HELIOGABALE – Blood

9 Jan

(A Tant Rêver Du Roi/Les Disques Du Hangar 211, 2010)

Les albums dits « de la maturité ». L’expression caractérise admirablement bien une époque où le plumitif rock est devenu le valet de chambre pusillanime de ses vieux totems. L’iconoclasme n’a plus vraiment droit de cité, le malaise non plus et certains commentateurs se dérobent poliment sous le voile pudique de leur complaisance et de leur propre déconvenue pour ne pas avoir à reconnaître que si ça se trouve, cet album de la maturité pourrait bien être l’album de trop, celui du déclin, de l’assagissement (au mieux) ou de l’affadissement (au pire), bref, l’album très chiant d’un groupe pourtant très respectable. Et puis franchement, depuis quand le rock doit-il se revendiquer de la maturité ? Toujours est-il que si on prend la définition au pied de la lettre (« étape dans laquelle se trouve un organisme qui a atteint son plein développement« ), la maturité, la vraie, Heliogabale l’a atteinte en 2004 avec Diving Room, album noir et fiévreux qui venait défigurer un silence discographique de 5 ans avec pertes et fracas. En comparaison, la cuvée 2010 paraît bien insipide. Parce que malgré ce que voudrait nous faire croire la photo de l’artwork, ce Blood n’a ni le goût ni l’odeur du sang. Tout au plus il en a la couleur, celle du velours rouge un peu terne de la gentrification. Heliogabale, heliotropisme. Ou la fuite en avant d’un groupe qu’on aimait malade et hermétique vers la lumière blafarde de la circonspection. On aimait Sasha Andrès précisément parce qu’elle ne savait pas chanter et qu’elle s’en battait comme de sa première robe noire. En 2010, Sasha Andrès ne sait toujours pas chanter, le problème c’est que maintenant, elle essaye. Plus éprouvante que jamais, sa propension aux minauderies n’a d’égale que sa fâcheuse tendance à anéantir chaque phrase par abus de trémolo « jazzy ». Un systématisme maniéré qu’on ne perçoit malheureusement que trop bien puisque le mix entre la voix et les instruments n’est pas ce qu’on pourrait appeler un modèle d’équilibre. D’ailleurs, on mettra l’encéphalogramme plat de la partie instrumentale sur le compte de ce déséquilibre patent, celle-ci étant du coup reléguée presque exclusivement à la fonction d’accompagnement pour chanteuse de cabaret (un rôle que jusqu’ici, Andrès jouait avec autrement plus de désinvolture et d’irrévérence). Il est loin l’Anarchiste Couronné d’Artaud, et sa décadence. Et c’est d’autant plus frustrant que la tension séditieuse des grandes heures d’Heliogabale n’a malgré tout pas complètement disparue – elle reste tapie, quelque-part, probablement dans l’ombre des guitares – et que c’est précisément cette tension-là qui pourrait bien leur permettre de rebondir majestueusement comme ils l’avaient déjà fait en 2004, balayant d’un revers de main le vague souvenir d’un Mobile Home (1999) lui aussi en demi-teinte.
www.heliogabale.net

Francoise Massacre
Publié dans: (new) NOISE MAG #1 (novembre/décembre 2010)
couv (new) NOISE MAG#1

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