Interview – MOVIE STAR JUNKIES

23 Fév

En 2008, l’annonce du premier LP de Movie Star Junkies (Melville) présenté comme un album-concept autour de l’écrivain Hermann Melville sonnait comme la mortelle promesse d’une interminable soirée d’ennui à compter les cachalots. Au lieu de ça, Movie Star Junkies s’est imposé vivacissimo comme l’un des meilleurs groupes en provenance de l’underground italien depuis Zu, ce que vient de confirmer leur nouvel album inspiré des poèmes de William Blake, quelque-part entre swamp à l’australienne, garage psyché, blues dépravé, folklore spaghetti, surf music et chansons d’ivrognes passées dans l’inconscient collectif.

Stefano (chant et orgue, et qui a joué dans la dernière incarnation des feu-A.H. Kraken en tant que batteur) rencontre Caio à un concert des Cramps à Bologne en 2005. Caio part rejoindre Stefano à Turin. Là-bas, ils donnent leurs premiers concerts en duo sous le nom de Movie Star Junkies. « Au début, ça sonnait assez no-wave, un peu comme du Suicide avec un orgue, une batterie et une boîte à rythmes. » Un an plus tard, Vinz, avec qui Stefano jouait depuis une dizaine d’années, les rejoint à la guitare. « Nous avons alors enregistré nos deux premiers 7 » dans la ferme de Boto en échange de quelques disques. Le son était devenu plus original, plus personnel, d’autant plus quand Boto nous a rejoint avec son son de guitare très noisy. Ensuite, nous avons fait deux tournées en Europe avec Virginia Genta (Ndlr : Jooklo et ses diverses incarnations) au sax baryton. » La plupart des enregistrements de cette époque ont depuis atterri sur le EP Junkyears : Rarities & Farm Recordings 2005-2007 (2009, Avant). Le groupe parvient à son line-up définitif avec l’arrivée de Nene à la basse. Avec lui, ils enregistrent les deux LP Melville puis A Poison Tree (2010). « C’est lui qui nous a donné ce goût pour la folk. »

La première collision avec le garage poisseux de Movie Star évoque directement le Gun Club et plus incontestablement encore les groupes de la scène post-punk/swamp/garage australienne : Birthday Party, Chrome Cranks ou les Scientists. « Évidemment, on aime et on écoute beaucoup tous ces groupes. Ils m’ont beaucoup influencé. Ceci dit, je pense que dans nos morceaux tu peux entendre bien d’autres choses, déjà parce qu’on écoute tous des choses très différentes dans le groupe et puis on essaye de s’influencer les uns les autres. On aime la folk, le free jazz, la musique brésilienne, la noise, etc. ». En effet, la singularité de Movie Star n’est pas tant dans son ascendance garage que dans l’esprit marginal, anti-bourgois et cathartique de ses refrains « à chanter », de ses ballades de mauvaise vie aux odeurs mêlées de vin, de dope, de sueur et de mégots refroidis sous les tables. Il y a quelque chose de typiquement italien chez Movie Star, de sombres résidus de chansons populaires et de musique de western spaghetti. « Vinz et moi, on a effectivement joué beaucoup de surf, d’exotica et de musique de western quand on était jeunes. Mais la plupart du temps, les morceaux nous viennent très naturellement et j’espère que ça le restera. »

Fidèles à leurs habitudes, les turinois, « particulièrement attentifs au son », partent enregistrer une partie du nouvel album à Cuneo, dans la ferme de Boto, sur un 8-pistes. Le reste est fixé sur bande dans le studio analogique de Nene près de Venise. L’enregistrement se déroule sous de bons auspices : «C’était une bonne période : il y a eu des agressions contre le Pape et Berlusconi et les deux ont été blessés. » Le disque, lui, est traversé par le fantôme de William Blake : « Presque tous les morceaux qu’on avait écrits pour l’album pouvaient trouver une correspondance avec les poèmes de William Blake. Tu peux donc l’écouter comme une seule histoire avec une bonne dose d’ésotérisme, des références aux mystères de la nature. Dans l’album, il y a aussi un morceau issu d’un poème d’Emanuel Carnevali qui était une sorte de Rimbaud italien méconnu. » Movie Star Junkies fait donc partie de ces groupes dont la musique ne parle pas exclusivement de musique. « Melville est l’un de mes écrivains favoris. Au moment du premier album, j’étais complétement obsédé par ce type. Tous les morceaux que j’écrivais parlaient de lui, de ses livres et de sa vie. Des morceaux comme « Your Miserable Life » et « Little Boy » se rapportent directement à une période de sa vie, les problèmes d’argent qui l’ont conduit à embarquer pour la première fois sur un baleinier et la mort de son fils (un suicide peut-être ?). « The Curse » ainsi que tous les autres morceaux parlent de naufrages. Tu peux les voir comme des métaphores : de l’amour, de la maladie ou de la religion. A la fin, je lisais beaucoup de Nathaniel Hawthorne. Et puis je suis tombé sur The Marriage Of Heaven And Hell (Ndrl : William Blake), j’ai été sonné. J’avais un morceau en tête et j’ai réalisé qu’il collait parfaitement avec les rimes de « A Poison Tree », un poème extraordinaire. Le morceau que Vinz a écrit est surtout influencé par Pound (Ndlr : Ezra Pound), le livre de Qohélet et Robert Johnson. On aime tous la littérature et avec la musique elle-même, elle est ce qui déteint le plus sur nos morceaux. Nous sommes de ceux qui pensent encore que la littérature peut-être dangereuse. »

Aux plus sceptiques, on ne conseillera que trop d’aller tâter l’ambiance survoltée d’un concert de Movie Star Junkies, parmi les plus déjantés et les plus incontrôlables (public compris) que l’on ait vus ces dernières années. « La scène, c’est vital pour nous. Quand on a commencé, on ne pensait même pas enregistrer quoi que ce soit, on voulait juste jouer, partout, n’importe où, dans n’importe quelles conditions. En live, nos morceaux n’ont pas grand chose à voir avec les versions studio. On ne sait jamais à quoi s’attendre, chaque concert est une surprise. Plein de trucs dingues nous sont arrivés depuis 5 ans, des types complètement hallucinés qui surfaient sur le public, des bastons incroyables, des mecs qui balançaient la batterie sur le batteur. On s’est fait éjecter par la sécurité en plein morceau pendant le Miami, un des plus gros festivals en Italie, parce que j’avais chouré un escalier en fer dans les loges pour pouvoir taper dessus. » Quant aux convertis, ils auront de quoi patienter quelques temps en attendant que la rumeur fantoche d’une hypothétique signature sur Fat Possum (« Le label ne nous a jamais contacté. T’as lu ça où ? ») ne se réalise un jour. « Nous venons de sortir un 10 », In A Night Like This, sur Kill Shaman Records pour les USA et Ghost Records pour l’Europe. Et puis on travaille sur un nouvel album mais on aimerait bien sortir un album live aussi. Ensuite on se séparera sûrement et avec un peu de chance, on finira tous par aller bosser dans une pizzeria. »

MOVIE STAR JUNKIES – A Poison Tree (Voodoo Rhythm)
www.myspace.com/moviestarjunkies

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #2 (janvier/février 2011)
couv (new) NOISE MAG#2

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5 Réponses to “Interview – MOVIE STAR JUNKIES”

  1. Fucker 23 février 2011 à 18:28 #

    et merde, je me régale chaque fois de cliquer « very poor » pour chaque « rate this post », mais là je peux décemment pas, c’est vachement bien.

  2. francoise massacre 23 février 2011 à 18:34 #

    Oh té ! C’est toi l’enculé qui me nique mon rate ?

  3. Fucker 23 février 2011 à 19:13 #

    J’y peux pas grand chose, c’est dans mon nom.

    Tiens, je viens de mettre un very poor pour équilibrer un brin. Mais je crains comme puisse voter qu’une seule fois… contrairement aux règles de la vraie démocratie.

  4. francoise massacre 23 février 2011 à 23:10 #

    c’est toi le poor

  5. Fucker 23 février 2011 à 23:47 #

    on devrait pouvoir noter les commentaires aussi.

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