Figure imposée : TO ROCOCO ROT – Speculation

14 Juin
Combien de fois nous a-t-on reproché le côté « école des fans » de notre rubrique Sélection de Disques ? Trop de bonnes notes tuent la note, mais comment faire autrement quand ce sont les rédacteurs eux-mêmes qui choisissent librement les disques dont ils ont envie de parler ? Pour casser un peu cet état de fait, nous avons demandé à notre bienheureux rédacteur en chef de nous donner à chroniquer le disque de son choix. Figure imposée, par pur masochisme.


(Domino, 2010)

SYMPATHIQUE GALETTE DE RIZ SOUFFLÉ MISE EN MUSIQUE

Pour cette première figure imposée, j’aurais franchement pu tomber plus mal. En effet, le nouveau disque du trio germano-palindromique est globalement aussi sain, aussi économique et aussi digeste qu’une galette de riz soufflé bio sans ajout de sel, et au moins aussi fade. 25 calories aux 100 grammes, c’est léger, très peu consistant, et plus tu en manges plus tu maigris. On frôlerait même le vide intersidéral, si, perdus entre la « boîte à batterie » raide comme la justice et les arpèges de clavier des frères Lippok, les lignes de basses et le frottement du médiator de Stefan Schneider (ex-Kreidler) ne venaient perturber par endroit la précision chirurgicale de ce panaché d’electronica et de post-(kraut)rock, et l’humaniser un tant soit peu du même coup. Enregistré en Allemagne du sud dans les studios de Hans Joachim – alias Jochen – Irmler (élément « dissident » du groupe de krautrock Faust aujourd’hui scindé en deux entités), certains titres de ce Speculation sont donc vaguement auréolés de la gloire passée des aînés d’Outre-Rhin. Sur « Bells », « Place It » ou « Ship », la naïveté bubble-gum des mélodies et les boucles répétées jusqu’à plus soif renvoient mollement à Cluster (avec tout le respect qu’on leur doit) ou à certaines séquences lancinantes des disques solo post-Ash Ra Tempel de Manuel Göttsching (notamment E2-E4, autrement plus fascinant, que je recommande au passage). On passe sur la sympathique tranche d’easy-listening club-friendly de « Working Against Time » et l’hermétisme des titres dans une veine post-rock insoutenablement laidback, car la palme revient sans conteste au zouk/exotica/sambatronic de « Forwardness » qui remporte haut la main l’award du meilleur habillage de film institutionnel touristique, ici pour le village-club Pierre & Vacances multi-activités de Fort de France. De quoi étouffer les sarcasmes de ceux qui pensent que la musique de To Rococo Rot serait symptomatique d’une certaine austérité teutonne. Sur ce, je m’en vais avaler un bon plat de tripes.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #15 (avril/mai 2010)
couv NOISE MAG#15

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