DEATH TO PIGS – Carnal Carnival

23 Avr

Death To Pigs Carnal Carnival
(Gaffer Records / Down Boy Records)
No-noise truffière

Chers lecteurs, les cochons courent toujours et j’espère que vous n’avez pas encore dilapidé inutilement vos étrennes de début d’année, parce que c’est le moment ou jamais de vous payer la platine vinyle sans laquelle vous demeurerez à tout jamais l’un de ces vulgaires pécores incapables de saisir la puissance symbolique de l’effort gestuel qui consiste à se lever à la fin de la face A pour tourner le vinyl et envoyer la face B, à savoir la manifestation supérieure de la volonté de fer du véritable music lover, celui qui, seul, mesure la gravité du moment et peut se prévaloir de mériter ce qu’il écoute. Malgré leur nom, ce qu’ils disent et la Lorraine, les Death To Pigs ne sont pas de vulgaires pécores mais bel et bien un conglomérat de quatre musiciens méritocrates et élitistes qui a choisi de sortir son premier véritable album en vinyl, rien qu’en vinyl et seulement en vinyl, et puis de toute façon, le master de Carnal Carnival ayant été lamentablement perdu par le Soviétique du groupe, j’ai bien peur que vous n’ayez plus jamais le choix du support. Tant mieux, la chaudasse de la pochette, dont la photo a été volée à un roman porno italien, préfère sans doute qu’on la mate en gros plan ce qui n’est sûrement pas le cas du Saddam toute queue dehors de la back cover. Avec un nom d’album aussi necro, on pouvait s’attendre à tout : une nouvelle émanation de Chris Barnes ou n’importe quel micro-combo de brutal gore slovaque. Au lieu de ça, on tient là une superbombe de No-Noise nerveuse, exaltée et bien de chez nous (je vous assure que c’est difficile à croire) puisque la Lorraine n’a, aux dernière nouvelles, toujours pas regagné son indépendance au grand dam des intéressés. Mieux vaut respirer un grand coup avant de s’envoyer d’une traite ce chapelet de 16 titres survoltés qui font la synthèse de tout ce que le rock barjo a produit de meilleur : la frénésie malsaine de Birthday Party, les dissonances et les stridences électriques des pires éclopés de l’écurie Skingraft, Arab On Radar en tête, les éructations épileptiques de Pere Ubu – voire la même politique de non-alignement, le bruitisme dissident et désarticulé de la première vague No-Wave, les assauts métalliques de Jesus Lizard. Pas de falsification, même sur la méconnaissable reprise de « Dance » d’ESG. D’ailleurs, qui pourrait bien vouloir danser en équilibre sur une ligne à haute-tension ? Parfois, les quatre gorets décident de ralentir l‘allure. Bien sûr, ça n’est pas pour regarder le paysage, mais pour mieux nous laisser mariner dans une épaisse purée de post-punk grumeleux : « A Spit In The Washing Machine » est aussi étouffant que si Robert Smith s’égosillait sur du Public Image période Flowers Of Romance. Assurément, Carnal Carnival est le foutoir discoïde le plus jouissif et le plus vicieux de l’année dernière, et Death To Pigs le meilleur groupe de rock de l’Hexagone en activité puisqu’il sonne comme tout sauf comme du rock français. Cochon qui s’en dédit.

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #4 (janvier 2008)
couv NOISE MAG#4

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