HARVEY MILK – Special Wishes

8 Mar

HARVEY MILK - Special Wishes 2006

(Troubleman Unlimited, 2006)
The Gospel according to…

Si certaines reformations sont aussi moches qu’une réunion d’anciens élèves, celle d’Harvey Milk est au contraire une véritable bénédiction. Amen. Absolument, Special Wishes, c’est l’Evangile selon Harvey Milk, le Gospel façon Heavy Rock, et je me serais presque mise à croire en Dieu si les paroles de «Once In A While» ne m’avaient rappelé au blasphématoire bon sens («Me and God’ll raise a bottle when I get to Hell !»).
De 1991 à 1999 (année de la séparation officieuse), le trio d’Athens dispense sa profession de foi sludge-rock (post-grunge?) inédite à une petite poignée de bigots suffisamment dévoués dans leur piété pour accéder à l’inaccessible discographie. Et déjà, chaque LP, chaque single crie : «Attention, Harvey Milk est un groupe comme les autres… en mieux!». Car pendant que certains jouent du sludge, du doom, du heavy rock, de la folk ou du grunge, Harvey Milk joue du Harvey Milk, avec cette liberté souveraine qui échappe à toute autorité de style. Mais malgré toutes les promesses en germe pendant ces huit premières années, jamais aucun album n’avait été aussi crucial, aussi vibrant que ce Special Wishes, et ce à plusieurs titres.
D’abord, j’étais à des lieux d’imaginer qu’un disque aurait le pouvoir de me réconcilier définitivement avec le Slow, un genre qui avait gardé l’arrière-goût mortifiant des booms de ma pré-adolescence. C’était le moment où il fallait littéralement « s’y coller », se dandiner sottement sur l’effroyable «Don’t Cry», le fangeux «Still Loving You» ou pire, sur «Hotel California» (sept longues minutes de corvée avilissante) dans les bras raides du premier de la classe alors qu’on pissait encore au lit. J’avais dû refouler si fort cette période que l’idée qu’un slow me mettrait un jour à plat ventre relevait de l’impensable. Et voilà qu’Harvey Milk lâche trois méga-ballades sales, heavy tellement poignantes, assumées avec tant de sincérité («Once In A While», «The End», véritable blockbuster indie, et l’inénarrable «Mothers Day») qu’elles mériteraient qu’on réhabilite sur le champ le quart d’heure américain.
Car à l’instar des Melvins, Harvey Milk fait partie de ces rares groupes suffisamment arrogants et irrévérencieux pour pouvoir s’autoriser ce genre de libertés sans y laisser des plumes et c’est probablement ce qui les tient à l’écart, loin devant. Pour clore le chapitre des ballades, il faut parler de «Old Glory», sorte de protest-song anti-nationaliste sublime qui hésite entre la folk ombragée de Johnny Cash et le blues-rock sudiste de Lynyrd Skynyrd. Excepté un «Love Swing» un peu plus anecdotique il n’y a rien à jeter non plus dans les morceaux plus sludge de l’album auxquels la voix de vieux loup écorché de Creston Spiers (entre Kurt Cobain et Matt Pike) apporte une désinvolture un peu rustre, un peu redneck. Des boutures glam, progressives (à la King Crimson) ou 70’s (Hendrix, Zeppelin) finissent toujours par s’enraciner autour de la tige principale.
Special Wishes est non seulement un disque de salubrité publique (parce que c’est sain de constater qu’une reformation peut servir à autre chose qu’à donner de la mauvaise confiture à des cochons) mais aussi un disque crucial, où chaque silence fait sens, où chaque note vibre, où chaque seconde compte. A ce jour le meilleur disque d’Harvey Milk; en ce qui me concerne, l’un des meilleurs de l’année.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

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