MARVIN – Hangover The Top

1 Juin


(African Tape, 2010)
ACTION ROCK / POWER ROCK

Pour celles et ceux qui découvrent seulement Marvin, quelques lignes de présentation s’imposent. Marvin est un trio principalement instrumental en provenance de Montpellier, avec Emilie Rougier aux claviers (les bons claviers, les vieux, les patinés, les granuleux, les râpeux, les grinçants) et au vocoder, Grégoire Bredel à la batterie et Fred Conte à la guitare, accessoirement en renfort aux claviers et (c’est nouveau) au chant. Après avoir écumé les salles et les squats de France et de Navarre, après avoir sorti un premier album éponyme et autoproduit en septembre 2007, après avoir secoué une nouvelle fois les salles, les lieux, les festivals et les squats de France, de Navarre et d’Europe avec un petit billion de dates – des plus prestigieuses (en première partie de Trans Am ou de Devo à la Villette Sonique 2008) aux plus interlopes -, Marvin fait son comeback discographique avec un deuxième album brillant enregistré sous la férule du non moins brillant Miguel Constantino.
Le fait est suffisamment rare pour être souligné : avec la sortie de Hangover The Top, Marvin a réussit l’exploit de fédérer les trois-quarts de la rédaction de Noise. Mais quand on y pense, ça n’est pas si difficile à expliquer. D’abord parce que Hangover The Top est une machine à hits burnés et jubilatoires, ce qui en définitive, ne change pas foncièrement de l’album précédent, et surtout parce que cette machine brasse des matières musicales tellement variées (brutes, synthétiques, dans des temps proches ou lointains) qu’elle ne peut faire que du bien à tout le monde, des indécrottables nostalgiques (70s, 80s, 90s, les trois décennies en prennent pour leur grade) aux plus insupportables des progressistes, exception faite des fétichistes exclusifs de la rigidité cadavérique qui n’y entendront probablement rien.
« Roquedur », le titre d’ouverture, est assez symptomatique de la nouvelle orientation du groupe vers un power-rock de moins en moins linéaire et « autoroutier » – tel que le groupe se décrit parfois – mais toujours aussi survolté : les compositions sont à la fois souples et frontales, plus complexes sans être compliquées, mais ce qui impressionne vraiment c’est la faculté du trio à faire du neuf avec du vieux et plus encore, à dérouler des scénarios singuliers et palpitants en l’espace de quelques minutes. Un riff de guitare de combat que n’aurait pas renié Survivor pour la B.O. de Rocky III, un chant ultra-typé hard rock (imaginez Brian Johnson pour les inflexions et Jared Warren pour le grain de voix), quelques rayons lasers de Korg projetés ici et là, une batterie et une basse – assurée avec maestria par le clavier – solides comme un roc (c’est vraiment le cas de le dire) qui bravent tous les changements avec une facilité déconcertante, cabriolent sur les breaks mathématiques en mesures composées ou bourrinent quand il faut et à bon escient : plus qu’une bande originale fantasmée, ce morceau est un vrai bon film d’action, à l’image de tout le disque d’ailleurs. Oui, Hangover The Top contient tous les ingrédients du film d’action idéal : des scènes spectaculaires, épiques, une maîtrise du rythme et des effets spéciaux, de la tension, quelques plans du meilleur mauvais goût parfaitement pertinents et assumés, une bonne dose de schizophrénie, des volte-face singulièrement tordues, quelques moments légèrement angoissants, deux trois parties de jambes en l’air, une énergie sans pareille, des traits de génie et enfin, beaucoup d’humour et de dérision.
Et puis, dans tous les bons films, il y a aussi des références et des citations. Ici, la plus explicite (outre la très belle reprise de « Here Come The Warm Jets » de Brian Eno qui clôture l’album) est à chercher du côté de « Conan Le Bästard ». Double-clin d’œil, le premier aux ex-Bästard et actuels Zerö qui s’amusent à reprendre le thème principal du Conan de John Milius en guise de final de leurs concerts. Le deuxième est une franche citation du même thème en fin de morceau, qui renvoie directement au rythme martial de la bande originale de Basil Poledouris. Et puis, des références, des influences, délibérées ou non, il y en a des kilomètres dans ce disque : Daft Punk ou Devo (le vocoder Mongoloidesque de « Dirty Tapping »), Goblin (« Fear » pour les harmonies et lignes de clavier fantomatiques), osons aussi Moroder (si, si !) et Goldfrapp sur « Good Radiations » (réécoutez l’imparable pulsation synth-pop un chouïa malsaine de « Train », de loin le meilleur morceau de Goldfrapp), et puis Trans Am, évidemment (mais qui n’a jamais cité Trans Am dans une chronique de Marvin?) et en vrac, le rock progressif italien, le krautrock, Jimi Hendrix (Fred Conte est un VRAI guitar hero), la noise des 90’s ou le math-rock. Et tout ça se côtoie et se télescope dans une musique qui ne ressemble pourtant pas à autre chose qu’à elle-même, un rock d’action qui se danse et qui se regarde autant qu’il s’écoute.
www.myspace.com/marvinband
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #15 (avril/mai 2010)
couv NOISE MAG#15

Et le revers de la médaille chez PEF : http://www.perteetfracas.org/zine/kros2010/kros_m/marvin.htm

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3 Réponses to “MARVIN – Hangover The Top”

  1. Fucker 3 juillet 2010 à 20:01 #

    Avec une chro telle que celle-ci, dès la 5eme ligne tu comprends que c’est une histoire de pinage.

  2. francoise massacre 3 juillet 2010 à 22:48 #

    Qu’est-ce qui te fait dire ça, « Bredel » ou « Fred »?

  3. Fucker 14 juillet 2010 à 5:45 #

    C’est pas Grégory qu’il s’appelle Greg ?

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