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DOSSIER 2008 – Noir c’est noir (enfin presque)

23 Mar

Il y a quelque chose de pourri au royaume du black metal. Depuis la sortie du Black One de Sunn O))) en 2005, le genre n’a cessé de se démocratiser, mutant, abandonnant ses oripeaux archaïques pour sortir du marigot putride mais confortable dans lequel il était confiné jusqu’alors pour se pavaner sous les lumières fragiles du renouveau. Du jeune geek au bon père de famille, le fan n’est plus le jeune paria esseulé qu’il était autrefois et le black s’écoute désormais en famille. Non, rien ne va plus, tout fout le camp. Mais comment voulez-vous que l’ancien monde – celui des traditions, celui des purs, des durs, des vrais, de ceux qui fondèrent le mythe d’un true black evil, viril et sataniste – ne s’écroule pas à l’heure où le chanteur de l’un des groupes les plus cultes de la scène fait son coming-out à la presse musicale allemande ? Mesdames et Messieurs, en 2008 la nouvelle est tombée : le grand Gaal (de son VRAI nom Kristian Espedal, c’est beau comme un poème) de Gorgoroth aime les hommes, et l’on ne compte plus le nombre d’ados corpspaintés qui se sont autoflagellés avec leur ceinture à clous en apprenant la nouvelle. On attend avec impatience les aveux de Varg Vikerness quant à son appartenance au parti communiste.

Qui encore aurait pu prédire que l’autodérision s’inviterait au cœur du chaos et qu’Attila Csihar, la plus grande voix du black metal originel, celle de l’immense, du légendaire De Mysteriis Dom Satanas, se commettrait sur scène avec Mayhem déguisé en Bugs Bunny, en Leguman ou en sapin de Noël ? C’est une question de survie. Les vieux pandas en voie d’extinction n’ont désormais plus d’autre choix que de faire peau neuve face à la déferlante USBM. Car s’il ne fait plus peur à personne, le black metal est devenu un terrain d’expérimentations et d’hybridations plus ou moins heureux (on vous laisse la liberté d’appréciation) dont le foyer d’activité numéro un se situe de l’autre côté de l’Atlantique. De microbuzz en microbuzz, on a assisté cette année encore à un pullulement de sorties black metal/ambient/shoegaze dans la lignée de Leviathan, Crebain ou Xasthur sur des labels pas forcément dédiés au genre : Cobalt, Wolves In The Throne Room, Velvet Cacoon, Striborg, Mick Barr et ses divers projets (Krallice et Ocrilim) ou encore Nachtmystium pour la face psychédélique du genre. Nordvarg (Suède), Wold (Canada), Gnaw Their Tongues (Pays-Bas), Blut Aus Nord et Gargouillax (France), les autres parties du monde non plus n’ont pas failli, les terres encore fertiles ont été cultivées et les accros à la newsletter d’Aquarius Records savent même qu’un petit génie du black metal s’est réveillé au cœur d’une nation des plus improbables, la Corée, et que son nom est Pyha. L’ordre black mondial s’inverse et c’est tout à son honneur. Prions juste pour qu’en 2009, à force d’être porté, nettoyé et essoré, le metal noir ne finira pas par paraître complètement délavé.

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WOLD – Stratification

31 Déc


(Profound Lore, 2008)

HARSH NOISE VS BLACK METAL

Pas certain que Wold et ses mystères n’aient été inclus un seul instant au programme très old school du « Canadian Metal » de nos amis Fenriz et Nocturno Culto. Et pourtant, Wold est bien un duo corpsepaint-free 100% canadien – avec déjà trois albums au compteur et rien à jeter – dont la prose est traversée de part et d’autre par l’évocation des paysages nocturnes, enneigés et désolés de leur Saskatchewan natal. Nuits glacées, reines des neiges, no man’s lands cryogénisés sous une lune blafarde, infernal blizzard et vive le vent d’hiver : des thèmes qui, sur le papier, font directement écho à la thématique « nature et nordisme » Darkthronienne du début des 90’s (A Blaze In The Northern Sky, Under A Funeral Moon), à l’exception peut-être des rennes et des clochettes de la ballade en traineau de « Sleigh Ride » – car voyez-vous, les norvégiens de la vieille école, eux, avaient le cran de se déplacer à pied… l’histoire ne dit pas s’ils portaient des Moon boots. Musicalement cependant, le blacknoise hybride de Wold s’adresse bien moins aux nostalgiques d’un black metal traditionnel qu’aux oreilles coutumières des turbulences soniques extrêmes de Prurient, Philip Jeck ou Wolf Eyes. Les 50 minutes de Stratification, qui porte magnifiquement bien son nom, sont enroulées dans un épais manteau de bruit blanc en couches granuleuses superposées. L’électrique et l’électronique sont bouillis dans la même marmite puis refroidis à des températures extrêmes pour former un agrégat menaçant de boucles hypersaturées duquel s’échappent parfois les restes d’une boîte à rythme grippée, d’un bourdonnement de guitare ou d’un vague débris mélodique. Au-dessus de ce chaos compact et incessant, Fortress Crookedjaw, la voix de Wold, vomit sa bile dans la neige immaculée. Sensation et image mentale : la tête plaquée sur le moteur d’un scooter des neiges propulsé à toute vitesse dans la tempête glacée alors que vous vous faites engueuler copieusement par le type haineux qui conduit l’engin pied au plancher, le même qui un jour a dit : « Stratification est la voix de la domination de Wold. Nous dominons d’une manière authentique, comme la colère et le sexe. C’est notre disque le plus fort et le plus strict. En tant que guerriers et artistes, Obey et moi nous sentons satisfaits ; nous sommes réellement triomphants. C’est naturel. C’est juste ». Non, c’est pas juste. Je t’ai rien fait, moi.
http://wold-klan.blogspot.com/
Francoise Massacre

Publié dans: NOISE MAG #7 (oct/nov/dec 2008)
couv NOISE MAG#7

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