Interview – HARVEY MILK: Vaches à lait & Terminal Speakers

7 Mar

Harvey Milk

Athens, Georgie. La Liverpool du Sud est surtout fameuse pour avoir été le berceau d’une scène musicale foisonnante à partir du début des années 80. À l’époque, les rares noms qui parviennent à percer la bulle de la notoriété locale (les B 52’s, REM ou Pylon) attirent cependant l’attention sur ce bourgeonnement de groupes hétéroclites, même si relativement conformes à une certaine facture new-wave/indie-rock US peu encline aux dérives extrêmes. Au début des 90’s, délaissée par les médias et la presse alternative, la scène d’Athens en perte de vitesse débande sérieusement. Et c’est dans ce contexte que le trio Harvey Milk débarque un beau jour – après la bataille – avec son sludge de culs-terreux, son doom cradingue, son goût pour les silences bien sentis, ses chansons acoustiques, son noise rock hybride mêlé de feedbacks et d’expérimentations en tout genre (dans le parc instrumental du groupe, on trouve notamment un marteau et une enclume) et un nom emprunté au célèbre député américain abattu par un militant d’extrême droite pour avoir défendu la cause homosexuelle.

Après le faste de la décennie précédente, Harvey Milk est le symbole musical ultime du déclin de cette micro-civilisation du rock-indépendant. La discographie de ce groupe parmi les plus atypiques d’Athens, restera longtemps l’affaire d’une poignée de fans (singles introuvables édités dans une confidentialité quasi-totale par des labels de chambre à coucher, premier album disparu, albums suivants épuisés) jusqu’à la publication par Relapse en 2003 d’une compilation de singles posthume (le groupe splitte, pense-t-on, en 1999). Mais en 2006, après un hiatus de sept ans (suffisamment longtemps pour faire mûrir la légende), Harvey Milk ressurgit du néant avec une reformation et trois sorties consécutives : Anthem, un DVD live de plus de 3h30 (Chunklet), Courtesy And Good Will Toward Men, réédition de leur second LP chez Relapse, et surtout Special Wishes, un nouvel album frais émoulu pour Megablade Records. Tentative d’éclairage avortée sur l’histoire du groupe avec Creston Spiers (guitare, chant, et marteau).

Parle-moi des débuts du groupe.
Vers 91-92, j’ai quitté Philadelphie et je me suis installé à Commerce en Georgie. J’avais collé une annonce sur la vitrine du magasin de disques dans lequel bossait Steve (Ndlr : Stephen Tanner, basse) en disant que je recherchais un bassiste et un batteur. Je citais Kiss comme étant ma seule influence, et je crois que c’est pour cette raison qu’il a répondu. Paul (Ndlr : Paul Trudeau, batterie) était un ami à lui. On a commencé à répéter dans un hangar. Ça paraît dingue, mais au départ, on jouait avec un saxophoniste alto, Steve Swan, qui avait composé un de nos meilleurs morceaux de l’époque : «Construction Worker».

Comment as-tu choisi le nom Harvey Milk ?
Au collège, j’avais vu cet excellent documentaire The Times Of Harvey Milk, dont j’avais loupé les 15 premières minutes, celles où tu apprends les circonstances de sa mort. Tout ce que j’avais vu, c’était le récit de sa vie et des événements qui aboutirent à cette mort tragique et absurde. Cette histoire m’avait beaucoup ému. Pour moi, cet homme était une grande figure humaniste au même titre que Martin Luther King ou Gandhi. J’en ai toujours gardé un souvenir fort. Mais je crois que finalement, on a choisi ce nom pour le groupe parce c’était un nom marrant pour quelqu’un de bien réel. Le fait qu’on soit tous pédés est hors-sujet bien entendu.

À l’époque, vous sentiez-vous à part au sein de la scène musicale d’Athens ? Comment les gens réagissaient-ils à la lenteur et à la lourdeur de votre musique ?
Au départ, nous avons été confrontés à des réactions violentes et négatives par rapport au nom du groupe et à notre son, même de la part de nos amis et de nos petites copines. Il nous a bien fallu deux ans pour se faire accepter.

Quelles étaient vos influences musicales à l’époque ?
Avant ma rencontre avec Stevie, mes influences musicales se limitaient à Kiss, aux Beatles, aux Stones, Led Zep, Hendrix et à tout le classic Rock des 60’s et des 70’s. J’écoutais aussi un peu de punk et des groupes alternatifs comme REM, Dinosaur Jr, les Sex Pistols. Stevie m’a fait découvrir un nombre de groupes incalculables. Mais le plus important de tous pour moi, ce fut les Melvins. La première fois que j’ai écouté un de leurs disques, j’étais littéralement sidéré. Ça a instantanément changé ma vision de la musique. Je n’avais jamais entendu un truc pareil.

En 1993, après plusieurs singles sur des labels locaux, vous enregistrez votre premier LP avec Bob Weston (Ndlr : producteur et musicien, notamment bassiste de Shellac). Cet album n’est jamais sorti officiellement. Que s’est-il passé ?
Je n’en suis plus très sûr, mais il me semble que l’album a été perdu. Finalement, c’était plutôt une bonne chose. My Love (Ndlr : My Love Is Better Than Your Assessment of What My Love Could Be, premier album officiel du groupe sorti en 1996 sur le micro label de Caroline du Nord Yesha) était beaucoup plus réussi. Ce qui s’est passé, je crois, c’est que le type du label en a eu marre de nous, et donc, il a «perdu» les bandes. Il ne nous a jamais rappelés. A mon avis, il n’avait pas vraiment apprécié qu’on prenne sa femme en sandwich et qu’on lui repeigne le visage en blanc le week-end où on lui avait rendu visite.

Creston Spiers

En 1996, Paul quitte le groupe et c’est Kyle Spence qui le remplace à la batterie…
Oui, je pense que Paul en a eu marre de jouer de la musique frustrante qui n’intéressait personne et qui ne ramenait pas de blé. Ce qui est ironique, c’est que les choses ont justement commencé à s’accélérer au moment où il est parti. Le son était devenu plus rock et il y avait plus de monde aux concerts.

Effectivement, le son de Harvey Milk prend une nouvelle couleur après le départ de Paul.
C’était volontaire. Ça nous faisait chier de perdre notre temps à essayer de jouer lentement. Merde, on voulait juste faire du rock.

Pourtant le groupe splitte en 1999…
Stevie et Kyle ont déménagé pour réaliser le rêve californien. De mon côté, j’avais une famille et toutes les joyeuses obligations que cela comporte. On n’a pas vraiment splitté, disons qu’on a juste fait un break.

Qu’est-ce tu as fait pendant ce break, entre 1999 et 2006 ?
J’ai joué dans plusieurs groupes, ici ou là. Soit je jouais des reprises à la batterie, soit je jouais mes propres morceaux à la guitare et au chant. Mais rien dans la veine d’Harvey Milk. Plutôt des trucs dans le genre de Kiss ou des Stones…

Comment vous est venue l’idée de vous reformer avec Paul à la batterie, d’enregistrer un nouvel album, de faire à nouveau des concerts ?
C’est parti d’une idée de Stevie qu’on a tous approuvée immédiatement.

Que penses-tu du regain d’intérêt soudain pour le groupe, les rééditions de Relapse, le nouvel album, et le fait que beaucoup de gens se mettent subitement à s’intéresser à vous?
Je pense que tous ces gens devraient nous envoyer des chèques.

Ca vous donne envie de continuer (Ndrl : “… to go for some more”)?
Continuer… à avoir plus de chèques ? Oui, on est tous super fauchés.

Fauchés ? Peut-être bien, en effet. Les six dernières questions sont restées à jamais sans réponse. Silence radio. Comme si Creston Spiers s’était dégonflé comme un pneu crevé au fur et à mesure de l’interview. Alors si vous voulez connaître la suite, soyez sympas, pensez-bien à lui envoyer votre chèque, daté, signé et provisionné.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #10 (Mars 2007)
couv VERSUS MAG #10

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7 Réponses to “Interview – HARVEY MILK: Vaches à lait & Terminal Speakers”

  1. moesgaard 23 janvier 2008 à 12:25 #

    Salut, et merci pour cette excellente découverte.
    J’ai acheté « Courtesy and good will » hier et je suis conquis. J’attends le DVD qui doit arriver bientôt dans ma boîte aux lettres.
    J’en profite pour te remercier pour ta prose, c’est toujours un plaisir de te lire.

    keep up!

  2. francoise massacre 23 janvier 2008 à 12:57 #

    Hello Basile,
    Tu verras, le DVD est un superbe objet. Au niveau du contenu, primo, les archives visuelles sur HM sont rares, et puis on se dit que ça devait être un groupe vraiment terrible en live. Mais interface écran oblige, pas évident de se l’enquiller d’une traite. M’est avis qu’il faut se ménager quelques pauses.

  3. moesgaard 1 février 2008 à 11:33 #

    J’ai maté qu’une demi-heure pour l’instant, mais je suis pas déçu! Et l’objet est très beau, effectivement!
    Ai écouté « My love », excellent album également (ah, cet hymne symphonique sorti de nul part, c’est à pleurer tellement c’est improbable!)
    Sinon, j’ai remarqué quelques pains numériques sur mon CD de courtesy, sur les derniers morceaux (tout début du piano, début du dernier aussi). Tu n’as pas ce problême?
    je suis un peu navré, j’ai l’impression que c’est un défaut d’usine…
    Du coup, je me tate pour la réedition vynile chez chunklet…

  4. moesgaard 5 septembre 2008 à 11:21 #

    Bon, c’est quand qu’on prend l’apéro? :)

  5. francoise massacre 5 septembre 2008 à 21:36 #

    Quand j’arrête de bosser début octobre. Avant, t’es sur Paris?

  6. moesgaard 8 septembre 2008 à 15:15 #

    Oui, je suis sur paris.
    Mon mail: basileferriot@hotmail.com

    A bientôt!

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  1. De la cuisse de jupiter, à propos de “The Anvil Will Fall”… « postjournal of a postgraduate sonic massacre - 31 juillet 2008

    […] y a quelques temps sur le postjournal, Basile commentait: “ah, cet hymne symphonique sorti de nulle part, c’est à pleurer tellement c’est […]

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