AUTECHRE – Quaristice

23 Juin

AUTECHRE - Quaristice
(Warp 2008)
Trois ans ont passé depuis Untitled, le dernier album du duo essentiel de Sheffield et comme pour chaque nouveau pavé lancé dans la marre des musiques digitales, Quaristice était attendu de pied ferme : comme le Saint Graal par les uns ou comme une bonne occasion de pouvoir dire qu’ « Autechre, c’était mieux avant » par les autres. C’est qu’on n’était plus habitués ni à autant de concision, ni à autant de longueur, et que ces derniers temps, on avait pris le (mauvais) pli d’appréhender leur musique par blocs, des blocs défragmentés, déconstruits puis reconstruits, mais des blocs, copieux et prolixes. Alors ce Quaristice, un « grand » disque de miniatures qui déroule pas moins de 20 courtes pistes (autant de micro-univers) sur une durée totale de 1h15 … Tout fout le camp au royaume de l’IDM (pour Intelligent Dance Music, paradoxalement l’association de mots la plus sotte et la plus paresseuse à laquelle est associée la musique d’Autechre), et tant mieux puisqu’au fond, depuis le début des années 90, Booth & Brown ne nous ont habitués qu’à une seule chose : une discographie qui avance en hors-pistes, sans balises et débarrassée de toute forme de prévisibilité. La « politique de l’Autechre » ?, me glisse mon inénarrable voisin.
Quaristice n’est donc pas plus un disque de rupture qu’un disque de continuité, si ce n’est qu’on reste en terrain linguistique parfaitement connu : le langage d’Autechre. Celui des rythmiques brisées et concassées, des beats claquant, des formes incertaines et aléatoires, des fourmillements de clics et de cuts, des sonorités industrielles, de courtes citations « club-friendly », mais surtout celui des bulles et des nappes feutrées, des mélodies délicieusement granuleuses qui vireraient parfois presque au pastoral, et des timbres aquatiques qui donnent à ce Quaristice une couleur globalement bien plus proches des lignes pures et claires d’Amber ou de Tri Repetae que des hostilités métalliques de Confield. Pris de loin et dans son ensemble donc, Quaristice semble relativement calme et pacifié. Mais en regardant chaque pièce de plus près, on chancelle vite dans ce mélange – épithètes permutables à souhait – d’abstraction cotonneuse et de quasi-figuralisme robotique (sur « IO », on pense à une paraphrase du Man Machine de Kraftwerk) où l’on ne sait plus vraiment si c’est l’homme qui fait parler la machine ou bien le contraire.
www.warprecords.com
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #5 (avril 2008)
couv NOISE MAG#5

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