ONE LICK LESS – & We Could Be Quiet

28 Juil

(Autoproduit, 2011)

Folk / Rock / Experimental

C’est par une belle soirée d’avril, dans les moites profondeurs de la cave méphitique d’un rad-pizzeria-couscous aux portes de Paris que je découvrais One Lick Less, hommage à peine caché à William Faulkner et à son roman de 1930 As I Lay Dying (Tandis que j’agonise) et moins certainement à Unwound. Quelques jours plus tard, l’organisateur de la lecture de Fight à la librairie du Merle Moqueur improvisait une collaboration de dernière minute entre le duo parisien et Eugene Robinson – preuve qu’on avait été plusieurs ce soir-là à avoir succombé avec fébrilité à leur spleen semi-acoustique de haute-volée. Formation bicéphale – et donc minimale – pour élégance maximale, One Lick Less est la réunion de Basile Ferriot (Xnoybis), batteur élastique de classe internationale, et de Julien Bancilhon, guitariste aux mains d’argent (un plectre ou un bottleneck vissé sur chaque doigt), chanteur mais aussi artisan, puisque qu’il fabrique ses propres instruments (guitares et double pedal steel home-made). Il ne faut pas trop se fier à l’entrée en matière math/post-rock de ce premier 7-titres autoproduit. Si « Alameda » empiète légèrement sur les plates bandes de Cheval de Frise ou de Tortoise, la musique de One Lick Less va plutôt puiser son souffle magnétique du côté de la folk et du blues – et plus largement de l’Americana (Charley Patton en version romanesque, et contemporaine, ou John Fahey et son America) – parasités de quelques expérimentations, bruits rares, passages improvisés (c’est très flagrant en live, un peu moins sur disque en fait). Mais quand bien même les emprunts à la musique américaine de grands chemins seraient limpides, Ferriot et Bancilhon lui découvre un faciès sombre, tordu et grimaçant, une carapace écorchée et une atmosphère sous haute-pression (voir le vibrant « Mechanic Fever »). La simplicité désarmante des galops d’arpèges de Bancilhon qui finissent souvent par exploser en plein vol nous font bizarrement penser à une version moins hachée et aussi moins libidineuse de ce qu’a pu faire le français Yann Tambour (actuel Stranded Horse) au temps de Encre. Au niveau du chant, quelque-chose, dans la conduite de la voix pourrait parfois rappeler celle de Greg Lake de King Crimson (écoutez « Fuzzy Rat », par exemple) mais ces parentés restent d’une part extrêmement hasardeuses et surtout, elles n’enlèvent rien à la singularité de cette étrange entité dont la profondeur habitée et nettoyée de tout artifice donne un souffle d’air colossal au microcosme parisien perclus dans sa routine et tassé sur lui-même. A voir en live, absolument.
www.myspace.com/onelickless

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #4 (mai/juin 2011)
couv (new) NOISE MAG#4

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