Interview – DAVID YOW & MATT CRONK – QUI: Pourquoi?

10 Déc

qui

Partons du postulat que le lecteur moyen de Noise n’est pas le genre de gigantesque et incurable nerd pour qui Jesus Lizard est un groupe quasiment mainstream avec une discographie (bootlegs compris) sans aucun secret. Supposons que le lecteur moyen de Noise ne soit pas familier avec David Yow au point de connaître le nombre exact de ses poils pubiens, même si tous ceux qui l’ont vu se défroquer sur scène ont eu le loisir de les compter et de les décompter. Imaginons que le lecteur moyen de Noise n’attendait rien de ce deuxième album de Qui parce qu’il n’en avait sans doute jamais entendu parler (qui ?). Conjecturons enfin qu’à l’heure où il lit ces lignes, ce lecteur moyen s’interroge probablement sur les raisons Ô combien obscures du « pourquoi un groupe que personne ne connaît se retrouve-t-il en couv d’une parution stochastique nationale? ».
Des raisons au pourquoi, il y en a trois, principalement. La première, c’est que David Yow est un vieux briscard qui cumule les superlatifs : il fut le frontman-poète le plus dingue, le plus éthylique et le plus charismatique de deux des meilleurs groupes de la scène Noise américaine émergente de la fin des années 80, Scratch Acid à Austin, Texas, puis Jesus Lizard à Chicago, entrant dans la légende de l’underground rock avec panache, le cul à l’air, la bouteille à la main et le sexe enroulé comme une écharpe autour de son micro.
La deuxième, c’est que ça faisait huit ans qu’il n’avait pas fait officiellement parti d’un groupe malgré quelques apparitions sporadiques sur disque (The Crybaby des Melvins, sur le EP éponyme de Model/Actress, groupe du bassiste de feu-Brainiac, ou encore avec Helmet sur la compilation tribute à Led Zeppelin, Encomium) et sur scène avec Shellac, les Melvins, et la reformation de Scratch Acid à l’occasion des 25 ans du label Touch & Go. Et voilà que tel le Messie, David Yow revient enfin en se joignant à ses jeunes apôtres, Matt Cronk et Paul Christensen, changeant du même coup, non pas l’eau en vin (il aurait donné cher pour ça), mais Qui « le duo » (avec un premier album en 2003) en Qui « le trio ». Alors oui, bonne nouvelle, David Yow reprend du service, et rien que ça laisse présager d’une série de concerts explosifs pour la tournée européenne à venir en décembre.
Enfin, la troisième raison, c’est que quoi qu’on en dise, Love’s Miracle, le nouvel album de Qui (le trio) n’est pas valable uniquement pour les deux premières raisons, de la même façon qu’il n’est pas uniquement « le disque du grand retour de David Yow ». Malgré la filiation évidente et au grand désespoir de certains, Qui n’est ni Scratch Acid, ni Jesus Lizard, Qui n’est même pas vraiment un groupe de Noise, sa musique est complètement bâtarde, et à une exception près, cet excellent album a été entièrement composé avant même que l’idée d’engrainer le vieil alcoolo ne germe dans la tête de Matt Cronk (guitare/voix) et de Paul Christensen (batterie/voix). David Yow, c’est juste le super bonus, la cerise bien juteuse sur le gâteau, et évidemment c’est aussi celui qui vient de pousser les deux autres sous la lumière blafarde d’un rock qui ne marchera sans doute jamais mais qu’on est excessivement heureux de présenter ici.
Double entretien téléphonique: le premier avec Matt Cronk au saut du lit, le second avec un David Yow sobre, serein et poli comme un galet.

matt cronk

«Me sentir frustré alors qu’il y a plus du monde qu’avant à nos concerts ? Il faut être un sacré con, non ?»
MATT CRONK

Qui était un secret relativement bien gardé avant qu’on apprenne que David Yow avait rejoint le groupe. Peux-tu me parler de vos débuts en duo, de ta rencontre avec Paul ?
Paul et moi, on était au collège ensemble. On s’est rencontré en 1993. Mais ce n’est que lorsqu’on a déménagé en Californie en 2000 qu’on a vraiment décidé de pousser plus loin le projet qu’on avait commencé à l’école.

Dans quel coin habitiez-vous avant de bouger pour la Californie ?
On a grandi dans le Midwest à Minneapolis, Minnesota.

Et musicalement parlant, d’où venez-vous toi et Paul ?
Jeune, j’écoutais énormément de Punk et de Hardcore. Au milieu des années 90, j’ai évidemment découvert toute la scène Noise avec des labels comme Amphetamine Reptile qui était basé à Minneapolis ou Touch & Go à Chicago. Paul, lui, est un grand fan de Franck Zappa et de Captain Beefheart. Il écoute aussi pas mal de jazz et de rock seventies.

Je suppose que vous aviez déjà des expériences de groupe avant Qui.
Oui. J’avais déjà joué dans un paquet de groupes d’obédience plutôt punk. De son côté, Paul jouait surtout du Jazz et des percussions avec des types du collège.

Vous avez décidé d’adopter la formule guitare/batterie/voix volontairement ou bien par défaut, parce que vous n’aviez pas de bassiste ?
Au départ on jouait pour s’amuser. D’une part on ne pensait pas spécialement intégrer une personne supplémentaire, et de l’autre, je ne vois pas tellement qui aurait pu vouloir jouer avec nous ! Ensuite, lorsqu’on s’est installé ici en Californie, j’ai passé environ six mois à chercher des gens avec qui jouer. Finalement, personne n’était réellement compatible. Alors on a décidé de laisser tomber, de continuer comme ça et d’enregistrer Baby Kisses (Ndlr : Premier album sur le petit label de Minneapolis Heart Of A Champion en 2003) en duo.

Finalement comment avez-vous fait la rencontre de David Yow ?
J’ai rencontré David il y a environ un an et demi dans un bar de L.A. dans lequel je bossais. Nous avons été présentés par des amis communs. On a commencé à traîner ensemble assez naturellement. Quelques mois après notre rencontre, nous lui avons proposé de venir chanter la reprise de « Willie The Pimp » de Zappa sur scène avec nous. Il a accepté. On s’est tellement marré qu’après le concert, il a voulu continuer et apprendre d’autres morceaux. Ça a plus ou moins démarré comme ça. Après cinq concerts avec nous, il s’est mis à assister à toutes les répétitions. A partir de ce moment là, il faisait définitivement partie du groupe.

Il est donc membre du groupe à part entière, et pas seulement un invité le temps de l’album?
Oui, c’est un membre permanent.

Vous avez été surpris qu’il accepte ?
Oui et non. La plus grosse surprise en fin de compte, c’est de voir que ça colle aussi bien entre nous trois. Ça faisait des années que Paul et moi jouions en binôme, on se connaît par cœur. Alors jouer avec quelqu’un d’autre ne coulait pas vraiment de source. Mais ce qui est absolument génial, c’est que nous n’avons jamais insisté auprès de David, son intégration s’est vraiment fait très facilement, très naturellement.

C’est quand même assez inattendu dans la mesure où vous n’étiez sûrement pas les premiers à lui faire ce genre de propositions depuis la fin de Jesus Lizard en 1999…
Oui, et c’est d’autant plus cool ! Il m’a dit qu’il avait refusé des tonnes de propositions avant d’accepter la nôtre. Quand je l’ai rencontré, il disait même qu’il ne voulait plus jamais faire partie d’un groupe.

Qui écrit la musique dans le groupe ?
Maintenant, nous trois.

Et lorsque vous avez écrit Love’s Miracle ? Vous saviez déjà que Yow allait chanter sur certains morceaux?
Non, pas du tout. En fait, nous avons écrit la plupart des morceaux de Love’s Miracle il y a plusieurs années. La majorité d’entre eux a même été enregistrée avant l’arrivée de David. A ce moment-là, une grosse partie du disque était déjà pliée. Nous avons réenregistré certains morceaux avec lui. Pour d’autres, nous avons simplement ajouté ses lignes de voix sur les instrumentaux qu’on avait déjà. Il n’y a qu’un seul morceau que nous avons écrit tous ensemble.

« Today, Gestation » ?
Oui. J’ai d’abord trouvé le riff puis j’en ai extrait une ligne supplémentaire sur laquelle Paul a… Nous avons construit ce morceau un peu différemment de d’habitude… (Bégaiements), de manière plus fragmentée. Habituellement, nous arrangeons vraiment les morceaux ensemble, en même temps. Cette fois, ça a été plus direct, plus… (De pire en pire) On est parti de mon riff, Paul a ajouté la batterie puis David a posé sa ligne de voix par dessus… Oh, désolé, je bafouille, je me réveille…

Merde, je te réveille ? Je suis désolée.
Oui oui, mais ça va, c’est pas grave (Rires).

Aïe. Il est quelle heure à L.A. ?
11h30 je crois. Mais ça va, je suis juste complètement dans le gaz ! Pour en revenir à l’écriture, Paul joue aussi de la guitare et du piano, donc nous composons généralement les lignes de guitare ensemble. Quelqu’un balance une idée et à partir de là, on assemble tout les éléments petit à petit.

Vous écrivez donc à trois maintenant ?
Oui, d’ailleurs on a déjà 4 nouveaux morceaux. Ils ne sont pas sur le disque mais on commence à les jouer sur scène. On espère pouvoir boucler un nouvel album avant la fin de l’été prochain.

Toujours pour Ipecac ?
Oui. En attendant, on va sortir un split 10’’ avec Lozen (Ndlr : Duo de brunettes basé à Tacoma, guitare/batterie/voix à tendance heavy-grunge) sur le label Infrasonic (Ndlr : Infrasonic Sound Recordings, soit le label du fameux studio de L.A.).

Parmi toutes vos influences, la plus flagrante chez vous est tout de même celle de Jesus Lizard, notamment dans les riffs de guitare piqués à Duane Denison. Je pense par exemple à celui de « Belt » qui était déjà sur Baby Kisses dans une version un peu différente. Est-ce que Qui aurait pu exister sans Jesus Lizard ?
En effet, si nous ne devions retenir qu’une seule influence parmi tout ce qu’on écoute ou tout ce que nous avons écouté, ça serait sans doute celle-là : la scène Noise de Chicago et plus précisément Jesus Lizard. Quand tu penses que nous avons écrit le morceau dont tu parles quand nous avions 19 ans…

Comment avez-vous choisi les deux reprises de l’album, « Echoes » de Pink Floyd et « Willie The Pimp » de Zappa ?
Ça faisait déjà un moment qu’on les jouait sur scène ou entre nous. On a enregistré « Echoes » avant que David arrive. On a juste refait les arrangements de voix. Sur le premier album, je chantais pratiquement tout mais cette fois on voulait vraiment insister sur les harmonies à plusieurs voix. Et puis on trouvait ça marrant de reprendre ce morceau alors qu’on nous case généralement dans la catégorie « groupe lourd et noisy ».

En toute franchise, je trouve que cette reprise du Floyd est loin d’être le meilleur morceau de l’album.
Tu n’es pas la première à me dire ça. Le morceau de Pink Floyd comme celui de Zappa ne sont vraiment pas faciles à jouer compte-tenu des contraintes que nous avons, au niveau instrumental notamment. Mais c’était un bon défi à relever. On a toujours fait beaucoup de reprises, On adore ça.

Effectivement, sur la vidéo de Tv Eyes (Ndlr : Interview filmée backstage dans laquelle les trois gaziers qui n’ont pas bu que de l’eau sont tous en très grande forme. L’extrait est disponible sur Youtube) – excellente par ailleurs-, on a un bon aperçu de votre formidable aptitude à reprendre des morceaux complètement has-been.
(Rires) Oui, on était complètement bourrés pendant le tournage !

Love’s Miracle était sensé sortir sur Touch & Go au départ…
Pas vraiment. Nous avons discuté parallèlement avec Touch & Go et Ipecac et nous avons finalement opté pour ce dernier. Le deal avec Touch & Go était moins intéressant et les conditions chez Ipecac plus confortables pour un groupe comme nous.

C’est plutôt frustrant ou plutôt stimulant de vous dire que la majeure partie du public de la prochaine tournée sera là avant tout pour voir David Yow faire son show et tenter d’entrevoir le bout de sa queue?
(Rires) Honnêtement, je m’en fous. Je suis là pour jouer. Me sentir frustré alors qu’il y a plus du monde qu’avant à nos concerts ? Il faut être un sacré con, non ? Ça fait sept ans qu’on joue, aujourd’hui les concerts sont pleins et si c’est un problème, alors c’est le meilleur problème qu’on n’a jamais eu ! Bien sûr, on a un petit noyau de fan dans l’Ouest des Etats-Unis, mais si le fait que David soit là booste un peu plus les choses, alors tant mieux, je ne vais pas cracher dans la soupe.

Tu es déjà venu en Europe ?
Non, c’est la première fois qu’on va jouer là-bas. Je suis super excité et impatient. Tous les américains qui ont tourné en Europe te diront que c’est beaucoup plus fun que les States. Ça me suffit amplement. J’ai déjà envie d’y être (Rires).

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david yow

« Un jour, on s’est rendu compte que je faisais partie de Qui alors que je n’avais pas du tout l’intention de réintégrer un groupe un jour. Ça s’est fait de manière naturelle, presque organique, par un heureux hasard. »
DAVID YOW

(Répondeur)

“Hey sorry… I can’t get to the phone right now… uh… leave a message, I call you back pronto… thanks.”

(7ème fois, David Yow décroche)

Comment ça va?
Euh… pas trop mal. J’ai été très occupé ces derniers jours. J’ai des tonnes de trucs à préparer avant la tournée.

Vous partez demain ?
Pas tout à fait. Demain, c’est la fête pour la sortie de l’album. Mardi soir on joue à L.A et on décolle pour la tournée américaine le lendemain.

Parle-moi de ta rencontre avec Matt & Paul. Ça s’est passé comment ?
Á vrai dire… je ne me souviens pas exactement. Je crois qu’on s’est rencontrés dans une fête chez des amis communs. Je ne sais plus… On s’est retrouvé à discuter et à se marrer ensemble. Ils étaient tous les deux fans de Jesus Lizard et de Scratch Acid. Ils m’ont proposé de venir chanter « Willie The Pimp » de Franck Zappa sur scène avec eux. J’ai dit ok, allons-y. On l’a joué deux ou trois fois sur scène et comme ça nous plaisait, on a continué avec d’autres morceaux. Je reprenais les parties que Matt chantait initialement, sur « Belt » et « Freeze » par exemple. Un jour, on s’est rendu compte que je faisais partie de Qui alors que je n’avais pas du tout l’intention de réintégrer un groupe un jour. Ça s’est fait de manière naturelle, presque organique, par un heureux hasard.

Après huit années sans groupe, pourquoi avoir dit oui à Qui et pas aux dizaines d’autres groupes et musiciens qui t’ont proposé de te joindre à eux ?
J’ai fait des trucs avec d’autres groupes. Les Melvins, Model/Actress… J’ai aussi enregistré un morceau avec Geronimo (Ndlr : Nouveau projet formé par des membres de Sleetsak, Man Is The Bastard et Bastard Noise. Première sortie bruyante prévue le 16 octobre 2007 chez Three One-G). Mais la différence c’est qu’avec Matt et Paul, l’alchimie est particulièrement bonne. On se comprend, on est devenu de vrais amis, c’est tout simplement parfait.

Tu es donc désormais un membre du groupe à part entière ?
Oui, mais j’avoue qu’au tout début j’étais un peu intimidé, sur la défensive. J’étais le nouveau du groupe. Je savais qu’ils avaient énormément de respect pour moi et par conséquent j’avais peur qu’ils acceptent mes idées uniquement parce qu’elles venaient de moi et pas forcément parce que ces idées étaient bonnes. Finalement, ça a pris forme très vite. Tout semble facile maintenant. J’aime bien employer le mot « coulant » pour décrire nos relations, si ça a un sens pour toi. Ou bien « impeccable ».

Tu ne fais pas que chanter avec Qui, tu écris aussi.
En fait, le seul morceau de l’album que nous avons composé après mon arrivée est « Today, Gestation ». Tout le reste a été composé il y a longtemps par Matt et Paul. Il y a même deux morceaux sur lesquels je ne fais rien : « Appartment » qui est chanté par Paul et « Echoes ». Mais nous avons composés de nouveaux morceaux ensemble depuis.

Comment avez-vous choisi les morceaux sur lesquels tu allais chanter ou non ?
Je ne sais pas, c’est une bonne question. Pour « Appartment », je crois tout simplement qu’il n’y avait pas la place pour moi. Habituellement quand ils jouent ce morceau, je fume une clope ou bien je m’amuse tout seul dans mon coin. « Echoes est un morceau très difficile et rien de ce que je pouvais faire n’aurait collé. En revanche, on va probablement le jouer sur scène et si c’est le cas, je prendrai la basse sur la fin du morceau.

Oui, ça doit être un truc difficile à jouer et à reprendre. En fait, je n’aime pas tellement cette reprise.
Oh, vraiment ?

Oui, vraiment. Parcontre je préfère largement celle de Zappa. D’ailleurs, c’est marrant, tu chantes un peu à la manière de Beefheart dessus. C’est voulu ?
Oui et non. Nous n’avons pas essayé de singer la version originale. Et puis la manière dont je chante sur ce morceau, c’est quelque chose que j’ai déjà fait des milliers de fois auparavant avec mes autrs groupes. Mais tu as raison. Captain Beefheart a toujours été une énorme influence pour moi. L’analogie est sensée.

La sortie a d’abord été annoncé par Touch & Go. Que s’est-il passé ?
Nous avons envoyé les démos de l’album à Ipecac et Touch & Go. Les deux labels étaient vraiment emballés pour le sortir. Finalement, je ne sais pas si la faute vient de nous ou de Touch & Go, mais toujours est-il qu’il y a eu un manque de communication flagrant. Ils ont mis la charrue avant les bœufs dans un excès d’excitation. Rien n’était encore dealé qu’ils commençaient déjà à annoncer la sortie de l’album sur leur label.

Pourtant, historiquement, on peut penser que tu étais plutôt en bon terme avec Touch& Go… (Ndlr : Le label a sorti la plupart des albums de Jesus Lizard, le EP Berseker, meilleur disque de Scratch Acid ainsi que la compilation posthume The Greatest Gift)
Oui, c’est étrange que ça n’ait pas fonctionné. Mais au final, nous sommes un groupe bizarre et Ipecac est un label bizarre. Je crois que ça colle plutôt bien. Et par chance, nous sommes quand même restés en très bon terme avec les gens de Touch & Go. Corey Rusk (Ndlr : Patron/fondateur de Touch & Go et ancien membre du groupe hardcore du début des 80’s les Necros) est un bon ami. Tout est bien qui finit bien.

Est-ce que jouer dans Qui t’apporte quelque chose que ne t’apportaient pas tes précédentes expériences au sein de Scratch Acid et Jesus Lizard ?
Après la séparation de Jesus Lizard, j’avais totalement perdu l’envie de refaire partie d’un groupe. Je me sentais très limité dans ce que je faisais ou dans ce que je pensais savoir faire. Je ne voulais surtout pas me répéter. Matt et Paul – surtout Paul d’ailleurs – m’ont appris à chanter de manière plus traditionnelle : atteindre la bonne note, faire des harmonies à deux ou trois voix. Je crois que c’est en cela que Qui m’a apporté quelque chose. Non, cette fois je n’ai pas eu l’impression de me répéter.

Cette manière de chanter, d’harmoniser les voix, tu n’avais jamais essayé ça auparavant ?
Jamais, non. Quand j’étais dans Jesus Lizard, on a essayé de placer des backing vocals à deux trois reprises mais ça n’a jamais fonctionné.

Pourquoi?
Tout simplement parce que je ne savais pas faire ça. Même si j’ai appris à contrôler ma voix depuis Scratch Acid, ce genre de trucs n’était pas naturel pour moi. Ça m’a demandé beaucoup de travail, c’était très difficile. Au début, c’était extrêmement frustrant, je me sentais mauvais, j’avais je pensais ne jamais y arriver. Mais Matt et Paul sont patients et généreux. Ils m’ont consacré beaucoup de temps. Une fois que tu y arrives, c’est très gratifiant.

Depuis la fin de Jesus Lizard, tu n’as fait que quelques apparitions sur scène avec les Melvins, Shellac, Scratch Acid l’année dernière. Ça ne te manquait pas plus que ça la scène ?
Hmm… Pas tant que ça. Je ne dis pas que je n’aime pas ça, je m’éclate avec Qui et tous les concerts avec Scratch Acid étaient explosifs. Mais même si je suis content de remettre ça, ça ne me manquait pas tant que ça. Ce qui me manque le plus finalement, ce sont les amis que je me suis fait un peu partout en tournée à l’époque de Jesus Lizard et que je n’ai jamais revus depuis. Ça va enfin être possible d’ici quelques semaines. J’ai hâte.

Tu crois que tu pourrais vivre sans faire de musique du tout ?
Non, je crois que je ne pourrais pas arrêter complètement. Il me semble que je continuerais toujours à faire une apparition ici et là, dans un concert si on me le demande, poser quelques voix sur des morceaux ou attendre qu’on veuille bien me demander un truc. D’ailleurs, je suis en train de préparer un album solo. C’est moi qui fais tout…

Oui, il paraît. Ça fait même un moment que des bruits de couloir circulent sur ce disque. Tu peux m’en dire un peu plus ?
La première fois que j’ai envisagé de faire un album solo, c’est lorsque j’ai rencontré Mike Patton. Il m’a attrapé par l’épaule et m’a dit « Ok David, tu fais un album solo et je le sors, que ça te plaise ou non ». Ça faisait alors à peine une semaine que j’avais appris à me servir de protools. Tout ça c’était il y a… Nom de Dieu ! Ça fait presque sept ans ! Enfin bref, je crois que j’ai mis cinq ans avant de m’y mettre sérieusement. A priori, le disque est presque terminé et je pense qu’Ipecac est toujours partant pour le sortir. Musicalement, c’est plutôt cinématographique, ça pourrait être une bande-originale avec des éléments assez jazzy. Ça n’est pas très rock en fait.

Tu utilises quoi comme instruments ?
Une batterie, des guitares, une basse. Tout ça se mélange avec des samples. J’ai aussi emprunté un saxophone pendant deux mois pour enregistrer quelques parties. D’ailleurs, la seule chose que je voulais vraiment en sortir, c’est le son que tu obtiens quand tu mords l’anche d’une certaine façon : « HII-HII ! » (Ndlr : Tentative de retranscription phonétique de Yow imitant le couac du saxophone), comme si tu marchais sur une oie. J’ai aussi utilisé des cordes et du piano en MIDI.

As-tu retrouvé les sensations de la première mouture de Scratch Acid en te remettant à la basse ?
(Rire) Non, je ne suis pas un vrai bassiste. Tu sais, j’ai un rapport bizarre à la musique, je suis incapable d’en jouer correctement.

Pourquoi as-tu lâché la basse pour te concentrer sur le chant à l’époque ?
Parce qu’on a viré le chanteur et c’est moi qui ai pris sa place.

Tu n’arrivais pas à jouer et à chanter en même temps ?
Putain, non ! (Rire) C’était impossible.

Dans le dernier numéro du mag, Duane Denison disait à propos de toi qu’il te verrait bien « faire un show type cabaret sur de la musique électronique » et que s’il était ton manager, c’est ce qu’il te ferait faire. Qu’en penses-tu ?
(Rire) Que ça n’arrivera jamais !

Tu es toujours en contact avec lui et les autres membres de Jesus Lizard et Scratch Acid ?
Jim Kimball (Ndlr : second batteur de Jesus Lizard), je ne l’aime pas, c’est un putain d’idiot. En revanche, je suis toujours en contact avec Duane et Dave (Ndlr : Dave Sims, bassiste dans Scratch Acid puis dans Jesus Lizard). Mais une des choses les plus tristes de ma vie, c’est que je n’ai pas parlé avec Mac (Ndlr : Mac McNeilly, premier batteur de Jesus Lizard) depuis des années. Enfin, (en français) « c’est le vie »…

J’imagine que tu as écouté les différents groupes de Duane Denison, USSA, Tomahawk.
Oui.

Et alors ? Tomahawk, tu aimes ?
(Un peu gêné) Euh… Pas tellement à vrai dire.

Bon, je n’insiste pas. Vous allez bientôt tourner en Europe pour un mois environ. Ça te fait quoi de revenir ici ?
Je suis impatient, très impatient, même si c’est une tournée bizarrement foutue. Il faudrait que j’en parle au tourneur parce je n’arrive pas à comprendre pourquoi il nous a calé dix dates au Royaume-Uni alors qu’on joue seulement une fois en Allemagne et deux fois en Hollande, ou pourquoi on ne passe ni par l’Italie, ni par l’Espagne alors qu’on fait quatre dates en France. C’est obscur.

A ton avis, quelle est la différence majeure entre tourner en Europe et tourner aux Etats-Unis ?
Le langage ? La bouffe ? Je ne voudrais pas généraliser et si je considère ma propre expérience de tournée, il n’y a pas tellement de différence entre le public européen et le public américain. C’est au Japon qu’il y a un vrai fossé. C’est très étrange. Ils sont si calmes pendant les concerts, si réservés et respectueux, comme s’ils assistaient à un concert de classique. En Europe, aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux en général, les gens se lâchent naturellement beaucoup plus. Je préfère largement ça.

Dernière question : Qui, ça veut dire quoi ?
Il y a plusieurs réponses, jeux de mots et blagues diverses en guise d’explication. Mais je crois que l’origine réelle du nom vient du slang parlé à Minneapolis. Là-bas, Qui signifie « homosexuel », ce qui est plutôt marrant puisque ni Matt, ni Paul, ni moi ne sommes homosexuels.

C’est vrai ça ? Tu en es bien sûr ?
Oui, certain. On aime les filles !

www.myspace.com/qui
www.ipecac.com

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #3 (novembre 2007)
couv NOISE MAG#3

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