Archive | INTERVIEWS RSS feed for this section

FLIPPER : L’INTERVIEW QUEUE DE POISSON

4 Oct

Flipper

Dix ans après le très dispensable American Grafishy, on nous annonce la sortie simultanée de deux nouveaux Flipper : Love, album studio enregistré par Jack Endino avec l’ex-bassiste de Nirvana Krist Novoselic (dont on a, entre-temps, appris la défection), et son pendant live, Fight. Alors, puisque les albums légendaires du groupe viennent d’être réédités, c’est le moment rêvé pour aller à la pêche… Gone Fishin’.
(… Quelques temps plus tard…) Des semaines à essayer d’attraper le putain de poisson. D’abord Ted Falconi nous dit qu’il a un problème de connexion internet. On est renvoyé à la case DePace qui après avoir laborieusement répondu au tiers de nos questions, nous renvoie à son tour à la case Bruce Loose. À partir de là, ce fut comme essayer d’attraper à la main une truite bien visqueuse. À chaque fois tu crois l’avoir, et squeek, elle te glisse entre les doigts. Ça s’est bien sûr fini en queue de poisson. À force de presser doucement sur l’animal pour essayer de le tenir, ne sont restées que les maigres arêtes d’une interview qu’on aurait aimée un peu plus consistante. On vous souhaite quand même un bon appétit.

« Flipper, c’est un peu Spinal Tap, sauf que ce sont les bassistes qui meurent ». Est-ce que Krist Novoselic va bien ?
Steve DePace : Krist ne fait plus partie du groupe. Il ne pouvait plus assurer les tournées et il a préféré tirer sa révérence. Nous avons une nouvelle bassiste, Rachel Thoele, qui faisait partie, entre autres, de Frightwig et de Mudwomen.
À chaque nouveau bassiste un Flipper différent ?
Oui. Tous les bassistes ont apporté à Flipper leur touche personnelle et on a fait des enregistrements avec chacun d’eux, soit en studio, soit en live. Chaque bassiste reflète une période particulière du groupe.
Finalement, vous avez participé à ce concert de soutien à la campagne d’Obama l’année dernière à Seattle ? C’était une idée de Novoselic-le-politicien ?
Non, ce sont les organisateurs qui nous ont contactés pour jouer.
Love /Fight. Ça veut dire quoi, vous adorez être en studio et alors que jouer sur scène est une lutte de tous les instants ? J’imagine que ça n’est pas aussi simple que ça.
Non. Le titre de ces deux albums viennent d’un morceau de Love, « Love Fight ». On voulait appeler les albums Love Fight et Love Fight Live mais on a décidé d’être un peu plus créatifs que ça. On aime la scène autant que le studio, ce sont deux situations intéressantes et gratifiantes à leur manière.
En écoutant Love, j’ai l’impression que vous avez voulu retrouver le son de la période Will Shatter (sans les abus de drogues, d’alcool et l’auto sabotage délirant qui allait avec).
C’est aussi ce que j’ai ressenti par rapport à Krist et à son jeu de basse, surtout lorsqu’on jouait les vieux morceaux. Il s’est efforcé de jouer les morceaux de la manière dont on les avait enregistrés à l’époque. La première fois qu’on a répété ces vieux morceaux avec lui, j’ai vraiment eu l’impression de remonter le temps à l’époque des débuts de Flipper. En revanche, je ne suis pas d’accord en ce qui concerne Love. Pour moi, ce disque sonne comme une étape supplémentaire dans l’évolution du groupe, il a son propre truc. Peut-être que je n’ai pas suffisamment de recul pour pouvoir entendre ce que quelqu’un d’extérieur perçoit. Je sais que Krist aime beaucoup les premiers enregistrements de Flipper donc c’est probablement ce vers quoi il a voulu tendre.
Qu’est-ce qui s’est passé pendant les dix années qui séparent American Grafishy de Love ?
John Dougherty est mort et Bruce s’est blessé le dos par-dessus une première blessure plus ancienne, ce qui fait qu’il ne pouvait plus monter sur scène. On n’a rien fait pendant dix ans.
Les deux disques sont assez différents, en tout cas au niveau du son. Je fais partie de ceux qui pensent que Grafishy était un mauvais disque de comeback. Le son de Love en revanche est plus fidèle à la crudité de vos compos, le disque semble un tantinet plus intuitif aussi.
J’aime beaucoup American Grafishy. C’est un enregistrement qui a immortalisé une période pendant laquelle on essayait de se retrouver. John Dougherty était notre tout premier bassiste après la mort de Will Shatter et ce disque représente la façon dont on a évolué avec ce nouveau musicien. Il faut ajouter qu’on venait de signer un deal avec American Recordings et tout ça, c’était très nouveau pour nous, tout comme le fait de jouer avec un bassiste qui ne partageait pas les lignes de voix avec Bruce. À partir de là, Bruce est devenu le seul et unique chanteur dans Flipper. Les 90’s étaient une ère nouvelle pour nous et j’étais content de cet album. Je le suis toujours.

FLIPPER – Love & Fight (MVD Audio) // www.myspace.com/flipper

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #11 (août/septembre 2009)
couv NOISE MAG#11

Publicités

Interview – Alan Dubin (Khanate/Gnaw) : A Long Way To The Top

14 Juil
Gnaw

En 2005, un volcan s’éteignait. Le funeste Capture & Release venait à peine d’être mis sur les rails que le super-groupe Khanate (Stephen O’Malley, James Plotkin, Tom Wyskida et Alan Dubin) annonçait déjà sa dislocation en même temps que la préparation d’un ultime album posthume. Au même moment, Alan Dubin, la voix détraquée de Khanate (et avant ça de Old Lady Driver avec James Plotkin) fomentait un nouveau coup crapuleux sous le nom de code Gnaw (prononcer /‘no/) avec quatre de ses vieilles connaissances : Jamie Sykes (ex-Burning Witch, Thorr’s Hammer et Atavist), Carter Thorton (Enos Sluaghter, Pigeons), Jun Mizumachi (ex-Ike Yard) et le sound designer Emmy-Awardé Brian Beatrice. Et soudain, après quatre années passées à écouter voler les mouches, voilà que sortent simultanément Clean Hands Go Foul de Khanate et This Face de Gnaw. Le premier signe définitivement (et magistralement) l’arrêt de mort de l’abomination avant-doom, le second est l’acte de naissance discographique de la hideur post-industrielle. Un scénario digne d’un bon Slasher : (scène finale) tu croyais vraiment t’être débarrassé du MAL, Kevin ?
Dubin inside…

Quand, comment et pourquoi le projet Gnaw a-t-il commencé ?
L’idée m’est venue en 2006. C’était le moment où Khanate était en berne. On ne faisait plus rien si ce n’est attendre que Clean Hands Go Foul soit enfin mixé, ce qui a finalement pris plusieurs années. La plupart des membres de Gnaw sont des amis de longue date et ça faisait déjà un petit moment qu’on envisageait de faire de la musique ensemble. J’ai donc parlé à Jamie, Carter et Jun de l’idée de tenter une nouvelle expérience musicale basée sur des sons et des textures étranges. Ils étaient tous très motivés. Ces mecs ont des parcours musicaux très différents et comme ils ne se connaissaient pas, j’ai pensé que les réunir pourrait donner quelque-chose d’assez dingue et improbable. Au moment du mix, Brian est devenu le cinquième membre du groupe.

Tu disais que vous veniez tous d’horizons musicaux très différents. Quel a été l’apport particulier de chacun d’entre vous ?
Pour Gnaw, l’idée globale était de tenter tout ce qui était possible sans se soucier de savoir si ce qu’on faisait rentrait ou pas dans une catégorie musicale préexistante. On voulait créer, mais créer quoi ? On n’en savait rien et c’était justement ce qui nous amusait.
Jun est sound designer. Il a bossé pour la télé et le cinéma. Ses connaissances dans le domaine des musiques électroniques sont énormes. Il est responsable d’une grande partie des bruits industriels indéterminés et de toutes les strates de sons inquiétants qui émergent de la surface musicale.
Carter est un maître de la création sonore lo-fi. Il arrive à produire un son de guitare incroyablement cru. Il fabrique ses propres instruments électroniques. Il aime aussi enregistrer le mauvais temps. D’ailleurs, sur « Backyard Frontier », tu peux entendre la pluie qui tombe sur sa véranda, et d’autres sonorités humides qu’il a probablement enregistrées plongé jusqu’à la taille dans une substance visqueuse et couvert de sangsues. Carter a aussi arrangé certains morceaux.
Jamie, c’est le percussionniste freak à trois bras, un batteur ultra-malade obsédé par le black metal. Il s’est vraiment surpassé cette fois avec son jeu tribal et ses patterns biscornus.
Comme Jun, Brian est aussi sound designer pour la télé et le cinéma. Il s’est occupé du mix de l’album et a rajouté quelques sons trafiqués. Brian est un excellent guitariste/bassiste. Carter et lui devraient se relayer à ces deux instruments pour la version live de Gnaw, sur laquelle on est en train de bosser.
En ce qui me concerne, j’ai écrit les textes et j’ai enregistré toutes les parties de voix. J’ai fait une paire d’arrangements et j’ai aussi trouvé quelques sons pour l’album. Tout ce que je viens de te citer n’est bien sûr qu’une petite partie du boulot qu’on a dû fournir pour ce disque.

Il y a un concept ou un fil rouge qui sous-tend l’album ?
Non, on n’avait aucune idée ni aucun concept préétablis pour le disque. Au niveau des textes, les images et la thématique sont le plus souvent centrées sur les idées d’auto-apitoiement, du dégoût qu’on peut ressentir à l’égard des autres, de l’envie, de la paranoïa et d’autres trucs en marge comme des types sans maison qui errent dans les ruelles ignorés de tous et qui se repassent indéfiniment le film de leur vie d’avant. L’un de nos morceaux, « Watcher », parle d’un mec qui est gardien d’une tour et qui a été élevé uniquement dans ce but : surveiller un royaume, comme l’ont fait ses ancêtres avant lui, pour se prémunir contre un danger mortel imminent qui pourrait survenir à l’horizon un jour… C’est un thème assez « doom trad » dans l’esprit. On a un morceau qui s’appelle « Shard », qui est la version déconstruite électro dark-wave de « Talking Mirrors », sur une idée de Jun. « Shard » et « Talking Mirrors » évoquent l’idée d’un dialogue intérieur avec son « moi » profond, rassembler tout le courage nécessaire pour se suicider parce que tu estimes que vivre c’est de la connerie et que ton « moi » profond c’est aussi de la connerie. La plupart des morceaux traitent de sujets plutôt lugubres et pour moi, ils sont très visuels dans le sens où ils forcent naturellement l’imagination à vivre ces histoires – en même temps, je suis un mec cheulou, alors il se peut que je parle uniquement en mon nom.

D’ailleurs tu utilises beaucoup le « je » et le « moi » dans tes textes.
La plupart des textes que j’écris sont une exagération extrême de ce que je ressens sur le moment, mais j’aime par-dessus tout me mettre au centre de situations imaginaires et raconter des scénarios de ce point de vue là. Pour moi, les paroles doivent être « visuelles » et c’est ce que j’essaye de faire passer. Feel me eat… Pour en revenir à l’album, les morceaux sont musicalement reliés les uns aux autres par une sorte de rideau sonore industriel qui apparaît au-dessus ou sous la surface. Les morceaux ont tous quelque-chose de bien crade, comme on aime, mais pris dans son ensemble, This Face ne se rallie à aucun genre.

Comment avez-vous construit l’album ?
C’était un processus très différent de tout ce que j’avais pu faire avant. On a eu beaucoup de mal à réunir tout le monde, surtout au début, parce que Jamie vivait à plus de 1500 bornes du reste du groupe. C’est Jun qui a envoyé la balle le premier. Il a commencé à trouver des tonnes et des tonnes de sons étranges qu’il nous a envoyés à Carter et moi. Là-dessus, nous avons rajouté des éléments. Depuis Memphis, Jamie a enregistré des rythmes à la batterie et nous a envoyé les pistes séparées. J’ai mis un peu d’ordre dans tout ça avec l’aide de Carter. Et puis j’ai commencé à écrire des textes et quelques lignes de voix pendant que Carter rajoutait des guitares, des basses, des pianos, des effets, ses field recordings et des sons provenant des instruments bizarres qu’il construit. Jun a rajouté du bruit, des sons percussifs, des synthés. J’en ai rajouté à mon tour, puis Carter, puis Jun, etc. Pour finir, on est arrivé en studio avec ces démos et mon ami Brian a mixé le tout, morceau par morceau, en rajoutant quelques éléments : guitares, basses, piano… Brian s’est vraiment impliqué dans l’enregistrement, pas seulement en mixant l’album, mais parce que c’est lui qui a joué toutes ces parties additionnelles. Il était évident qu’il devait faire partie du groupe.

khanate
khanate

Est-ce que pour This Face, tu as abordé le chant différemment de ce que tu faisais avec Khanate ?
Au moment où je crie ou chante, j’aime bien pouvoir visualiser ce qui, selon moi, se passe dans le morceau et dans le texte. Ça, c’est valable pour les deux groupes. Par contre, j’ai un peu diversifié ma manière de chanter avec Gnaw, mon « style ». Comme j’ai fait moi-même la plupart des prises de voix, j’avais un contrôle plus grand sur la façon de les placer et je savais immédiatement si il manquait quelque-chose, s’il fallait doubler une partie, rajouter un cri… J’ai eu tout le loisir de bidouiller, de faire joujou avec des boucles et des effets. Dans Khanate, Plotkin enregistrait les voix brutes de décoffrage plus tous les extras dont il avait besoin. Ensuite, il assemblait le tout lui-même.

Ça a été facile de séparer et de cloisonner les choses entre les deux projets ?
J’ai fait la part des choses avec Gnaw, dès le début. C’était très excitant, d’une part de jouer avec un nouveau groupe et de nouveaux musiciens, et de l’autre de ne pas savoir du tout vers quoi on allait. Je savais que ça serait féroce et bruyant, mais en revanche, je n’avais aucune idée de la couleur que j’allais donner à mes textes ni de la manière dont Jamie aborderait la batterie sur ce projet, ni des sons étranges que Jun et Carter allaient pondre. J’ai eu le même sentiment d’excitation pour chaque nouvel album de Khanate, mais la différence à ce moment-là, c’est que Gnaw ne faisait que commencer alors que Khanate agonisait.

Aussi bien dans Khanate que dans Gnaw, l’aspect sound-design et post-production est crucial. C’est un des points communs entre les deux projets ?
Pour Clean Hands, Plotkin s’est occupé de tout le mix ainsi que des « enjolivures ». Il a aussi assemblé/arrangé les morceaux à partir de ce qu’on avait enregistré pendant les sessions de Capture & Release. La plupart des voix ont été enregistrées peu de temps après. James les a trafiquées puis les a assemblées à la musique. En ce qui concerne This Face, si Brian a effectivement mixé l’album, on a tous joués un rôle important dans la construction et la direction globale du son, et ce jusqu’aux toutes dernières minutes de l’enregistrement.

Les morceaux de Clean Hands ont été improvisés pendant les sessions C&R. Tu as enregistré tes parties de voix après ces sessions. C’était compliqué (ou bizarre) de bosser là-dessus en sachant que le groupe était mort ?
Effectivement, on m’a envoyé les prises brutes et j’ai écrit et enregistré les parties des voix à posteriori. Sauf qu’à ce moment-là, il n’était pas encore question d’arrêter Khanate. Ça ne m’a donc pas semblé spécialement bizarre. La difficulté résidait plutôt dans le fait qu’il n’y avait aucune pulsation ni aucune structure palpables dans les morceaux – il y a bien des structures, mais elles ne sont pas vraiment taillées pour la voix. J’ai rajouté des refrains répétitifs auxquels je pouvais me raccrocher. Quelques années plus tard, quand James a eu terminé les morceaux, il m’a dit que certaines parties manquaient de voix. J’ai donc dû réenregistrer des voix et des murmures et je les ai renvoyés à James qui a pu finir l’album. Plotkin a fait du bon boulot. Je suis encore bluffé par l’atmosphère morbide du disque.

Après O.L.D, Khanate était ton deuxième groupe avec Plotkin. Tu penses qu’il y en aura un troisième un jour ?
Non. La roue a tourné.

Tu as réussi à conserver une forme d’excitation par rapport à la sortie de Clean Hands ou cet épisode est définitivement derrière toi ? Ce disque, c’est un peu le dernier clou dans le cercueil, non ?
Fuck yeah ! J’aime ce disque et je suis vraiment impatient ! J’ai entendu les versions définitives presque deux ans après les avoir enregistrées, ce qui fait que je vois vraiment Clean Hands comme un album totalement nouveau. C’est une sacrée belle fin, glauque as fuck ! J’espère que les gens le détesteront, ça légitimera les paroles de « Every God Damn Thing ».

À propos de Khanate, O’Malley disait qu’il voyait le groupe un peu comme un « groupe de post-rock, dans la tradition de Shellac ». De mon côté, j’ai toujours considéré Khanate comme une version doom de Public Image Limited période Flowers Of Romance qui dépouillait les formes punk/dub de tout élément superflu, qui les plongeait dans un bouillon de noirceur et d’abstraction jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’essentiel. Voilà, à ton tour, Dubin (sauf si tu penses qu’on dérive dans un mauvais trip érudit-rock. Si c’est le cas, appuies sur le buzzer pour passer la question).
Ha ha ! Je trouve que ces deux comparaisons tiennent la route. Rock ? Oui, quelque-part. Metal ? Oui, c’est clair. Doom, expérimental, punk, mentalement et oralement éprouvant? Oui, oui, oui. Mais pour moi, Khanate est juste cette grande “chose” noire innommable. La plus noire de toutes.
Quelqu’un a un jour comparé ta voix à celle d’un Bon Scott ressuscité d’entre les Morts. Personnellement, je trouve ça très juste.
Je suis le cadavre vivant de Bon Scott !!!!!

ala dubin
alan dubin

Pour finir, tu peux me parler de ton boulot de monteur vidéo ?
Mon père était lui-même monteur donc je m’y suis intéressé très tôt. J’allais souvent le voir sur son lieu de travail. L’endroit était jonché de bandes et rempli de machines monstrueuses. Il me montrait les pubs sur lesquelles il bossait. Je trouvais ça fascinant. Quelques années après le lycée, j’ai décroché un boulot d’assistant. J’ai beaucoup travaillé, je suis devenu monteur et je me suis fait une réputation. Je travaille surtout sur des pubs télé à gros budget. J’ai bossé sur quelques documentaires et sur des émissions de télé. L’année dernière, j’ai aussi terminé une comédie noire, Buzzkill (Ndlr : voir la page myspace de Dubin), qui attend toujours d’être distribuée. J’ai hâte que ça sorte, ce truc est mortel ! J’ai de la chance d’avoir un boulot que j’aime – et un boulot tout court en ce moment…

KHANATE – Clean Hands Go Foul (Hydra Head) // GNAW – This Face (Conspiracy)
http://www.myspace.com/alandubin // http://www.myspace.com/gnaw666

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #9 (mar/avr 2009)
couv NOISE MAG#9

Interview – ENABLERS : Steppe by steppe

29 Mar

Enablers, c’est la réunion de quatre types qui ne sont pas nés de la dernière pluie : un batteur, Yuma Joe Byrnes, ex-Tarnation ; un guitariste/producteur, Joe Goldring, ex-Toiling Midgets, Swans, Morning Champs, HiM, Men Of Porn (j’en passe, et des kilomètres) ; un autre guitariste, Kevin Thomson, ex-Morning Champs, Timco, Nice Strong Arms ; enfin, un chanteur-conteur-écrivain-poète, Pete Simonelli, ayant roulé sa bosse dans les cercles littéraires de San Francisco et d’Ailleurs. De la mise en commun de ces forces vives est né un son inimitable, sorte de dialogue à la fois raffiné, viscéral et mouvementé entre le verbe et la musique. Et à ce titre, leur troisième album frais émoulu, Tundra, est bien moins une surprise (aucune révolution du côté du langage poético-musical du groupe) que l’éclatante confirmation de leur singularité.

Vous avez joué souvent en France ces derniers temps mais on ne vous connait pas si bien que ça. Pouvez-vous nous parler des débuts d’Enablers ? Le groupe est bien né sur les cendres de Touched By A Janitor ?
Kevin Thomson :
Enablers a débuté lorsque Pete m’a contacté pour que je compose une musique qui puisse s’adapter à ses textes. Touched By A Janitor était un concept complètement différent, des salves de musiques instrumentales concises et soudaines balayant un large spectre de couleurs en un court laps de temps.
Pete Simonelli : J’aimais beaucoup cette approche dans Touched By A Janitor. C’est la raison pour laquelle j’ai contacté Kevin. Goldring nous a rejoint peu de temps après, avant tout parce qu’il aimait la manière dont je racontais les blagues. Mais c’est Joe Byrnes qui a officialisé Enablers en tant que groupe. Ni Kevin ni moi n’avions l’intention de commencer un groupe, et par conséquent, Goldring et Byrnes n’étaient pas vraiment partants non plus. J’avais un projet en tête et après quelques répétitions, Byrnes nous a dit qu’il se sentirait plus à l’aise si on rôdait les morceaux sur scène avant de les enregistrer. Nous avons fait une paire de dates et le téléphone a commencé à sonner…
Joe Goldring : Janitor est né sur les cendres de Morning Champ, le groupe dans lequel je jouais avec Kevin. Au départ, on s’était dit que les compos de Janitor ne nécessitaient ni basse, ni voix. Ça a changé – positivement je l’espère – notre manière de composer. Et puis Pete a contacté Kevin pour ce projet musical et poétique. À ce moment-là, nous venions de perdre notre premier batteur (Dan Martin). Pete et Kevin se mirent alors à travailler ensemble puis me proposèrent de leur donner un coup de main. Ça faisait un moment qu’on pensait à recruter Joe Byrne à la batterie pour Janitor et ce nouveau projet était l’occasion de voir comment il travaillait. Lorsque j’ai commencé à bosser avec Steve Von Till, j’ai décidé de lui faire écouter les démos qu’on avait enregistrées dans mon studio. Dès la première écoute, il m’a dit qu’il voulait les sortir sur Neurot. Ces démos sont devenues End Note.

Enablers est un groupe “tardif”. Vous veniez d’où musicalement parlant ?
Kevin :
Mon premier “vrai” groupe était Nice Strong Arm avec lequel nous avons sorti trois LP sur Homestead Records entre 1986 et 89. On pourrait dire que c’était un trio pré-post-rock. Je jouais de la guitare et je chantais. Mon groupe suivant, Timco, était un peu plus mélodique (Basura Records, http://www.myspace.com/timco). Entre les deux, j’ai eu un projet avec Joe Goldring, Morning Champ.
Pete : J’étais un batteur plutôt mauvais. J’avais joué dans un groupe de punk, Shotwell, pendant deux ans. J’avais commencé avec eux en tant que projectionniste. Avec mon ami Jim, le frontman du groupe, on passait des nuits à coller les bouts de pellicule 16mm qu’il trouvait dans les poubelles domestiques. J’ai fait deux ou trois tournées avec eux comme ça, avec mon projo, à diffuser nos collages. Ils étaient souvent sans batteur alors j’ai accepté de jouer autour d’un feu de joie, face au Cyclone Warhouse (Ndlr : salle/galerie de SF) en 1996. Le reste de l’histoire est une charade et tout ce qu’il y a eu avant 96 est une série de souvenirs flous et sans groupes.
Joe G. : Quand tu dis « background », tu parles d’éducation musicale ? Et bien, je n’en ai pas. Je me suis fait jeter de mes cours de musique et j’ai passé le reste de mon enfance à en écouter et à en jouer. Ce n’est que lorsque j’ai déménagé à San Francisco que j’ai rencontré des musiciens qui m’ont inspiré. Tim Mooney de Negative Trend et Toiling Midgets, Vudi de American Music Club et bien sûr Kevin. Jouer avec eux m’a vraiment ouvert à toutes sortes de musiques à côté desquelles j’étais passé en grandissant. Avant cela, tout ce que j’écoutais venait de mes proches et de John Peel, ce qui n’était déjà pas si mal. Parmi tous les groupes dont j’ai fait parti, il y a les Toiling Midgets, les Swans, Morning Champs, Clodhopper, etc. J’ai également enregistré et tourné pour Tarnation, Mix Master Mike, Hope Sandoval, Men Of Porn et HiM. J’ai aussi collaboré à deux reprises avec Dough Scharin (Ndlr : batteur de June Of 44, HiM) sous le nom de Out Of Worship.

Joe, ces innombrables contributions en tant que musicien permanent ou occasionnel ont-elles modelé ou modifié ta vision de ce qu’est ou ce que doit-être un groupe ?
Joe G. :
J’ai eu beaucoup de chance de jouer avec tous ces musiciens incroyables. J’ai essayé de retenir le maximum de choses de ces expériences. Je ne sais pas si ça a foncièrement changé ma conception de ce que doit être un groupe mais ça a certainement renforcé ma compréhension des dynamiques au sein du groupe.

Même question sur ton travail en tant que producteur.
Joe G. :
Mon travail de producteur enrichie et influence mon travail de musicien, et vice-versa.

« Ce qui nous demande le plus de travail, ce sont les éléments comme la tension, les conflits et les contradictions entre la voix et la musique » Pete Simonelli

John Peel a dit à propos de la musique de The Fall « Toujours différente, toujours la même ». Je serais d’avis d’appliquer la formule à Enablers. Vous en dites quoi ?
Pete :
Ça colle plutôt bien.
Kevin : Écouter plus attentivement : voilà l’enseignement à retenir de la phrase de Monsieur Peel.
Joe G. : Je pense que c’est excellent d’être cité dans la même phrase que John Peel et The Fall.

Tundra est votre troisième album. Avez-vous le sentiment que la manière dont vous appréhendez la composition, l’enregistrement et le travail en groupe a beaucoup changé depuis End Note ?
Kevin :
La façon dont je compose évolue constamment et change en fonction des situations.
Pete : En ce qui me concerne, les choses ont été très différentes. Je me sens de plus en plus à l’aise. Les autres enregistrent des disques depuis beaucoup plus longtemps que moi et mon approche est une sorte d’expérience graduelle. J’essaye de persister.
Joe G. : Je ne crois pas que notre façon de faire un disque ait tant changé que ça depuis le premier album. La musique et l’écriture ont sans doute évolué un peu. Le premier disque était la découverte de notre propre musique. Le second était plus réfléchi. Rien n’était improvisé, les morceaux étaient construits, à l’instar de ce qu’on faisait avec Janitor. Pour Tundra, nous avons travaillé plus de deux ans à partir de quelques sessions. Nous avons une vue un peu plus large que pour les deux précédents.

Vous avez un truc pour arriver à lier de manière si étroite la dynamique des morceaux aux poèmes de Pete ? Qu’est-ce qui vient en premier ?
Kevin :
La poule et l’œuf.
Pete : On ne procède pas différemment des autres groupes. Ce sont les circonstances qui déterminent la manière dont une ligne ou une phrase seront ponctuées. Ce qui nous demande le plus de travail, ce sont les éléments comme la tension, les conflits et les contradictions entre la voix et la musique. Savoir ce qui vient en premier – la musique ou le poème – n’est pas un vrai problème. On a toujours une base à développer et on fonctionne le plus naturellement possible, ce qui implique parfois de modifier les idées musicales ou les mots.
Joe G. : Nous amenons des morceaux ou des riffs. Pete décide s’il a quelque-chose qui pourrait coller avec l’humeur de la musique. Ensuite, nous commençons à travailler la musique autour de l’histoire, comme si nous voulions la ponctuer.

On compare souvent Enablers à certains groupes issus de la scène post-rock des années 90, Slint, Codeine et bien sûr June Of 44. Vous vous sentez liés à une scène ? Quand on vous demande de décrire le groupe, que répondez-vous ?
Kevin :
Je dis que je joue un rock and roll obscure, beau et tapageur déclamé par un poète.
Pete : Ça dépend à qui je m’adresse. Par exemple, je travaille dans un bar qui n’est fréquenté par aucun indie-rocker ou jeune hipster urbain, et d’un côté, c’est un soulagement. C’est aussi un bar où on passe beaucoup de musique – surtout du jazz et du R&B. Quand on me questionne sur la musique que je fais, je réponds presque toujours « bizarre ». C’est ma manière de réagir – même si Enablers doit beaucoup au jazz et au blues. S’ils sont curieux, ils voudront en savoir plus et je leur dirai à peu près la même chose que Kevin. Les rares personnes « au fait » – de même sensibilité – iront sur myspace en rentrant chez eux et reviendront en nous comparant à Slint, June Of 44, etc. Puis ils emploieront le terme « bizarre », ce que je prendrai comme un compliment.
Joe G. : Je ne vois pas cela en termes de scène. J’ai travaillé avec certains de ces groupes et musiciens et plusieurs d’entre eux sont de bons amis. On est de la même génération. Je suis sûr que nous avons grandi en écoutant le même genre de musique. Je ferai de mon mieux pour ne pas tenter de décrire ma propre musique.

Vous remerciez Don Caballero dans les notes de pochettes…
Kevin :
Et pourquoi pas ? C’est un bon groupe.
Pete : Oui, des bons gars aussi.
Joe G. : On a tourné avec eux l’année dernière sur la côté Ouest. C’était génial de les voir jouer tous les soirs. Ce sont des gens très drôles et généreux. C’est l’une des rares tournées que j’ai trouvée trop courte.

« Je n’ai jamais été aussi furieux que la fois où on m’a traité d’écrivain « Beat » » Pete Simonelli

Vous reprenez « Four Women » de Nina Simone. Le texte est très fort. À l’époque, ce morceau avait été banni des principales stations de radio américaines, non pas parce que la chanson dénonçait le racisme et les injustices sociales à l’encontre des Noirs-Américains, mais au contraire, parce qu’il avait été interprété complètement à l’envers, comme un morceau raciste.
Pete :
Je ne savais pas qu’il avait été censuré mais ça ne m’étonne pas. C’est un morceau incroyable.
Joe G. : Quelle ironie. Dans quel monde étrange vivons-nous (ou avons-nous vécus – je l’espère). On n’aurait jamais eu l’audace de reprendre un morceau de Nina Simone, cette femme est une perle. Mais un jour, notre amie Sofie de Run Of The Mill Records à Leeds nous a proposé d’en faire une reprise pour un split 7’’… qui n’est jamais sorti. Alors quand nous avons achevé Tundra, on s’est dit que ça serait bien qu’il figure sur l’album et qu’il ne dénoterait pas puisqu’on l’avait enregistré à peu près en même temps que le reste.

Pete, tes textes sont partout associés à la littérature Beat de San Franciso, Ginsberg, Burroughs, Kerouac… Tu te sens redevable de ces écrivains ?
Pete :
J’ai grandi en lisant les Beats et la plupart de mes premières tentatives d’écriture, avec le recul, étaient certainement influencées par eux. Sur End Note, il y a certains poèmes que j’avais ébauchés alors qu’Enablers n’en était même pas encore au stade de l’idée, à une époque où je cherchais encore mon style et ma voix. Quand un jeune écrivain se retrouve dans cette situation, il va avoir tendance à s’en remettre à des choses qui l’influencent mais qu’il ne maîtrise pas forcément. C’est un penchant naturel et quiconque s’est essayé à l’écriture a vécu ça d’une manière ou d’une autre. En ce qui me concerne, j’étais clairement sous l’influence des Beats sans m’en apercevoir Je pensais que j’avais évolué au-delà d’eux alors que ça n’était pas vraiment le cas. Pour faire court, si ce que j’ai écrit dans ma jeunesse jusqu’à mes 25 ans est considéré comme « Beat », alors soit, je n’y peux rien. Ils ont changé le jeune homme que j’étais, ils m’ont appris à penser pour moi et plus important, comment m’exprimer à travers ce que j’écris. Mais je ne pense plus en ces termes. Aujourd’hui, je vois l’écriture comme la démarche artistique de toute une vie. Je ne crois pas être un écrivain Beat. Je crois être, en quelque sorte, une extension de cet héritage, dont je suis d’ailleurs reconnaissant. Mais je ne les lis plus. Je ne vais plus piocher dans Les Souterrains (Ndlr : roman de Kerouac, 1958) ou relire « Bombe » (Ndlr : poème « concret » de Corso) comme je le faisais à 15, 16 ou 17 ans. Je ne suis pas en train de dire que je n’ai aucun respect pour ce qu’ils ont apporté à la Littérature, pas du tout. Il m’arrive d’ailleurs encore de relire certains des livres que j’aimais enfant. Mais en tant qu’écrivain, je crois avoir grandi. Je crois avoir acquis plus de profondeur et d’expérience, deux attributs qui vont à l’encontre de la marque déposée « Simonelli : poète Beat ». Franchement, les propos de ce genre sont uniquement le fruit de la paresse des journalistes et une insulte à la musique de Kevin, Joe G. et Joe B. Et je n’ai jamais été aussi furieux que la fois où on m’a traité d’écrivain « Beat », parce que je réalisais alors que les journalistes, les chroniqueurs et leurs éditeurs avaient besoin de quelque chose à se mettre sous la dent. Ils entendent de la musique avec un type qui récite de la poésie : quelle que soit cette musique, ils en concluront que l’écrivain est « Beat » et que la musique est là uniquement pour servir de bande-son à la déchéance des poivrots et des losers et je crois sincèrement que la musique d’Enablers ainsi que ma contribution en tant qu’écrivain et membre du groupe – exigent bien plus de bienveillance et de droiture que tout ça. D’autant plus que beaucoup de gens négligent l’humour et l’humanité dans notre musique. L’Art est un divertissement!

Pour moi, tes textes ont quelque chose d’impressionniste dans le sens où tu laisses une grande part aux atmosphères et à la suggestion, avec des scènes de la vie quotidienne racontées par bribes, par séquences… Dans quoi puises-tu la matière première ?
Pete :
Probablement là où tu trouves toi-même l’inspiration pour tes questions. Les impressions viennent des questions. Je me fiche d’expliquer ce qui m’inspires. Ne le prend pas mal, mais je m’en fous vraiment. C’est étouffant et ça ne sert à rien. Il n’y a pas de stimulus particulier. Il y a des poèmes « urbains » ; il y a eu des poèmes « ciel » ; et il y en aura certainement beaucoup d’autres. Mais ce que je pourrais dire à propos d’un poème est probablement très différent de toi ou n’importe qui d’autre en dirait. Tout est là. Tout artiste abandonne au monde une part de lui-même ; c’est cet acte-même qui est une vertu, avec une signification en soi et pour soi.

Il y a une histoire particulière derrière le titre “Kosovo”?
Pete :
Je suis allé au Kosovo en 2003 avec nos amis Benjii et Christopher Simmersbach (ex-membres de A Subtle Plague, A Drastic Measure puis The Durgas). Là-bas, tout est Vrai. Nous étions dans un endroit très hostile. Il y avait un grand sentiment d’instabilité parce que cette zone était encore en proie à la guerre. La menace d’une violence pouvant surgir à tout moment était constante. Il fallait faire attention à tout ce qu’on disait, à tout ce qu’on faisait. La tension dans l’air était palpable. Malgré cela, nous avons été très bien accueillis. Aussi bien du côté Serbes que de celui des populations musulmanes, les gens impliqués dans le conflit avaient tous une histoire à raconter mais ils étaient tous très hospitaliers envers nous, même si nous étions des sortes de curiosités vivantes. Tout le monde voulait savoir pourquoi nous étions là. Évidemment, il y a toujours quelques personnes qui te regardent comme si tu étais une pierre tombale et je crois que c’est ce qui m’a le plus marqué. Donc je ne dirais pas qu’il y a une histoire particulière derrière ce poème, mais plutôt une série d’images qui restent greffées. Je suis persuadé que j’écrirai de nouveau à propos de mon séjour là-bas.

Comment as-tu développé cette scansion particulière, cette forme de spoken-word ?
Pete :
Un vieil ami à moi, un poète du nom de Jack Hayes – qui est d’ailleurs le Jack de « For Jack : A Philippic » (Ndlr : sur Output Negative Space) – m’a dit un jour que lorsque tu récites un poème ou une histoire en public, tu dois t’adresser, non pas aux gens dans la salle, mais à un ami imaginaire assis dans le mur, quelque-part au-dessous du plafond, tout au fond de la pièce. Avec un micro dans un endroit isolé, cette méthode change néanmoins quelque peu. Mais si je dois chanter fort et distinctement, avec ou sans micro, je me remémore toujours cette phrase – que ce soit lors d’un concert, d’une lecture ou d’un enregistrement. Si le morceau requiert une élocution calme et posée, j’essaye de me représenter une conversation que je pourrais avoir avec quelqu’un qui m’est cher. Les poèmes « calmes » ou « feutrés » sont généralement des extensions de conversations réelles que j’ai eues. J’essaye donc de donner à mes inflexions le plus de naturel possible. Franchement, c’est quelque-chose que j’apprends encore.

« En tant que non-Américain, j’en suis encore à essayer de comprendre ce pays » Joe Goldring

Vous venez de quitter Neurot pour le micro-label Majic Wallet (un ami à vous si mes informations sont exactes), Tundra est auto-produit (à l’instar de vos deux premiers albums) et vous bookez vous-mêmes vos propres tournées avec l’aide des promoteurs locaux évidemment. À quel point le souci d’indépendance et la volonté de contrôler tous les aspects de votre musique sont-ils cruciaux pour vous ?
Kevin :
J’aime vivre et faire les choses à ma façon. C’est un défi de réussir à fonctionner comme ça avec le groupe, ça me plaît. Un dur labeur pour une paie minable.
Joe G. : Le temps était venu pour nous d’être un peu plus indépendants, quand bien même Tundra n’aurait jamais vu le jour sans l’aide de tous les gens que nous avons rencontrés en tournée. Nous avons tissé des amitiés durables à force de booker nous-mêmes nos propres tournées. C’est quand même plus personnel que de passer par un agent.

Vous avez récemment sorti The Achievement, un 12’’ dans lequel votre musique était étroitement liée à l’artwork de Chris Johanson. Vous pouvez nous parler de cette collaboration ?
Kevin :
Chris nous a fait part de son désir de travailler avec nous. On s’est vraiment sentis flattés qu’il décide de créer cet artwork à partir de notre musique. C’était aussi un sacré défi d’arriver à improviser quelque-chose avec autant de spontanéité. Merci Chris!!!
Pete : Yep. Merci à Chris. Un vrai original. C’est génial d’avoir collaboré avec lui, et de se dire qu’il y a une petite part de nous dans son œuvre en devenir.
Joe G. : Chris est un vieil ami à nous. Il jouait également dans Morning Champ. Quand il nous a demandé de faire ce 12’’ (le premier pour son propre label Awesome Vistas), on a sauté sur l’occasion. On voulait faire quelque-chose de spécial. Nous avons enregistré le morceau en une prise, la seconde moitié a été improvisée dans la foulée. C’était la première fois qu’on faisait un truc pareil et on était très contents du résultat. J’adore ce que fait Chris. Sa demande était un honneur pour nous tous.

Dans une interview récente, Eugène d’Oxbow nous disait que 12 années s’étaient écoulées avant que les Américains commencent à entendre parler d’eux et à prêter attention à leur musique. Est-ce que cette phrase fait écho à votre propre relation avec les États-Unis ?
Pete :
Oui, je trouve ça très juste.
Kevin : Pour être honnête, on laisse volontairement les États-Unis en dehors de ce qu’on fait.
Joe G. : En tant que non-Américain, j’en suis encore à essayer de comprendre ce pays.

« Un best of 2008 ? L’élection de Barak Obama » Kevin Thomson

Vous êtes venus en Europe en septembre dernier pour la quatrième ou cinquième fois. C’était aussi la deuxième fois en moins de six mois. Vous aimez l’Europe tant que ça ? Pensez-vous que le Vieux Continent est plus ouvert à la musique en tant qu’Art, par opposition à la musique en tant que Business ?
Kevin :
Personnellement, j’adore l’Europe et je crois pouvoir dire que c’est le cas de nous tous. Et j’ai l’impression qu’effectivement les Européens sont plus réceptifs à la musique en tant qu’Art.
Pete : Oui, je le crois en effet et même… j’en suis certain. Je pense que c’est dû en partie à l’âge historique de l’Europe par rapport à la jeunesse du continent américain. La culture européenne est encrée dans un certain nombre de structures, d’héritages et de traditions et cela induit une compréhension et une appréciation plus passionnées de l’Art. L’Amérique est plus volatile, plus fantasque, plus conditionnée par les modes, d’où une philosophie du « Ici et maintenant. Demain, tout aura disparu. »
Joe G. : Je crois que c’était la sixième fois que nous tournions en Europe avec Enablers. J’aime beaucoup jouer en Europe, j’ai l’impression d’être chez moi, d’autant que j’ai beaucoup de famille là-bas. Il y a beaucoup d’Américains ouverts à la musique en tant qu’Art. Ce sont les soutiens qui font défaut. Ça et la distance à parcourir entre chaque ville rendent les tournées aux States extrêmement coûteuses. Les institutions artistiques et les salles subventionnées sont plus courantes en Europe, ce qui permet aux groupes de tourner plus facilement et au public de voir des choses plus obscures.

Pour ce numéro, on prépare une petite rétrospective sur l’année passée. Alors que retiendrez-vous de 2008 ?
Kevin : Un best of 2008 ? L’élection de Barak Obama.
Joe G. : Désolé mais la première chose qui me vient à l’esprit, c’est cette putain d’élection… C’est vraiment énorme. Ça laisse vraiment des tas de possibilités ouvertes pour remettre les choses en ordre. Je n’envie pas du tout ce type : il vient d’hériter d’un gigantesque sandwich à la merde. J’espère qu’il s’en sortira. Et j’espère que le message est parvenu jusqu’en France et en Italie : c’est une idée vraiment TRÈS mauvaise d’élire des hommes d’affaires comme Sarko ou Bellesconi (Ndlr : Tel quel dans le texte) à la tête d’un l’État. Regardez ce qui s’est passé ici.

Pour finir, y a-t-il une question que vous aimeriez qu’on vous pose ?
Kevin :
Non, mais merci de demander.
Pete : Où est la question 21 ?
Joe G. : Désirez-vous retirer cet argent en francs suisses ou bien en livres Sterling, monsieur?

ENABLERS – Tundra (Majic Wallet / Exile On Mainstream)
www.enablerssf.com / www.myspace.com/enablers
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

Interview – HARVEY MILK : Mieux vaut être vivant… que mort (16 juil.08)

31 Déc

Harvey Milk- 16 jul.08 @ La Maroquinerie (Paris)

Harvey Milk- 16 jul.08 @ La Maroquinerie (Paris)

On serait probablement morts d’ennui si au beau milieu de ce long et triste été passé entre le gris souris et le jaune pisseux de Paris – capitale du Monde sinistrée par la culture pendant deux mois consécutifs – ce concert de salubrité publique n’était venu nous arracher à la morosité ambiante. À l’affiche de la Maroqu ce soir-là, il y avait deux groupes immanquables, vieux comme le monde et dont le point commun était d’avoir été copieusement ignorés du public pendant plus d’une décennie avant que le vent ne se mette récemment à tourner. Mieux vaut tard. Aussi, ils étaient nombreux à se masser devant la scène pour Oxbow pendant qu’Eugene S. Robinson, lui, se massait le zizi sur la scène (on caricature évidemment. On passe sur la puissance de feu de ce groupe) et nombreux aussi à venir assister à la première française d’Harvey Milk minablement écourtée après 29 minutes et des poussières de larsens et de riffs gras as fuck made in Athens, Géorgie, pour d’inévitables questions de timing. Un peu plus tard, à quelques enjambées de la salle, assis nonchalamment devant le premier rideau métallique venu, clope au bec et bière à la main, Creston Spiers, Stephen Tanner et Joe « encore lui » Preston sont bien « des types normaux qui aiment rire » même si aucun d’eux ne porte de chemise à carreau. Ces types sont même franchement drôles – il faut les entendre, le papier ne le permet pas encore – peut-être parce que comme le suggère le titre de leur nouvel album Life… The Best Game In Town, le deuxième depuis la résurrection en 2006, un bon Harvey Milk est un Harvey Milk vivant.

Comment était la scène musicale d’Athens à vos débuts ? On connait surtout REM et les B-52’s mais il y a avait tout un tas d’excellents groupes plus confidentiels comme les Bar-B-Q Killers, Jack O’Nuts, Pylon, ou les Martians.
Creston Spiers : Pour moi, Jack O’Nuts était de loin le meilleur groupe d’Athens. On était potes avec eux. J’ai habité avec Laura (Ndlr : Laura Carter, également ex-chanteuse de Bar-B-Q Killers) pendant quelques années et Brooks (Ndlr : Brooks Carter, guitare et voix) est toujours un bon ami à nous. C’était vraiment ceux qu’on aimait le plus. Quand on jouait à l’époque, il n’y avait pratiquement que des potes à nous dans le public, ceux qui jouaient dans les autres groupes à l’affiche. Les gens de l’extérieur ne venaient jamais. On dépassait rarement les 20 personnes : les amis, les petites-copines, et les gens qui nous connaissaient.

C’était comme ça pendant toute la première période d’Harvey Milk avant le break ?
Creston Spiers : Pas complètement. Disons que vers la fin, on attirait un peu plus de monde.

Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir et à enregistrer Special Wishes en 2006 ?
Stephen Tanner : J’ai rencontré un pote de Joe, Dennis, qui est devenu un de mes meilleurs amis depuis. Il avait un label à New York et c’était un grand fan du groupe. Il nous a demandé si on avait des morceaux live ou inédits de côté, des choses qu’il aurait pu sortir sur son label. On a donc écouté ce qu’on avait mais tous les enregistrements live sonnaient comme de la merde. On a commencé à bosser avec Relapse en parallèle. Ils voulaient rééditer des vieux trucs mais je n’étais pas super content de la manière dont ça se passait. Merde, on n’avait pas arrêté parce qu’on ne pouvait plus se saquer ou quelque chose comme ça. Simplement, on était parti vivre ailleurs Kyle et moi et puis Creston s’occupait de son gosse. Il n’y a jamais eu de problèmes entre nous. Ça s’est juste arrêté comme ça. D’ailleurs, je crois qu’on savait tous au fond de nous qu’on rejouerait ensemble un jour. Quand j’ai commencé à avoir des propositions de la part des labels, j’ai appelé Creston et Paul pour savoir s’ils voulaient venir à New-York jouer un peu et voir si on arrivait à faire un nouvel album. Deux semaines plus tard, Special Wishes était bouclé.

Est-ce que les rééditions sur Relapse et le DVD sur Chunklet n’ont pas aussi contribué à votre retour, au moins en vous faisant prendre conscience que vous aviez toujours un public, et un public sûrement plus conséquent qu’à vos débuts.
Stephen Tanner : On n’a rien à voir avec ces rééditions. Et à vrai dire, on n’a jamais vraiment eu de public avant notre séparation ou disons que notre public était ridiculement confidentiel. Mais à ce moment-là, beaucoup de choses ont commencé à changer dans le paysage musical. Parmi les groupes qu’on aimait, deux ont émergé sur le devant de la scène. C’était des groupes… de reprises (rires) et ils sont devenus très populaires. Ces groupes, c’est Sunn O))) et Boris. Quand t’y penses, Sunn était un groupe de reprise de Earth et Joe a fait partie de Earth. Boris a commencé comme un putain de groupe de reprises des Melvins et Joe a fait partie des Melvins. J’aime ces deux groupes, j’aime Earth et j’aime les Melvins…

Par déduction, tu aimes Joe.
Stephen Tanner : Oui je l’aime.
Creston Spiers : C’est un vrai connard. Note bien ça ! (Rires)
S.T : C’était une période où les gens se mettaient à aimer Sunn, Boris et ce genre de trucs. Alors les gens ont commencé à s’intéresser à nous. Et puis on était potes avec Steven (Ndlr : O’Malley). Il parlait de nous dans les interviews, ce genre de trucs. Quand on a commencé, il n’y avait pas le net et nos disques étaient quasiment impossibles à trouver.

Vous lisez les chroniques qui parlent de vous ?
Creston Spiers (caustique) : Excessivement ! Toutes ! Je n’en loupe aucune… Sauf bien sûr quand c’est insultant.
Stephen Tanner : Notre batteur les lit sur son Blackberry.

Parce que justement, on vous compare souvent aux Melvins – même avant l’arrivée de Joe dans le groupe. Vous ne trouvez pas ça un peu lourd ?
Joe Preston : On les emmerde.
Creston Spiers : Ils ont fait des trucs géniaux.
Stephen Tanner : Je crois – et je pense que les autres seront d’accord avec moi – que la seule ressemblance réside dans les tempos et les timbres lourds et graves. Mais je trouve qu’on est à des kilomètres des Melvins. Pour moi c’est le jour et la nuit et Dieu sait que j’aime ce groupe. Je ne comprends pas ceux qui disent qu’on est un groupe de rip-off des Melvins parce que pour avoir vu jouer des dizaines de groupes de rip-off des Melvins, je peux te dire qu’ils sont tous MAUVAIS (Rires). On joue à peu près aux mêmes tempi et avec le même type d’accordage mais à ce moment là, on pourrait dire aussi qu’on copie Black Sabbath.
J.P. (sarcastique) : J’aime tellement ces mecs !
C.S. : La première fois que j’ai entendu les Melvins, ma vision de la musique a changé radicalement. C’était une révélation pour moi.
S.T : Tu dis ça parce que t’avais pas encore écouté la face B de My War de Black Flag !
C.S. : C’est ça, j’écoute jamais rien de toute façon. Plus sérieusement, l’une des grosses différences entre eux et nous, c’est qu’on utilise principalement des tonalités majeures.
J.P. : Je trouve qu’il y a des points communs notamment avec le premier album des Melvins, Gluey Porch Treatments, un album que j’adore. Il y a un feeling très particulier dans ce disque qui, je crois, est très représentatif du Nord-Ouest des États-Unis, là où j’ai grandi. La première fois que j’ai entendu Harvey Milk, ce n’est pas tant que vous me rappeliez l’endroit où j’avais grandi, mais un album comme My Love… me procurait des sensations assez semblables, quelque chose de très local, une humeur particulière. C’était pas « CE morceau parle de ÇA ». Non, c’était une musique très sentie et pensée.
S.T. : Tu veux que je te dise ? La vraie différence entre eux et nous c’est qu’on se sape normalement alors qu’eux portent des blouses de mamies à fleurs.

Tu disais que Special Wishes vous avait pris deux semaines. En revanche, j’ai lu que Life… avait été un disque plutôt difficile à faire.
Stephen Tanner : Ça n’a pas été un disque difficile à faire mais un disque difficile à finir parce qu’on l’a enregistré dans le studio de notre batteur. Par conséquent on n’avait aucune deadline. On zonait tranquillement dans la putain de baraque de Kyle, à bouffer des kilos de burritos. Pendant ce temps-là, le disque n’était toujours pas terminé.
Creston Spiers : C’est pas vrai !
S.T. : Si, c’est vrai ! C’est pour ça que tu l’as pas terminé. (Rires)
C.S : La raison pour laquelle le nouvel album a été difficile à faire, c’est que quand on l’a commencé, on n’avait pas un seul morceau ! On a décidé de faire un disque en partant de zéro. Il fallait composer les morceaux puis les enregistrer. Sauf que quand tu écris un morceau, il faut au moins trois ou quatre mois de maturation avant de pouvoir le terminer réellement. Alors on écrivait puis on enregistrait, puis on changeait des trucs, il fallait rôder les morceaux à nouveau pour les réenregistrer, etc, etc. C’était pas une bonne façon de faire.

Vous allez devoir imposer au label de vous imposer une deadline pour le prochain disque ?
Joe Preston : Non, on l’écrira d’abord.
Stephen Tanner : On est tombé sur un blog sur lequel un crétin disait : « J’ai enfin chopé le nouveau Harvey Milk, j’espère qu’il sera moins accessible que celui d’avant ». Selon ce type, faire un truc « pas accessible » devrait être l’idée maîtresse quand tu fais un disque. Il voulait quoi, un truc plus bizarre ? Un truc plus stupide ?
Creston Spiers : Okay les gars, le prochain disque sera ultra-bizarre et complètement inaccessible ! (Rire). En fait, il n’y aura pas de prochain disque. (Silence) Ahahaha ! Non non, c’est une blague.

« Old Glory » (sur Special Wishes) et « Death Goes to the Winner » (sur Life…) sont pour moi très représentatifs de l’identité singulière de Harvey Milk, à savoir le refus de choisir entre le riff lourd et la mélodie. Vous pouvez m’en dire plus sur ces deux morceaux ?
Stephen Tanner : « Old Glory » a été entièrement écrit par Creston et c’est lui qui joue de tous les instruments. J’ignorais l’existence de ce morceau jusqu’à ce qu’il soit enregistré. C’est un de mes morceaux préférés.

J’ai lu dans le liner notes que Joe avait composé la partie mélodique très baroque de « Death Goes to the Winner ».
Creston Spiers :
Oui et c’est Paul, notre ancien batteur, qui en a écrit l’autre partie.
Stephen Tanner : Ces deux bribes de morceaux sont apparues alors qu’on était en train de finir le disque. J’avais déjà trouvé le titre de l’album. On les a mises bout à bout et je leur ai dit d’écrire des paroles du genre : c’est cool d’être vivant.
C.S : Si on l’a écrit c’est uniquement parce que Stevie nous l’a ordonné : « Faites-ci, faites-ça… ». On l’a fait. (Rires)
S.T. : Okay, j’ai peut-être pas composé une seule note de ce morceau mais j’ai gueulé jusqu’à ce qu’ils le fassent. Et au final c’est le meilleur de l’album.

Tu parlais du titre de l’album Life… The Best Game in Town. Ça vient d’où?
Stephen Tanner : D’un ami à moi que je ne nommerai pas. Sa copine est la plus belle fille de la planète. On croise une autre nana dans la rue et il se met à la mater comme s’il voulait se la faire. Je lui dis : « Qu’est-ce qui cloche chez toi mec ? Pourquoi tu fais ça ? » Et il me répond : « La vie, c’est le meilleur jeu dans le coin. Je ne veux pas avoir à regretter quoi que ce soit quand je serai vieux ». Ce qu’il voulait dire c’est qu’il vaut mieux être vivant que…
Creston Spiers : Mort ! (Rires)

Creston, tu es toujours prof de musique ?
Creston Spiers : Je l’ai été pendant 9 ans. Aujourd’hui, je suis toujours prof mais j’enseigne toutes les matières. Je suis allé à l’école pour apprendre la musique et je maintenant je peux l’enseigner.

Penses-tu que ça a influencé ta manière d’aborder la musique avec Harvey Milk ?
Stephen Tanner :
Il nous apprend des trucs tous les jours.
Creston Spiers : Les cours de musique ont eu une influence énorme sur Harvey Milk.

Tu as déjà fait écouter Harvey Milk à tes élèves ?
Creston Spiers :
Tu plaisantes, ils ont huit ans ! Non. Je les effraie déjà assez comme ça. (Rires)

Joe, peux-tu nous raconter comment tu as atterri dans le groupe ?
Joe Preston :
Ça faisait des années qu’on était amis. J’avais rencontré Stephen quand je jouais dans les Melvins pendant un concert à Athens avec son groupe, Clamp. Ces hippies nous avaient gonflés. Ils étaient montés sur scène à poil. Quelques temps après, je trainais avec eux. Je crois que j’avais eu leur numéro par Godheadsilo. On a fait quelques concerts ensemble et j’ai passé du temps avec Steven. Un an plus tard, vers 1992 je crois, on jouait en première partie de Gwar avec les Melvins. Steven était venu avec Creston. A la fin du concert, ils me disent qu’ils viennent de commencer un nouveau groupe ensemble. J’étais encore dans le feu de l’action et j’ai dû leur lâcher un truc vite fait du genre « Euh okay… Cool dudes. On se voit plus tard, hein ! ». (Rires) Plus de 10 ans après, ils continuaient à me tester pour savoir si j’étais un blaireau ou pas.
Creston Spiers : Joe EST un blaireau.

Tu jouais encore avec High On Fire à ce moment-là ?
Joe Preston :
Non je n’avais plus que Thrones. J’avais déjà quitté High On Fire. On est toujours amis et c’est bien le seul groupe avec lequel j’ai réussi à rester en bon terme. (Rires) Je me sentais lessivé à force de tourner.
Creston Spiers : C’est types sont des homosexuels avérés, ça se voit non ? Joe ne supportait plus leurs avances. C’est tout !

Tu t’es beaucoup impliqué dans la composition de l’album ?
Joe Preston :
Au moment où j’ai pris l’avion pour la Géorgie, je n’avais pratiquement rien à part quelques trucs que j’avais écrit un an auparavant et que je pensais utiliser pour Thrones (Spiers lâche un gigantesque rire gras). On n’avait que 10 jours pour bosser. J’ai fait quelques parties de basse et de guitare. C’est à peu près tout. Dommage qu’on n’ait pas eu plus de temps. On commençait à développer de bonnes idées qu’on n’a pas pu finir à temps pour l’album.
Creston Spiers : Joe joue sur tous les morceaux excepté « Death Goes to the Winner » qu’on a terminé bien plus tard.

Il y a toujours beaucoup d’humour dans vos disques à côté de choses plus sérieuses.
Creston Spiers :
Ah, content que tu l’aies remarqué.
Stephen Tanner : C’est pour rappeler aux gens qu’on n’est pas un groupe de Dooooom avec des t-shirts noirs, que nous sommes des types normaux, qu’on aime rire et qu’on n’est pas des putains de gros idiots.
C.S. : Si, on est idiots et on déteste rire. On s’ennuyait, c’est tout.
S.T. : Tous ces groupes qui hurlent « Grrrrrrr ! Aaaarrrrrrgh ! » sont sérieux et stupides.

Lorsque vous avez joué « The Anvil Will Fall » ce soir, des types dans le public se foutaient de vous : « Arrêtez les mecs, vous allez nous faire chialer… ».
Creston Spiers :
Tant mieux. J’espère qu’ils ont vraiment chialé parce que c’est précisément le but. Plus sérieusement, il n’y a ni moquerie ni aucune forme d’ironie derrière ce morceau. Émotionnellement parlant, c’est un thème très fort.
Joe Preston : On ne savait pas que ce morceau était un hymne patriotique anglais jusqu’à ce qu’on le joue en Écosse et qu’on se fasse insulter : « Allez vous faire foutre ! Fermez-la ! ».
C.S. : C’était l’hymne des forces armées britanniques. On l’ignorait totalement. On l’a emprunté aux Planètes de Gustave Holst. (Ndlr : L’adaptation « I Vow To Thee My Country », jouée lors de nombreuses cérémonies officielles britanniques a été originalement composée dans la première moitié du siècle dernier par Holst pour son œuvre la plus célèbre, Les Planètes, au milieu du mouvement « Jupiter »).

Comment avez-vous atterri sur Hydra Head ?
Stephen Tanner :
Chacun de nos disques est sorti sur un label différent. Ça marchait jamais vraiment comme on voulait. Je n’avais jamais entendu parler d’Hydra Head jusqu’à ce qu’ils sortent l’album de Big Business, qui est un groupe que j’adore. Je savais que Joe avait joué avec Jared de Big Biz il y a un moment (Ndlr : The Whip avec Jared Warren et Scott Jernigan de Karp). J’ai fini par rencontrer les Big Business qui ne m’ont dit que des bonnes choses à propos d’Hydra Head. Joe m’a dit qu’un des types du label jouait dans Isis et je savais que le groupe était fan d’Harvey Milk. En revanche, je ne sais même pas à quoi ressemble leur musique. J’avais vu Thrones jouer en première partie d‘Isis mais eux, je les avais loupés. En tout cas j’aime bien ces gars et je suis sûr que j’aimerais aussi leur musique. On les a rencontrés à un showcase au Texas et quand ils nous ont proposé de sortir notre album, c’était exactement le label que j’avais en tête. Je crois que si on fait un nouveau disque, ça sera avec eux.

Donc c’était du pipeau quand vous disiez à Rock’A’Rolla que si on voulait vous voir une dernière fois sur scène, c’était ici et maintenant.
Creston Spiers :
C’est la fin de TOUT !… Non, je travaille déjà sur des nouveaux morceaux et ça s’annonce bien.
Stephen Tanner : On veut juste rentrer chez nous et reprendre nos petites vies chiantes pour pouvoir dire : « Alors, vous faites un nouveau disque ? – ON N’A PAS UN SEUL MORCEAU ! – Et qui va booker la tournée ? -TA SŒUR ! ». Franchement, on s’aime tous énormément et c’est bien plus important que d’être créatifs. (Spiers et Preston explosent de rire) Fermez-là, je suis sérieux ! Bien s’entendre, c’est quand même plus important que d’être…
C.S : … que d’être bons ! (Éclat de rire, bis)
S.T : Mais ON est bons, mec !

J’aime bien vos derniers artworks, les photos de chambres à coucher avec des posters de groupes, Maiden, les Alleman Brothers…
Stephen Tanner :
Oui, ça c’est ma chambre à Brooklyn. Je loue mon appart à un ex-Hell’s Angels qui était ingé-son dans les années 80. C’est le mec qui a mixé Appetite For Destruction. Son appart était rempli de ces vieux trucs. Le sombrero et la photo d’Alleman étaient déjà sur le mur, celle de l’équipe de baseball aussi. Pour la pochette de Special Wishes avec le poster d’Hendrix, les photos ont été prises chez Creston en Georgie. C’est devenu notre thème pour les artworks. Donc je pense que pour le prochain, on prendra des photos chez Joe ou chez Kyle… Bah, la maison de Kyle est trop « jolie ». Ça risque d’être déprimant.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #7 (oct/nov/dec 2008)
couv NOISE MAG#7

Interview – KING BUZZO / MELVINS : 25 ans de réfléxion

3 Nov
buzzo

buzzo

On est vraiment désolés.
Cette année les Melvins sortent encore un nouvel album. Nude With Boots. Le vingtième, dans ces eaux-là. Un incident. Rien qu’un incident. On espère que vous comprenez. Le plus dur pour nous, en plus d’accepter l’idée que ce disque allait sortir, inéluctablement, comme ça, en plein été, et qu’on n’y pouvait rien, a été de nous rendre compte qu’il n’était pas mauvais du tout. Et même pire : qu’il était bon et même foutrement bon. Carrément excellent. Pardon. On s’excuse. On vous jure, c’est pas faute d’avoir cru qu’on s’en lasserait. Cent fois pourtant on a eu le sentiment que la fin approchait. On pensait sincèrement qu’ils s’arrêteraient… Qu’ils ralentiraient la cadence ? Au moins, qu’ils deviendraient un tout petit peu moins… bons ? Enfin, on était presque sûrs qu’on aurait à peine de quoi faire un entrefilet et surtout pas matière à vous servir un roman de gare supplémentaire sur les Melvins. On s’est trompé et on vous met dans l’embarras, une fois de plus.
On ne voudrait surtout pas que vous pensiez qu’on cherche à s’acquitter de notre responsabilité éditoriale (ça non), mais il faut quand même que vous sachiez que le vrai coup de grâce, celui qui a mis un terme définitif à tout ce qui subsistait encore d’espoir, c’est que non content d’avoir accepté de répondre à toutes nos questions – sans exception – Buzz Osbourne, dont la réputation le précède, a eu l’outrecuidance de se faire effrontément volubile, ouvertement zélé et juste à peine cassant, c’est-à-dire tout le contraire de ce qui DEVAIT arriver.
Mille excuses. Ce qu’on vous fait subir…


L’ALBUM

« Je peux t’assurer, pour avoir passé toutes ces années à faire ce qu’on fait, que je suis plus heureux de jouer avec ces mecs que je ne l’ai jamais été. »

Tu es content de Nude With Boots ?
Oui, très content. C’est un super album. Le troisième dans notre top 5.

L’album a un côté un peu plus « bizarre » que Senile, vous avez pris plus de temps pour l’enregistrer ?
A peu près autant. Environ deux semaines. (A) Senile Animal a été compliqué à faire. J’ai l’impression que beaucoup de gens sont passés à côté et n’ont pas réalisé à quel point il était bizarre. Mais le nouveau est encore plus étrange.

Nude With Boots est un album foncièrement joyeux à mon avis. Est-ce que ça reflète l’atmosphère dans laquelle vous l’avez conçu et enregistré?
Oui. Je suis TOUJOURS content quand je joue.

Ça se passe toujours aussi bien avec les Big Business ?
C’est génial. J’aimerais que ça dure toujours, même si la seule chose que je sais c’est que tu ne sais jamais ce qui va arriver. J’espère qu’ils seront des nôtre pendant encore très longtemps.

C’est le deuxième album que vous faites depuis que la famille s’est agrandie. Est-ce que le fait d’avoir deux batteries et le renforcement vocal de Jared a modifié ta manière d’écrire ?
Oui, bien sûr. Ça ouvre un peu plus les choses. J’ignore comment sonnera le prochain disque mais on s’en est vraiment bien tiré sur celui-là à tel point qu’il fait sans doute partie des meilleures choses que j’ai jamais écrites et le groupe n’a jamais été aussi bon sur scène. C’est mon opinion. Je suis vraiment content. Je peux t’assurer, pour avoir passé toutes ces années à faire ce qu’on fait, que je suis plus heureux de jouer avec ces mecs que je ne l’ai jamais été.

J’imagine que la double-batterie doit quand même rendre les choses plus compliquées, avec à la fois plus d’interaction et de possibilités purement sonores, mais aussi moins de latitude pour improviser et tenter des trucs.
On n’a jamais improvisé de toute façon.

Pas même les longs soli de batterie de Dale quand vous étiez encore en trio ?
Ça c’est de l’improvisation programmée (rires). On n’improvise pas tellement en fait. J’ai toujours écrit les morceaux en soignant les détails. On joue les morceaux qu’on écrit. Il y a des mecs qui pensent que les batteurs devraient être plus libres et en faire encore plus que ce qu’ils font. Mais les batteurs, ce sont eux qui font la musique et eux qui font le groupe. Un groupe a le niveau de son batteur parce personne d’autre que lui ne sera jamais capable de penser à autant de trucs à la fois (rires).

Sur Nude With Boots, plus que sur n’importe quel autre album des Melvins, il y a tous ces clins d’œil à d’autres groupes. Souvent, ils te sautent dessus comme une évidence alors que tu ne les cherchais même pas. Dans Nude With Boots, j’ai entendu du Led Zeppellin, du Rush, du Kiss, du Judas Priest, les Butthole Surfers et même « Joyeux Anniversaire ». C’est plus ou moins flagrant, mais c’est là. En tant qu’auditrice, je me demande : est-ce que ce sont des emprunts délibérés, comme une manière pour toi de rendre hommage à la musique que tu aimes ou de la tourner en dérision, est-ce que ce sont des allusions fulgurantes ou bien juste le produit de mon d’imagination ?
Tu n’es pas la première personne qui me dit ça, donc il y a nécessairement quelque chose. De là à dire que ces ressemblances sont totalement délibérées : non. Je suis probablement influencé par tout ça, mais de manière… non-intentionnelle. Quand tu y penses, c’est même difficile de ne pas être influencé par tous les groupes que tu cites – Rush en particulier, je suis un grand fan de Rush. Après tout, c’est ça le Rock.

C’est quand même difficile de ne pas se mettre à chanter « Good Times, Bad Times » après le premier riff de « The Kicking Machine ».
Ce qui est marrant c’est que je ne pensais pas vraiment à ça en jouant ce riff. Je pensais plutôt à une ligne de guitare de Gang Of Four.

D’un morceau en particulier ?
Un morceau de Solid Gold, mon album préféré de Gang Of Four.

Parle-moi du titre de l’album.
Nude With Boots, ça sonne bien et surtout, tu peux l’interpréter comme tu veux.

On va avoir droit à des photos promo de vous à poil en bottes ?
Je ne pense pas et crois-moi, ça vaudra mieux pour tout le monde.

L’idée de donner votre propre version de « Dies Irae », le fameux thème issu de la Messe des Morts, est venue comment ?
J’ai entendu ce morceau dans trois films différents : Les Diables de Ken Russel, La Bible de John Huston, et bien sûr, The Shining de Kubrick, et j’ai pensé que ça serait une bonne reprise pour nous, qu’on pourrait en faire une super version. Il y a des mecs qui ont un problème avec ce morceau, soit disant parce qu’il aurait déjà été repris par des tonnes de groupes… Sauf que je n’en connais pas un seul !

Pourtant Berlioz, Liszt et Ligeti sont trois groupes de rock incontournables. Ce thème, c’est un truc qui date de l’ère grégorienne alors le nombre de reprises au prorata du nombre d’années depuis sa création ne doit pas être gigantesque.
Exactement. Et surtout, ce thème est génial, point.

Je n’ai pas encore reçu le CD promo mais sur ma version téléchargée, « Dies Irae » est mal orthographiée : « Dies Iraea ».
Sur le CD aussi.

Comme j’ai l’esprit mal tourné, cette nouvelle orthographe m’a immédiatement fait penser à un détournement scatologique de l’original : Diarrhea.
Peut-être que c’est EXACTEMENT ce qu’on voulait ! (Rires)

Bon ça me rassure. Pourquoi avoir changé le titre du morceau « Real Fucking Nasty » qu’on trouvait déjà sur le split avec Halo Of Flies en « The Savage Hippie » ?
Ce split est sorti en édition très limitée et je n’aimais pas trop ce titre.

Pourquoi ? Parce ça vous aurait obligés à coller des petits stickers « Parental advisory » sur le disque ?
Absolument, à 200 %. « Real Fucking Nasty », ça n’est pas le genre de titre que j’ai envie de mettre sur un album. C’est la musique qui doit choquer ou interpeler les gens et pas les mots soi-disant « défendus ». Je ne veux donner AUCUNE excuse ni AUCUNE raison à qui que se soit de ne pas acheter notre musique . On n’a jamais rien écrit qui puisse être censuré sur nos disques. Par contre, si tu veux, tu peux mettre n’importe quelle obscénité du moment que les mots que tu choisis ne sont pas prohibés. Ça ne fait aucune différence et tant mieux. Je ne veux donner aucune légitimité à ça. Je ne veux pas que ça puisse avoir la moindre conséquence négative sur ce qu’on fait. Croire que tu vas choquer les gens avec quatre mots défendus, c’est bon pour l’école primaire ! Je ne suis pas foncièrement contre ceux qui le font, à vrai dire je m’en fous, j’ai juste pas besoin de ça, et surtout, pas envie que des parents confisquent nos disques à leurs gosses à cause de ça. Ce qu’on fait doit rester totalement en dehors. Nos artworks, le nom du groupe, l’image que renvoient nos disques contrastent volontairement avec la musique qu’on fait et je ne voudrais pas qu’un truc comme ça vienne démolir cette image-là. Je veux qu’on reste un groupe difficile à suivre. Je veux dire, avec un nom pareil – les Melvins – c’est déjà suffisamment difficile d’être pris au sérieux (rires).

 

buzzo

buzzo

AUTRES NOUVELLES FRAÎCHES…

« Je pourrais construire un robot à mon image et l’envoyer à ma place en tournée. »

Pourquoi as-tu décidé de ne pas continuer avec Venomous Concept ?
Trop de choses sur le feu et puis on avait tous des CV tellement différents que ça devenait difficile à coordonner. Mais tous va bien entre nous, j’aime beaucoup ces mecs. Tu as écouté le nouvel album, il est bon ?

Aucune idée, je ne l’ai pas encore écouté. Et votre collaboration avec Zu, ça en est où ?
Je n’ai pas encore entendu le résultat et je ne suis pas sûr que ça soit sorti mais je suis franchement impatient. On a enregistré un ou deux titres avec eux en studio, Dale et moi. Je ne sais pas du tout ce qu’ils ont décidé de garder ou pas mais on s’est régalé à jouer ensemble.

Tu les avais vus jouer quand ils accompagnaient Joe Lally ?
Non. Et toi ?

Non plus. Mais j’ai eu quelques échos des dates françaises. Apparemment c’était mou. Les mecs de Zu essayaient de faire décoller le concert et Joe Lally leur faisait des signes pour qu’ils jouent moins fort comme si ça l’emmerdait qu’ils lui piquent la vedette.
Ah oui ? Il leur faisait des signes pendant le concert ? Possible remarque, Lally est capable d’être soupe au lait. En tout cas, toutes les dates de Fantomas qu’on a faites avec eux étaient vraiment cool.

En parlant de Fantomas, j’ai lu quelque part que le prochain album serait complètement électronique, sans aucun instrument électrique ou acoustique. C’est vrai ?
Je n’en sais strictement rien mais je veux bien voir ça ! (Rires)

Moi aussi. Vous pourriez vous déguiser en robots.
J’espère ! Je pourrais construire un robot à mon image et l’envoyer à ma place en tournée.

Tu pourrais envoyer Danny DeVito à ta place. Je pense à lui parce qu’il paraît qu’il est interviewé dans les bonus du DVD du Fantomas -elvins Big Band qui va sortir. Euh, c’est quoi le rapport entre Danny DeVito et Fantomas-Melvins ?
J’en sais rien non plus (rires). Et c’est justement pour ça que c’est bien : c’est complètement hors-sujet. Ça rend le truc intéressant.

C’est fan de Fantomas et/ou des Melvins ?
C’est un grand fan de Mike Patton. Ça vient de ses enfants. Ils écoutent énormément de musique.

Il paraît que tu joues de nouveau avec Mike Dillard les morceaux de la période 1983 ?
Exact, avec Dale à la basse !

Vous faites ça juste pour le fun ?
Oui. Je pense qu’on va faire un concert en juin mais je ne sais pas du tout ce qui se passera par la suite. On va fêter notre 25ème anniversaire l’année prochaine, donc ça sera une bonne occasion de faire quelque chose d’un peu spécial, par exemple, une tournée avec ce line-up. Ça serait vraiment marrant.

C’est comment de rejouer avec Mike Dillard après 25 ans ?
C’est génial. On joue uniquement des morceaux de cette période sans essayer de les actualiser ou des les réarranger et c’est parfait, c’est très primitif. J’ai toujours gardé un excellent souvenir de ces années-là. J’étais sûr qu’on s’amuserait bien en rejouant ces vieux trucs.

A propos de vieux trucs, la sortie du coffret avec tous les albums que vous avez faits pour Ipecac est toujours prévue pour cette année ?
J’espère. On la sortira en édition très limitée. Le packaging sera entièrement fait à la main puis imprimé mécaniquement, en typographie (Ndlr : « letterpress »). On aimerait rajouter quelques petits extras. De toute façon, il n’y en aura que 500.

Vos albums sur Ipecac sont toujours disponibles, c’est l’objet qui vous intéresse ?
Si les gens ne comprennent pas ça, ça veut dire qu’ils n’ont toujours pas compris pas le concept général de la box-set qui consiste généralement à ressortir des trucs qui sont déjà sortis. Il y aura un extra-CD avec des bonus, mais quoi qu’il en soit, rééditer des disques sous forme de coffret, c’est pas vraiment une nouveauté. Regarde Led Zeppelin. Ils ont sortis au moins dix coffrets bourrés uniquement de morceaux qui étaient déjà sortis et disponibles.

Tu es un collectionneur ?
Oh oui, absolument. Je collectionne la musique, mais surtout je collectionne tout et n’importe quoi. Je comprends complètement la mentalité des collectionneurs. Tu vois, cette box-set, c’est exactement ça, un truc géant et fantastique. Le packaging sera complètement différent, un peu comme notre livre (Ndlr : Neither Here Nor There, publié sur Ipecac en 2004 pour le vingtième anniversaire des Melvins). Ce livre contient un CD sur lequel il n’y a que des morceaux connus et disponibles mais ce qui le rend totalement génial, c’est le packaging et tout ce qu’il y a à l’intérieur. Ça sera exactement pareil pour le coffret.

C’est Mackie qui se charge de l’artwork ?
Oui, ma femme, sur sa propre machine. J’ai hâte.

Vous deviez également sortir deux 12’’ sur AmRep, non ?
En fait, je pense qu’il n’y en aura qu’un seul sur AmRep. On a changé d’avis, ça sera probablement un 10’’. Je ne peux pas vraiment te dire de quoi il s’agira, on veut que ça soit une grosse surprise. L’autre devrait sortir sur un autre label à priori. Et puis on s’apprête aussi à sortir la version vinyle de Senile Animal sur Hydra Head, un super objet Deluxe. Un quadruple pliage en accordéon avec quatre 12’’ dont l’une des faces sera gravée à l’eau-forte. Ça va être génial. Tu vois ce genre de trucs, comme la box-set, c’est une manière de se focaliser sur des choses spéciales que tu ne peux ni télécharger ni graver avec ton ordinateur.

D’ailleurs Nude With Boots s’est retrouvé sur le net dès le mois de mars. Ça veut dire plus de trois mois avant la date de sortie officielle.
Oui, et je vais te dire une chose : c’était la dernière fois. On ne refera plus jamais un truc pareil. Il a été mis sur le net par des mecs qui l’ont eu gratuitement. J’ai du mal à comprendre leur motivation. Si des gens s’intéressent à ce qu’on fait, tant mieux, mais j’envoie un disque à un journaliste et il le leake dans le 12 heures qui suivent sans se demander une seule seconde si c’est dans notre intérêt ou pas ! Ce mec est un bâtard. Le plus bizarre c’est que ça ne lui rapporte strictement rien non plus mais il le fait quand même. J’en conclue que ça lui fait juste plaisir de nous baiser. Je ne vois pas d’autre raison. On ne pourra pas empêcher les gens de mettre le disque sur Internet de toute façon mais là, avoue que c’est quand même étrange. On lui envoie le lundi, il est sur internet le mardi… Ça ne me viendrait jamais à l’idée de faire ça à quelqu’un, à moins de le détester vraiment.

C’est un coup d’Ozzy Osbourne.
Sûrement, il a que ça à faire.

…ET DIGRESSIONS POUSSIÉREUSES

« Pour moi, on est un groupe de death metal croisé avec Captain Beefheart. »

Je ne sais plus où j’ai relevé cette phrase de toi sur le mauvais goût des filles en matière de musique. Tu disais en substance que si Kurt Cobain, Chris Cornell et les mecs d’Alice In Chains avaient ressemblé à Fat Albert (Ndlr : T’as l’bonjour d’Albert, souvenez-vous), ils n’auraient probablement pas vendu UN SEUL disque. Alors à ton avis, si toi et Dale aviez un physique à la Chris Cornell ou à la Kurt Cobain, est-ce que vous auriez vendu BEAUCOUP PLUS de disques ?
Mmmh, peut-être un peu mais notre musique n’est pas aussi commerciale que la leur. Mon point de vue c’est que si tu prends leur musique mais que tu changes le packaging, plus personne ne s’intéressera à ce qu’ils font ou ce qu’ils ont fait. Si Kurt Cobain avait été un gros black de 300 kilos, crois-moi, personne n’en aurait jamais rien eu à foutre. Je crois sincèrement que ça fonctionne comme ça. Si Madonna était grosse et asiatique, ou si elle était tout simplement grosse, on n’en entendrait pas parler. C’est pas nouveau, ça a toujours été comme ça, surtout dans la pop, en tout cas celle dont nous gavent les grosses radios ou les chaînes de télé à la MTV. Les principes sur lesquels ils se basent pour décider ce que doivent écouter les gens sont purement arbitraires, c’est minable !

Oui, sauf qu’à ce titre, ce qu’on appelle la contre-culture de la pop music moderne fonctionne exactement de la même façon que ce à quoi elle s’oppose. Les Melvins, c’est le couple que tu formes avec Dale, ta silhouette, ta coupe de cheveux post-nucléaire, Dale en slip/chaussettes, les robes de grand-mères que vous portez sur scène. C’est ça que les gens veulent de la part d’un groupe comme vous. Les Melvins n’existeraient pas avec des gueules d’amour et des fringues à la mode.
Oui d’une certaine façon. Mais si je voulais, je pourrais avoir l’air vachement plus bizarre. On fait de la musique pour les gens qui ne veulent pas de tous les trucs qui passent à la radio ou sur MTV. Si tu veux être un fan des Melvins, il faut d’abord que tu nous trouves. Personne ne viendra t’aider. Des magazines comme le tien peuvent aider, mais à part ce genre de médias, qui d’autre a de la place pour ce qu’on fait ? On doit faire les choses nous-mêmes et c’est pour cette raison que je fais le maximum. Mais honnêtement, si on passait sur MTV ou à la radio avec une fréquence de rotation aussi élevée que celle de Madonna ou Nirvana, on vendrait des tonnes de disques. Ça ne fait absolument aucun doute. Tu prends n’importe quel morceau de (A) Senile Animal, tu le fais passer à la radio, à la télé, sur MTV tous les jours et partout dans le monde : on en vendra des caisses.

Tu as une idée de ce que vous vendez aux États-Unis ?
Non, pas exactement. Mais c’est vraiment correct. Ça nous suffit, même si je crois sincèrement que notre musique devrait vendre des millions et des millions. On n’est pas au bon endroit.

J’imagine que les fans des Melvins sont relativement loyaux.
Oui, et il y a en a un peu plus à chaque nouvel album. Nos fans ont toujours à peu près le même âge, ce qui signifie que ça évolue constamment, que des gens plus jeunes s’intéressent à nos disques récents et qu’on reste un groupe intéressant. Ça s’arrêtera quand on arrêtera nous-mêmes la musique. En attendant, les gens nous suivent parce qu’on n’endosse pas un rôle ou un costume et qu’on ne fait pas ce que les gens attendent de nous. C’est ça le truc. Ça va faire 25 ans qu’on fait de la musique. Si tu considères notre histoire et la musique qu’on a fait jusqu’ici, je te mets au défi de trouver un seul groupe qui a réussi à couvrir un spectre aussi large et varié que le nôtre.

Si tu devais expliquer la longévité des Melvins, et le fait que vous avez toujours été un groupe extrêmement prolifique…
(Coupant) On ne s’en fout pas, voilà la raison. Je me soucis vraiment de ce que je fais, j’aime ça, je suis un songwriter et je refuse la médiocrité. Je la refuse ! J’ai le souci constant de ce que je fais.

Il y a un milliard de groupes médiocres qui prétendent refuser la médiocrité.
Je ne fais pas partie de ces groupes. Ils ont quelque chose qui cloche, je ne sais pas quoi, ils devraient essayer d’être un peu plus originaux, de faire quelque chose qui n’a pas déjà été fait mille fois. Des groupes originaux, je n’en connais presque pas, même pas dans la scène soi-disant underground. Il faut moins de cinq minutes pour deviner exactement ce que ces groupes essayent de faire ou d’être. Ce sont les hybrides qui m’intéressent. Je l’ai déjà dit mais pour moi, on est un groupe de death metal croisé avec Captain Beefheart. Réfléchis bien à ça, c’est pertinent. Du Captain Beefheart heavy metal ! (Rires)

Ah ah ah, tu peux pas savoir combien ça me fais plaisir d’entendre ça. J’ai une mauvaise manie qui consiste à placer Captain Beefheart dans quasiment toutes mes interviews et…
… et j’ai tiré le premier, c’est ça ?

Exactement ! Quelques années après Unconditionnally Guaranteed et Bluejeans & Moonbeams, il s’était excusé publiquement en disant à la jeunesse d’alors de ne jamais acheter ces deux albums. Y’a-t-il un disque dans la discographie des Melvins qu’avec le recul tu déconseillerais absolument ?
Non non, aucun ! On a fait tellement de choses différentes. Chaque disque est valable, rien n’est à jeter. Je crois que mes deux disques préférés de Beefheart sont Spotlight Kid et Clearspot. Je n’aime pas tellement Trout Mask Replica, je le trouve un peu chiant. Clearspot et Spotlight Kid devraient se vendre à des millions et des millions d’exemplaires : voilà du rock VRAIMENT intéressant. Tout le monde devrait aimer cette musique. C’est tellement bien vu, tellement intelligent et tellement bien exécuté. C’est exactement ce que je veux faire avec ma propre musique et d’ailleurs c’est ce qu’on fait. Par contre, ce mec est bien meilleur musicien que peintre. Je me demande pourquoi il a arrêté la musique pour peindre ces merdes !

Parce qu’à ce qu’on dit, il est malade.
C’est des conneries ! Si il avait été malade tout ce temps, il serait mort à l’heure qu’il est ! Il est juste trop flemmard pour faire de la musique, c’est tout. J’ai 44 ans et à mon âge il ne sortait déjà plus rien. Je refuse de laisser tomber. C’est la différence entre moi et Beefheart. Ne jamais s’arrêter et refuser la médiocrité ! Sérieusement, je crois qu’à ce point de notre carrière, on n’a jamais été aussi bons. Ok, tout le monde dit ça. Mais je mets n’importe qui au défi de prouver que nous sommes moins bons aujourd’hui qu’avant, surtout en live.

Ce qui suit est une vraie question, pas une attaque : Est-ce que tu crois vraiment avoir le recul nécessaire sur ce que tu as fais récemment pour pouvoir affirmer que tu es meilleur aujourd’hui qu’hier ? Je veux dire, en dehors de l’aisance personnelle que tu as pu acquérir en 25 ans de carrière ?
Ce que je peux affirmer en tout cas, c’est que quand je réécoute ce qu’on a fait 20 ans plus tôt, j’ai l’impression d’écouter un autre groupe. C’était moins au point, ça sonnait moins bien. Aujourd’hui, j’ai une sensibilité différente, toute mon approche de la musique a changé, j’ai plus confiance en moi, je suis devenu meilleur compositeur, meilleur guitariste et meilleur chanteur que je ne l’ai jamais été ! J’aime tous nos vieux trucs pour ce qu’ils sont, ça remonte à tellement longtemps – et d’ailleurs, il nous arrive encore de les jouer – mais ça n’était PAS AUSSI BON (rires). Désolé ! Les gens pensent ce qu’ils veulent, c’est comme ça : on est meilleurs aujourd’hui !

Beaucoup de gens apprécient les Melvins en terme d’« ère de tel ou tel bassiste ». Certains aiment l’ère Rutmanis, d’autres préfère l’ère Lorax…
La plupart de ces gens n’ont jamais vus aucun de ces bassistes. Moi j’ai joué avec eux, et je sais.

Ce qui veut dire que pour toi, la meilleure façon de se faire une opinion des Melvins, c’est de vous voir sur scène ?
C’est UNE bonne façon. Notre approche du live et du studio sont assez différentes. Nos albums sont conçus pour être joués dans des conditions plus intimes : dans ta voiture ou chez toi. Les concerts, c’est une forme de communication sur le plan humain. C’est deux choses totalement différentes et on essaye de ne pas les aborder de la même façon. On adapte toujours les morceaux, vieux ou récents, pour qu’ils fonctionnent en live, on change beaucoup de choses et ça devient des entités complètement différentes. Et ces échanges humains, c’est un truc que tu n’auras jamais sur un enregistrement live ou sur le net. Aujourd’hui encore, on fait presque 100 dates par an et c’est toujours une expérience incroyable. J’adore jouer live.

La tournée Nude With Boots commence par une release party au magasin Amoeba de Los Angeles en juillet…
Oui. Ensuite on tourne aux États-Unis. On arrive en Europe vers le 15 septembre et on y reste jusqu’à la fin octobre.

Pour finir, il y a un album des Melvins que tu aimes plus que les autres ?
Difficile d’en choisir un mais je peux te faire un top 5. Je dirais Colossus Of Destiny, Eggnog, Stag, (A) Senile Animal et Nude With Boots.

www.melvins.com
www.ipecac.com

——————————————–
KING BUZZO – PORTRAIT CHINOIS

Si tu étais…

…une femme
Vampira.
…un dictateur.
Eisenhower.
…un disque.
Fun House des Stooges.
…un morceau.
« Kentucky Avenue » de Tom Waits.
…une rock star vivante.
Pete Townshend.
…une rock star morte.
Je brûlerais en enfer !
…une partie du corps de Dale Crover.
Ses cheveux. Parce qu’il les perd !
…un animal.
Un Thylacine, un tigre de Tasmanie.
…un personnage de conte.
Oliver Twist.
…un objet.
Une mitrailleuse.
…un film.
Le Trésor de la Sierra Madre.
…un livre.
La Sagesse dans le Sang de Flannery O’Connor.
…un mot.
Go !

 

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #6 (été 2008)
couv NOISE MAG#6

Interview vidéo : QUI – French Quisine in gay Paris

7 Oct

Probablement l’interview la plus grave et la plus sérieuse de toute ma vie.
Où Matt Cronk, Paul Christensen et David Yow font des révélations poignantes…

>>>QUI<<<
Le 25 septembre 2008 à Mains d’Oeuvres, Saint Ouen.
Interview : Françoise Massacre
Caméras : Mariexxme & Sébastien Cazac
Montage : Mariexxme
Sous-titres : Françoise Massacre

OXBOW – Video Interview Part IV – Fight

7 Sep

Interview & French Subtitles by Francoise Massacre /// Cameras by Arnaud Gabache & Mariexxme /// Edit by Mariexxme  – Part 4/4

Part 1/4 (The Beginning)
Part 2/4 (The Narcotic Story)
Part 3/4 (On & Off Stage)

OXBOW- Video Interview Part III – On & Off Stage

6 Sep


Interview & French Subtitles by Francoise Massacre /// Cameras by Arnaud Gabache & Mariexxme /// Edit by Mariexxme – Part 3/4

Part 1/4 (The Beginning)
Part 2/4 (The Narcotic Story)
Part 4/4 (Fight)

OXBOW – Video Interview – Part II : The Narcotic Story

5 Sep

La deuxième partie de l’interview filmée d’Oxbow est en ligne ici:

Oxbow - Video Interview Pt 2 : The Narcotic Story

Interview & French Subtitles by Francoise Massacre /// Cameras by Arnaud Gabache & Mariexxme /// Edit by Mariexxme – Part 2/4

Part 1/4 (The Beginning)
Part 3/4 (On & Off Stage)
Part 4/4 (Fight)

OXBOW – Vidéo interview – Part I : The Beginning

29 Août

Ladies & Gentlemen, le premier volet de l’interview d’Oxbow que Marie et moi avons réalisée le 16 juillet dernier à la Maroquinerie est dans la boîte. La deuxième partie est presque terminée, la troisième en est loin, loin, loin…

Part 2/4 (The Narcotic Story)
Part 3/4 (On & Off Stage)
Part 4/4 (Fight)

%d blogueurs aiment cette page :