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Interview – DARKTHRONE: Trop vieux, trop cultes

6 Avr

DARKTRONE

Ceux qui connaissent Darkthrone connaissent aussi leur haine légendaire pour les reprises. Ceux-là connaissent aussi la mythique désinvolture et l’irrévérence moqueuse – autant envers les autres qu’envers eux-mêmes, c’est réglo – du duo Fenriz/Nocturno Culto. Alors même si on n’a pas pu s’empêcher d’y penser, la reprise du célèbre «Love In A Void» de Siouxsie & The Banshees sur leur single quatre-titres Too Old Too Cold ne fut pas vraiment une surprise, encore moins une épouvantable trahison, sauf peut-être pour une poignée de fans pétrifiés, mais plutôt une impayable curiosité. Too Old est suivi de près par la sortie leur douzième album The Cult Is Alive. Un titre à prendre au premier comme au quatrième degré. Voire beaucoup plus loin. Un son cru, 80’s, des titres rapides, bourrins, un mix de punk, de crust, de metal. Old school. Très old school. Avant l’interview, je priais Odin en pensant «Bon sang, j’espère que Fenriz sera en forme». Bingo. Gylve Nagell (son vrai nom) n’a rien perdu de son sardonique bagout.

Darkthrone a toujours refusé et détesté le concept de reprise. Pourquoi avoir repris «Love In A Void»? Vous avez changé d’avis ?
Non, je me suis senti comme une pute en le faisant, mais Ted (Ndlr : Ted Skjellum aka Nocturno Culto) propose TELLEMENT de choses pour Darkthrone que parfois, je dois accepter certaines d’entre elles, histoire de conserver des relations saines.

Pourquoi avoir choisi ce morceau de Siouxsie & The Banshees ?
C’était le seul morceau qui était assez primitif, hahahahahahaha.

Comment en êtes-vous venus à collaborer avec Grutle d’Enslaved sur Too Old?
Très naturellement. On est amis avec les gars d’Enslaved depuis 94, depuis que Cato leur batteur les a rejoints. Lui, on le connaît depuis 91 ! On a tous le même intérêt pour la vie sauvage. Donc la dernière fois que Grutle a rendu visite à Ted, dans les montagnes, c’était tout naturel pour lui d’inviter Grutle à poser des voix, puisque c’est là-bas qu’il a installé le studio Necrohell 2. C’est celui qu’on utilise quand on n’enregistre pas à Trysil.

«Too Old, Too Cold» est entré dans le top single norvégien à la 11ème place. As-tu été surpris, plutôt honoré, est-ce que ça t’a fait marrer ou bien n’en as-tu juste rien à foutre ?
Tous ceux qui normalement étaient SUPPOSÉS n’en avoir rien à foutre ont été scandalisés bien sûr. Mais ce qui m’a VRAIMENT surpris au départ, c’est que le single est aussi entré dans les charts DANOIS !!! HAHAAHA ! Au Danemark ! Hahahaha ! Rappelle-toi la première fois qu’un truc pareil est arrivé, qu’un album heavy est entré dans les charts… C’était And Justice For All de Metallica je crois, et tu sais pourquoi ? C’est parce que les fans de metal sont des gens loyaux et qu’ils achètent les disques LE JOUR DE LA SORTIE.

FENRIZ

Pour The Cult Is Alive, vous êtes retournés enregistrer au studio Necrohell (Necrohell 2). Est-ce qu’il est toujours situé chez toi à Oslo ? Penses-tu que ça a été déterminant dans l’obtention du son 80’s très primitif de The Cult Is Alive ?
Ted l’a acheté et Ted s’en occupe, un très bon job puisque de toute façon il a des tonnes de trucs à faire, avec ou sans. Mais on ne se fait pas chier avec ça. On capture les morceaux tels qu’ils sont, avec un son clair et puissant, et on n’a pas grand chose à retoucher après. C’est VRAIMENT comme ça que ça sonne là où on répète.

Pourquoi attachez-vous autant d’importance à la crudité du son, entre crust, evil punk et metal old school ? Est-ce que c’est une manière pour vous d’aller à l’encontre de l’aspect surcommercial d’une partie de la scène black metal ?
À côté de tous ceux qui n’ont rien compris au metal et qui font des productions en plastic, nous, on se marre et les fans nous respectent pour ça. Ce qui est important pour nous, c’est de sonner VRAIMENT tels que nous sommes. Basta.

Vous allez continuer dans cette voie pour le treizième album ?
Oui, on a déjà enregistré deux morceaux pour le prochain album Fuck Off And Die, dans un style très 80’s, 70’s. On ne réinvente pas la roue, ce qu’on réinvente, c’est la route, la base dont la roue a besoin pour tourner.

DARKTHRONE

J’ai vu Carpathian Forest en concert récemment. C’était du punk rock du début à la fin, si tu fais abstraction des corpspaints et des traditionnels froufrous. Dans ce sens-là, est-ce qu’on peut dire que Darkthrone, Nattefrost et Carpathian Forest sont sur la même longueur d’onde ? Y’a-t-il d’autres groupes dont vous vous sentez proches ?
Hmm, tout ce que je peux dire, c’est que Nattefrost est Nattefrost et il marche dans la même direction que nous. Lorsqu’il s’agit de continuer à faire vivre le vieux feeling du metal, on regarde également dans la même direction que Nifelheim et Old (Allemagne). Mais pour nous, le plus important, c’est d’avoir les BONNES influences, et bien sûr, nous les avons, mais on les garde pour nous. Il y en a deux à trois cent au moins.

«THE CULT IS ALIVE (…), C’EST LE SON DU VENT DANS TES CHEVEUX»

Avec Too Old et The Cult, vous pensez être sur la bonne voie pour devenir les «Ramones du black metal» ? (Ndlr: statut auquel Fenriz aurait soi-disant aspiré, d’après une interview datant de quelques années)
Cette question montre que tu n’as pas encore écouté l’album. On nous surnomme déjà les «Motörhead du black metal» depuis un bout de temps, et ça va continuer. Quoi qu’il en soit, je pense que Venom nous sied mieux maintenant. Darkthrone a toujours tout basé sur la VARIATION (excepté ce putain de Transilvanian Hunger) et le mélange des genres : doom, death, black, thrash, speed, crust, rock etc.

Est-ce que The Cult Is Alive surpasse (Ndlr : « topped » en anglais) Sardonic Wrath ?
The Cult Is Alive n’est pas enfermé (Ndlr : « trapped » en anglais !!!), c’est le son du vent dans tes cheveux.

L’abum est dédié à Piggy. Qu’est que Voivod représente pour toi, en considérant leur évolution depuis l’incroyable matière brute et punk (Ndlr : «punk raw shit». Nécessaire pour comprendre la réponse de Fenriz) de War & Pain jusqu’à l’ère Forrest ?
Non, seul le morceau «Atomic Coming» est dédié à Piggy, aux premiers albums de Voivod et plus particulièrement au morceau «Tornado» (Ndlr : effectivement, c’est texto ce qui est écrit dans le booklet du cd). Punk SHIT ? War and Pain, Rrroooaaarrr et Killing Technology sont de grands albums. N’emploie jamais le mot «shit» pour parler de l’esprit ORIGINAL. «Shit», c’est pour des groupes qui font ce qu’on a fait sur Soulside Jouney, c’est-à-dire, aller dans un VRAI studio où ils savent qu’ils pourront avoir ce son en plastic sans âme.

Je sais que les cheeseburgers de Peaceville sont meilleurs que les pizzas de Moonfog, mais y’a t-il une autre raison à votre départ de Moonfog et votre retour chez Peaceville ?
Si tu cherches le conflit, regarde ma réponse à la question précédente. ETUDIE LA QUESTION !!!

FENRIZ

Que penses-tu de la scène française, passée et présente ? Au milieu des 90’s quel regard les Norvégiens portaient-ils sur les Black Legions françaises ?
Notre boulot, c’est de s’intéresser aux racines du black metal et du vrai metal. Ce qui n’inclut PAS les 90’s.

Est-ce que tu peux me parler de votre label Tyrant Syndicate Productions ? Sur le site de Peaceville, on peut lire : «Tyrant Syndicate ne retournera pas, ni ne répondra à aucun courrier envoyé à notre adresse. Seuls les groupes qui présentent un intérêt pour le label seront contactés». Et donc, que se passe-t-il si un bon groupe vous envoie une demo ? Vous avez d’autres sorties prévues après The Merciless d’Aura Noir ? Tu as évoqué l’album de OLD d’Allemagne…
Il sortira avant l’été je pense. EXTREMEMENT old school. Ensuite, il y aura un album d’Abscess. Nous aimons trouver nos groupes nous-mêmes. Quand un groupe VEUT être sur notre label, c’est qu’il y a déjà un truc qui cloche. Tu me suis ?

As-tu le sentiment d’être trop vieux ?
Trop vieux pour les conneries.

As-tu l’intention de sortir un second volume à ta compilation Fenriz Presents… ?
J’adorerais. Mais après ma première compilation, j’ai reçu tant de questions stupides de la presse et des gens que je ne pense pas m’emmerder à compiler une bible du thrash metal pour la nouvelle génération, comme je l’ai fait pour ma compilation de black metal.

Tu voulais partager ta vision du metal old school dans un but éducatif ?
Oh oui. Mais les gamins sont incroyablement morveux, hehehehehehe.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
THRUST Fist Held High (lp, 84, speed/thrash), RAZOR Evil Invaders (85), MOUNTAIN Nantucket Sleighride (71, heavy funky blues epic doom rock), MASSACRE First Demos (84-85), et puis des dj-mix electro variés d’une grande originalité.

A propos d’electro, je suis curieuse de savoir si tu portes réellement un tatouage Plasticman.
Bien sûr. C’est le symbole de beaucoup de choses.

Eibon, Valhalla, Isengard, Neptune Tower, Aura Noir… Tu as eu énormément de side-projects et fait beaucoup de collaborations par le passé. Est-ce que c’est quelque chose dont tu es fatigué aujourd’hui ?
Je me suis épuisé en 95 et j’ai décidé de me consacrer uniquement à Darkthrone. Ensuite, je suis tombé en dépression de 1998 à 2003 et j’ai beaucoup lutté. It’s a long way to the top if you wanna rock’n’roll.

Rien à ajouter ?
Hail au vrai metal ! Soutenez MANILLA ROAD, ORCUSTUS et AUDIOPAIN !!!

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #7 (Mars 2006)

couv VERSUS MAG #7

DARKTHRONE – Too Old To Cold & The Cult Is Alive

9 Mar

DARKTHRONE the cult is alive (peaceville 2006) DARKTHRONE too old too cold (peaceville 2006)
(Peaceville, 2006)
Ceci n’est pas du black metal

Ceux qui avaient deviné que Darkthrone sortiraient un jour un album précédé d’un single, que ce single se classerait à la 11ème place des charts norvégiens, qu’il compterait une reprise de Siouxsie & The Banshees et qu’il servirait, 12 ans après les faits, de pacte de réconciliation avec leur ancien label Peaceville méritent indiscutablement une place de choix au panthéon des grands prophètes entre Saint-Jean et Nostradamus.
Plus de vingt ans après la formation du groupe, seize depuis leur premier album, Too Old Too Cold et le bien nommé The Cult Is Alive sont à eux deux une sorte d’état des lieux symbolique de la maison Darkthrone. Et si la bâtisse n’est plus toute à fait rutilante (mais l’a-t-elle jamais été), la charpente est solide, et la vieille pierre possède encore un sacré cachet. “Nothing to prove. Just a hellish rock’n roll freak! You call your metal black. It’s just plastic, lame and weak. We’re too old, too cold”. Voilà. Dès le premier gros dégueuli vocal de Nocturno Culto, tout est dit ou quasiment. Cet appel à la mort du «faux metal» comme ils disent, et par conséquent ce retour aux sources du «vrai metal», Sardonic Wrath n’en était qu’une ébauche maladroite, un étouffe-chrétien quelque peu insipide. La double tartine 2006 est autrement plus goûtue, à condition d’avoir de l’humour, d’aimer la viande crue, les saveurs rustiques du metal 80’s, la rugosité du punk old school et les bras-d’honneur. Avec la bestialité crasse qui leur est chère, Darkthrone y fait partouzer Hellhammer, Slayer et les UK Subs, Celtic Frost et Motörhead, Venom et les tout premiers Voivod, Bathory et les Germs. Rythmiques necrothrash, riffs bruts de décoffrage dégraissés jusqu’à l’os, solos désarticulés sur deux notes et borborygmes caverneux vomissant des textes qui frisent souvent le grotesque : « Are you satan? I don’t think so. You copy my style. And call yourself a man. (…) Shut up you fucking twat! » Darkthrone fait dans la dentelle…
Sur Too Old…, il y a la voix glaçante de Grutle d’Enslaved sur «High On Cold War», mais surtout cette reprise ultra mongole du «Love In A Void» de Siouxsie qui à elle seule vaut largement un détour par le 4-titres. On retrouve les deux autres morceaux sur The Cult Is Alive : «Too Old Too Cold» et «Graveyard Slut», à la différence près que ce dernier y est interprété par Fenriz himself, et que dans le registre vocal «glaviots & whisky», il se défend presque mieux que son acolyte. Assurément, les fans condamnés à vivre dans la nostalgie des 90’s révolus qui espèrent encore trouver en Darkthrone une résonance, même lointaine, à leurs années black et à la trilogie blasphématoire A Blaze In The Northern Sky, Under A Funeral Moon et Transilvanian Hunger chercheront en vain. Ce n’est pas un scoop : en douze albums, le propos a changé. A l’instar de Nattefrost et Carpathian Forest, cela fait bien longtemps que Fenriz et Nocturno Culto n’ont plus apporté de pierre au black metal moderne. Aujourd’hui, c’est plutôt un retour en arrière, un tribut primitif et sans détours qu’ils rendent aux dinosaures du genre et à un culte, dont eux-mêmes font désormais partie.
Francoise Massacre
Publié dans : VERSUS MAG #7 (Mars 2006)

couv VERSUS MAG #7

DARKTHRONE – Transilvanian Hunger

1 Oct

DARKTHRONE Transilvanian Hunger (Peaceville 1994)
(Peaceville, 1994)

« Nous souhaiterions vous informer que Transilvanian Hunger est au-dessus de toute critique. Tout ceux qui ne l’apprécient pas ne peuvent être que des imbéciles ou des juifs« .
Et voilà comment Fenriz attisa la polémique en demandant à son label d’apposer cette déclaration pour le moins provocante sur la pochette de Transilvanian Hunger, en plus de la charmante mention très spéciale “Norsk Arisk Black Metal” – soit “Black Metal Norvégien Aryen” – qui apparaissait en gros au dos de l’album, mais que tout le monde avait religieusement pris soin d’ignorer jusque là. Mais lorsque la presse sortit soudain de sa torpeur déliquescente, et décida, indignée, de boycotter le susdit album, Fenriz, ce farceur, publia illico une lettre d’excuses tout à fait ridicule qui expliquait que dans son vocabulaire de norvégien païen, « juif » était un mot très usité pour signifier « mauvais », impliquant du coup la nation norvégienne tout entière (ouch !). Mais Passons. Ce célèbre épisode fait désormais partie de l’histoire noire du metal noir, la mention « True Norwegian Black Metal» ayant depuis remplacé la première. Il n’empêche que dans un sens, ne pas apprécier Transilvanian Hunger relève effectivement d’une forme d’imbécillité, et ce pour plusieurs raisons. D’abord parce que cet album constitue sans doute la troisième pierre de l’édifice philosophale du black metal, les deux premières étant A Blaze In The Northern Sky et Under A Funeral Moon. En parachevant cette trilogie blasphématoire qui d’emblée imposa Darkthrone comme l’entité emblématique et indétrônable du genre à l’aube de son règne funeste, Transilvanian Hunger finissait de tracer les contours encore fuligineux du black metal en devenir. Et même si l’on peut opposer à cette proposition que Mayhem, Emperor, Immortal et bien d’autres avaient déjà livré de grands albums de black metal – ce qui, avouons-le, n’est pas complètement inexact – seul Darkthrone avait su donner autant d’impact et de cohérence au chaos sur la longueur (vous me suivez ?). Et puis rappelons qu’avant d’être imitée au point de devenir un standard du black metal deuxième génération, l’esthétique Darkthronienne du noyau dur Fenriz/Nocturno Culto relevait du jamais-entendu. Transilvanian Hunger en est le manifeste impénétrable : riffs d’une simplicité glaciale répétés tant et tant qu’on les dirait congelés, toile de fond continue de blast beat chaotique, le tout enveloppé dans la thématique post-romantique ténébreuse préférée des black metalleux (paysages désolés sous la neige éclairés par la pleine lune) portée par l’effroyable grrrrowling guttural de Nocturno Culto, sur des textes écris par Varg Vikernes (Burzum) du fin fond sa prison norvégienne. Un disque qui – citons un grand de ce monde – « trve le kvlt ».
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #5 (Octobre 2005)

couv VERSUS MAG #5

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