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Benoît Delaune -CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND(S)

7 Nov


(Formes/Le Mot et le reste)

Le 17 décembre dernier, la mort de Don Van Vliet, mieux connu sous le nom de Captain Beefheart, nous rappelait combien le désert de la littérature Beefheartienne était aride, et notamment en France où le seul ouvrage digne de ce nom (Captain Beefheart de Guy Cosson, Editions Parallèles, 1994) est déjà épuisé depuis plusieurs années. Alors, l’annonce d’un nouveau livre sur le sujet fut comme d’apercevoir un oasis que l’on n’atteindrait jamais.

Car Benoît Delaune, en preux chevalier de la vérité Beefheartienne, décide de s’attaquer à la légende, pourfendant mythes et rumeurs, démêlant le vrai du faux et rétablissant avec fierté et courage l’honneur bafoué des membres du Magic Band. Parce que – ne l’oublions pas, ça n’est pas comme si on nous l’avait déjà rabâché un petit millier de fois – derrière le génie visionnaire Captain Beefheart se cache l’ubuesque Don Van Vliet, personnage paranoïaque, rabougri et tyrannique, piètre musicien, chanteur médiocre, mégalomane sectaire, irascible et parfois même violent n’ayant eu de cesse de saborder les différentes incarnations de son propre groupe, le Magic Band (*yawn*), dont les principales figures (John French, Jeff Coton, Doug Moon, Ry Cooder, Alex Snouffer, Bil Harkleroad, Mark Boston, etc.) apparaissent toutes, en comparaison, en véritables martyrs, agneaux sacrificiels serviles, vassaux rampants sans dignité mais néanmoins organes vitaux « possédant une éducation musicale » au service du maître (qui lui en est dénué) mais aussi au service de l’Art et sans qui, naturellement, Captain Beefheart ne serait à peu près rien ni personne. Tu vois l’genre.

Mais après tout, ce lieu-commun absolu sur la personnalité de tortionnaire halluciné de Don Van Vliet, son amateurisme patent et son emprise totalitaire sur le Magic Band aurait pu être présenté avec une certaine classe littéraire et dans ce cas, n’importe quelle trace, aussi infime fut-elle, de mauvaise foi passionnée ou de légèreté sarcastique aurait été accueillie avec mansuétude et bienveillance. Malheureusement, loin s’en faut et le récit professoral très souvent factuel de Benoit Delaune se veut d’une prudence anémiante, d’un didactisme infantilisant et d’une neutralité regrettable pour un résultat que l’on peut difficilement qualifier autrement que de terne et de laborieux, ce qui est, à une ou deux exceptions près, à l’extrême opposé de la musique de Captain Beefheart et de son Magic Band. Exemple : quand l’auteur s’aventure dans les images Deleuziennes pour nous démontrer que la formule attribuée à Franck Zappa (« un mélange de delta blues et de free jazz ») n’est quand même pas tout à fait exacte d’un point de vu constructiviste et qu’elle manque visiblement de précision musicologique, on pousse un grand OUF de soulagement et on dit merci Benoît, heureusement que tu es là pour remettre les points sur les i.

Mais enfin, on est encore très loin du niveau tragi-comique de la tentative d’analyse des paroles de Trout Mask Replica, traduites par l’auteur avec un acharnement grotesque frisant l’obscénité attentatoire : « Rêve néon viandeu d’un pieusson / Artefact sur des pétales de rose / eh pétales de chair eh pots / Futre eh feste eh tubes tubs bulbes / En geste inceste ingerste injuste en feste inceste […] ». On vous renvoie immédiatement aux pages 96 et 97 de l’ouvrage pour une grande partie de bouillabaisse lexicale presque aussi hilarante que consternante.

Parce qu’à trop vouloir cerner, décoder et démythifier la musique, son message et ses protagonistes, à force de les déposséder de leurs mystères, de leurs ambiguïtés et de leurs résonances, on prend le risque de vider l’oeuvre de son substrat ésotérique et de briser les liens intimes et ontologiques qui la rattachent au groupe lui-même et à son public. Cela a visiblement échappé à Benoît Delaune, docteur en littératures comparées (on vous jure), dont le discours redondant, indigeste et lardé de fautes flirte avec les frontières de la platitude et de la négligence.

http://atheles.org/lemotetlereste

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #6 (sept/oct 2011)
couv (new) NOISE MAG#6

L’heure est grave : Captain Beefheart est mort

20 Déc

Je suis une Beefheartmaniac.

Il y a trois jours, le 17 décembre, le légendaire Don Van Vliet aka Captain Beefheart s’est éteint dans une hôpital californien de la suite de la sclérose en plaques qu’il trainait depuis de nombreuses années.  Depuis Ice Cream For Crow en 1982, le Cap’ avait mis son improbable voix de Howlin’ Wolf sous acide au repos. Il peignait dans son désert de Mojave. N’empêche que jusqu’à l’annonce de sa mort, c’était le seul type encore vivant que je rêvais de rencontrer et d’interviewer un jour.  Alors quand j’ai vu son nom venir s’ajouter à l’interminable rubrique nécrologique de 2010, ça m’a fait un truc. Un léger pincement au cœur.

R.I.P. Beefheart

 

 

 

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Grow Fins : Rarities 1965 – 1982

14 Jan

Captain Beefheart - Grow Fins

(Revenant 1999)

Excepté le format, la seule différence notable entre le coffret Grow Fins 6xLP en trois volumes de Table Of Elements (voir les chroniques de bilou des Vol.1, 2 et 3) et la version 5xCD de Revenant apparaît sur le quatrième disque de cette dernière, les cd n°1, 2, 3 et 5 étant équivalents aux 12 faces de la boxset vinyle.

Comme son nom l’indique, ce quatrième chapitre intitulé Trout Mask House Sessions [storytime portion, 1969] comporte 4 pistes audio qui sont des dialogues piqués sur le vif pendant les sessions ‘Trout Mask’. On y entend une voisine, Frank Zappa, la petite amie de Don Van Vliet tapant les textes de l’album à la machine, des bruits de fond, bref, rien que du très anecdotique.

Mais l’intérêt majeur de ce CD réside dans la piste rom interactive qui contient quatre vidéos live. La première (et la plus connue), c’est Captain Beefheart et le Magic Band interprétant Electricity et Sure ‘n’ Snuff Yes I Do sur la plage, face à l’hôtel Martinez à Cannes pendant la seconde édition du Midem en 1968. Ils ont Keep reading on nextclues.com →

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Dichotomy : Rarities, Out-Takes & Demos from the 60’s & the 70’s

14 Jan

Captain Beefheart - Dichotomy

(Ozit Morpheus, 2003)

Après le live ‘Merseytrout’, la compilation de ‘Dust Sucker’ (démos et brouillons de ‘Shiny Beast’) et ‘Gimme Dat Harp Boy !’, le label Ozit continue sur sa lancée en sortant cette nouvelle collection de raretés et d’inédits de Captain Beefheart déterrés des archives de Warner. Une compilation vite torchée qui n’arrive pas au petit orteil du coffret ‘Grow Fins’, même si l’intention de départ est plutôt louable.
Déjà, pas facile de s’y retrouver, les notes de pochettes concernant chaque piste et leur provenance étant tragiquement absentes du booklet.
Secondo (et ceci explique certainement cela), les gars d’Ozit se sont lamentablement plantés dans le titre de certains morceaux, dont trois sont issus des out-takes de ‘Spotligh Kid’. Plus grave, Camel Stomp n’est autre que Best Batch Yet qu’on retrouve sur le très officiel ‘Doc At The Radar Station’ avec un son nettement moins pourri. Une erreur assez craignos pour un label qui se targue d’être le défricheur numéro un des Keep reading on nextclues.com →

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – The Dust Blows Forward, An Anthology

14 Jan

Captain Beefheart - The Dust Blows Forward

(Rhino / Warner, 1999)

Pour les tire-au-cul qui aimeraient bien pouvoir la ramener sur Cœur de Bœuf dans les soirées mondaines (ça n’arrive pas souvent, croyez-moi, et surtout, c’est le meilleur moyen pour faire fuir tous les tendrons alentours) sans se fader l’intégrale de Beefheart, Rhino a pensé à vous avec cette anthologie en 2 CD, excellentissime à plusieurs titres.

D’abord parce qu’elle donne un très bon aperçu de l’évolution stylistique du Cap. Les 45 morceaux sont en effet compilés par ordre chronologique, album par album.

Ensuite pour le choix des titres sélectionnés.:

Preuve de bon goût numéro un, les deux morceaux choisis de ‘Safe As Milk’ sont les deux meilleurs (Abba Zaba et Electricity), et c’est à peu près valable pour tous les albums.

Preuve de bon goût numéro deux, seul un extrait d’‘Unconditionnaly Guaranteed’ et de ‘Bluejeans & Keep reading on nextclues.com →

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Shiny Beast (Bat Chain Puller)

14 Jan

Captain Beefheart - Shiny Beast

(Warner, 1978)

Yeah baby, the Cap is back !
C’était inespéré. Après le double-flop de la période commerciale et la phase d’inactivité de 4 ans sans contrat qui s’ensuivit, la traversée du désert prend fin. Un désert plutôt fertile puisque Don Van Vliet est sorti de ce blackout discographique avec une bonne centaine de morceaux en réserve et autant de toiles.

Sur les 12 pistes de ‘Shiny Beast (Bat Chain Puller)’, 6 devaient initialement sortir sur un mini-album destiné à un label anglais. Finalement, ‘Bat Chain Puller’ ne verra jamais le jour pour des raisons juridiques, mais Beefheart intégrera ces morceaux à sa nouvelle livraison pour Virgin, d’où la parenthèse du titre.

Après réflexion, en réécoutant attentivement ‘Shiny Beast’ pour ce Get Up, j’ai réalisé, un peu dépitée, que cet album n’était pas si « super classieux » que dans mon souvenir. Bizarre. En fait, ce disque tout en contrastes incarne la transition parfaite entre les derniers disques de la jeunesse dorée de Beefheart (‘Clearspot’ et ‘The Keep reading on nextclues.com →

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Trout Mask Replica

14 Jan

Captain Beefheart - Trout Mask Replica

(Reprise, Warner, 1969)

“A squid eating dough in a polyethylene bag is fast ‘n bulbous. Got me?”

Voilà, ça y’est. L’instant que je redoutais tant est arrivé. Je savais bien qu’il faudrait y passer à un moment ou à un autre. Voyons. Comment parler de ce disque sans en faire un roman* ?

Pour faire simple, voire trivial, on pourrait dire que ‘Trout Mask Replica’ est à Beefheart ce que l’album blanc est aux Beatles, que la tête de poisson est à Beefheart ce que la banane est au Velvet, et que le Fast ’n bulbous n’a pas d’équivalent ailleurs. On pourrait le dire, mais ce n’est pas tout à fait vrai parce que la grosse différence avec tous les grands albums psychédéliques/expérimentaux de la fin des années soixante, c’est que ‘Trout Mask’ est tout simplement impénétrable et sans compromis. Contrairement à l’album blanc des Beatles (puisque je me suis embarquée là-dedans), il n’y a rien d’accessible ni rien de complaisant dans ‘Trout Mask’, et surtout pas la queue d’une jolie pop song familiale sur laquelle se reposer. Keep reading on nextclues.com →

V/A – Gimme Dat Harp Boy! Roots Of the Captain

14 Jan

Captain Beefheart - Gimme Dat Harp Boy

(Ozit Morpheus, 2002)

On ne va pas s’étaler. La phrase de présentation au dos de la pochette du CD résume plutôt bien la chose :
« ‘Gimme Dat Harp Boy’ présente un vaste panorama de la musique américaine des années 20 aux années 60. Cette musique a largement contribué au mélange grisant qui marqua le revival blues du début des sixties et le son des années psychédéliques. Don Van Vliet aka Captain Beefheart fut l’un des rares artistes à avoir su combiner ces influences avec son propre génie dans une forme d’art unique et substantielle ».

C’est clair, ‘Gimme Dat Harp Boy !’ n’est donc pas une compilation de morceaux de Captain Beefheart, bien qu’elle contient une paire d’out-takes issues des sessions de ‘Spotlight Kid’ et quelques simili poèmes extraits du live ‘Old Fart At Play’. Mais ces morceaux-là arrivent un peu comme un crin sur la soupe et leur intérêt, dans ce contexte, est pour le coup plutôt vaporeux.

Hormis ces 8 pistes hors-sujet et histoire de, cette compilation est un document cohérent et plutôt bien Keep reading on nextclues.com →

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Safe As Milk

14 Jan

Captain Beefheart - Safe As Milk

(Buddha, 1976)

Au milieu des années 60 à Lancaster en Californie, Don Van Vliet et son ami d’enfance Frank Zappa s’attèlent à la réalisation de ‘Captain Beefheart vs The Grunt People’. Le film n’aboutira jamais. En revanche, quand Van Vliet monte son groupe en 1965, il a trouvé son nom de scène : Captain Beefheart & His Magic Band.

Le groupe signe rapidement chez A&M et sort deux singles dans la foulée, Diddy Wah Diddy (une reprise de de Bo Diddley assez up-beat qui se classe honorablement dans les charts locaux) et Moonchild, de facture relativement classique, entre Blues, Rythm’n’Blues et premier album des Stones. Déjà, la voix rauque du Captain fait décoller les morceaux. Mais en 1966, le groupe est éjecté par A&M. D’après Don Van Vliet, la maison de disque s’était sentie offusquée à l’écoute de la première mouture d’Electricity, jugée trop dingue et trop « négative », alors que ce morceau est pourtant l’un des meilleurs de toute la discographie de Beefheart. Cons ! Déménagement chez Buddha Records. Début 67, le batteur John « Drumbo » French et le Keep reading on nextclues.com →

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND – Mirror Man

14 Jan

Captain Beefheart - Mirror Man

(Buddha, 1971)

Mirror Man’ est un album à part dans la discographie de Captain Beefheart (un lecteur : « haha, un album à part, arrête ton char Massakra, tu nous fais le coup à chaque fois ! »). Je dis à part pour plusieurs raisons.

La première, c’est que les morceaux de ‘Mirror Man’ furent enregistrés live à L.A en 1965 ou 1967*, c’est à dire bien avant sa sortie officielle. A l’origine, il était prévu que ces sessions intègrent l’album ‘Strictly Personal’ (1968) où devaient coexister prises traditionnelles et prises live. Finalement, tout ne fut pas retenu et la plupart des morceaux de ‘Strictly Personal’ furent réenregistrés et réarrangés pour la version finale. Cependant, quatre morceaux des sessions originales furent publiés en 1971 sous le titre ‘Mirror Man’. Ce qui veut dire que quand le public découvrit cet album, le double raz-de-marée esthétique ‘Trout Mask Replica’ et ‘Lick My Decals Off, Baby’ avait déjà eu lieu.

J’imagine que si ‘Mirror Man’ était sorti à l’époque de ‘Strictly Personal’, personne n’aurait vraiment compris Keep reading on nextclues.com →

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