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NIRVANA – Nevermind : 20th Anniversary Super Deluxe Box Set (4 CD+1 DVD)

6 Jan
Super ET Deluxe

$uper ET Deluxe ?

(Universal)

A l’heure où l’on en est quasiment rendu au point où l’industrie discographique branlante serait prête à célébrer les 6 mois d’existence insignifiante de n’importe quel groupe de troisième zone pourvu qu’elle en retire un infime avantage financier, pour un peu ce 20ème anniversaire aurait pu passer pour un événement honorable si le chiffre 20 n’avait pas fait grincer des dents tous ceux qui y étaient et qui pensaient encore très naïvement que c’était hier. Il y a 20 ans donc, les adolescents cafardeux de la fin des 80s qui étaient nés au milieu de la décennie précédente avaient soudain vu apparaître ce type nimbé d’une blondeur prophétique dans un halo de fumée et sous un déluge de pom-pom girls anarchistes. Et puis, ils l’avaient vu cramer, imploser et enfin disparaître aussi vite qu’il était arrivé. Entre temps, tout avait changé ou presque, pour le meilleur mais surtout pour le pire. Les groupes à l’aura planétaire étant aussi les plus affreusement copiés, s’ensuivirent des dommages cataclysmiques pour l’industrie discographique.
Pour cette génération, baptisée, à tort ou à raison, la « génération Nirvana », comme pour la génération suivante et celle de la décennie précédente, la vraie question est : en 2011, est-il encore possible de redécouvrir Nevermind ?

"Mmh ghh chhhh" (Dave Grohl, 1991)

Après plusieurs milliers d’écoutes, Nevermind est a priori un album du passé, une affaire classée, une rivière dont le lit s’est tari au fil du temps. Bien sûr, en inconditionnel blasé, vous connaissez les paroles par coeur et sur le bout des doigts ; vous vous souvenez de tous les breaks de batterie, du moindre dérapage de la voix de Kurt Cobain, de chaque solo de guitare ; vous êtes capable de reproduire les enchaînements des morceaux à la seconde près et dans la bonne tonalité sans jamais vous tromper ; vous pourriez même chanter les lignes de basse (c’est d’ailleurs avec ce disque que vous avez réalisé pour la première fois que les bassistes jouaient en fait de vraies notes sur un vrai instrument). Oui mais seulement, comme un vulgaire appendice de vous-même, les morceaux semblent aujourd’hui vidés de leur substance, celle-là même qui pourtant vous avait littéralement affolé 20 ans plus tôt sur les bancs du lycée. Il y a même parfois un malaise nostalgique un peu ridicule à l’évocation de Nevermind, presque aussi dur à supporter que de voir ces hordes de trentenaires s’accrochant désespérément aux génériques de leur enfance perdue. Un disque mort, un souvenir un peu embarrassant dont on ne ne peut plus rien faire sinon s’en rappeler.

Alors, parmi l’avalanche de rééditions, de live indigestes, de bootlegs, de sorties posthumes et de whatever qui n’ont jamais cessé d’abonder depuis le suicide de Kurt Cobain en 1994, y’a t-il une chose, une seule, en dehors du pur réflexe nostalgique, qui pourrait motiver raisonnablement l’achat de cet imposante Super Deluxe Box comprenant quatre CD, un DVD, un méga booklet format 12’’, et que l’on peut acquérir pour la modique somme de 100 euros dans le commerce ? La réponse est non, oui. Enfin… presque.

"Deluxe ET $uper !" (Dave Grohl, 2011)

NI BON, NIRVANA

Passons rapidement sur le DVD, un live enregistré en octobre 91 au Paramount Theatre de Seattle et produit par Andy Wallace que l’on retrouve à l’identique en version audio sur l’un des quatre CD du coffret (un doublon parfaitement inutile) et soit-disant « previously unreleased ». Mais oui, bien sûr, on n’avait jamais entendu ces versions live ; on n’avait jamais vu non plus ces fameuses images de Chris Novoselic jouant au baseball avec la guitare déchiquetée de Kurt Cobain. Un live de plus parmi les 257 concerts archivés de Nirvana, ni plus ni moins intéressant que tous les autres et déjà vu un petit millier de fois.

"Dang!" (Novoselic, 1991)

Niveau CD, en plus de ce live audio, le coffret comprend évidemment la version studio officielle de Nevermind mixée par Andy Wallace, celle qui a fini par sortir des usines de Geffen, celle que nous connaissons tous. D’ailleurs, pour fêter dignement ce vingtième anniversaire, le mieux est encore de réécouter attentivement l’album tel qu’il est sorti en 1991, et que l’on aime, que l’on ait aimé ou pas, de se rappeler que Nevermind, fusion idéalement dosée et impeccablement interprétée de punk, de pop, d’indie rock et de heavy metal, se rapprochait quand-même d’une forme de perfection rock. En guise d’extra, le CD est augmenté d’une dizaine de faces B sorties à l’époque. Rien d’inédit, rien de spectaculaire.

En plus de deux extraits des BBC Sessions de 91, le troisième CD comprend les Smart Studio Sessions enregistrées et mixées par Butch Vig et les Boombox Rehearsals, des démos précoces quasiment inaudibles. Les premières datent d’avril 90 alors que Dave Grohl n’avait pas encore remplacé Chad Channing. Elles étaient au départ destinées à Sub Pop avant que Nirvana ne s’en sépare après les rumeurs d’un éventuel rachat du label et sont assez fidèles à l’album final. Les secondes ont été enregistrées à l’arrache par le groupe dans un studio de répètition de Tacoma au printemps 91. L’intérêt de ces dernières est relativement limité si ce n’est qu’elles ne servent à montrer que comme Rome, Nevermind ne s’est pas fait en un jour et que l’adage punk qui dit que la première prise est toujours la bonne ne s’appliquait pas à cet album. Les morceaux sont encore bancals, imparfaits, les textes à l’état d’ébauche et il apparaît clairement que la fameuse question « comment faire pour marier la sensibilité pop de Kurt Cobain avec l’urgence et la spontanéité du punk ? » ne fut résolue qu’après un dur labeur, de longues heures de répétitions et de travail préliminaire en studio. Et c’est tout le mythe romanesque de l’explosion créatrice soudaine, instinctive et spontanée qui s’effrite. Malgré tout, il y a une différence entre savoir cela (à vrai dire, on s’en doutait plus que légèrement) et devoir s’en convaincre en écoutant les hésitations et les atermoiements d’un groupe encore irrésolu en pleine séance de tâtonnement. Personne ne devrait avoir à subir l’épreuve de ces répétitions chaotiques interminables et pas franchement dignes d’intérêt. Il y a des choses qui devraient rester à jamais tues.

L'effet Boombox Rehearsals

LES DEVONSHIRE MIX : « 200 fois meilleurs » que la version officielle ?

En revanche, sans aller jusqu’à dire que le Devonshire Mix du dernier CD justifie pleinement l’achat de ce coffret dispendieux (pour 14 euros seulement, vous pouvez les acheter en intégralité sur le iTunes store), il est le plus intéressant des bonus et contrairement à tout le reste, le seul véritablement essentiel. Pour reprendre le titre d’un article paru sur Slate.fr, il est « Le Nevermind que vous n’avez jamais entendu ».
En mai 1991, Nevermind fut mixé une première fois par Butch Vig aux studios Devonshire de Los Angeles. Ce mix fut refusé par Geffen qui à Butch Vig, préféra le producteur slayer-friendly maintes fois Grammy-Awardé Andy Wallace pour mixer la version finale du Saint-Graal.

Kurt Cobain, insatisfait notoire, haïssait plus que tout la façon dont la version finale de l’album avait été produite, voire surproduite : le son, assez typé « grosse pointure du metal » était très compressé, presque noyé dans une reverb de principe et finalement le résultat était plutôt lisse. Le mix de Butch Vig, radicalement différent, conserve au contraire certaines maladresses qui n’auraient probablement pas passé à la postérité mais qui éclairent Nevermind d’un jour radicalement nouveau, chose qui relevait jusqu’à présent de l’impensable. Plus sale, plus cru, assez proche de celui de Bleach, il restitue sans doute plus fidèlement – du moins c’est ce que l’on imagine – l’ambiance et l’urgence des prises brutes. La guitare est placée très en avant, la voix de Cobain conserve ses aspérités et la batterie baigne naturellement dans le son de la pièce ce qui a complètement disparu de la version officielle. On découvre – ou on redécouvre – des solos, des feedbacks qui traînent, des boucles et des grésillements absents du mix final.
Il va de soi qu’historiquement, les Devonshire Mixes ne remplaceront jamais la version d’Andy Wallace mais le parti-pris de Butch Vig entérine l’éternelle controverse entre les deux producteurs. Dès le départ et sans surprise, Steve Albini (qui deux ans plus tard produira In Utero, le dernier album de Nirvana) avait choisi son camp : « Le premier mixage (brut) de Nevermind (…) était au moins 200 fois meilleur que ce dont je me rappelais de la version officielle. ».

En conclusion, si on l’isole de ce coffret hors-de-prix, on peut dire que ce Devonshire Mix jouissif et assez émouvant – si tant est qu’on est encore perméable à un disque aussi encombrant – vaut bien le titre de meilleur disque posthume de Nirvana après le MTV Unplugged.

"Hin hin hiin" (Dave Grohl, 2011)

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #7 (nov/dec 2011)
couv (new) NOISE MAG#7couv (new) NOISE MAG#7

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et tiens, tant que j’y suis, à ce cher Guy Mercier du R*ck est M*rt qui est passé à Gibert la semaine dernière. Oui, ça m’a fait plaisir aussi de te voir aussi.

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