THE SKULL DEFEKTS – Peer Amid

4 Mai

(Thrill Jockey, 2011)
Rock extatique

Craindre le pire ou espérer le meilleur : à l’annonce de la collaboration du groupe suédois avec Daniel Higgs, barbu illuminé et ex-chanteur de Lungfish, on n’entrevoyait que deux possibilités radicalement opposées. Parce que, outre leur amour commun pour une certaine transe vibratoire pétrie d’effluves mystiques, l’un comme l’autre étaient capables de produire aussi bien de l’excellence (côté Defekts, leurs deux albums orientés « rock » / côté Higgs, toute la discographie de Lungfish ainsi que l’unique album post-Lungfish de The Pupils) que de l’infiniment chiant (les diverses tentatives drone-bruitiste du quintet / toutes les baba cooleries solo de Higgs). Heureusement et en tout état de cause, Peer Amid est non seulement une association parfaitement réussie, mais sans doute ce que les scandinaves ont produit de plus captivant jusqu’ici. The Temple (2009) souffrait encore un peu du syndrome des montagnes russes, les hauts et les bas… Cette fois, en séparant le bon grain de l’ivraie, les deux parties n’ont gardé que le meilleur, à savoir huit titres de rock hypnotique sublimes à la lumière desquels l’horripilant revival tribaliste de fils-à-papa auquel il fut si difficile d’échapper ces derniers temps apparaît tout à coup franchement moribond. La première écoute confirme ce qu’on savait déjà : on a affaire à des types qui ont potassé très sérieusement (et à grands coups d’acides en ce qui concerne Dan Higgs) leurs bibles du krautrock, de la boucle extatique, du minimalisme répétitifs ou des râgas indiens,, propageant leur toxique odeur de sainteté et de mysticisme au coeur d’un psychédélisme bien profane, d’un post-punk cyclique à la fois sauvage et austère, souvent sombre, nourri de rythmiques obsessionnelles, de guitares squelettiques savamment désaccordées, de percussions vaudou, de fréquences, de bourdons telluriques et de parasitages abrutissants. Evidemment, il y a les imprécations chamaniques de Higgs, qui, tout en sortant un tant soit peu de son registre formel habituel (on lui prêterait volontiers un vieux cuir élimé sur l’épopée psyche-garage « No More Always ») se fond dans l’appareil instrumental avec un naturel assez déconcertant, comme si Skull Defekts avait toujours été son groupe. Mais après tout, on voyait mal comment le barde druidique qui, entre 1987 et 2005, c’est-à-dire pendant toute la période d’activité de Lungfish, n’a eu de cesse rabâcher inlassablement les mêmes mantras (et quels mantras) sur une musique héritée de la transe psychédélique du Velvet aurait pu dépareiller ici. « Gospel Of The Skull » est d’ailleurs la rencontre parfaite entre la ferveur lancinante de « Venus In Furs » et les antiennes itératives si singulières de Lungfish. Peer Amid se termine d’ailleurs sur un impératif rauquement murmuré par Daniel Higgs, « Be as one », dont on se demande s’il n’a pas servi de credo à cette réunion de hippies hallucinés au sommet. En ce qui nous concerne, on a trouvé nos meilleurs dealers de drogue dure pour 2011.
www.skulldfx.com

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #3 (mars/avril 2011)
couv (new) NOISE MAG#3

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