DOSSIER MELVINS Part III : Séléction Discoïde (Commentée par les Melvins)

6 Juin

GLUEY PORCH TREATMENTS (1987, Alchemy Records)

Buzz : «Titre génial ! Un classique que personne pourtant n’aimait à l’époque»
Dale : «Enregistré dans le même studio que Huey Lewis And The News par un type qui jouait dans Hanoi Rocks. Dix-huit problèmes de math enregistrés et mixés en quatre jours»
Premier album officiel du trio. Contient déjà l’équation du son Melvins: punk ralenti à l’extrême, Sabbath coulé dans le plomb et voix belliqueuse. L’impensable c’est que 20 ans plus tard ce disque n’a pas vieilli d’un iota.

OZMA (1989, Boner Records)

Buzz : «Titre volé ! Après ce disque, on pouvait tourner sans perdre trop d’argent»
Dale: «J’ai trouvé une paire de Rayban dans le studio où on enregistrait. J’avais l’impression de ressembler à Sterling Morrison»
Premier album avec Lorax et premier album pour Boner. Plus abouti, peut-être plus «metal» et certainement plus aventureux que son prédécesseur, Ozma reste cependant dans la lignée de Gluey Porch, les morceaux ayant été composés grosso modo à la même période.

BULLHEAD (1991, Boner Records)

Buzz : «J’ai eu l’idée de ce titre pendant un long trajet depuis Los Angeles ! On joue toujours certains de ces morceaux en live. Dang !»
Dale : «Enregistré dans une maison reconvertie en studio où jenesaisplusqui a écrit ce célèbre livre de vampires. J’imaginais déjà les chroniques qui paraîtraient sur l’album, « Bullhead is bullshit ». Je porte les fameuses Rayban sur la photo à l’intérieur de la pochette »
Plus lent, plus lourd. «Boris», «Anaconda» et «Ligature» sont des pièces colossales, étouffantes, au son abrutissant. Trois monstres de heavy-rock massif, obsédé et menaçant.

EGGNOG (1991, Boner Records)

Buzz : «C’est Dale qui a eu l’idée de ce titre ! Ca faisait longtemps qu’on pensait à l’utiliser. Je préfère les formats EP aux albums contrairement à ceux qui achètent les disques»
Dale : «En réponse aux imbéciles d’Allemands qui disaient que Bullhead était un album commercial. Buzz jouait de la guitare slide avec une pile 9 volts»
EP fulgurant, sauvage et expérimental. Du punk’n’hard’n’roll hargneux chauffé aux larsens puis sabordé par la vague de sludge vicié de «Charmicarmicat».

Les EP solo:
KING BUZZO (1992, Boner Records)

Enregistré et composé par King Buzzo et un certain Dale Nixon, soit Dave Grohl (Dale Nixon est également le pseudo de Greg Ginn sur My War de Black Flag). Peut-être le plus «typiquement Melvinsien» de la trilogie, pour autant que l’expression ait un sens.

DALE CROVER (1992, Boner Records)

Dale l’homme-orchestre a composé l’intégralité de ce one-shot heavy-pop, ne laissant que les parties de basse et quelques backing vocals en pâture à son ex-épouse Debbie Shane.

JOE PRESTON (1992, Boner Records)

Enregistré en une après-midi. Bien que dénigré par cette langue de vipère de Buzz («Joe l’a fait comme il aurait fait ses devoirs. Il n’était pas impliqué. (…) C’était le début de la fin pour lui»), l’effort solo de Preston est pourtant le moins anecdotique des trois EP avec son «Hands First Flower» de 23 minutes, sale, bizarre et poisseux comme un lendemain d’apocalypse.

LYSOL, l’album sans titre (1992, Boner Records)

Buzz : «Titre volé! Pour éviter un procès, nous avons dû cacher le titre avec du scotch noir. Pour l’occasion, on a organisé une soirée « camouflage de titre » dans les locaux de Boner. On était tous sous Acid»
Dale : «Un type m’a appelé en prétendant être journaliste. Il voulait savoir pourquoi on avait appelé l’album Lysol. Je lui ai répondu que les Indiens du Canada aimaient bien en boire pour planer. Tu connais la suite, on est passé à deux doigts du procès»
Lysol reprend là où Bullhead en était resté. Un pavé doom rock de 31 minutes, ultime et définitif. L’album sans lequel le légendaire Dopesmoker de Sleep n’aurait jamais vu le jour. Et puis, écoutez les 10 premières minutes… Sunn O))) non plus n’est pas né de la cuisse de Jupiter. Tout est là.

HOUDINI (1993, Atlantic)

Buzz : «Titre volé! Nos débuts à Atlantic! C’était génial de sortir un disque sur le même label que les Stones et Led Zep!»
Dale : «Notre plus grosse vente! Même Pat Travers l’a aimé!»
Premier volet du triptyque Atlantic. Classique, tubesque et vicelard. La reprise de «Goin’ Blind» de Kiss est à tomber.

STONER WITCH (1994, Atlantic)

Buzz : «C’est Dale qui a eu l’idée de ce titre! On a pris du bon temps en l’enregistrant. On joue toujours pas mal de morceaux de ce disque en concert»
Dale : «À chaque fois que je rentrais dans la cabine, les ingénieurs du son étaient en train de mater un porno»
Si vous voulez savoir comment faire partouzer frénétiquement le Sabbath, Black Flag, Throbbing Gristle, Metallica, Ministry, Kiss, Jesus Lizard, ZZ Top et Motörhead lubrifiés au vitriol, vous trouverez en Stoner Witch un mode d’emploi ébouriffant et sarcastique sur la meilleure manière de s’y prendre.

PRICK (1994, Amphetamine Reptile)

Buzz :«C’est notre surnom pour désigner un Kobain mort! Cet album est top, super cool et classieux»
Dale : «On avait l’intention d’appeler ce disque Kurdt Cobain jusqu’au moment où il s’est buté»
Bruitiste, expérimental, invendable! «Pure digital silence» est-il un morceau à la gloire du «4’33» de John Cage ou bien une simple bouffonnerie?

STAG (1996, Atlantic)

Buzz :«Titre volé à un magazine porno! On arrivait pas à croire qu’Atlantic voulait ENCORE sortir un album supplémentaire, alors on a fait en sorte que ça soit la dernière fois »
Dale : « Un de mes préférés ! On tripait sur Queen à cette période »
Dernière galette d’excellence pour Atlantic avant la mise à pied. La maison de disques déballe la grosse artillerie avec pas moins de quatre producteurs chevronnés aux commandes : GGGarth (Rage Against the Machine, Jesus Lizard, Sick of It All, Kiss, Alice Cooper, L7…), Joe Baressi (QOTSA, Tool, Kyuss…), Alex Newport (Kylesa, Mars Volta, Godheadsilo, Sepultura) et Chris Kozlowski (Spirit Caravan, Earthride, Black Manta…). Résultat : trop fou, trop ovniesque, trop copieux, trop indispensable (trop bon ?) pour Atlantic.

HONKY (1997, Amphetamine Reptile)

Buzz :«Titre marrant et raciste à mort! On l’a enregistré juste avant qu’Atlantic nous laisse tomber. On se disait que si jamais ils voulaient un autre album, on aurait juste à ramasser l’avance et à leur envoyer ce disque»
Dale : «Notre album le plus négligé. Un des meilleurs!»
Un album torché en six jours pour le cas où Atlantic reconduirait le contrat. Un peu anecdotique. Un Stag pas très abouti.

THE MAGGOT (1999, Ipecac)

Buzz :«Titre cool! J’ai écrit la plupart des morceaux de l’album juste après notre retour du OZZ Fest»
Dale : «Pure fuck you heavy metal!»
Brûlot heavy-rock nerveux et trapu inaugurant comme il se doit cette trilogie Ipecac à cheval sur les deux millénaires.

THE BOOTLICKER (1999, Ipecac)

Buzz :«Un autre titre cool! Certains des morceaux étaient assez vieux mais c’était plutôt cohérent après The Maggot»
Dale :«Le jour où on a terminé The Maggot, on est passé à la vitesse supérieure. Nous avons aussitôt commencé à enregistrer The Bootlicker. Même studio, mêmes personnes, même tout ! Un autre disque négligé, également l’un des meilleurs !»
C’est l’album « calme ». Mais au détour des volutes fluides de pop psychédélique ou sucrée, il convient de s’offrir une petite incartade dans le crétinisme sonique à la Residents de «We We».

THE CRYBABY (2000, Ipecac)

Buzz :«Notre surnom à nous pour Jesucristo crucifié ! Que des guest stars ! On leur a laissé faire tout ce qu’ils voulaient»
Dale : «Bizarrement, nous avons commencé l’enregistrement aussitôt après The Bootlicker. J’ai écris un morceau pour Tool. Trois disques complètement différents enregistrés en même temps. Une trilogie!»
Mélange de reprises (Merle Haggard, Hank Williams, Nirvana) et de compositions originales, The Crybaby est musicalement aussi hétéroclite que la batterie d’invités présents sur le disque (Tool, David Yow, Leif Garret, Hank Williams III, Mike Patton, Fœtus, Kevin Sharp, Henry Bogdan…).

COLOSSUS OF DESTINY, live (2001, Ipecac)

Buzz :«Titre volé! Le meilleur album live de tous les temps»
Live enregistré au Club Mangler (Californie) en 1998 avec Adam Jones à la guitare. 60 minutes non-stop d’improvisation noise jusqu’au boutiste. Sismique.

ELECTRORETARD (2001, Man’s Ruin)

Buzz : «J’ai eu l’idée de ce titre alors que j’étais assis en studio ! Je l’aime particulièrement. C’était marrant de massacrer nos propres morceaux»
Dale : «Re-travaillé, Ré-enregistré, Re-tardé!» (Ndlr: « retarded » signifie également « demeuré, idiot »)
Sorte de compilation de remixes et revisitations mongoloïdes de leurs propres morceaux.

HOSTILE AMBIENT TAKEOVER (2002, Ipecac)

Buzz :«C’est Kevin qui a eu l’idée de ce titre! On en a enregistré la plus grande partie pendant que Kevin tournait avec Tomahawk »
Dale : «Un bon nom pour un album, mais trop difficile à prononcer. On l’appelle HAT»
Dix-septième album, explosif et particulièrement schizoïde. Une auberge espagnole où rien ne ressemble à rien, où l’on zappe d’un solo de batterie furtif à un galop country-punk crétin, d’une bastonnade Melvins pur jus à une embardée free-rock psychédélique.

Melvins & Lustmord – PIGS OF THE ROMAN EMPIRE (2004, Ipecac)

Buzz :«C’est Kevin qui a eu l’idée de ce titre! Tout le monde croit que ça parle des États-Unis mais c’est bien marqué : « ROMAN EMPIRE »! Allô! »
Dale : «Lustmord a transformé un morceau de deux minutes en un morceau de huit minutes. Du pur génie!»
Depuis le début des années 80, Brian Williams aka Lustmord est l’un des musiciens les plus actifs de la scène industrielle et post-industrielle. Quand on connaît la propension des Melvins à l’expérimentation, la collaboration entre l’homme, le trio, et Adam Jones de Tool (aux guitares additionnelles) n’est pas si surprenante. Le produit de cette rencontre est un habile mélange de genre et de textures, un équilibre exquis entre la gravité des atmosphères bruitistes de Lustmord et la schizophrénie tantôt trash-punk, tantôt monolithique des Melvins, jamais mise à mal.

Melvins & Jello Biafra – NEVER BREATHE WHAT YOU CAN’T SEE (2004, Alternative Tentacles)

Buzz :«C’est ce que j’ai dit à Biafra quand il se plaignait du fait qu’on habite à Los Angeles! C’est un disque très différent de ce qu’on aurait fait à l’époque si Biafra n’avait pas été là. C’est la raison pour laquelle je le trouve très bon»
Dale : «Nous n’avions jamais passé autant de temps sur un album. Jello est comme Morris Le Chat» (Ndlr: célèbre chat au poil roux de la télé américaine des seventies, appelé aussi le «Clark Gable des chats», et dont la devise était «Un chat qui n’agit pas avec la plus grande minutie perd vite le contrôle de son maître»)
Fomentée par les Melvins, Never Breathe est la réponse de Biafra à la reformation des Dead Kennedys, après une série de batailles internes qui aboutirent à l’éviction du prédicateur-agitateur de son propre groupe. Plus proche du classicisme du punk californien sardonique des Dead Kennedys que du rock-metal alternatif des Melvins, avec un Biafra au sommet de sa rhétorique séditieuse.

Melvins & Jello Biafra – SIEG HOWDY (2005, Alternative Tentacles)

BuzzVolé à Tex Hitler! Je le trouve encore meilleur que Never Breathe»
Dale: «Cet album a été fait avec les chutes de Never Breathe, et je le trouve meilleur »
La suite de Never Breathe avec quelques extras, entre autres un remix de Dälek et une reprise du tout premier single des Dead Kennedys «California Über Alles» (1979)

HOUDINI LIVE 2005: A LIVE HISTORY OF GLUTTONY AND LUST (2006, Ipecac)

Buzz :«J’ai eu l’idée de ce titre en regardant une photo de Trevor Dunn! Le disque est meilleur que ce qu’on imaginait. Trevor kicks ass!»
Dale : « On a dit à Trevor de partir. Imagine, c’était comme si on jouait avec Jerry Schiff ! » (Ndlr : un des bassistes d’Elvis au début des années soixante-dix, réputé pour sa technique et sa précision).
L’histoire commence par une invitation lancée aux Melvins par le festival anglais All Tomorrow’s Parties pour jouer l’intégralité de Houdini sur la scène du Koko, Londres, au mois d’octobre 2005. Avec Trevor Dunn, seul homme capable de digérer les lignes de basses en un temps record, le groupe embarque pour Londres pour un premier Houdini live, puis pour Dublin autour du même concept. À leur retour, ils rentrent en studio pour sélectionner, mixer et masteriser les meilleures prises. Si A Live History Of Gluttony And Lust n’est pas meilleur que l’original de 1993, la dimension du live ainsi que la refonte de certains morceaux pour la scène lui confèrent une saveur nouvelle. Différent et tout aussi bon.

Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #8 (Mai 2006)
couv VERSUS MAG #8

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