BLUT AUS NORD – MoRT

11 Sep

BAN - MoRT
(Appease Me… / Candlelight, 2006)
Unorthodox Black Metal

La métamorphose eu lieu en 2001, quand Blut Aus Nord, après quatre années de silence, sortit à nouveau des limbes avec The Mystical Beast Of Rebellion, un album magistral qui venait insidieusement bousculer les codes d’un Black Metal grippé, autosuffisant, prisonnier de son alphabet et enseveli sous le poids de ses principes. Les deux disques suivants, The Work Which Transforms God et le Ep Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity s’inscrivaient logiquement, mais peut-être plus radicalement encore, dans ce processus expérimental et transgressif : préserver l’esprit du Black Metal, sa noirceur et ses atmosphères, mais en rejeter les dogmes, en refuser le formalisme, et pour cela, le déconstruire, puis le reconstruire en le nourrissant d’autres influences. Aujourd’hui, MoRT marque l’aboutissement à la fois musical et symbolique de cette démarche, comme le chant d’un cygne malade de la peste. L’album déploie lentement ses huit chapitres, comme autant de sombres tentacules, dans un Tout unifié par un vocabulaire commun – qui emprunte parfois certains traits au jazz-rock, au rock progressif ou post-industriel -, mais où la complexité est toujours au service du rampant. Micro-intervalles, rythmes composites et décharnés, syncopes, étirements, allongements, guitares arachnéennes, mécanique des dissonances, growling caverneux, viscosité des timbres, interludes comme des field-recordings sur les rives du Styx : tout ici concourt à l’immensément sinistre. C’est comme si, au fil de ces errances glaciales, Blut Aus Nord avait pris un plaisir vicieux à éliminer tout recours aux sacro-saintes ficelles de la tonalité (l’axe tension / résolution) pour ne laisser en pâture aux mortels qu’une spirale de désolation sans fin et sans commencement. Dans MoRT, la catharsis n’existe pas, le repos éternel non plus. Il y a bien cette vague lueur, lorsque Vindsval pousse sa voix en chant clair, mais elle est aussitôt happée dans ce bouillon de fatalisme hostile, qui évoque la condamnation éternelle de Sisyphe, héros de l’Absurde et de la Déroute. L’écoute de MoRT est une expérience éprouvante qui ne laisse place à aucune forme de compassion, pas même envers ses propres démons. N’espérez pas vous émouvoir, pleurer, vous apitoyer et encore moins souffrir : MoRT est un disque d’anti-pathos absolu, froid comme la glace, oppressant et jusqu’au-boutiste, un chaos organisé dans le sens du non-sens.
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #9 (Septembre 2006)
couv VERSUS MAG #9

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