INTERVIEW – BIG BUSINESS: C’est moi Jared, c’est toi Coady (et beaucoup de bruit pour rien)

4 Juin

BIG BUSINESS band

Voilà qu’en cherchant désespérément un sous-titre pertinent pour ce papier – dernière étape qui relève parfois de la torture mentale -, je m’aventurais dans l’étude superficielle de la filmographie de Laurel et Hardy. Car après avoir relu certaines réponses crétines à mes questions crétines tout en me représentant mentalement les deux silhouettes aux antipodes du bassiste/chanteur Jared Warren et du batteur Coady Willis (« c’est moi le gros, c’est toi le petit »), il m’est apparu que l’analogie tombait sous le sens. Et c’est ainsi qu’au détour de la toile, je découvris ce film de Laurel et Hardy du nom de… «Big Business», soit en français Œil pour œil ou encore Beaucoup de bruit pour rien. Encore un classique poussiéreux d’avant-guerre dont j’ignorais religieusement l’existence, mais qui cette fois me facilitait terriblement la tâche. Alors oubliez Bette Midler, et comme dirait Coady «profitez de la ballade» des Laurel et Hardy du heavy rock qui après avoir intégré les Melvins profitent légitimement du buzz pour accoucher d’un deuxième album franchement épique chez Hydra Head : Here Come the Waterworks.

(A Jared) En écoutant Here Come the Waterworks, j’ai eu le sentiment que tu avais consacré beaucoup de temps et de travail à tes lignes de voix ainsi qu’à ta manière de les chanter par rapport à Head for the Shallow. Je me trompe ?
Jared : Serais-tu en train d’insinuer que je n’avais rien foutu pour le premier album ? Je ne sais pas… J’imagine que j’ai voulu faire en sorte de rendre les choses plus compréhensibles. J’ai essayé d’adopter une approche plus narrative du texte. C’est quelque chose que je faisais déjà, mais sans en être réellement conscient. Cependant, j’ai écrit la plupart des textes en studio. Par conséquent, ma réponse à ta question est oui.

D’ailleurs, on peut en dire autant des compos et de la construction globale de l’album. Est-ce que vous êtes d’accord pour dire que Here Come est plus abouti que le précédent d’une manière générale ?
Coady : Depuis notre premier album, il est clair que nous avons énormément répété et joué, sur scène et en studio pour les différents enregistrements. Donc oui, j’espère que nous sommes meilleurs aujourd’hui… même si je suis sûr qu’il y a bien un ou deux bloggers qui ne sont pas de cet avis. Peut-être, en effet, que nous ETIONS meilleurs avant de commencer à vendre des disques et à remplir les salles ? Le temps le dira.
Jared : Oui, j’espère aussi. Je ne vois pas l’intérêt à refaire le même disque encore et toujours à moins de s’appeler AC/DC.

BIG BUSINESS band

Le dernier morceau “Another Beautiful Day in the Pacific” révèle une dimension psychédélique à laquelle vous ne nous aviez pas vraiment habitués. Quelle est l’histoire de ce morceau ?
Jared : J’ai écrit ce morceau il y a environ 13 ans quand j’ai acheté mon tout premier Moog dans un Pawn Shop (Ndlr : équivalent du Cash Converter). C’était avant que les prix augmentent de manière complètement obscène. Nous l’avons enregistré en utilisant exactement le même instrument. On a juste cherché à retranscrire l’atmosphère des beaux jours dans le Nord-Ouest Pacifique. C’est quelque chose qu’on adore, tu sais.

David Scott Stone assure toutes les parties de guitare et de mini-Moog sur l’album. Est-ce que ça signifie que vous n’avez pas composé l’album pour un duo, mais pour un trio?
Jared : En quelque sorte. Ça fait longtemps que nous avons une troisième personne en tête. Il ne reste plus qu’à la trouver.
Coady : Oui, David Scott Stone a fait un boulot incroyable avec ses parties de synthé et de guitare. Depuis toujours, nous envisageons Big Business comme une entité à trois personnes. Simplement, il se trouve que nous n’avons jamais pu mettre la main sur ce troisième membre permanent. Heureusement, nous avons tout un pool d’amis talentueux dans lequel puiser. La plupart d’entre eux sont occupés avec leurs propres groupes et projets, mais nous avons bon espoir de trouver la perle rare dans les mois qui viennent.

Est-ce que Sir Scott Stone vous accompagne sur la tournée ou bien allez-vous devoir réadapter tous vos morceaux pour la formule duo de Big Business?
Coady : Non, Dave ne pourra pas se joindre à nous lors de la prochaine tournée. On va devoir se débrouiller comme on peut sur scène. Soit en invitant un autre guitariste sur scène, soit en utilisant des tours de passe-passe pour créer l’illusion d’un vrai guitariste… de toute façon, c’est ce que font tous les vrais guitaristes !

C’est la deuxième fois consécutive que vous travaillez avec Phil Ek (Built To Spill, Modest Mouse) à la production. Quel poids a-t-il eu dans l’enregistrement ? Que vous apporte-t-il en terme de son, de couleur ?
Coady : Phil sait exactement d’où nous venons mais il a le don de nous pousser à faire mieux. C’est un peu une mère bi-polaire et dominatrice pour nous, dans le bon sens du terme. Je crois que son approche de l’enregistrement est devenue plus agressive cette fois en ce qui nous concerne. Il comprend l’importance d’obtenir un son à la fois lourd et cru, et en même temps, il a vraiment le sens de la composition, c’est-à-dire de la manière dont tous les sons s’imbriquent les uns dans les autres. Buddy est aussi très doué pour le placement des micros. Est-ce que je t’ai dit qu’en plus il est rudement mignon ?

J’imagine que le fait d’avoir rejoint les Melvins a été une sacrée bonne promotion pour vous avec tout un tas de nouveaux fans transits. Pensez-vous que, pour le coup, le public va également devenir plus exigeant pour ce deuxième album ?
Coady: Complètement. Personne ne nous connaissait au moment de la sortie de notre premier disque. Les gens commencent juste à se rendre compte qu’on existe. Il est certain que nous sommes bien plus exposés depuis qu’on joue avec les Melvins. Oui mais voilà, est-ce que tous ces gens vont mordre à l’hameçon ?

Entre le titre de l’album Here Come the Waterworks (Ndlr: expression pour designer quelqu’un qui pleure comme une madeleine), le morceau “I’ll Give You Something to Cry About” (Ndlr: je te donnerai une bonne raison de pleurer) et les sweat-shirts du groupe sur lesquels on peut lire “Shhh, it’s alright to cry” (Ndlr : Chhh, c’est pas grave de pleurer), c’est carrément les grandes eaux. Pourquoi ce leitmotiv ?
Coady : C’est très très compliqué. Si tu achètes quatre exemplaires de l’album et que tu les joues simultanément dans une pièce sombre, alors la réponse viendra à toi !
Jared : De nos jours les gens chialent pour un oui ou pour un non, généralement pour des choses parfaitement idiotes. C’est notre manière de réagir à ça.

Elle symbolise quoi cette médaille sur l’artwork?
Coady: Un travail bien fait !
Jared : Honnêteté, intégrité, pizza !

BIG BUSINESS the band

Revenons un peu en arrière. Comment en êtes-vous venus à jouer ensemble ?
Coady : Personne ne me croit jamais quand je raconte cette histoire. Si je ne l’ai pas dit cent fois, je ne l’ai jamais dit : PRISON RODEO ! (Ndlr : ?)

Et votre signature sur Hydrahead ?
Jared : Oh, c’est une longue histoire. Prend un siège.

Bon. Alors ne me dites pas que le nom Big Business vient de la grosse farce du même nom avec … Bette Midler, celle qui met en scène deux paires de sœurs jumelles…
Coady : Sérieusement, il est parfois préférable de ne pas regarder derrière le rideau. Accepte la chose telle qu’elle est et profite de la ballade !

BIG BUSINESS Laurel & HardyBIG BUSINESS movie1

Pourquoi avez-vous déménagé l’hiver dernier, parce que les Melvins vous l’ont demandé?
Coady: On a décidé qu’on pouvait jouer dans un groupe et tenir un bar à peu près n’importe où. Alors on s’est dit que tant qu’à faire, autant en profiter aussi pour se trouver un coin au soleil.

C’est comment la vie là-bas, comparé à Seattle?
Coady : Seattle ? Jamais entendu parler.

Quel est le truc le plus super que vous ayez appris avec Dale et Buzz ?
Coady: « Beer before hard, you’re in the yard » …(Ndlr: Soit l’équivalent anglo-saxon de notre « blanc sur rouge, rien ne bouge » national, dans lequel on remplacerait le blanc par n’importe quel alcool fort et le rouge par « Bud ») et « don’t hide it, divide it » (Ndlr : Facile à comprendre. Un idiotisme de fumeurs de joints). Oui, quelque chose dans le genre !

Vous allez bientôt tourner en Europe. Vous vous attendez à quoi ?
Coady : Je m’attends à ce que ça se passe exactement comme prévu, sans aucune surprise d’aucune sorte.
Jared : Je m’attends à ce que tout le monde se prosterne devant nous et nous serve du vin et du fromage de luxe. A toi de jouer, au travail !

Francoise Massacre
Publié dans: NOISE MAG #1 (Juin 2007)

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