MARS – Mars LP : The Complete Studio Recordings NYC 1977-1978

31 Déc

(No More Records, 2008)

NO WAVE

New York, début 1975. Dans un loft downtown, Mark Cunningham, Sumner Crane, China Burg et Nancy Arlen jamment sur le Velvet Undergound. Les deux garçons sont autodidactes – no school, no wave – et les deux filles n’avaient jamais touché à un instrument de musique avant cette toute première répétition. En janvier 1977, le groupe donnera son premier concert au CBGB sous le nom de China avant de se rebaptiser Mars et d’entrer un an plus tard dans la petit légende de la No Wave new-yorkaise aux côté de James Chance, Teenage Jesus and The Jerks et DNA sous l’impulsion de Brian Eno et de sa fameuse compilation No New-York sortie sur Antilles Records en 1978. Les deux années qui suivirent la première apparition publique au CBGB, Mars donna une trentaine de concerts (le dernier au Max’s Kansas en décembre 78) et réalisèrent en tout et pour tout 11 enregistrements studios, tous compilés chronologiquement sur ce Mars LP, avant de dissoudre définitivement ses particules élémentaires dans l’atmosphère saturée de La ville qui ne dort jamais. Ce que Brian Eno labellisa « No Wave » à postériori désignait une petite constellation de freaks issus de La Grosse Pomme, souvent étudiants en Art, habitués des squats et rarement prédestinés à devenir musiciens. Ils avaient pour point commun la volonté iconoclaste de faire table rase de l’héritage artistique codifié de leurs aînés et surtout, de n’appartenir à rien, à aucun courant, à aucune scène, ce qui échoua bien évidemment au moment même où Eno rassembla une poignée de ces groupes emblématiques sur la No New-York. New Wave vs No Wave. La musique n’était pas le seul terrain d’expérimentation. Films, vidéos, théâtre, arts plastiques, tout était prétexte à détourner ou à détruire. Détruire, ne pas reconstruire et voir jusqu’où on pouvait aller. L’écart de température était extrême entre la nonchalance glaciale des Petits Jésus de Lydia Lunch et les performances torrides de James Chance, son funk thrash et ses coups de sang. Mais d’un pôle à l’autre, on se retrouvait toujours nez à nez avec un énorme Fuck. Sur cette carte de la No Wave, on pourrait situer Mars quelque part à l’équateur, à un parallèle au nord de DNA, dans une jungle moite où l’humain se confond facilement avec l’insecte et l’animal. Chez ces grands agités du bulbe, « le groupe No Wave le plus No Wave » selon Simon Reynolds (dans son livre Rip it Up and Start Again dédié au post-punk), les seules traces encore identifiables laissées par les anciens sont à chercher du côté du Velvet, de Beefheart, de Fluxus et du Plastic Ono Band. Dans les morceaux de la première heure, on sent aussi l’influence de Suicide, leurs contemporains auxquels toute la scène No Wave de l’époque est directement ou indirectement liée. Mark Cunningham se nourrissait aussi du répertoire ethnomusicologique, des musiques de transe africaines. Tout élément pouvant produire un son était donc détourné. Les jacks devenaient de formidables cracheurs de bourdonnements et de grésillements ; les guitares et les basses étaient désaccordées puis réaccordées au cours du même morceau, tantôt jouées en slide à l’aide de n’importe quel bout de verre ou de métal à portée de main, tantôt en accords vifs, secs et agressifs ; les rythmes – ou les non-rythmes – étaient martelés à la manière d’une Moe Tucker complètement névrosée ; les tempos agonisaient au fur et à mesure que la tension montait ; les textes, surréalistes, étaient scandés, hurlés, tordus, vomis, ponctués de bruits de bouches, de grognement et de borborygmes divers et variés dans un bordel indescriptible et extatique hésitant entre un rituel vaudou et la bande-son d’un asile de dingues.
À l’heure où l’on parle d’ovni musical comme on boit un smoothie en enfilant son slim, cette réédition d’insalubrité publique (parallèlement à la DNA on DNA sur le même label) est une bénédiction. Une vraie. Un génie visionnaire dont je ne me rappelle plus le nom l’avait déjà compris il y a quelques années. Il avait dit : « Un Mars, et ça repart ». Mais qui s’en souvient ?
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #7 (oct/nov/dec 2008)
couv NOISE MAG#7

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