JOSEPH GHOSN – La Monte Young : une biographie suivie d’une discographie sélective sur le minimalisme.

28 Mai


(Le Mot et le reste, 2010)
Un livre en français, simple, sobre, intelligible et parfaitement digeste sur le pape du minimalisme radical, il fallait le faire. Joseph Ghosn a travaillé plus de huit ans en tant que rédacteur et journaliste aux Inrockuptibles, et ceux qui sont un tant soit peu familiers avec sa plume, qui connaissent ses inclinations musicales ou qui l’ont aperçu errant entre les rayonnages des marchands de culture de la capitale ne s’étonneront guère qu’à travers ce portrait de La Monte Young, Ghosn se soit attaché à transmettre sa passion pour ce compositeur américain non-conformiste parmi les plus mythiques, les plus influents et paradoxalement les plus insaisissables de ces dernières décennies.
C’est donc par le prisme de la « petite » histoire – celle du parcours initiatique de l’auteur, fan de musique, d’abord intrigué par un nom sur la pochette d’un album de Spacemen 3 et qui croisera souvent, par la suite, l’univers de La Monte Young, sa musique et ses disques (des objets extrêmement précieux, rares, inaccessibles) mais sans jamais croiser l’homme – que Ghosn nous raconte l’histoire, plus large, du minimalisme américain avec son lot de protagonistes, de figures incontournables et d’héritiers directs ou indirects : Marian Zazeela (sa compagne), Terry Riley, Tony Conrad, Pandit Pran Nath, John Cale, Angus MacLise et le Velvet Underground, Yoko Ono, Terry Jennings et le mouvement Fluxus, Rhys Chatam, Phil Niblock, Charlemagne Palestine…
Le récit est court, concis et ne s’embarrasse guère de considérations sur la portée philosophique et esthétique de l’œuvre expérimentale de La Monte Young. Il livre plutôt l’expérience sensuelle de l’auteur-profane au contact d’une musique « à vivre » sans compromis, parfois âpre et agressive, parfois hypnotique et psychotrope mais toujours infiniment physique.
Cette biographie est d’ailleurs agrémentée d’une première discographie sélective de Young, qu’on aurait pu dire aussi « subjective » et qui, outre les rares objets plus ou moins officiels, comporte un détour obligatoire par la case non-officielle, bootlegs et autres pirates.
La deuxième discographie « sélective sur le minimalisme » met en lumière, sans exhaustivité mais avec beaucoup de pertinence, l’étendue du legs de Young sur plusieurs générations de musiciens et expérimentateurs de tous bords : disciples et minimalistes de la première vague, compositeurs, DJs, électroniciens, droneux, répétitifs et groupes de rock d’hier et d’aujourd’hui, des plus fameux (Steve Reich , Philippe Glass, Sunn O))), Lou Reed pour son Metal Machine Music, Tangerine Dream) aux plus méconnus (Henry Flynt, John Gibson ou Franco Battiato) en passant par les un peu moins obscurs (Jim O’Rourke, Nurse With Wound, Earth, Oren Ambarchi, Pauline Oliveros, Eliane Radigue). Les dépositaires sont nombreux et on n’y a vu qu’un seul grand absent, Rioji Ikeda, le maître japonais des fréquences post-techno ultra-minimales.
A l’heure où les formations de drone n’ont jamais été aussi nombreuses et bien portantes, il bon de rappeler qu’elles ne sont pas nées de la cuisse de Jupiter.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #15 (avril/mai 2010)
couv NOISE MAG#15

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