MOONDOG – More Moondog

10 Juil

(Honest Jons Record/La Baleine)

Tout le monde a déjà entendu au moins une fois ce qui est peut-être le seul et unique « tube » planétaire de Moondog. « Bird’s Lament », composé à la mort de Charlie Parker, avait été rendu célèbre après la mort du clebs lunaire (en 99) en atterrissant, remixé façon nu-jazz (lol) par Mr. Scruff, dans une pub pour une banque ou un assureur (lol, bis) – ma mémoire me fait défaut -, surtout que l’association Moondog/établissement financier fait légèrement désordre. En tout cas, s’il est quasiment certain que Moondog n’a pas eu de compte en banque digne de ce nom pendant un grande partie de sa vie, il est très probable que moins d’un dixième du quart de la moitié des possesseurs de compte en banque ayant déjà siffloté ce «Birds’s Lament » en serrant leur cravate aient jamais eu idée de l’existence ni de l’œuvre pléthorique  de Louis Thomas Hardin alias Moondog : musicien de jazz américain rompu aux techniques d’écriture classiques et rendu aveugle à l’âge de 16 ans (en 1932) par l’explosion d’un bâton de dynamite ; clochard céleste dans les petits papiers de Steve Reich et de Phil Glass ; marginal, OVNI, résistant, chien errant, Merlin l’Enchanteur, vagabond, troubadour, ménestrel, sans-logis « volontaire » qui trainait sa musique, sa barbe druidique et son casque de viking sur les trottoirs de Manhattan à l’angle de la 54e rue et de la 6e avenue.
Dans mon souvenir, sur la photo de l’artwork original de cette compilation sous-titrée The Story Of Moondog et initialement sortie sur Prestige en 1956, Louis Hardin était sensiblement plus jeune avec un petit air de Soljenitsyne et n’avait pas encore été gourouïsé par le culte et la postérité. La réédition d’Honest Jons Record le montre en vénérable starets en pleine crise mystique. Et mystique, sa musique l’est peut-être autant qu’elle est inclassable. D’abord parce que le parc instrumental de Hardin était en grande partie constitué de pièces uniques qu’il faisait fabriquer selon ses propres lubies et recommandations : flûtes, percussions diverses, tambours triangulaires, oo (un instrument à cordes frappées qui s’apparente au cymbalum tsigane), orgues, harmonium, hautbois « façon » râjasthâni, etc.  Mais surtout, parce que l’œuvre atypique de Moondog réconcilie l’inconciliable et flotte dans des jardins suspendus quelque-part aux confins du jazz, de la musique rituelle amérindienne, des traditions tsiganes ou caribéennes, des rythmes afro-américains endiablés, de la musique concrète et du field-recording (beaucoup d’ambiances des rues ou du port de New-York, de dialogues ou de monologues), du minimalisme ou encore, de la musique savante occidentale ancienne et classique.
Et d’ailleurs, sous son apparente simplicité, sous ses airs de cérémonie rituelle païenne, cette musique témoigne d’un savoir-faire rythmique et mélodique exceptionnel. Avec un respect rigoureux des formes et règles de l’écriture classique, l’animal se ballade de fugue en canon (écoutez « All Is Loneliness », qui sera repris par Janis Joplin sur In Concert en 1967) en passant par le contrepoint (« Organ Rounds »), un procédé d’écriture complexe consistant à faire se superposer note contre note (« point contre point ») plusieurs lignes mélodiques (maître absolu : Jean-Sébastien Bach) – le tout cadencé par un enchevêtrement de rythmes composés, parfois à cinq ou sept temps, joués sur des tambours et autres percussions. Alors, ardu Hardin ? Jamais. Les micro-symphonies bancales, nébuleuses, intemporelles et imprescriptibles du dernier des ménestrels s’écoutent avec une facilité absolument déconcertante.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #10 (mai/juin 2009)
couv NOISE MAG#10

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :