BORIS – Smile

5 Oct
Boris - Smile

Boris - Smile

(Southern Lord, 2008)

Le texte qui accompagne le CD promo de Smile nous prévient : «[Boris] n’a pas peur d’englober des sons différents, qui ne sont pas considérés comme hip ou cool au sein du consensus Rock, Noise ou Drone». Une note presque suspecte puisqu’elle tend déjà à immuniser l’album contre toute critique qui mettrait en doute la valeur artistique des récentes tentatives de Boris pour faire fusionner ces «sons différents», cette critique pouvant alors être suspectée d’être conditionnée par le degré d’adhésion à la hype et à la coolitude de celui qui la formule.

C’est vrai que quand on fait ce boulot, on se pose régulièrement la question (et quand on ne se la pose pas, on nous la pose) de notre légitimité critique dont on conclue d’ailleurs à chaque coup qu’elle n’existe pas et qu’au fond, ce mélange d’intuition et de réflexion n’aboutira jamais qu’à un jugement esthétique péremptoire n’ayant de pertinence que pour nous-mêmes et qui ma foi, en vaut bien un autre. Souvent aussi, une sorte de confiance rassurante en son propre jugement frisant la mauvaise foi vient balayer d’un revers de main le questionnement précédent, et c’est heureux parce que sans cela on aurait tout largué depuis longtemps pour une activité qui nous affranchirait définitivement de ce genre de doutes torturants permanents. Bénies soient la mauvaise foi et les contradictions salvatrices. L’autre questionnement crucial étant celui de son positionnement hip-cool, nous avons décidé en notre âme et conscience que cette critique emballée en quelques secondes se devrait d’être d’une mauvaise foi réactionnaire hip-cool totale et totalitaire ainsi que d’un niveau de consensus inversement proportionnel à celui qu’a atteint Boris en rejoignant officiellement les rangs des groupes incroyablement surestimés de la planète souterraine sur l’échelle artistique et marchande. Parce que tout se passe comme si ce groupe qui avait livré une paire de très bons albums dans sa prime jeunesse était condamné à l’excellence jusqu’à la fin de ses jours ce qui est faux, archi-faux et non-avéré, mais ce qui est également en contradiction parfaite avec la règle du « c’était mieux avant » hâtivement et injustement brocardée dans notre chronique de Nude With Boots des Melvins dans ce même numéro : Boris, c’était mieux avant ! (Okay, pas si loin de nous Altar était un très beau disque mais nous ne sommes pas à une contradiction près).

Mais voyons quels sont ces « sons différents » unhype, uncool et non-consensuels dont parle le texte du CD promo ? Heavy rock, psychédélisme hurlant ou atmosphérique, doom-ballades, ça on connaissait déjà, c’est ce que Boris a fait de mieux jusqu’à présent tant qu’ils s’en tenaient à des instrumentaux purs. Passons maintenant aux nouveaux ingrédients magiques : Cock-rock, hair-metal 80’s, J-pop neuneu dégoulinante type bande originale des Japanimes de notre enfance et pas parmi les meilleurs (Juliette je t’aime, Sailor Moon, Olive et Tom que la gent masculine trentenaire aura sûrement adoré) interprétée par Takeshi, bassiste-guitariste 2 en 1 qui chante consensuellement aussi mal qu’un peigne-zizi ce qui est bien sûr tellement uncool que ça en devient totalement cool -, ou encore l’orchestra-hit dont Boris use et abuse sur la deuxième moitié de « Laser Beam », l’orchestra-hit étant un preset disponible sur tous les synthétiseurs numériques du monde, l’une des pires émulations de son d’orchestre qui, agglutinée sur un bon speed-metal maison bien cradingue, devient une trouvaille si insoutenablement décalée, facétieuse et géniale qu’on se demande vraiment ce que vient faire la hype là-dedans.

Ô Smile, éclatement stylistique impertinent ! Composite révolutionnaire de musiques et d’artefacts à la fois populaires et sélectifs parmi les plus audacieux ! Délivre-nous du mal de ne pas voir en toi l’expérience musicale hybride ultime et définitive, nous qui, aveugles et sourds, te prenons pour ce que certainement tu n’es pas : un amalgame sonore outrancier aussi fin et gracieux qu’un pet de mammouth.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #6 (été 2008)

couv NOISE MAG#6

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