Figure Imposée : SOLEX VS. JON SPENCER & CRISTINA MARTINEZ – Amsterdam Throwdown, King Street Showdown

10 Oct
Combien de fois nous a-t-on reproché le côté « école des fans » de notre rubrique Sélection de Disques ? Trop de bonnes notes tuent la note, mais comment faire autrement quand ce sont les rédacteurs eux-mêmes qui choisissent librement les disques dont ils ont envie de parler ? Pour casser un peu cet état de fait, nous avons demandé à notre bienheureux rédacteur en chef de nous donner à chroniquer le disque de son choix. Figure imposée, par pur masochisme.

(Bronzerat Records, 2010)
BOUDIN CREOLE

Solex, c’est le pseudo d’Elizabeth Esselink, DJette-bricoleuse hollandaise qui fit ses armes en piochant des samples dans les invendus de son propre magasin de disques basé à Amsterdam avant que celui-ci ne mette la clé sous la porte. Un jour, elle tombe sur un vieux Boss Hog et décide alors de faire appel à Jon Spencer qui lui-même passe alors immédiatement un coup de fil à sa femme, la torride Crisitina Martinez (Boss Hog, Pussy Galore) : « Allô chérie ? Dis-donc, Solex voudrait enregistrer un disque avec nous, tu es partante ?… Formidable mon poussin ! Je lui annonce tout de suite la bonne nouvelle. D’accord, à ce soir… Mais oui, je t’aime aussi ma chérie… Oui oui, un rôti de bœuf ça sera parfait. Passe le bonjour à ta mère. »
Et c’est ainsi que vint au monde ce Amsterdam Throwdown, King Street Showdown, disque patchwork dont la joyeuse légèreté le dispute à une inutilité presque insoutenable : collages foutraques et exotisme passéiste, timbres « d’époque » de bon ton (moogs, flûtes type acid jazz, cloches, cuivres rhythm’n’blues, mélodica…), grooves so funky et recyclages vintage electro/funk/soul/garage 60’s sur lesquels l’organe sensuel et acidulé de Cristina se ballade comme une chatte sur un toit brûlant (avec une mention spéciale pour « Too Much Too Fast », l’un des seuls titres dont on se rappellera peut-être). L’intervention clairsemée de Jon Spencer à la guitare fuzz ou aux hululements rockab’ passés dans la disto est rigoureusement conforme à ce qu’on en attendait : la caution blues dépravé (mais toujours dans la limite du raisonnable) et désespérément prévisible.
Les spoken word nonchalants de Mike Ladd sur une paire titres pour lesquels les qualificatifs en usage ne seront jamais assez nombreux (cool, jazzy, laid back, rétro, relax, stylé, chaloupé, soulful, caliente-farniente) ne nous sauveront pas de l’ennui.
Si on prend une image culinaire, on pourrait dire que ce disque collaboratif est aussi inoffensif qu’un brie pasteurisé qui aurait passé 48 heures au frigo et qu’on sort un peu précipitamment juste avant le café. On en prend quand même une petite tranche, histoire de rester poli et parce que ça ne peut pas faire de mal. D’ailleurs, c’est une musique qui passerait très bien en vague fond sonore d’un dîner sympa entre amis dans la moiteur un peu désuète d’une décoration postcoloniale. Heu, comment dit-on déjà ? Rafraîchissant ? Cristina ma chérie, tu reprendras bien une caïpirinha ?
www.myspace.com/solexmusic

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #16 (juin/juillet 2010)
couv NOISE MAG#16

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :