TIM IRWIN – We Jam Econo, The Story Of The Minutemen DVD

12 Mar

We Jam Econo DVD
(Plexifilm, 2006)

Les dvd musicaux sont chiants à mourir et seraient complètement inutiles s’ils ne constituaient pas un témoignage visuel et sonore pour l’histoire et la postérité. C’est vrai dans 99% des cas. We Jam Econo est non seulement l’exception qui confirme la règle, mais ce documentaire surpasse même les trois meilleures vidéos pirates (GG Allin, Public Image LTD et Captain Beefheart) que j’ai eu la chance de pouvoir visionner et dont je serais incapable de vous restituer le titre exact et la provenance. Sachez dès à présent que vous passerez plus de trois heures à vous demander sérieusement comment vous avez pu vous passer des Minutemen pendant toutes ces années. Alors réjouissez-vous, parce que cette vidéo étant un document officiel, elle est très facilement trouvable dans toutes les bonnes crémeries de l’hexagone.
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Une des merveilles de ce dvd, c’est que le travail de traduction ne s’arrête pas aux interviews et aux témoignages. Le moindre texte, le moindre extrait live est sous-titré en français, et si vous choisissez cette option (indispensable, sauf pour les parfaits petits anglophones), vous saisirez alors la pleine mesure du génie – non seulement musical – mais aussi littéraire du trio de San Pedro. Le premier disque est donc constitué d’un documentaire d’une heure trente sur l’histoire des Minutemen. Le sujet est déjà en soi un gage de qualité : pour n’être jamais rentré dans le moule punk/hardcore, Minutemen était le plus punk/hardcore des groupes de punk/hardcore, le meilleur aussi, le plus funky, le moins looké (il faut voir D.Boon danser sur scène en short, chaussettes de tennis remontée jusqu’aux mollets dans des chaussures de ville; Hurley sa mèche blonde et sa gueule de surfer; Watt, ses chemises à carreaux trop serrées), le plus fidèle à ce qu’il était, le plus simple et le plus complexe, le plus touchant, le plus génial, le plus unique, le groupe dont les textes – sous forme de haïkus fulgurants – étaient aussi politiques que poétiques, aussi impressionnistes qu’engagés et ne sombraient jamais dans le radotage creux du « fuck the system »… Ou quand trois jeunes types issus de la working class, élevés aux Stooges (20 ans plus tard, Mike Watt en devint le bassiste), à Blue Oyster Cult, Funkadelic, Creedence, Coltrane, Beefheart et Wire décident de monter un groupe de punk sans savoir toucher un instrument et signent chez SST après leur tout premier concert en 1980.
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Depuis les années lycées jusqu’à la mort tragique de D. Boon dans un accident de voiture en 1985, le jeune réalisateur Tim Irwing suit la chronologie pas à pas en n’oubliant aucun détail ni aucune anecdote. La discographie, les artworks, l’amitié quasi-fraternelle entre Mike Watt et D.Boon, la vie à Pedro, la rencontre avec Black Flag et SST, les réactions (toujours viscérales, dans un sens ou dans l’autre) de ceux qui découvraient le groupe et son hardcore mutant, les concerts et les pluies de crachats, les rencontres importantes: tout cela est vu de l’intérieur grâce aux interviews croisées de George Hurley et de Mike Watt (A.K.A ‘the man in the van with a bass in his hand’, qui nous guide à travers Pedro et ses lieux mythiques depuis son pick-up), aux images d’archives (cette incroyable interview du groupe pour Les Enfants Du Rock en 1985, plus exactement Musicalifornia pour ceux s’en souviennent), aux extraits live sidérants, aux témoignages de personnages-clé, acteurs ou simples observateurs de l’aventure Minutemen.
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On retrouve dans le désordre Keith Morris, Chuck Dukowski et Dez Cadena de Black Flag, Flea des Red Hot, Henri Rollins derrière son mur de cd, Thurston Moore derrière son mur de vinyles, Raymond Pettibon derrière son mur de dessins, Jay Mascis, bouffi derrière son grand mur vide, Colin Newman, Kira Roessler (de Black Flag, et plus tard Dos avec Mike Watt), Lee Renaldo, Grant Hart et Greg Norton d’Hüsker Dü, John Doe de X, Jello Biafra, le grand Richard Meltzer, Ian MacKaye, Richard Hell, John Talley-Jones des Urinals, John Carducci et Ray Farrel de SST… J’en passe. Mais ça n’est pas tout.
En plus du documentaire dont on ressort avec la larme à l’œil et la furieuse envie de réécouter toute la discographie du groupe à l’endroit et à l’envers, vous pourrez voir l’intégralité de l’interview pour Musicalifornia (non sous-titrée cette fois) avec quelques scènes coupées, et surtout, vous régaler avec les trois vidéo-clips de «Ack Ack Ack Ack», «This Ain’t No Picnic» et «King Of The Hill».
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Enfin, le plus important, vous verrez ce qu’était un concert des Minutemen, le deuxième dvd en contient trois : L.A en 1980, DC en 1984, et un live acoustique de 1985 pour la télé américaine. Après une orgie pareille, et qui que vous soyez, Minutemen deviendra fatalement votre nouveau groupe préféré, s’il ne l’était pas déjà.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

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