CRISIS – Holocaust Hymns

29 Mar

(Réédition Apop, 2006)
UK PUNK PROLETARIEN

Dites voir… Que penseriez-vous d’un groupe qu’on compile sous le titre Holocaust Hymns, dont deux des antiennes les plus véhémentes s’appellent « Holocaust » et « White Youth » et qui compte dans ses rangs le futur pape du néo-folk souvent brocardé pour ses sympathies néonazies présumées, j’ai nommé Douglas Pearce, futur Death In June ? Je vous entends d’ici : « Assasins ! Collabos ! Burn the witch ! », et je ricane parce que vous avez vraiment tout faux. Bon et maintenant, on rejoue ? Né en 1977 en plein boom UK punk et dissous trois années plus tard en 1980, Crisis fut bel et bien un groupe extrêmement politisé au point d’être systématiquement de la partie dans les rassemblements du Rock Against Racism et de l’Anti-Nazi League au son de ce « Holocaust » et du Gang Of Four-esque « White Youth » qui clamaient poing levé : « Remember Belsen, remember Auschwitz, they try to say they didn’t exist » ou encore « We are black, we are white, and together we are dy-na-mite ! ». Thématiques favorites du groupe : oppression des masses laborieuses, injustices sociales, injustices raciales et nazi punks fuck off. Bien. Le doute sur les orientations politiques de Crisis étant levé, libre à vous de gloser à souhait sur la métamorphose idéologique de Pearce. Nettement plus intéressant, le repressage de ce Holocaust Hymns, sorte de discographie quasi-exhaustive du groupe, initialement parue en double CD sous le titre We Are All Germans And Jews puis remasterisée et augmentée de quelques bonus live, de versions alternatives et de démos lors de sa réédition par Apop en 2006.
Si Crisis ne fut pas vraiment le groupe le plus fécond de ces années punk, avec au compteur seulement trois 7’’ (dont les deux derniers enregistrés en 1978 chez John Peel) et un mini-LP 7-titres (Hymns Of Faith, paru en 1980), les 16 titres composés en grande majorité par Douglas P. et Tony Wakeford (qui partira fonder Sol Invictus après avoir posé les bases de DiJ avec Pearce) sont autant de petits hits inestimables à la faveur du prolétariat. Musicalement, Crisis n’est pas si loin de Joy Division et plus encore de Warsaw, la voix d’outre-tombe de Curtis en moins. À l’instar des mancuniens, Douglas P., Wakeford et les autres ne sont pas le genre de types franchement portés sur la technique. En revanche, ils savent qu’il leur suffit de pas grand-chose pour faire prendre la sauce : une rythmique rudimentaire, quelques roulements de toms bien placés, une basse bien ronde, bien droite et bien en avant, un son de guitare vif et tranchant, quelques bons riffs obsédants d’une enfantine simplicité et beaucoup d’urgence. Et ça prend. Ajoutez à ça des textes entre vindicte et poésie sociale portés par une voix mi-chantée mi-aboyée (qui deviendra légèrement plus tempérée sur les titres les plus tardifs) entre Devoto et John Lydon pour les « r » roulés, une paire d’uppercuts bataves genre The Ex dans sa prime jeunesse, quelques plans de guitare déconcertants à la Magazine, et vous tenez le groupe de lower-class punk le plus fulgurant et le plus capiteux qui soit. The rest is history…
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

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