ont disparue avec Let Me Be A Woman. Ce disque a été libérateur pour moi.

C’est-à-dire?
Je crois qu’à ce moment-là, j’ai cessé de ‘devenir’ quelqu’un. J’étais quelqu’un. Il y a des gens qui réagissent très mal au fait d’être quelqu’un et de ne plus simplement le devenir mais dans mon cas, j’ai réalisé que j’aimais la personne que j’étais devenu. Je ne veux pas dire que je suis nécessairement un homme bon, mais j’aime le type qui est là. Et à ce moment-là, toutes les idées de suicide s’effacent. J’ai parlé de ça à un ami à moi et il s’est mis à m’imiter en disant: «Je suis beaucoup trop bien pour me suicider!» C’est devenu une blague entre nous mais il y a du vrai là-dedans! Quelque part, il a raison, je suis trop bien pour me suicider. Mais le plus important c’est qu’il y a beaucoup de gens qui méritent de mourir et qui pourtant ne meurent pas. Penser à eux me remplit de rage. Alors j’ai décidé de voir en ma propre vie un unique acte de vengeance (rires).

«Etant donné ma vision du monde, il était clair que j’aurais à me battre et à me défendre un jour ou l’autre. Alors autant le faire du mieux possible. Regarde la tête que j’ai»

Il y a un lien entre cette rage et ton obsession pour le combat, la baston et ton livre sur le sujet? (Eugene s’apprête à sorti un livre qui s’intitulera Fight: Or Everything You Ever Wanted to Know About Ass-kicking but Were Afraid You’d Get Your Ass Kicked for Asking)
Oui, le livre devrait sortir bientôt. Je suppose que le free-fighting est toujours illégal ici en France?

Peut-être, je n’en sais rien.
De toute façon, les gens survivent à ça. Pour revenir à ta question, ça me fait penser à ce type dans Dinosaur Jr, qui est à fond dans le golf. Il est obsédé par le golf (Ndlr: voir le clip de «Feel The Pain»). Pour moi, c’est le free-fighting qui mélange plusieurs techniques et plusieurs arts-martiaux, que des choses pas musicales. Je pratique dans un club à San Francisco. Je me suis battu contre des types de Hong-Kong, d’Australie. Je crois que ce qui me motive pour apprendre à me battre, et c’est la différence avec le golf, c’est qu’étant donné ma vision du monde, il était clair que j’aurais à me battre et à me défendre un jour ou l’autre. Alors autant le faire du mieux possible. Regarde la tête que j’ai. En tout cas, la musique comme le combat sont des choses qui te permettent d’embrasser la totalité du monde. J’ai interviewé Anton LaVey de L’Eglise de Satan pour Birth Of Tragedy il y a quelques années (Ndlr: l’interview est publiée en intégralité sur www.churchofsatan.com/Pages/BOT.html). Il a dit cette chose très intéressante, à moins qu’il l’ait volée à quelqu’un : «La popularité à tué plus de gens que tout le reste ». Pour pousser plus loin, je dirais que beaucoup de gens sont conditionnés par la peur, l’insécurité et toute forme d’incertitude et je refuse d’en faire partie. J’ai construit toute ma vie sur le dépassement de ça et je refuse de prendre n’importe quelle décision qui serait motivée par la peur de l’autre.

Je vois ce que tu veux dire. C’est la raison principale pour laquelle notre nouveau président a été élu.
Oui, on est tous sujets à la peur. Il y a certaines choses dont j’ai peur, comme devoir prendre l’avion (rires). En fait ça me rend terriblement anxieux mais ça n’est pas moi qui fais atterrir l’engin. Et quelque part, cette anxiété-là est rassurante, j’en suis même fier. C’est comme quand tu écoutes de la musique que tu ne comprends pas. Ce que je ressens alors inclut aussi un grand sentiment de joie. Face à l’incompréhension, la plupart des gens n’entendent que le côté sombre alors que pour moi, l’anxiété dans la musique a quelque chose de lumineux. Et cette anxiété est productive, plus particulièrement en live. Je crois que je ne réponds pas à la peur et à l’anxiété de la même façon que la plupart des gens. Quand je me bats, je fais ce que je peux personnellement pour m’opposer aux gens qui votent pour un Bush ou pour un Le Pen. D’ailleurs je me dis que tant qu’à en arriver là, ces types devraient assumer pleinement leur despotisme: foutre massivement les gens en taule et exécuter tout le monde (rires). Enfin c’est purement théorique, je dois quand même vivre aux Etats-Unis. Je ne DOIS pas, mais dans les faits, c’est quand même ici que je vis.

C’est le cas ici aussi. Beaucoup de gens disaient qu’ils partiraient si Sarkozy était élu. Finalement, tout le monde est resté.
Je connais une seule personne qui a quitté les Etats-Unis quand Bush est devenu président : mon amie Lydia Lunch. Elle m’a appelé pour me dire «je pars». C’est la seule qui l’a fait. Je trouve ça bien.

Pour finir, j’aimerais que tu me parles de Love’s Holiday, votre duo acoustique avec Niko. Qu’est-ce que ça vous apporte de plus ou de différent que la formule électrique d’Oxbow ?
Oh, il est ici. Tu devrais lui poser la question. (Niko passe la porte et prend part à la conversation).
Niko : La première chose, c’est que les morceaux d’Oxbow sont d’abord conçus en version acoustique avant d’être adaptés pour tout le groupe. Par conséquent, jouer les morceaux d’Oxbow avec Love’s Holiday, c’est un peu revenir à leur essence. Ce qui est intéressant, c’est que les morceaux acoustiques requièrent vraiment un niveau différent et plus de finesse. En ce qui concerne les nouveaux morceaux spécialement composés pour Love’s Holiday, on se concentre sur des choses un peu différentes. Il faut encore plus de finesse !

Niko Wenner

Niko Wenner (Oxbow) @ La Loco, Paris (Juin 07)

J’ai aussi entendu parler du Love’s Holiday Orchestra…
Eugene : Merde, tu as fait des recherches! (Rires)

C’est mon job.
Eugene : Oui, mais tellement de gens à qui je parle ne font pas leur job. C’est cool.
Niko : Pour Love’s Holiday Orchestra, nous allons faire appel à un orchestre de chambre.

C’est toi qui va écrire toutes les parties ?
Niko : Oui, c’est déjà ce que je fais pour le groupe. Comme il y aura forcément moins de distorsion, et comme nous allons devoir tout repenser pour les cordes, on va essayer de compliquer un peu les accords et la partition. Sur scène, quand nous jouons en formule acoustique, nous pouvons immédiatement atteindre une grande palette d’intensité, du très fort au très calme. C’est fluide et j’aimerais que ça se passe aussi comme ça avec l’orchestre de chambre. La première du Love’s Holiday Orchestra aura lieu à Birmingham le 15 juillet.

Qui va diriger l’orchestre?
Niko : Depuis l’époque romantique, les orchestres de chambre sont dirigés par les musiciens eux-mêmes.

Aïe, j’aurais dû m’en souvenir. Certaines des parties pour orchestre m’évoquaient Olivier Messiaen (compositeur contemporain français, organiste et catholique convaincu né au début du siècle dernier considéré tour à tour comme iconoclaste puis comme réactionnaire à la fin de sa vie)
Niko : Vraiment? J’aime énormément Olivier Messiaen. Mais je n’ai pas la prétention d’être aussi bon!

Vous allez venir en France avec le Love’s Holiday Orchestra?
Niko : Pour l’instant non, malheureusement. C’est compliqué de voyager avec un effectif comme celui-là.
Eugene : Comme je te le disais toute à l’heure à propos du film et à propos de nos disques, c’est encore un fantasme pour l’instant. Mais j’aime penser que certains fantasmes peuvent devenir bien réels. Le point positif avec Love’s Holiday, c’est qu’on va enfin savoir si cette formule fonctionne vraiment et on va pouvoir expérimenter des sensations différentes. Mais je m’attends quand même à ce que les gens saturent, raz-le-bol d’Oxbow.

Tu crois, vraiment ?
Eugene : Oui ! Tu comprendras mieux après le concert! (Rires)
Niko : Oxbow a toujours fonctionné dans les extrêmes : trop, trop fort, trop bruitiste, trop dangereux. Alors c’est logique que ça devienne aussi trop calme, et même trop ‘joli’. Dans Love’s Holiday, ces contrastes seront mieux intégrés. Ça sera plus facile de balayer l’ensemble du spectre.

Vous croyez que les gens attendent de vous une certaine violence?
Eugene : Je crois surtout qu’en acoustique, les gens ont moins peur parce qu’on est assis et bien sapés. Quand on arrive sur scène en acoustique, des types dans le public se mettent à gueuler (en prenant un accent cockney bien marqué) «Oh, that’s a handsome tie you have on!» (Ndlr : Oh, c’est une chouette cravate que tu as là!). Sauf qu’après 30 secondes de concert, ils sont tous calmés, silencieux et attentifs. (Rires)
Niko : Le point commun entre les deux formules, c’est la sérosité du but.

Vous pensez que le public de Love’s Holiday sera le même que celui d’Oxbow?
Niko : The Narcotic Story n’est déjà plus vraiment de la Noise dégénérée. Ça nous plaît et je pense que les gens qui aiment le nouvel album aimeront aussi Love’s Holiday.
Eugene : On a déjà testé la formule à San Francisco avec Scott Kelly de Neurosis et son propre projet acoustique. Je ne sais pas si ce que le public a entendu était en accord avec ce qu’on voulait faire passer, mais en tout cas, il semblait ouvert à ça. Nous sommes prêts à jouer, et si on n’était pas persuadés qu’il y a des gens prêts à nous entendre, alors on resterait à la maison.

OXBOW – The Narcotic Story (Hydra Head)
www.theoxbow.com / www.hydrahead.com
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #2 (Septembre 2007)
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