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OM – God Is Good

28 Jan


(Drag City, 2009)

STONER PSYCHÉ RÂGA-DUB STYLE

Comme aurait pu dire Dylan Carlson de sa voix éraillée : Ouroboros is broken. Panique à bord. Om, le serpent qui se mordait la queue (mais qui se la mordait bien) depuis cinq ans a fini par entrouvrir la gueule suite au départ inattendu de Chris Haikus, compagnon de route d’Al Cisneros depuis les origines, et à l’arrivée d’Emil Amos emprunté aux heavy jammers psychédéliques de Grails. Et quand la couille droite se sépare de la couille gauche, on est en droit d’attendre quelques bouleversements, ce qui avec Om, groupe monomaniaque par excellence, n’était pas gagné d’avance. Gebel Barkal, le 7’’ sorti sur Sub Pop l’année dernière, annonçait en partie la couleur et initiait une forme mutante entre mantras stoner-psyché et dub typé à la Augustus Pablo.
Mais modérons tout de même notre enthousiasme. Lorsqu’on parle de bouleversement à propos de Om, il faut savoir prendre des pincettes, n’espérer aucune transformation spectaculaire, Cisneros, c’est pas le genre de mec à s’emballer. Alors relax, tout doux, la révolution sera spirituelle, Dieu est bon et sous les pavots, la plage. A tel point que j’ai bien failli m’étrangler alors que le morceau d’ouverture, «Thebes», déroulait sur 20 minutes ses volutes baba, m’asphyxiait les chacras de ses effluves de patchouli, et surtout, m’assommait par l’absurdité de la redondance : une fois encore, « Thebes » était la réplique absolue du seul et unique morceau de Om, celui que l’on retrouve, avec ses infimes variations (ici, le drone de tampura), dans toute la discographie du groupe. Secouée d’un rire nerveux, la seule chose qui me vint fût un «Pitié, arrêtez-le !» désespéré. Et si l’arrivée d’Emil Amos apportait un changement de surface, avec son jeu plutôt carré, tout en toms et en caisse claire, là où Haikus privilégiait au contraire les grandes marrées de cymbales ternaires, il me semblait que c’était foutu pour de bon, que ça n’irait pas plus loin, et que la révolution molle n’aurait pas lieu. Je me trompais. Le premier indice apparut sur «Meditation Is The Practice Of Death», un morceau dans le sillage de Gebel Barkal. Le dub y reprend insidieusement ses droits avec un delay parcimonieusement distillé sur la batterie. Mais c’est surtout l’apparition de la flûte traversière qui constituait la première petite secousse, même s’il est difficile d’arriver à identifier ce qu’elle évoque pour nous. Serait-ce le mirifique solo de George Lane alias Eric Dolphy sur Ole de John Coltrane ? Ou bien les râgas hindoustanis du Pandit Hariprasad Chaurasia (sur le site duquel on peut d’ailleurs lire « La flûte est le symbole de l’appel spirituel. L’appel de l’amour divin ») ? Ou bien encore les incomparables niaiseries sorties du flutiau de Ian McDonald sur In The Court Of The Crimson King ? Solo aimable ou solo minable, après d’innombrables écoutes, trancher relève toujours de l’impossible. Mais pour le choc, le vrai, il fallait donc attendre le diptyque final, «Cremation Gat I» et «Cremation Gat II» qui suivent un schéma radicalement différent de tout ce que Om avait pu faire jusqu’à présent. Le premier est une perle, une petite perle de 3 minutes 12 qui, comme son nom ne l’indique pas, n’a pas grand-chose à voir avec la tradition Hindou. Sous les auspices d’un dub qui cette fois, n’a plus rien d’hésitant, le morceau groove à mort, soutenu par une rythmique irrésistible, qui a quelque-chose des rituels de transe Gnaouis du Maroc. Le second volet, le bien nommé «Cremation Gat II», enfonce le clou du syncrétisme orient/occident, avec le renfort d’instruments issus de la tradition savante indienne, sitar, tampura et tablas, mais aussi de violons (ou de mellotrons, la version définitive du CD nous le dira peut-être) et de gouttes de piano qui enveloppent le morceau dans une mystique post-rock tout à fait inhabituelle chez Om. Oui, la révolution molle est bien en marche.
http://omvibratory.com/

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #13 (novembre/decembre 2009)
couv NOISE MAG#13

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OM – Pilgrimage

11 Déc

om pilgrimage
(Southern Lord)

Quoi que vous lui demandiez en interview, Al Cisneros finira toujours par vous répondre : « Il n’y a qu’une seule substance. Le corps, l’esprit, l’homme et le monde ne font qu’un, et l’univers est infini» (et maintenant fait tourner le joint mon frère). Au fond, le discours de hippie lénifiant de l’ex-Sleep est on ne peut plus à l’image de sa musique de transe (molle) en mouvement perpétuel, pétrie de mysticisme, repliée sur elle-même dans un va et vient sans but. Et depuis le premier album en 2005, dont le titre, Variations On A Theme, pourrait s’appliquer aisément à n’importe quel disque de la discographie de Om, rien n’a changé, ou presque. On retrouve ici les mêmes errances méditatives du duo basse/batterie, les mêmes mantras monocordes de Cisneros, la même recherche de la vibration primitive, la même thématique œcuménique combinant mystique chrétienne, mythologie mésopotamienne et spiritualité hindou. Et puis, Pilgrimage emprunte toujours au stoner répétitif post-Sabbath à rallonge, celui qui avait fait les grands jours de Sleep (Dopesmoker) mais qui avait également précipité, par lâcheté, la défection de leur label de l’époque, London Records, et du même coup la fin du groupe. La première différence avec tout ce qui précède, c’est que Pilgrimage, prolonge et pousse un cran plus loin ce qui avait été ébauché sur « At Giza » (sur Conference Of The Birds) : le morceau-titre qui ouvre et qui clôture l’album (pilgrimage = pèlerinage, un aller-retour) est une variante védique, acoustique et austère de la systématique musicale de Om, exposée dans son plus simple appareil, une sorte de réappropriation simplifiée des timbres et des mouvements ascendants et descendants du râga indien, des maqams ottomans ou de certaines invocations de la confrérie des Gnaouas ou des muezzins d’Alep, au-dessus desquels flotterait un léger parfum de macramé. Ils font chier ces hippies. C’est du moins ce qu’on ne peut pas s’empêcher de penser au départ. Tout ça est même un poil effrayant. Seulement, une fois les premières réticences diluées dans ce bain sacré, les explorations modales de Haikus et Cisneros opèrent une sorte de satisfaction contemplative pas désagréable. Mais c’est bien dans les deux morceaux électriques blindés de distorsion («Bhima’s Theme» et «Unitive Knowledge Of The Godhead») que quelque chose se passe. Et ce quelque chose, c’est le son, à la fois puissant, saisissant, brut et large. Albini n’a pas fait que des miracles, mais là tout de même, il frappe fort. Parce que jusqu’ici, aucun morceau de Om ne s’était révélé avec autant de force et de détermination que ces deux là. Et quand la basse et la batterie déboulent enfin après les premières dix minutes passées en tailleur dans le boudoir feutré de «Pilgrimage», l’impact est tout simplement colossal. Rien que pour ça, le pèlerinage vaut largement le détour.
www.southerlord.com
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #3 (novembre 2007)
couv NOISE MAG#3

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