OM – Pilgrimage

11 Déc

om pilgrimage
(Southern Lord)

Quoi que vous lui demandiez en interview, Al Cisneros finira toujours par vous répondre : « Il n’y a qu’une seule substance. Le corps, l’esprit, l’homme et le monde ne font qu’un, et l’univers est infini» (et maintenant fait tourner le joint mon frère). Au fond, le discours de hippie lénifiant de l’ex-Sleep est on ne peut plus à l’image de sa musique de transe (molle) en mouvement perpétuel, pétrie de mysticisme, repliée sur elle-même dans un va et vient sans but. Et depuis le premier album en 2005, dont le titre, Variations On A Theme, pourrait s’appliquer aisément à n’importe quel disque de la discographie de Om, rien n’a changé, ou presque. On retrouve ici les mêmes errances méditatives du duo basse/batterie, les mêmes mantras monocordes de Cisneros, la même recherche de la vibration primitive, la même thématique œcuménique combinant mystique chrétienne, mythologie mésopotamienne et spiritualité hindou. Et puis, Pilgrimage emprunte toujours au stoner répétitif post-Sabbath à rallonge, celui qui avait fait les grands jours de Sleep (Dopesmoker) mais qui avait également précipité, par lâcheté, la défection de leur label de l’époque, London Records, et du même coup la fin du groupe. La première différence avec tout ce qui précède, c’est que Pilgrimage, prolonge et pousse un cran plus loin ce qui avait été ébauché sur « At Giza » (sur Conference Of The Birds) : le morceau-titre qui ouvre et qui clôture l’album (pilgrimage = pèlerinage, un aller-retour) est une variante védique, acoustique et austère de la systématique musicale de Om, exposée dans son plus simple appareil, une sorte de réappropriation simplifiée des timbres et des mouvements ascendants et descendants du râga indien, des maqams ottomans ou de certaines invocations de la confrérie des Gnaouas ou des muezzins d’Alep, au-dessus desquels flotterait un léger parfum de macramé. Ils font chier ces hippies. C’est du moins ce qu’on ne peut pas s’empêcher de penser au départ. Tout ça est même un poil effrayant. Seulement, une fois les premières réticences diluées dans ce bain sacré, les explorations modales de Haikus et Cisneros opèrent une sorte de satisfaction contemplative pas désagréable. Mais c’est bien dans les deux morceaux électriques blindés de distorsion («Bhima’s Theme» et «Unitive Knowledge Of The Godhead») que quelque chose se passe. Et ce quelque chose, c’est le son, à la fois puissant, saisissant, brut et large. Albini n’a pas fait que des miracles, mais là tout de même, il frappe fort. Parce que jusqu’ici, aucun morceau de Om ne s’était révélé avec autant de force et de détermination que ces deux là. Et quand la basse et la batterie déboulent enfin après les premières dix minutes passées en tailleur dans le boudoir feutré de «Pilgrimage», l’impact est tout simplement colossal. Rien que pour ça, le pèlerinage vaut largement le détour.
www.southerlord.com
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #3 (novembre 2007)
couv NOISE MAG#3

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