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ULTRAPHALLUS – Sowberry Hagan

28 Avr


(Riot Season Record, 2011)
Bad Trip

Avec Sowberry Hagan, les membres virils d’Ultraphallus viennent une fois encore d’enlarger (considérablement) leur musique, et cela pas uniquement grâce à la présence priapique d’Eugène Robinson sur « The Red Print », morceau tétanisant s’il en est. Les liégeois étaient apparus en 2005 avec Lungville en pleine drone-doom-sludgemania. A cette époque, les groupes dévolus à la cause du lourd-lent-moite proliféraient comme le cancer généralisé sous l’impulsion du retour de Earth et de la folie douce qu’occasionnait chaque ronron éructé par les maîtres Sunn O))) ou Boris. Mais déjà, au milieu de cette multitude baveuse et bourdonnante, Ultraphallus – anomalie positivement atypique – sortait son épingle du jeu, et si un certain nombres d’éléments trahissaient les diverses influences du groupes (les Melvins évidemment, Oxbow sans doute), beaucoup d’autres au contraire faisaient foi de singularité. En 2008, The Clever confirmait tout le bien qu’on en pensait. Bref, pour reprendre la métaphore footballistique de l’un des grands musiciens de nos contrées : alors que certains groupes jouent timidement la défense, Ultraphallus fait partie de ces groupes qui préfèrent tout miser sur l’offensive (le risque) et qui, à chaque nouvel album, attaquent un peu plus fort. On les savait déjà doués pour camper des ambiances sinistrement malveillantes, pour dessiner des cauchemars sonores hantés par l’organe pandémoniaque de Phil Maggi et purulant de sons parasites, de crépitements et de samples horrifiques en tout genre. Cette promesse-là, les Phallus la tiennent haut la main sur ce troisième album – à ce jour, leur magnum opus (c’est dit) – avec quelques grands moments d’asphyxie : « Indians Love Rain », premier morceau de bravoure, à la basse arachnéenne et aux guitares malades et vacillantes ; « Suspence Bird / Human », sorte de trailer d’horror movie au bruitisme suffocant et caverneux digne du Obscuritatem d’Abruptum ; « Cinghiale », rafale sonique pavée de larsens, de cuivres fous et lointains bientôt supplantées par une montée de bruit blanc fuligineux ; ou encore et bien sûr « The Red Line », tourmente électronique minimaliste complètement flippante et scénario idéal pour le « featuring guru » Eugene Robinson qui s’y ballade, de murmures en hurlements, aussi à l’aise qu’un chat sauvage. Glacial. En revanche et si cinématographique qu’elle soit, la musique des belges est tout de même autrement plus ouvragée et surprenante qu’une vulgaire tentative de transposition musicale d’un film de la Troma Entertainement, et des morceaux comme « Right Models » (véritable brûlot punk/grunge déferlant en trombe sur les 90s), « Golden Frame » (on croirait entendre Perry Farrel et Jane’s Addiction) ou l’interlude au banjo « The Crumbled » (ça vous rappelle les rivières de Georgie, moi aussi) sont autant de chemins de traverse qui distinguent définitivement Ultraphallus du menu fretin stoner-doom-sludge.

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #3 (mars/avril 2011)
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STEREOLAB – Not Music

24 Fév

(Drag City, 2010)
Retro-pop

Vingt ans après les débuts du groupe, Stereolab annonce le dénouement d’une carrière discographique en dents de scie qui a toujours hésité entre la maîtrise des références (syncrétisme pop vintage, krautrock, easy-listening, minimalisme, electro, tropicalisme) et la surenchère avec des albums fourre-tout décousus, ennuyeux et inutiles. Enregistré en 2007 et 2008, Not Music constitue malheureusement une épilogue un peu tragique puisqu’il appartient indéniablement à la deuxième catégorie. La constante en revanche, c’est que Laetitia Sadier restera sans doute dans les mémoires comme la voix la plus tarte de l’indie rock international, ses interventions en français atteignant des sommets insoupçonnés (cf. « Laserblast », au secours). On sauvera quand même « Silver Sands » instrumental kraut-electro mixé royalement par Emperor Machine qui nous fera oublier, l’espace de dix minutes parfaites, le caractère désolant de ces adieux.
http://www.stereolab.co.uk/news/

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
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LE SINGE BLANC – Babylon

24 Fév

(Whosbrain/La Face cachée/Bar La Muerte, 2010)
Fusion tropicale

Évidemment, ça n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace. L’année dernière, Le Singe Blanc fêtait ses dix ans de sing(e)ularité dans la jungle musicale hexagonale. Dix ans et un dixième disque pour 2010 (le constat est presque kabbalistique), Babylon, qui enfonce encore les portes ouvertes par le groupe depuis que le Singe est Singe : une vision animalière d’un rock partouzeur qui doit beaucoup à Ruins, Magma et le kobaïen, Franck Zappa, le Dada, ou encore Primus avec une touche d’anarcho-punk. Depuis Baï Ho (2008), les Messins ont quelque peu ramassé leur discours musical ubuesque. Disons que les morceaux ont gagné en concision et que les délires gogole-disco frénétiques du Singe Blanc, jusqu’ici intarissables, comptent désormais quelques coïtus interruptus, des moments de répit un peu moins survoltés qu’à l’habitude. Mais enfin, à peu de choses près, on retrouve les mêmes renversements rocambolesques, les cris, les onomatopées et autres borborygmes crétins et le même groove spasmodique, c’est-à-dire tout ce qui concourt à l’identité musquée de la musique du Singe Blanc. Or c’est justement là que le bât blesse. Car les odeurs les plus capiteuses (comprendre « typées ») sont aussi celles dont on se lasse le plus vite, et il y a fort à parier que certains fidèles et familiers du Singe Blanc auront quelques difficultés à se défaire du parfum tenace de déjà-dit/déjà-entendu de ce Babylon qui ne surprend plus vraiment son monde.

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
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DEATHSPELL OMEGA – Paracletus

20 Fév


(Norma Evangelium Diaboli, 2010)
BLACK METAL

Chaotiques, denses, presque informes, les premières minutes de Paracletus, dernier volet de la trilogie entamée en 2004 avec Si Monumentum Requires Circumspice, ne ressemblent à rien de tout à fait connu jusqu’ici. Un flux continu, du blast en rafales, des cassures rythmiques enchaînées dans une cadence infernale, une basse omniprésente (le black metal l’avait presque bannie), une masse de sons enchevêtrés impénétrable, une vélocité implacable, des dissonances à en pleuvoir : c’est la guerre.C’est la guerre ou plutôt, c’est l’une des grandes batailles de cette guerre menée de front, depuis quelques années, par une petite poignée de musiciens technovores (pour la France, on citera Blut Aus Nord, Spektr et Deathspell Omega) contre le conservatisme black metal de la fin des années 90 et dont on se demande si elle n’atteint pas aujourd’hui ses limites.

Dans l’ensemble et en tout état de cause, Paracletus est un album soufflant : construit à la manière d’un Catch 33 (une longue plage découpée en plusieurs pistes qui s’appréhende comme un tout ; la comparaison avec la monomanie rythmique de Meshuggah n’est d’ailleurs pas superflue), Deathspell y pratique allègrement le jeu de la volte-face et du grand écart permanent entre les tempi (du plus lent au plus rapide), les emprunts stylistiques (outre le black metal, le doom, la musique industrielle, le post-rock, voire la noise), les passages clean, crasseux ou cabalistiques. La surenchère (en terme de technique, de brutalité, de stratification, de rapidité et de versatilité) abasourdit littéralement, c’est indéniable. Mais on peut se demander si elle ne traduit pas aussi l’épuisement du discours et la perte de sens qui fait place au trop-plein de tentatives pour réduire le vocable black en bouillie, comme si l’éclatement des repères et la recherche de l’hétérodoxie à tout prix étaient devenues des fins en soi, au lieu de servir de véhicule à l’expression et à la singularité. C’est la guerre, mais pourquoi faut-il que dans cette guerre, chaque cessez-le-feu tourne invariablement au mélo à l’italienne ? D’où vient cette affreuse manie du parlé-chanté (Burzum, suivez mon regard), cette théâtralité surjouée et ces logorrhées pathétiques dignes des pires bluettes de Pelican ou d’Isis période « pleureuses » ? Comment peut-on prétendre vouloir dézinguer un genre et ses scléroses et dans le même temps, céder à l’incontinence de tels clichés ? Après Si Monumentum et Kénôse (2004 et 2005) qui avaient remporté haut la main le pari de la cohérence, Fas (2007) ressemblait à une parenthèse que Paracletus aurait dû/pu refermer de fort belle manière si seulement Deathspell Omega avait mené la bataille jusqu’au bout sans céder aux sirènes du mauvais goût.
www.deathspellomega.com

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
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EARTH – A Bureaucratic Desire For Extra-Capsular Extraction

9 Fév

(Southern Lord, 2011)
DRONE ROCK MANIFESTO

A la fin de l’année 1990, Dylan Carlson, Dave Harwell et Joe Preston (qui rejoindra les Melvins peu de temps après) enregistrent sept morceaux aux studios Smegma à Portland pour à peine 300 dollars. Trois d’entre-eux échoueront en versions écourtées sur le EP Extra-Capsular Extraction, édité par Sub Pop en 1991 et qui constituera le point de départ discographique de Earth. Les quatre autres seront ajoutés par No Quarter à la réédition du live Sunn Amps And Smashed Guitars près d’une dizaine d’années plus tard. A Bureaucratic Desire For Extra-Capsular Extraction présente la totalité de ces démos en versions intégrales, brillamment remasterisées pour l’occasion par Mell Dettmer.

Les premiers disques de Earth, c’était le concept d’abord, la musique ensuite », nous disait Carlson lors d’une interview il y a quelques années. Que ce concept ait été pleinement conscient ou pas, les morceaux de ces sessions obéissent déjà aux grands principes qu’on retrouve en filigrane dans toute la discographie de Earth : lenteur, spleen et répétition. On peut y ajouter l’étirement maximal du son, le riff érigé en culte, la distorsion massive et la vision cyclique du temps musical (comme en atteste la référence à la figure mythologique d’Ouroboros dans le titre Ouroboros Is Broken) qui évolueront au fil des errances musicales de Earth et qui prendront une tournure radicalement différente (formellement en tout cas) en 2005 avec Hex ; Or Printing In The Infernal Method. l’album qui mettait un terme à la traversée du désert de Carlson.

Si ces sessions encore maladroites ne sont pas ce que Earth a produit de plus indispensable d’un point de vue purement musical (rétrospectivement, elles s’apparentent à une sorte d’ébauche un peu voilée du séminal Earth 2 de 1993, mais qui aurait pu le dire à l’époque ?), elles restent un document essentiel au regard de l’histoire de la musique populaire moderne, en tant que témoignage cardinal d’une époque où l’underground rock renouait lentement avec les têtes chercheuses de la musique contemporaine et le minimalisme, plus de 15 ans après le Velvet Underground et la vague Krautrock en Allemagne. Via Earth, Dylan Carlson, ce « proche » de Kurt Cobain (qui fait d’ailleurs une apparition à la voix sur « Divine And Bright), invitait ainsi le drone, alors apanage d’une poignée de compositeurs avant-gardistes en occident (La Monte Young, Terry Riley ou Tony Conrad pour ne citer qu’eux) dans la sphère du rock. A ce titre, Carlson peut être considéré comme le géniteur du drone moderne et A Bureaucratic Desire For Extra-Capsular Extraction comme la matière brute et précoce du manifeste que Sunn O))) reprendra résolument à son compte quelques années plus tard, sans jamais pour autant se dérober à la question de l’héritage (« groupe-hommage à Earth » tel que le duo d’encapuchonnés s’est souvent décrit). Plus de 20 ans après ses débuts ombrageux, c’est à la lumière de l’apaisement que Earth poursuit sa quête de l’infiniment lent comme en atteste Angels Of Darkness, Demons Of Light 1, nouvel album à paraître début 2011.

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
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HELIOGABALE – Blood

9 Jan

(A Tant Rêver Du Roi/Les Disques Du Hangar 211, 2010)

Les albums dits « de la maturité ». L’expression caractérise admirablement bien une époque où le plumitif rock est devenu le valet de chambre pusillanime de ses vieux totems. L’iconoclasme n’a plus vraiment droit de cité, le malaise non plus et certains commentateurs se dérobent poliment sous le voile pudique de leur complaisance et de leur propre déconvenue pour ne pas avoir à reconnaître que si ça se trouve, cet album de la maturité pourrait bien être l’album de trop, celui du déclin, de l’assagissement (au mieux) ou de l’affadissement (au pire), bref, l’album très chiant d’un groupe pourtant très respectable. Et puis franchement, depuis quand le rock doit-il se revendiquer de la maturité ? Toujours est-il que si on prend la définition au pied de la lettre (« étape dans laquelle se trouve un organisme qui a atteint son plein développement« ), la maturité, la vraie, Heliogabale l’a atteinte en 2004 avec Diving Room, album noir et fiévreux qui venait défigurer un silence discographique de 5 ans avec pertes et fracas. En comparaison, la cuvée 2010 paraît bien insipide. Parce que malgré ce que voudrait nous faire croire la photo de l’artwork, ce Blood n’a ni le goût ni l’odeur du sang. Tout au plus il en a la couleur, celle du velours rouge un peu terne de la gentrification. Heliogabale, heliotropisme. Ou la fuite en avant d’un groupe qu’on aimait malade et hermétique vers la lumière blafarde de la circonspection. On aimait Sasha Andrès précisément parce qu’elle ne savait pas chanter et qu’elle s’en battait comme de sa première robe noire. En 2010, Sasha Andrès ne sait toujours pas chanter, le problème c’est que maintenant, elle essaye. Plus éprouvante que jamais, sa propension aux minauderies n’a d’égale que sa fâcheuse tendance à anéantir chaque phrase par abus de trémolo « jazzy ». Un systématisme maniéré qu’on ne perçoit malheureusement que trop bien puisque le mix entre la voix et les instruments n’est pas ce qu’on pourrait appeler un modèle d’équilibre. D’ailleurs, on mettra l’encéphalogramme plat de la partie instrumentale sur le compte de ce déséquilibre patent, celle-ci étant du coup reléguée presque exclusivement à la fonction d’accompagnement pour chanteuse de cabaret (un rôle que jusqu’ici, Andrès jouait avec autrement plus de désinvolture et d’irrévérence). Il est loin l’Anarchiste Couronné d’Artaud, et sa décadence. Et c’est d’autant plus frustrant que la tension séditieuse des grandes heures d’Heliogabale n’a malgré tout pas complètement disparue – elle reste tapie, quelque-part, probablement dans l’ombre des guitares – et que c’est précisément cette tension-là qui pourrait bien leur permettre de rebondir majestueusement comme ils l’avaient déjà fait en 2004, balayant d’un revers de main le vague souvenir d’un Mobile Home (1999) lui aussi en demi-teinte.
www.heliogabale.net

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #1 (novembre/décembre 2010)
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PAN SONIC – Gravitoni

11 Oct


(2010, Blast First Petite / Differ-Ant)

LE CHANT DU SIGNAL

Pan Sonic, c’est fini. La séparation du duo finlandais qui, depuis 16 ans, trônait immuablement au sommet glacial de la sainte trinité estampillée IDM (à ce jour, on n’a pas encore trouvé d’expression plus nauséabonde pour parler de musiques électroniques expérimentales, ni plus condescendante au regard de la danse music) aux côtés d’Autechre et d’Aphex Twin, avait été annoncée dans le chaos à la fin 2009 puis suivie d’une tournée d’adieu. La désunion vient d’être définitivement entérinée par la sortie de cet album testamentaire monumental, épitaphe magistrale gravée au laser en plein cœur de la mécanique vibratoire. Pour tout dire, Gravitoni n’apporte rien de foncièrement nouveau à l’hostile édifice bâti méthodiquement par Mika Vainio & Ilpo Väisänen depuis Panasonic EP en 1994. Rien, sinon qu’en matière de maitrise absolue de la texture sonore et d’incompromission esthétique, ce disque fera sans doute autorité pour les siècles à venir, sans contestation possible. Jusqu’au bout, ces grands maniaques de l’analogique n’auront eu de cesse d’explorer les plus infimes recoins de la matière brute du son – sinusoïdes, souffles, fréquences, bruits blancs, grésillement, parasitages, perturbations, trous noirs, aspirations et vrombissements lâchés dans un vide infini – pour en faire germer des micro-symphonies technoïdes aussi hermétiques que suffocantes dans une vision extrémiste (ultra contemporaine, ultra minimaliste, ultra répétitive, ultra exigeante) de la musique concrète de Pierre Schaeffer et des acousmaticiens de l’après-guerre. Dans le même registre, quand certains utilisent des notes pour construire des mélodies, Pan Sonic crée l’illusion du mouvement et de la physique en donnant à entendre une musique tactile, quasiment palpable qui dans le détail s’apparente à peu de choses près à des phénomènes non-sonores tels que l’électricité, la chaleur (températures exclusivement négatives), la pression, la vitesse/statisme, la densité ou la lumière/anti-lumière. Et dans ce domaine, Gravitoni atteint une forme d’excellence inégalée. Peu importe le procédé, peu importe l’humeur, peu importe la forme ou plutôt les formes puisqu’elles oscillent ou s’écartèlent entre ambient électrostatique (« Hades » ou encore l’ultra-dark «Trepanointi/Trepanation »), techno minimale décharnée (« Pan Final » ou comme son l’indique, le grand final de l’album teinté de new wave et de vapeurs industrielles) et pur terrorisme sonique (« Corona « ). Ultime album, album ultime, Gravitoni vient de mettre un terme à un parcours musical sans faute et fait rentrer, du même coup, Pan Sonic au panthéon des grands manipulateurs passés maîtres dans l’Art du son. RIP
www.phinnweb.org/panasonic/

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #17 (août/septembre 2010)
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Figure Imposée : SOLEX VS. JON SPENCER & CRISTINA MARTINEZ – Amsterdam Throwdown, King Street Showdown

10 Oct
Combien de fois nous a-t-on reproché le côté « école des fans » de notre rubrique Sélection de Disques ? Trop de bonnes notes tuent la note, mais comment faire autrement quand ce sont les rédacteurs eux-mêmes qui choisissent librement les disques dont ils ont envie de parler ? Pour casser un peu cet état de fait, nous avons demandé à notre bienheureux rédacteur en chef de nous donner à chroniquer le disque de son choix. Figure imposée, par pur masochisme.

(Bronzerat Records, 2010)
BOUDIN CREOLE

Solex, c’est le pseudo d’Elizabeth Esselink, DJette-bricoleuse hollandaise qui fit ses armes en piochant des samples dans les invendus de son propre magasin de disques basé à Amsterdam avant que celui-ci ne mette la clé sous la porte. Un jour, elle tombe sur un vieux Boss Hog et décide alors de faire appel à Jon Spencer qui lui-même passe alors immédiatement un coup de fil à sa femme, la torride Crisitina Martinez (Boss Hog, Pussy Galore) : « Allô chérie ? Dis-donc, Solex voudrait enregistrer un disque avec nous, tu es partante ?… Formidable mon poussin ! Je lui annonce tout de suite la bonne nouvelle. D’accord, à ce soir… Mais oui, je t’aime aussi ma chérie… Oui oui, un rôti de bœuf ça sera parfait. Passe le bonjour à ta mère. »
Et c’est ainsi que vint au monde ce Amsterdam Throwdown, King Street Showdown, disque patchwork dont la joyeuse légèreté le dispute à une inutilité presque insoutenable : collages foutraques et exotisme passéiste, timbres « d’époque » de bon ton (moogs, flûtes type acid jazz, cloches, cuivres rhythm’n’blues, mélodica…), grooves so funky et recyclages vintage electro/funk/soul/garage 60’s sur lesquels l’organe sensuel et acidulé de Cristina se ballade comme une chatte sur un toit brûlant (avec une mention spéciale pour « Too Much Too Fast », l’un des seuls titres dont on se rappellera peut-être). L’intervention clairsemée de Jon Spencer à la guitare fuzz ou aux hululements rockab’ passés dans la disto est rigoureusement conforme à ce qu’on en attendait : la caution blues dépravé (mais toujours dans la limite du raisonnable) et désespérément prévisible.
Les spoken word nonchalants de Mike Ladd sur une paire titres pour lesquels les qualificatifs en usage ne seront jamais assez nombreux (cool, jazzy, laid back, rétro, relax, stylé, chaloupé, soulful, caliente-farniente) ne nous sauveront pas de l’ennui.
Si on prend une image culinaire, on pourrait dire que ce disque collaboratif est aussi inoffensif qu’un brie pasteurisé qui aurait passé 48 heures au frigo et qu’on sort un peu précipitamment juste avant le café. On en prend quand même une petite tranche, histoire de rester poli et parce que ça ne peut pas faire de mal. D’ailleurs, c’est une musique qui passerait très bien en vague fond sonore d’un dîner sympa entre amis dans la moiteur un peu désuète d’une décoration postcoloniale. Heu, comment dit-on déjà ? Rafraîchissant ? Cristina ma chérie, tu reprendras bien une caïpirinha ?
www.myspace.com/solexmusic

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #16 (juin/juillet 2010)
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7 albums de THE FALL

9 Oct

Live At The Witch Trials
(Step Forward, 1979)
Premier album studio enregistré et mixé en deux jours et déjà deux tubes (« Frightened », « Rebellious Jukebox ») et une première tentative d’embrouille : Live At The Witch Trials n’est pas un live. A posteriori, on peut dire que ce disque (à fourrer paresseusement dans la catégorie post-punk) contient déjà tout ce qui caractérisera la patte dégénérée de The Fall à travers les décennies, malgré les innombrables variantes stylistiques et les multiples changements de personnel : un groove rock ultra-répétitif, obstiné, teigneux, extrémiste, emmené par la verve vitupérante de l’odieux Mark E. Smith qui, sur le morceau-titre, résumera d’ailleurs dans un insupportable éclair de lucidité toute la musique de The Fall présente et à venir : « We were early and were late ».

Grotesque (After The Gramme)
(Rough Trade, 1980)
Premier album avec le batteur Paul Hanley (alors âgé de 15 ans à peine), Grotesque fut souvent taxé de difficile, d’expérimental et d’impénétrable. Ce disque reste pourtant un monument de bile prolétaire et de logorrhée ordurière, avec un Mark E. Smith sous speed, hystérique (une truie ?) et frustre comme jamais, et une enfilade de fulgurances kraut, new-wave, psyché ou garage-punk presque aussi malsaines que frénétiques : « Impression Of J. Temperance », « The Container Drivers », ou encore « New Face In Hell » et son kazoo. Douze ans plus tard, ce titre sera plagié (ou célébré) par Pavement dans « Conduit For Sale », ce qui, bien sûr, mit Mark E. Smith dans une colère noire. L’arroseur arrosé.

Hex Enduction Hour
(Kamera, 1982)
Sur Hex Enduction Hour enregistré entre l’Islande et l’Angleterre, Mark E. Smith laisse libre cours à sa fascination pour le fantastique et le surnaturel (entre deux glaviots cyniques et décapants à l’encontre de la presse par exemple). Musicalement, l’album montre la face la plus revêche et sauvage du groupe, aussi à l’aise dans les tempos frénétiques que sur les titres plus mesurés ou nébuleux et emmené par le groove libre et monolithique des deux batteries de Paul Hanley et Karl Burns. Un must-have absolu boudé par la Motown. Pour l’anecdote, « Hip Prest » sera utilisé dans l’une des scènes-clé du Silence Des Agneaux.

Extricate
(Fontana, 1990)
Fin de la période Brix (la femme de Smith pendant sept années de calvaire et de claviers vient d’obtenir le divorce) et retour du guitariste Martin Bramah (membre fondateur de The Fall puis de Blue Orchids). Avec un son impeccable, presque FM, une prod ultra-léchée, des arrangements bien soignés (saxo, flûte, hautbois, violon…), Extricate est un disque singulier, particulièrement sage et accessible avec, sur certains titres, de forts relents de la scène de Madchester. Bien que le Slang King opère dans un registre beaucoup moins gueulard que de coutume (on le trouverait presque touchant sur le très kitsh « Bill Is Dead »), cela ne l’empêche pas de déverser quelques sarcasmes bien sentis. Les femmes en prennent pour leur grade, on comprend pourquoi. Mention spéciale désastre pour le calamiteux « Pop Corn Double Feature ».

Are You Are Missing Winner
(2001)
Après l’abominable The Unutterable, Smith a le bon sens de renouveler son backing band. “The new Fall”, comme il le beugle environ 54 fois dans le morceau d’ouverture, se voit incomber la lourde tâche de sauver le groupe de la déroute. Si AYAMW est fatalement plus réussi que son prédécesseur, il ne casse pas non plus trois pattes à un canard. Une sorte de tentative un peu laborieuse pour retrouver l’énergie des titres les plus garage des débuts. Faute d’inspiration, le groupe se fend de trois reprises : « Gotta see Jane» (R. Dean Taylor), « Bourgeois Town » (« The Bourgeois Blues » de Leadbelly) et “Ibis-Afro Man” (« Africa Man» de Iggy Pop). Mark E. Smith aboie, la caravane passe.


Reformation Post-TLC
(Sanctuary, 2007)

Le prodigieux triomphe du vain et de la nonchalance. Enregistré avec un backing band « sorti d’usine » entièrement constitué d’Americains (à l’exception de la dernière Mme Smith en date) rompus au slap bass, Reformation Post-TLC ressemble à un gigantesque brouillon, une vaste escroquerie, une slackerie ultime dont « Das Boat » constitue un summum en terme de louferie et de vacuité et que seuls les vrais experts en Fall-ologie pourront apprécier à sa juste valeur (parce que le pire de The Fall sera toujours meilleur que le meilleur du passable). Pour les autres, que les choses soient claires : n’achetez pas ce disque.

Imperial Wax Solvent
(Sanctuary, 2008)
Une déferlante de garage motorik répétitif, saturé et bilieux (Jon Spencer, va mourir) saupoudré des indispensables et habituelles crétineries à clavier. Le meilleur album de The Fall depuis… très longtemps. Débarrassé de ses Amerlocks Post-TLC, le marquis, dans son nouveau costard 100% british, est au sommet de sa forme déglinguée et de sa pugnacité dans l’Art si particulier de s’en battre royal.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #16 (juin/juillet 2010)
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Figure imposée : TO ROCOCO ROT – Speculation

14 Juin
Combien de fois nous a-t-on reproché le côté « école des fans » de notre rubrique Sélection de Disques ? Trop de bonnes notes tuent la note, mais comment faire autrement quand ce sont les rédacteurs eux-mêmes qui choisissent librement les disques dont ils ont envie de parler ? Pour casser un peu cet état de fait, nous avons demandé à notre bienheureux rédacteur en chef de nous donner à chroniquer le disque de son choix. Figure imposée, par pur masochisme.


(Domino, 2010)

SYMPATHIQUE GALETTE DE RIZ SOUFFLÉ MISE EN MUSIQUE

Pour cette première figure imposée, j’aurais franchement pu tomber plus mal. En effet, le nouveau disque du trio germano-palindromique est globalement aussi sain, aussi économique et aussi digeste qu’une galette de riz soufflé bio sans ajout de sel, et au moins aussi fade. 25 calories aux 100 grammes, c’est léger, très peu consistant, et plus tu en manges plus tu maigris. On frôlerait même le vide intersidéral, si, perdus entre la « boîte à batterie » raide comme la justice et les arpèges de clavier des frères Lippok, les lignes de basses et le frottement du médiator de Stefan Schneider (ex-Kreidler) ne venaient perturber par endroit la précision chirurgicale de ce panaché d’electronica et de post-(kraut)rock, et l’humaniser un tant soit peu du même coup. Enregistré en Allemagne du sud dans les studios de Hans Joachim – alias Jochen – Irmler (élément « dissident » du groupe de krautrock Faust aujourd’hui scindé en deux entités), certains titres de ce Speculation sont donc vaguement auréolés de la gloire passée des aînés d’Outre-Rhin. Sur « Bells », « Place It » ou « Ship », la naïveté bubble-gum des mélodies et les boucles répétées jusqu’à plus soif renvoient mollement à Cluster (avec tout le respect qu’on leur doit) ou à certaines séquences lancinantes des disques solo post-Ash Ra Tempel de Manuel Göttsching (notamment E2-E4, autrement plus fascinant, que je recommande au passage). On passe sur la sympathique tranche d’easy-listening club-friendly de « Working Against Time » et l’hermétisme des titres dans une veine post-rock insoutenablement laidback, car la palme revient sans conteste au zouk/exotica/sambatronic de « Forwardness » qui remporte haut la main l’award du meilleur habillage de film institutionnel touristique, ici pour le village-club Pierre & Vacances multi-activités de Fort de France. De quoi étouffer les sarcasmes de ceux qui pensent que la musique de To Rococo Rot serait symptomatique d’une certaine austérité teutonne. Sur ce, je m’en vais avaler un bon plat de tripes.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #15 (avril/mai 2010)
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