GG ALLIN – Hated In The Nation

10 Déc

gg allin - hated in the nation
(ROIR 1997)
Scat’n’roll

GG Allin, né Jesus Christ Allin et mort par overdose d’héroïne en juin 93, a fait de sa vie une performance. Live fast, die fast. Des milliers de punk rockers l’ont dit, lui l’a fait malgré toutes ses promesses publiques de suicide non tenues. 37 ans c’est plutôt jeune pour mourir, mais quand on sait tout ce que GG s’est auto-infligé (châtiments corporels à répétition d’une violence spectaculaire, absorption de drogues dures, alcool et laxatifs à dose maximale et les nombreux séjours derrière les barreaux – hôpital/prison – qui en découlent), c’est presque un miracle qu’il ait survécu jusque là.
Hated In The Nation sort sur Reachout International Records (ROIR, « rrroar ») en 1987 alors que la carrière chaotique de GG est déjà entamée depuis une décennie. Publiée uniquement sur cassette, la bande présente des enregistrements mélangeant interjections live et prises studio, tous étant plus ou moins introuvables à l’époque. Les 18 titres sont produits par Mykel Board de Maximum Rock’n’Roll et enregistrés par Mark Kramer, fondateur de Shimmy Disc, producteur, membre de Bongwater, bassiste des Butthole Surfers sur la tournée de 85, j’en passe. On y retrouve donc GG Allin accompagné par cinq de ses innombrables backing-bands de racailles, les deux plus surprenants étant le New York Superscum qui compte Jay Mascis de Dinosaur Jr dans ses rangs, et les Motor City Badboys avec les deux MC5 Wayne Kramer et Dennis Thompson.
Au moment de sa sortie, ROIR présente Hated In The Nation comme une sorte de reconstitution, un faux live de GG Allin. Forcément faux puisque ses performances publiques dégénéraient toujours avant les 20 premières minutes, le show prenant généralement fin dans un bain de sécrétions corporelles diverses et variées au moment où le matos avait volé en éclat, où GG était sur le point de crever à force d’auto-mutilation, où le premier rang s’était fait explosé la gueule à grands coups de micro, où le deuxième rang était maculé de sang, de sperme et d’excréments (il n’y avait pas de troisième rang), bref, au moment où GG n’avait plus rien ni personne à défoncer, baiser ou souiller dans la pièce, même pas lui-même. Il fallait avoir lâché la tête pour assister à un concert de GG.
En 1998, afin de célébrer indignement le cinquième anniversaire de la mort du « vrai roi du rock’n’roll » (on aura jamais rien commis de pire au nom du rock’n’roll), Hated In The Nation est réédité en CD sur l’initiative de Merle Allin, le frère de GG, avec un nouvel artwork et quatre pistes supplémentaires dont le très rare « Out For Blood » issu d’un split single largement épuisé avec le groupe Artless.
On y retrouve bien sûr tous les grands thèmes de la gastronomie Allinienne : merde, pisse, foutre, sang, violence, baston, mutilation, haine, masochisme, narcissisme, agression, transgression, vice, drogue, alcool, baise, enculage, pipes, branlette, rock’n’roll, viol et pédophilie. Pas de hiérarchie, pas d’incompatibilités et pas de règle : tous ces ingrédients se mélangent, se juxtaposent joyeusement et se combinent dans tous les sens. Car là où il y a de la gêne…
Quoi qu’il en soit, ce document sonore est un excellent complément à Hated, le documentaire vidéo ultime sur le rock’n’roll terrorist, une expérience presque aussi éprouvante que le Salo de Pasolini.
On lit souvent que chez GG Allin, seuls les textes et l’attitude comptent, que sa musique n’est finalement que le médium sans intérêt de son action et de sa prose ordurières. Ça n’est pas tout à fait vrai. Sans être révolutionnaire et malgré un son réellement à chier, ce Hated In The Nation, contient pourtant d’excellents morceaux façon early-punk’n’roll américain enjoué à la Ramones ou MC5. Vous pourrez donc profiter de ce que vos mouflets ne comprennent pas encore l’anglais pour les faire danser sur « I Wanna Fuck Myself », « Scumfuc Tradition » (la version pour adulte du « Family Tradition » de Hank Williams Jr), « You Hate Me And I Hate You », ou encore le très bon « Ass-Fuckin’ Butt-Suckin’ Cunt Lickin’ Masturbation » le dimanche après-midi. A déconseiller tout de même pour les plus jeunes, « Ten Year Old Fuck ». On ne sait jamais ce que les mécanismes de l’inconscient peuvent faire ressurgir des années après, alors vous voudrez bien leur épargner ça : Je suis un violeur d’enfants / Plus c’est jeune, plus c’est bon / Des p’tites chattes bien serrées pour moi / Je te violerai, rien à foutre que tu aies un, deux ou trois ans.
Oui, la morale est affaire de goût et GG Allin chie une grosse courante sur tout ce qui y ressemble, de près ou de loin. Tant mieux. Le monde a besoin d’individus, de figures extrémistes, animales, insoumises, obscènes et pulsionnelles, d’exhibitionnistes attardés, ne serait-ce que pour porter un coup à la misère moderne des démocraties techno-populistes (pour reprendre l’expression de Gilles Châtelet) de l’ennui, du pragmatisme et de l’objectivité, bref, de types qui vous collent, pour du beurre, la gerbe au bord des lèvres en détruisant la tempérance à grands coups de micro, de stupre, de foutre chaud et de merde encore fumante. Et s’il fut un tel cauchemar, pour les plus cul-serrés autant que pour ses die-hard fans, c’est que sa violence était sans prise, totalement gratuite et dépourvue de tout message à caractère politique ou social. Drink, fight and fuck, he don’t give a fuck!
www.ggallin.com
www.roir-usa.com
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #3 (novembre 2007)
couv NOISE MAG#3

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