COLIN NEWMAN – A-Z

29 Mar

(Beggars Banquet, 1980)

On devrait toujours se méfier des critiques. Car il est certains disques dont on se demande vraiment en vertu de quoi ils nous sont imposés, de l’avis général, comme « les meilleurs dans la discographie de ». C’est le cas de Commercial Suicide (1986), le quatrième album de Colin Newman sous son propre nom, un disque pourtant relativement tiède pour ne pas dire lisse, considéré à la faveur du consensus comme son plus abouti et c’est à se demander si ceux qui ont classé l’affaire ont vraiment jeté une oreille sur ce A-Z autrement plus sinueux et surtout, tellement plus habité.
La plupart des titres de ce premier disque solo de Newman auraient dû atterrir sur le quatrième album de Wire. Mais en 1980, après la sortie de 154, dernier chapitre de la trilogie la plus passionnante de l’ère punk/post-punk, le groupe à bout de souffle se sépare d’EMI et se scinde en deux pour quelques temps. Graham Lewis et Bruce Gilbert partent faire mumuse avec des tubes en papier au sein de Dome. Quant à Colin Newman, il débauche Robert Gotobed, le producteur Mike Thorne et le mystérieux Desmond Simmons pour travailler sur une série de titres composés pendant les sessions de 154. Le résultat est une collection de morceaux presque aussi maladroits que sublimes oscillant entre new-wave branlante et électro-pop malade, portée par l’alliance parfaite des architectures mélodiques de Newman et des sculptures électro-synthétiques de Thorne, les deux seuls vrais héros de ce disque. On pourrait facilement se laisser aller à dresser une liste des correspondances qui relient fatalement A-Z à son temps et à quelques-uns des maîtres d’œuvre du post-punk et de la new-wave britannique : « Life On Deck » et sa rythmique binaire as punk, c’est un peu du Dempsey/Tolhurst période Three Imaginary Boys ; « Alone » évoque les détours les plus cold-wave de Kaleidoscope des Banshees (au passage, ce morceau figure dans la B.O. de l’adaptation pour le cinéma du Silence des Agneaux) ; on pense au duo Bowie/Eno sur « Troisième » et « Image » et à un autre Numan – Gary – et sa Tubeway Army sur « Order In Order » et « B ». Et puis, le clavier tremblotant, suffocant, à l’agonie de « Seconds To Last » (entre nous, le plus beau solo de synthé jamais pondu, toutes décennies confondues) fait inévitablement écho à « Today I Died Again », deuxième titre de Empire And Dance, le petit joyau oublié de Simple Minds – un groupe que malheureusement plus personne ne prendra jamais au sérieux, la faute aux hits planétaires « Alive and Kicking » « Don’t You (Forget About Me) » et ouh ! « Mandela Day ». Mais la correspondance la plus pertinente est aussi la plus facile car en tout état de cause, en dépit de l’emphase parfois un peu poussive de Newman, la plupart de ces titres égalent largement le meilleur de Wire première période et ce mélange d’abstraction tordue, de lyrisme froid et de dynamiques d’autoroute n’auraient pas dépareillé sur Chairs Missing, 154 ou sur ce quatrième album qui ne vit jamais le jour, en tout cas pas ce jour. Et si l’on devait ne retenir de ce A-Z qu’un seul morceau, ça serait probablement « S-S-S-Star Eyes » et ses 2 minutes de montée psychotique et de bégaiements maniaques jusqu’à la ch-ch-chair de p-p-p-poule.

Note : La réédition CD de 1988 contient en bonus les trois faces B des singles « Inventory » et « B » et deux démos dont la version piano-solo de « Alone ».

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

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