Tag Archives: Flipper

FLIPPER : Love & Fight

4 Oct



(MVD Audio, 2009)

Flipper sera-t-il à jamais prisonnier de son petit culte? Possible qu’il soit devenu difficile d’écouter aujourd’hui la version clean d’un groupe dont une grande partie du génie reposait sur une esthétique de sabotage délirant, d’autodestruction et de fin des temps, sur un petit je-ne-sais-quoi qui lui-même dépendait en partie de la quantité d’alcool et de schnouf panachant le sang de ses concepteurs. C’est difficile d’admettre un tel cliché, mais depuis la disparition de Will Shatter après une overdose d’heroine en 87, rien n’est plus comme avant. Néanmoins, nous avons quand même un point de comparaison auquel rattacher Love, le nouvel album studio de Flipper. Ce point de comparaison n’est pas glorieux et il s’appelle American Grafishy. Sorti en 93, Grafishy fut l’album du comeback post-Shatter et rien de plus qu’un pet dans l’eau, une vaine tentative pour renouer avec l’insanité caractérisée des débuts, ou peut-être une vaine tentative pour s’en affranchir. Dans tous les cas, une vaine tentative. Si Grafishy était produit par le célèbre Rick Rubin, on ne doute plus un instant qu’avoir choisi le non moins célèbre Jack Endino pour cette fournée 2009 fut une sage décision. En effet, les velléités de modernisation du son Flipper dans les 90’s ne furent pas du plus bel effet et relevaient presque du contre-sens. En toute simplicité, Jack Endino a donc su redonner un son brut et rudimentaire à des compositions tout aussi brutes et rudimentaires qui ont au moins le mérite de s’incruster dans le crâne comme la pollution de Love Canal. Ajoutez à cela le jeu de basse étonnement Shatterien de l’ex-Nirvana Krist Novoselic (qui jouait avec Flipper depuis 2006 mais qui vient d’annoncer son départ du groupe) et l’on croirait presque entendre l’album perdu de Flipper, première période. Ça n’est pas si mal mais évidemment, tout le hic est dans le presque. Inutile de dire qu’on ne souhaite ni à Falconi, ni à DePace ni à Bruce Loose de replonger, Flipper a laissé suffisamment de morts dans son sillage. Mais il faut bien dire que lorsqu’un groupe qui était toujours sur le fil retrouve l’équilibre et regagne le plancher des vaches, c’est la descente d’adrénaline assurée, le moment que choisi monsieur Loyal pour faire rentrer l’auguste et son gros nez rouge. Avec la folie, le cynisme et l’ironie aussi se sont envolés, en attestent les paroles de « Live Real » qui enfoncent tristement des portes ouvertes : « Live Real / Don’t be fake in this life / Just be here now / Think for yourself and not as the television tells you ». Nettement plus cynique, le mot d’introduction de Bruce Loose au concert du Funhouse de Seattle en 2007 « Are we a band and are you an audience ? ». C’est aussi le premier morceau du disque jumeau de Love, Fight, album blanc et album live, toujours avec Novoselic à la basse, qui reprend des morceaux de la période Shatter (« Way Of The World », « Shine », « Ha Ha Ha », « Sacrifice ») ainsi que quelques titres de Love. Comme tous les enregistrements live de Flipper, Fight ne déroge pas à la règle du n’importe quoi. Loose chante comme un pied (persiste et signe), et Falconi y va de son jeu de guitare extraterrestre. Pas désagréable, pas non plus de quoi fouetter un chat, autant se plonger dans le grand malaise de Public Flipper Limited. www.flipperrules.com

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #11 (août/septembre 2009)
couv NOISE MAG#11

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FLIPPER : L’INTERVIEW QUEUE DE POISSON

4 Oct

Flipper

Dix ans après le très dispensable American Grafishy, on nous annonce la sortie simultanée de deux nouveaux Flipper : Love, album studio enregistré par Jack Endino avec l’ex-bassiste de Nirvana Krist Novoselic (dont on a, entre-temps, appris la défection), et son pendant live, Fight. Alors, puisque les albums légendaires du groupe viennent d’être réédités, c’est le moment rêvé pour aller à la pêche… Gone Fishin’.
(… Quelques temps plus tard…) Des semaines à essayer d’attraper le putain de poisson. D’abord Ted Falconi nous dit qu’il a un problème de connexion internet. On est renvoyé à la case DePace qui après avoir laborieusement répondu au tiers de nos questions, nous renvoie à son tour à la case Bruce Loose. À partir de là, ce fut comme essayer d’attraper à la main une truite bien visqueuse. À chaque fois tu crois l’avoir, et squeek, elle te glisse entre les doigts. Ça s’est bien sûr fini en queue de poisson. À force de presser doucement sur l’animal pour essayer de le tenir, ne sont restées que les maigres arêtes d’une interview qu’on aurait aimée un peu plus consistante. On vous souhaite quand même un bon appétit.

« Flipper, c’est un peu Spinal Tap, sauf que ce sont les bassistes qui meurent ». Est-ce que Krist Novoselic va bien ?
Steve DePace : Krist ne fait plus partie du groupe. Il ne pouvait plus assurer les tournées et il a préféré tirer sa révérence. Nous avons une nouvelle bassiste, Rachel Thoele, qui faisait partie, entre autres, de Frightwig et de Mudwomen.
À chaque nouveau bassiste un Flipper différent ?
Oui. Tous les bassistes ont apporté à Flipper leur touche personnelle et on a fait des enregistrements avec chacun d’eux, soit en studio, soit en live. Chaque bassiste reflète une période particulière du groupe.
Finalement, vous avez participé à ce concert de soutien à la campagne d’Obama l’année dernière à Seattle ? C’était une idée de Novoselic-le-politicien ?
Non, ce sont les organisateurs qui nous ont contactés pour jouer.
Love /Fight. Ça veut dire quoi, vous adorez être en studio et alors que jouer sur scène est une lutte de tous les instants ? J’imagine que ça n’est pas aussi simple que ça.
Non. Le titre de ces deux albums viennent d’un morceau de Love, « Love Fight ». On voulait appeler les albums Love Fight et Love Fight Live mais on a décidé d’être un peu plus créatifs que ça. On aime la scène autant que le studio, ce sont deux situations intéressantes et gratifiantes à leur manière.
En écoutant Love, j’ai l’impression que vous avez voulu retrouver le son de la période Will Shatter (sans les abus de drogues, d’alcool et l’auto sabotage délirant qui allait avec).
C’est aussi ce que j’ai ressenti par rapport à Krist et à son jeu de basse, surtout lorsqu’on jouait les vieux morceaux. Il s’est efforcé de jouer les morceaux de la manière dont on les avait enregistrés à l’époque. La première fois qu’on a répété ces vieux morceaux avec lui, j’ai vraiment eu l’impression de remonter le temps à l’époque des débuts de Flipper. En revanche, je ne suis pas d’accord en ce qui concerne Love. Pour moi, ce disque sonne comme une étape supplémentaire dans l’évolution du groupe, il a son propre truc. Peut-être que je n’ai pas suffisamment de recul pour pouvoir entendre ce que quelqu’un d’extérieur perçoit. Je sais que Krist aime beaucoup les premiers enregistrements de Flipper donc c’est probablement ce vers quoi il a voulu tendre.
Qu’est-ce qui s’est passé pendant les dix années qui séparent American Grafishy de Love ?
John Dougherty est mort et Bruce s’est blessé le dos par-dessus une première blessure plus ancienne, ce qui fait qu’il ne pouvait plus monter sur scène. On n’a rien fait pendant dix ans.
Les deux disques sont assez différents, en tout cas au niveau du son. Je fais partie de ceux qui pensent que Grafishy était un mauvais disque de comeback. Le son de Love en revanche est plus fidèle à la crudité de vos compos, le disque semble un tantinet plus intuitif aussi.
J’aime beaucoup American Grafishy. C’est un enregistrement qui a immortalisé une période pendant laquelle on essayait de se retrouver. John Dougherty était notre tout premier bassiste après la mort de Will Shatter et ce disque représente la façon dont on a évolué avec ce nouveau musicien. Il faut ajouter qu’on venait de signer un deal avec American Recordings et tout ça, c’était très nouveau pour nous, tout comme le fait de jouer avec un bassiste qui ne partageait pas les lignes de voix avec Bruce. À partir de là, Bruce est devenu le seul et unique chanteur dans Flipper. Les 90’s étaient une ère nouvelle pour nous et j’étais content de cet album. Je le suis toujours.

FLIPPER – Love & Fight (MVD Audio) // www.myspace.com/flipper

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #11 (août/septembre 2009)
couv NOISE MAG#11

FLIPPER – The four reissues rule, OK?

21 Mai

Flipper

Okay. Steve Tupper, le patron du label Subterranean (qui a sorti la plupart des disques majeurs de Flipper, épuisés depuis belles lurettes), n’avait pas tort. Quand on lui demandait pourquoi il laissait moisir les bandes dans la poussière de ses locaux au lieu de les rééditer, il répondait : « Flipper, aujourd’hui tout le monde s’en branle ». On comprend pourquoi Bruce Loose, camé jusqu’à l’os, lui vola les masters au début des années 90. Mais Steve Tupper n’avait pas tort même s’il aurait été beaucoup plus juste de dire : « Flipper, tout le monde s’en branle depuis 1979 ». Alors Flipper enfin réédité, bien sûr que tout le monde s’en branle (don’t be stupid), n’empêche que tout le monde attendait ça. Tout le monde. Steve Tupper a merdé, Water l’a fait.
Parce que c’était nécessaire. (Flipper rules, okay ?)
Parce que Flipper n’était pas juste ce groupe de branleurs junkies incapables de jouer correctement. (Flipper rules, okay ?)
Parce que Flipper, c’était bien plus que ça. (Flipper rules, okay ?)
C’était… le meilleur groupe de branleurs junkies incapables de jouer correctement.
C’était le groupe « qu’on aimait détester » et les mêmes qui braillaient « Flipper sucks ! » ne manquaient jamais un concert (nevermind, you wouldn’t understand anyway).
C’était un groupe dont toute une génération de musiciens ne s’est jamais vraiment remise, du Gun Club à Unsane en passant par Mission Of Burma, les Melvins, Black Flag bien sûr, Nirvana et Kurt Cobain (son fameux t-shirt home-made au poisson mort), REM, Sebadoh, Mike Patton ou Rick Rubin. J’en passe et des dizaines. Okay ?
Flipper émerge en 1979 des décombres de Negative Trend dans le quartier de SoMa (South Of Market) à San Francisco. « Earthown », le premier morceau du groupe, est enregistré pour la compilation SF Underground (Subterranean). Avec leur premier single en 81 (Love Canal / Ha Ha Ha) le message est clair : le hardcore est rapide ? Flipper sera lent. Pas besoin de jouer vite pour être un punk (le message sera reçu 5/5 par les Melvins et par le Black Flag de 1984). Le hardcore est hostile ? Flipper sera encore plus hostile, encore plus agressif, encore plus provoc’ et surtout, beaucoup plus drôle. Flipper, c’est le chaos, un chaos visqueux et psychédélique, des tempos flottants, un anti-groove fascinant et nébuleux et des textes, souvent sardoniques, toujours excellents. Un morceau de Flipper, c’est une tournerie élémentaire, un ou deux riffs de basse ronde et distordue, un ou deux plans de batterie et une guitare, celle de Ted Falconi, le vétéran du ‘Nam. Une guitare qui est loin, très loin, en dehors de tout et qui échappe à toute logique.
Écouter Flipper, c’est comme écouter un 45 tours en vitesse 33. Écouter « Love Canal », ça n’est pas du tout comme écouter une chanson d’amour. C’est le malaise, le gros malaise. Will Shatter, Steve DePace et Ted Falconi font les poubelles des Stooges (rock’n’roll élimé, seringues à moitié pleines et canettes à moitié vides) pendant que Bruce Loose éructe les ravages de la pollution chimique du site de Love Canal, côté victimes : « Our children look like monsters / We feel pain / Poison is killing our every cells / We are dying / Our common grave is the Love Canal ». Après ça, tu tournes quand-même le vinyl, et voilà ce que tu te prends en pleine face : « Ha Ha Ha Ha Ha Ha Ha ! Ho Ho Ho Ho Ho Ho Ho ! He He He He He He He ! », soit le second message du single qui dit que chez Flipper, après la pluie acide, vient toujours le beau temps, celui du fun et du rien à foutre. Le single suivant est porteur des mêmes messages. En face A, « Brainwash » est une grosse blague, une foirade de studio up-tempo bouclée 15 ou 20 fois à l’identique (« Uh… Ok… Like… And…Nevermind, you wouldn’t understand anyway», repeat, repeat). En face B, « Sex Bomb Baby » : un hit, 10 minutes, 7 mots (« She’s a sex bomb my baby – Yeah ! », repeat, repeat), et une ligne de basse passée dans l’inconscient collectif, ouverte à toutes sortes de sons, cris, saxophone, sirènes et bruits de verre brisé. Comme tous les morceaux de Flipper, « Sex Bomb » sera systématiquement et minutieusement saboté sur scène, le terrain de jeux favori du groupe, là où tous les coups sont permis.

FLIPPER - Generic

Album Generic Flipper
(1982, Subterranean / 1992, Def American / 2008, Water)

En 82, Flipper sort son premier album studio pour Subterranean, Album, Generic Flipper ou Generic, au choix. C’est la première des quatre rééditions CD de Water, avec des notes de pochettes signées par Krist Novoselic, ex-Nirvana et bassiste du Flipper reformé de 2006 à 2008. Generic était largement épuisé depuis son repressage vinyl de 92 sur American Recordings, le label de Rick Rubin. À l’intérieur, le docteur Fisher HIFI nous prévient « À prendre conjugué à des boissons alcoolisées. Volume maximum ! ». Les morceaux sonnent comme du live. Dans la musique aussi bien que dans le texte, Generic est une sorte de bras d’honneur rampant et désinvolte (parfois nihiliste) à l’encontre de toute forme d’establishment : celui de la classe moyenne, celui du mouvement punk/hardcore, celui de toutes les idées préconçues. Rien n’échappe aux sarcasmes de Will Shatter et de Bruce Loose qui se relayent à la basse, au micro, à la défonce et aux flashs de génie. Le glauque (« (I saw you) Shine »), le fun (« Sex Bomb »), l’espoir (« Life is the only thing worth ! ») et le désespoir (« All we’re really living for is to die ») n’ont jamais aussi bien cohabité. La pochette jaune, d’une sobriété totale, reprenait le code couleur des emballages de nourriture générique en vente dans les supermarchés de l’époque. Code barre = F.L.I.P.P.E.R. Quelques temps plus tard, le packaging de la bouffe générique change de couleur – blanc et bleu – et de l’autre côté de l’Atlantique, John Lydon et Public Image Limited en profitent pour reprendre discrètement le concept pour la pochette d’Album-Cassette-Compact Disc en 86. Discrètement ? Pas suffisamment. Flipper se marre. Sa réponse sera Public Flipper Limited.

FLIPPER - Gone Fishin

Gone Fishin’
(1984, Subterranean / 2008, Water)

Entre temps, Flipper sort Gone Fishin’ en 1984. Deuxième album studio, deuxième album parfait. Flipper joue vaguement le jeu de la production. Flipper s’amuse à marier quelques timbres supplémentaires à son slow-core glaireux (piano, clavinette, percussions électroniques et toujours le sax). Flipper ajoute même une touche de funk improbable à son post-punk mutant (« First The Heart » commence comme du Minutemen et se termine comme du Contortions sous perf). Mais Flipper reste toujours aussi viscéral, huileux et mordant, tapi entre l’ombre et la lumière. Cette fois, les notes de pochette de la réédition sont signées Buzz Osborne, qui n’a pas échappé non plus à la révélation Flipper (les Melvins reprendront « Someday » et « Love Canal » sur un 5’’ en 1990, et « Sacrifice » sur Lysol deux ans plus tard). L’artwork du CD reproduit fidèlement celui de Subterranean, avec le Flipper van et les quatre membres du groupe à découper selon les pointillés et à monter soi-même. À l’époque, le label proposait d’envoyer une pochette vide pour 2$ supplémentaire.

FLIPPER - Public Flipper LTD

Public Flipper Limited
(1986, Subterranean / 2008, Water)

Le concept de la pochette du double-live Public Flipper Limited est encore meilleur : une sorte de jeu de l’oie à déplier représentant le circuit d’une tournée de Flipper à travers les États-Unis. Des cartes à découper sont fournies dans l’insert. Exemple : Wake up in pretty girl’s bed = + 10 pts / Wake up in pretty girl’s bed and she says she has herpes = –5 pts / Wake up in pretty girl’s bed and she says she has herpes, and the rest of the band finds out = -20pts / Spend the day sober = -5 pts, go back 3 spaces. À chaque ville, tu tires une carte. À la fin, tu comptes les points. Simple ? Non ? Presque autant que d’avoir sorti cette double tartine grandiose en plein déclin du hardcore américain. Sept morceaux live enregistrés entre 80 et 85 et un foutoir rarement égalé. En plus des traditionnels « Sex Bomb » (saboté), « Life » (sacagé), « Love Canal » (démoli) ou « Brainwash » (Bruce Loose : « We’re going to play our only punk rock song now ». Brouhaha, 3 accords, 10 secondes, fin du morceau. « Hey, Am I Billy Idol yet ? »), on retrouve quelques incontournables des concerts de Flipper, notamment « Flipper Blues » ou « The Wheel » que le groupe faisait parfois tourner pendant plus de trois-quarts d’heure jusqu’à ce que la salle soit complètement vide.

FLIPPER - Sex Bomb Baby !

Sex Bomb Baby!
(1988, Subterranean / 1995, Infinite Zero / 2008, Water)

En 1987, Will Shatter succombe à une overdose d’heroine. Un an plus tard, Subterranean sort Sex Bomb Baby !, une sorte de compilation des « greatest hits » de cette bande de noiseniks, comprenant les six faces des trois premiers singles, des morceaux sortis sur diverses compilations et cinq titres live enregistrés entre 80 et 82. Les notes de pochettes sont signées Henri Rollins et comme toutes les compilations, Sex Bomb Baby! est un excellent moyen de rentrer dans le monde empoiSSonné de Flipper.
On s’arrête ici, avec le meilleur, avant la reflipperisation de 1991 et l’album post-Shatter, American Graphishy, qui ne fut rien de plus qu’un pétard mouillé. Flipper ruled, okay ?
(Note : les versions vinyles de ces quatre rééditions devraient voir le jour prochainement sur le label Four Men With Beard).
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #9 (mar/avr 2009)
couv NOISE MAG#9

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