SLINT – Tweez / Spiderland

10 Sep

SLINT - Tweez
SLINT - Spiderland
(Touch & Go, 2007)
Post-rock originel

Les deux uniques albums du combo de Louisville ont été et restent des objets si essentiels que pour un peu, on pardonnerait presque à David Pajo de s’être écarté du droit chemin en se vautrant lamentablement – on ne comprendra jamais pourquoi ($$$) – dans le super-groupe minable monté par le leader des Smashing Pumpkins (dont, en passant, l’ego a facilement atteint le diamètre d’une grosse courge). Leurs récentes rééditions à l’identique par Touch & Go n’ont que deux avantages par rapport aux originaux et premiers repressages : désormais ils sont facilement disponibles et beaucoup moins chers ($$$), le mid-price étant, paraît-il, l’expédient mercantile le plus sûr et le plus efficace pour garantir à un album son accession à la qualité de classique (mais surtout de classique admis comme tel, c’est là qu’est l’os hélas), comme les poulets élevés au grain ont leur Label Rouge. Je vous jure, il y a de quoi pleurer parfois. Dans le cas de Tweez et de Spiderland cependant, c’est un réel bienfait d’utilité public, d’autant plus que Slint n’a jamais rien vendu de son vivant de groupe pas encore reformé. Les pères fondateurs du post-rock (du genre, pas du terme, la paternité de ce dernier étant imputée à tort ou à raison à Simon Reynolds et sa chronique du premier Bark Psychosis pour le Wire en 94), voilà le lieu commun le plus répandu sur le groupe, et non le moins sensé. Et du post-rock, l’album Spiderland (1991, Touch & Go) en serait la pierre angulaire.
1987. David Pajo (guitare), Brian McMahan (guitare, voix), Ethan Buckler (basse) et Britt Walford (batterie) forment Slint sur les cendres de Squirrel Bait. Ils ont à peine 19 ans de moyenne d’âge lorsqu’ils enregistrent leur premier album, Tweez, sous la tutelle de Steve Albini. L’album sort en 1989 sur le mystérieux label Jennifer Hartman Records & Tapes. A l’époque, personne n’a rien vu venir. Et pourtant, bien que plus brut de décoffrage, Tweez contient déjà les prémices de tout ce qui éclatera dans Spiderland deux ans plus tard (que celui qui en doute se remette un grand coup de «Darlene» pour voir): un son limpide et organique touché par la grâce, plein d’espace, d’harmoniques (ceux de Pajo) et de silences, et surtout – ça va de paire – un jargon inédit affranchi de tout purisme stylistique (je dis «inédit», mais en réécoutant le Diablo Guapo de Bastro sorti la même année, on ne peut pas s’empêcher de se dire que la correspondance avec Tweez est assez frappante. D’ailleurs, comme tout se tient, John Mc Entire et Bundy K. Brown de Bastro poursuivront la voie tracée par Slint en fondant Tortoise, dont David Pajo deviendra membre saisonnier de 1996 à 1998).
Slint, donc, subtilise l’appareil rock/hardcore/punk canonique et son instrumentarium pour en détourner le message, délaissant le formalisme et ses stéréotypes au profit de la substance sonore, de l’émotion, des timbres et de la matière. Et de fait, ce qui est valable pour la musique l’est aussi pour la voix et les textes. Brian McMahan ne chante pas, il énonce des histoires ordinaires de gens ordinaires d’un point de vu souvent ordinaire avec un détachement sublime (Don stepped outside. It feels good to be alone. He wished he was drunk. He thought about something he said and how stupid it had sounded – “Don, Aman”).
Après Spiderland, on n’entendra plus parler de Slint qu’à titre posthume ou individuel (Pajo et Tortoise, Pajo, Aerial M et Papa M – ses projets solos-, Pajo et cette cochonnerie de Zwans, McMahan et The For Carnation, Britt Walford et Evergreen…) jusqu’à la reformation du groupe en 2005 pour le ATP festival et la tournée Spiderland qui suivit. Mais en seulement deux albums et un 10’’ (Glenn b/w Rhoda, deux morceaux enregistrés pendant les sessions Tweez sortis seulement 6 ans plus tard), Slint ont laissé derrière eux un legs musical immense et précieux, au même titre d’ailleurs que le ticket d’accession à la grand-messe Spiderland qui se tenait au Bataclan en mai dernier. Le culte n’a pas de prix.
Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #2 (Septembre 2007)
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