ENABLERS – Tundra

29 Mar

(Majic Wallet / Exile On Mainstream)
ROCK, CLASSE & POÉSIE

Enablers, toujours deux guitares, une batterie et une sacrée voix. Tundra, troisième album, le premier hors du giron de Neurot. Un groupe aussi doué n’avait qu’une seule alternative. Tout changer ou bien alors… ne rien changer. Enablers n’a rien changé, ou presque. Comme Rothko peignait exclusivement par aplats de bandes colorées, faisant de chaque toile la fausse-jumelle de la précédente, les San Franciscains répètent inlassablement la formule magique poético-musicale mise au point sur End Note puis sur Output Negative Space. Tableau, description : Downtown, fin de soirée dans un club sombre et enfumé (trop facile) ; un conteur-poète au timbre grave et assuré racontant des chroniques de la vie ordinaire et d’une humanité ordinaire, les odeurs de drugstores, de cafés, de cigarettes, de vitriol aussi, des scènes de chambres d’hôtel, les ambiances ouatées de la nuit américaine, les impressions fugaces d’un moment « T » ancrées dans une réalité (souvent) urbaine, à la fois concrète et insaisissable ; une surface instrumentale mouvante, expressionniste, allant et venant comme un ressac entre creux cristallins et crêtes électriques ; la poésie et la musique s’enroulent l’une autour de l’autre, échangent leur souffle et leur salive, se questionnant et se répondant par un jeu de dynamiques, de respirations, de montées progressives, d’implosions et d’explosions maîtrisées. Tension : Simonelli la teigne hausse le ton. Colère. La machine s’emballe. Les guitares de Goldring et de Thomson se tordent et s’épaississent. La batterie de Byrnes claque et reflue. Détente : Simonelli la force tranquille se défâche. Les guitares s’effilochent en motifs microscopiques jusqu’à devenir translucides. Retour au calme apparent. La batterie fond et se met à dériver. Et ainsi de suite… Fin de la description.
Les quatre vieux loups n’aiment pas qu’on les compare – ni leurs textes à ceux des Beat américains – ni leur musique à celle du gratin indie/post-rock des années 90 (Slint, Codeine, June Of 44). Soyons donc encore plus paresseux et cessons de comparer Enablers à autre chose qu’à lui-même puisque d’album en album, le groupe ne fait, finalement, qu’enfoncer le clou de son propre « système », consolidant son langage, sa grammaire et sa syntaxe, comme pour mieux nous forcer à saisir l’intensité et l’originalité dans la répétition. Qui s’en plaindra?
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

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