ULTRAPHALLUS – Sowberry Hagan

28 Avr


(Riot Season Record, 2011)
Bad Trip

Avec Sowberry Hagan, les membres virils d’Ultraphallus viennent une fois encore d’enlarger (considérablement) leur musique, et cela pas uniquement grâce à la présence priapique d’Eugène Robinson sur « The Red Print », morceau tétanisant s’il en est. Les liégeois étaient apparus en 2005 avec Lungville en pleine drone-doom-sludgemania. A cette époque, les groupes dévolus à la cause du lourd-lent-moite proliféraient comme le cancer généralisé sous l’impulsion du retour de Earth et de la folie douce qu’occasionnait chaque ronron éructé par les maîtres Sunn O))) ou Boris. Mais déjà, au milieu de cette multitude baveuse et bourdonnante, Ultraphallus – anomalie positivement atypique – sortait son épingle du jeu, et si un certain nombres d’éléments trahissaient les diverses influences du groupes (les Melvins évidemment, Oxbow sans doute), beaucoup d’autres au contraire faisaient foi de singularité. En 2008, The Clever confirmait tout le bien qu’on en pensait. Bref, pour reprendre la métaphore footballistique de l’un des grands musiciens de nos contrées : alors que certains groupes jouent timidement la défense, Ultraphallus fait partie de ces groupes qui préfèrent tout miser sur l’offensive (le risque) et qui, à chaque nouvel album, attaquent un peu plus fort. On les savait déjà doués pour camper des ambiances sinistrement malveillantes, pour dessiner des cauchemars sonores hantés par l’organe pandémoniaque de Phil Maggi et purulant de sons parasites, de crépitements et de samples horrifiques en tout genre. Cette promesse-là, les Phallus la tiennent haut la main sur ce troisième album – à ce jour, leur magnum opus (c’est dit) – avec quelques grands moments d’asphyxie : « Indians Love Rain », premier morceau de bravoure, à la basse arachnéenne et aux guitares malades et vacillantes ; « Suspence Bird / Human », sorte de trailer d’horror movie au bruitisme suffocant et caverneux digne du Obscuritatem d’Abruptum ; « Cinghiale », rafale sonique pavée de larsens, de cuivres fous et lointains bientôt supplantées par une montée de bruit blanc fuligineux ; ou encore et bien sûr « The Red Line », tourmente électronique minimaliste complètement flippante et scénario idéal pour le « featuring guru » Eugene Robinson qui s’y ballade, de murmures en hurlements, aussi à l’aise qu’un chat sauvage. Glacial. En revanche et si cinématographique qu’elle soit, la musique des belges est tout de même autrement plus ouvragée et surprenante qu’une vulgaire tentative de transposition musicale d’un film de la Troma Entertainement, et des morceaux comme « Right Models » (véritable brûlot punk/grunge déferlant en trombe sur les 90s), « Golden Frame » (on croirait entendre Perry Farrel et Jane’s Addiction) ou l’interlude au banjo « The Crumbled » (ça vous rappelle les rivières de Georgie, moi aussi) sont autant de chemins de traverse qui distinguent définitivement Ultraphallus du menu fretin stoner-doom-sludge.

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #3 (mars/avril 2011)
couv (new) NOISE MAG#3

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