DOSSIER 2008 – Maisons de disques, baraques à frites et châteaux de cartes

23 Mar

Quand on parle de disques, on parle fatalement de maisons de disques. Alors soyons fairplay et laissons donc une tribune ouverte aux grands propriétaires des lieux, aux vrais seigneurs de la vieille pierre, à ces hôtes philanthropes sans qui la production mondiale bien grasse ne serait rien qu’un pauvre hère déguenillé.


« En 2008, on a cru rêver, nous, la France de ceux qui se lèvent tôt pour se partager 80% du marché du disque. Car nous n’avons toujours pas avancé d’un iota et le marché est en « crise ». C’est que c’est fatiguant de se plaindre, ça use, ça prend du temps et ça empêche de réfléchir. D’abord, il a fallu se plaindre parce que, malgré toutes nos menaces, malgré tous nos avertissements, les petites gens s’évertuaient encore à télécharger nos productions à la mords-moi le nœud sur les sites de p2p ou les mp3 blogs. Pirater, c’est voler, oui, même en 2008. Et le vol, même de caca, il faut bien le punir. D’ailleurs je vous le demande, mais que fait la police ? Il a encore fallu se lamenter lorsque le vulgum pecuss’est mis à acheter de plus en plus de disques à l’étranger via le réseau informatique mondial et les sites de vente en ligne sous prétexte que là-bas, à qualité égale, on les paye souvent moins chers que chez nous. C’est que je te les enverrais aux travaux forcés ces égoïstes, cette racaille, ces ingrats, ces apatrides ! Et puis, encore, nous nous sommes fâchés tout rouge en constatant que certaines enseignes sous-contrat avaient eu l’arrogance de mettre à la disposition des pigeons des imports américains (quelqu’un a dit Metallica ?) à 10 euros moins chers que leurs/nos équivalents français. Mais de qui se moque-t-on ? C’est que la France, tu l’aimes ou tu la quittes, pauvre smicard ! Et dire que ces fous sont pourtant prêts à se saigner pour se payer ce qu’ils appellent des « beaux objets »ou encore des « putain de trucs cools, quoi ». Nous avons pourtant tout fait, nous et les derniers templiers de la consommation culturelle, pour balayer la concurrence, déréférencer, tuer le disque dans l’œuf, l’enterrer vivant, appauvrir l’offre jusqu’à la famine pour évincer les petits éditeurs, ces abrutis qui croient encore que certains disques valent mieux qu’un paquet de lessive. Tient, en parlant de lessive, on s’est franchement bidonnés en blanchissant ces pauvres nègres de Kool & The Gang, une vraie réussite marketing bwana ! Et maintenant, que le pisse-froid, que la pédale de gauche qui a dit que dans le contexte actuel (snack, Krach, pop), continuer à vendre un bout de plastoc (= un CD) pour un prix équivalent à quatre bons kebabs revenait à se foutre de la gueule du monde, à scier la branche sur laquelle on était assis et même à se tirer une balle dans le pied soit pendu ! D’ailleurs, vous pouvez bien la brûler la branche, et nos pieds avec, on les conchie, car l’avenir de la musique appartient à la téléphonie mobile et c’est vraiment TRÈS excitant. Alors soit, le marché est en crise. Et bien persistons et achevons-le, mais surtout, chhhht… continuons de jouer les martyrs martyrisés – Aaah, au vol ! Ma cassette ! Il faut bien légitimer et les sanctions et les dommages et intérêts. Et l’année prochaine comme en 2008, on ne lâchera rien, on ne cèdera rien : ce n’est pas nous qui irons au peuple, c’est le peuple qui viendra à nous, dussions-nous en passer par la force. »

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #8 (jan/fév 2009)
couv NOISE MAG#8

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