Interview – THE FEELING OF LOVE : Sowing The Seeds Of Love

10 Avr

« Si la Lorraine devient libre, c’est la fin. On sera pas foutus de s’en sortir tout seuls ». Et si c’était du bluff ? Une pirouette bien ficelée destinée à dissimuler les velléités expansionnistes inavouables et inavouées des membres de La Grande Triple Alliance Internationale de L’Est ? Des groupes comme Death To Pigs, A.H. Kraken ou Cheveu se cachaient déjà mal derrières leurs ambitions exterminatoires tentaculaires (voire capillaires). Que dire alors de The Feeling Of Love (qui compte d’ailleurs – on ne s’en étonne guère – une moitié de A.H. Kraken), qui, en quatre années à peine, a réussi à semer ses mauvaises graines et son abjection blues/garage/kraut un peu partout aux quatre coins du monde ? Un bilan discoïde qui fait froid dans le dos : une dizaine de singles et EP, un album live, une grosse poignée de splits, de sorties K7 et de démos et un premier LP en 2008 (Petite Tu Es Un Hit, Yakisakana) bientôt suivi d’un second, qui scellera le pacte avec les Amérikkkes. Méfiez-vous, l’amour et la haine sont des parents consanguins…

J’ai vu jouer The Feeling Of Love deux fois : la première sous la forme d’un one man band et la seconde en trio avec Seb Normal et Seb Joly. C’est quoi l’histoire, tu as commencé en solo, c’est bien ça ? Serais-tu le « cerveau » du groupe ? Vous adaptez les morceaux en fonction de l’effectif ?
Guillaume (guitare, chant) : Oui j’ai effectivement commencé tout seul et fais plusieurs 45t et cassettes comme ça. Au bout d’un moment je m’ennuyais un peu et Seb Normal qui m’avait enregistré quelques morceaux m’a proposé de m’accompagner à la batterie. On a enregistré le premier LP, comme ça, en rajoutant du clavier et on a demandé à Seb J. de se joindre à nous pour jouer ces morceaux sur scène. J’ai envie que The Feeling of Love reste un projet à différentes facettes, avec différents membres selon les concerts ou enregistrements même si on retrouve principalement Seb N. et Seb J. avec moi depuis un an et demi. Je compose les morceaux seuls ou avec eux, il n’y a pas de règles. Après oui, des fois, il faut adapter.
Vous avez une discographie déjà bien conséquente. De ce que j’ai pu en entendre, votre palette va du delta blues à la Blind Willie Johnson, au garage-blues à la Oblivians, Gories, Bob Log ou Pussy Galore à Suicide en passant par Neu !, le Velvet…
On essaie de jouer un rock minimaliste, répétitif et rugueux et accéder à une sorte de transe. Ce sont des principes qui peuvent coller aux groupes que tu cites. J’écoute aussi pas mal Spacemen 3 en ce moment et on s’éloigne peu à peu du son garage 90’s qu’on avait au début. Parfois, j’aimerais me concentrer uniquement sur des drones et laisser tomber cette idée de riffs de guitare. Mais je crois que notre musique est meilleure quand elle allie les deux.
Peux-tu m’éclaircir sur la connexion entre The Feeling Of Love, A.H. Kraken et l’excellent groupe italien Movie Star Junkies ?
Sebastien J. et moi jouons dans A.H.Kraken. Les Movie Star Junkies sont nos amis et l’un des meilleurs groupes de rock européens actuels à mon goût. On a joué un bon nombre de fois avec eux et fait un split ensemble. Stefano, leur chanteur, a également joué de la batterie avec A.H.Kraken sur les derniers concerts du groupe.
Au dos de la pochette de Petite Tu Es Un Hit, vous remerciez « La Grande Triple Alliance Internationale de L’Est ». C’est quoi, c’est qui ?
Nous sommes plusieurs musiciens, amis, à jouer dans différents groupes. On s’est rencontrés en tournée, on s’aide, on sort des disques ensemble, on organise des concerts ensemble. Une sorte de communauté même si j’ai un peu de mal avec ce mot. On y retrouve des groupes comme The Dreams, 1400 Points de Suture, Capputtini ‘i Lignu, Plasto Beton, Kania Tieffer, A.H. Kraken, The Anals…


Quel est le point commun entre tous ces groupes, une vision franco-belge du white trash ?
La GTAIE n’est pas que franco-belge mais s’étend aussi en Italie et en Angleterre. Il n’y a pas non plus de ligne directrice. Les choses se font comme ça c’est tout, ou ne se font pas parce qu’on est un bon paquet de branleurs aussi. Après le white trash, tout ça, on s’en fout. On fait les choses spontanément, c’est tout. Des fois comme des débiles, ok.
Même si je ne comprends pas tout ce que les morceaux racontent, j’ai pu en extraire quelques thématiques pittoresques : la drogue, l’alcool, le sexe ou le viol (« Rapeman », un morceau presque jovial). Ça manque de fleurs et de papillons dans l’Est ?
Metz est effectivement une ville qui peut être très emmerdante, alors on boit et on fantasme qu’il nous arrive des trucs. Mais on est que des petits blancs planqués dernière nos écrans d’ordinateur.
Dans l’insert de Petite Tu Es Un Hit, on lit : « un album concept autour du meilleur de la disco variété, du rock indé 90, de Whitney Houston, des écolières, du sperme et de la justice populaire ». Tu peux commenter ?
Ah, je sais pas. Qui a dit ça? C’est une bonne image de la musique qui est sur ce LP. Ça représente bien toute la frustration que j’ai accumulée dans les années 90. Ne manquent plus que Kurt Cobain et Michael Jordan.
Sur chacun de vos disques, il y a aussi cette espèce de croix de Lorraine augmentée d’une troisième traverse. C’est l’héritage du Général ? Vous prônez la Lorraine libre ?
C’est la croix de la Grande Triple Alliance Internationale De L’est. Si la Lorraine devient libre, c’est la fin. On sera pas foutus de s’en sortir tout seuls.
L’année dernière, on a pas mal parlé d’A.H. Kraken, grâce, entre autres, à la signature sur In The Red. Vous avez vécu ça comment ?
Être sur In The Red nous a permis d’être plus largement écoutés. C’est un plaisir de trouver facilement son LP chez les disquaires ou chez des gens que tu ne connais pas, et d’être davantage sollicité pour des concerts. Malheureusement cette bonne nouvelle a coïncidé avec le décès de notre batteur qui est aussi mon frère, Benoit. Du coup, parler de ce groupe et de ce disque, qui est l’aboutissement de ce qu’on faisait ado tous les quatre, reste douloureux et je me sens parfois amer, même si je suis content que ça soit sorti sur In The Red. Pour moi, faire un disque c’est un peu comme lutter naïvement contre la mort. Une manière de croire qu’on va rester.
A ce propos, le LP de The Feeling Of Love prévu pour 2010 est-il toujours d’actualité ? Qui va le sortir finalement, In The Red, Sweet Rot ou Upset The Rhythm ?
Notre deuxième LP sortira sur Kill Shaman Records (Californie) fin janvier. On est déjà en train d’enregistrer le troisième LP mais on n’a pas encore de label en perspective pour celui là.

THE FEELING OF LOVE – Petite tu es un hit (LP, Yakisakana, 2008) / Suck. Soul. Porn (EP, HBSP-2X Records, 2009) /// Waiting for the cheerleaders to get drunk b/w What’s your name? Who’s your daddy? (7’’, Avant Records, 2009)
www.myspace.com/thefeelingoflove
www.oreille-equitable.org/triple-alliance

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #14 (janvier/février 2010)
couv NOISE MAG#14

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Une Réponse to “Interview – THE FEELING OF LOVE : Sowing The Seeds Of Love”

  1. la java 17 mai 2011 à 14:40 #

    The Feeling of Love sera en concert à la Java pour la soirée Torsion Auditive, le 16 juin à partir de 21h avec Scorpion Violente, The Dreams et Delacave.

    Préventes disponibles sur Moxity

    http://www.moxity.com/events/torsion-auditive

    LA JAVA
    105 rue du Faubourg du Temple
    Paris 10ème
    M° Goncourt ou Belleville

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