INTERVIEW – HIGH ON FIRE : The wings of destiny

19 Jan

Il y a presque un an jour pour jour, High On Fire mettaient au monde leur troisième rejeton, grâce au savoir-faire de l’accoucheur en chef Steve Albini. Sous le signe du changement, Blessed Black Wings aurait pu ne jamais voir le jour sans l’intervention divine et précipitée de la bonne fée Joe Preston (Thrones, Earth, Melvins), qui cinq jours seulement avant l’enregistrement, se voyait soudain promu bassiste du groupe après la défection de George Rice, trop fatigué pour continuer l’aventure, cassé par les mois passés sur la route, à écumer salles de concerts et festivals, à arpenter les États-Unis en long, en large et en travers. Toutefois, Matt Pike et Des Kensel n’étant guère du genre à aspirer à la paix au foyer et à la sédentarité, c’est donc sans Rice mais avec Preston qu’ils remettent le couvert pour une année de nomadisme métal. En cette fin d’année 2005, ils clôturaient cet impressionnant tour de piste par une tournée européenne difficile, achevée dans la douleur à Londres (bilan: un poignet cassé pour Pike). Rencontre avec le trio deux jours plus tôt, avant un concert parisien résolument crade, cru et poisseux, entre Discharge, Entombed, Motörhead, alcool, sueur et glaviots.

Depuis la sortie de Blessed Black Wings vous passez énormément de temps sur la route. Comment vivez-vous cela?
Matt : Eh bien… Je ne sais pas. On le vit au jour le jour. Mais effectivement, c’est un mode de vie assez rude.

Vous prenez toujours du plaisir à tourner ? Est-ce que vous n’en avez pas un peu marre au bout d’un moment?
Joe : Au bout d’un moment, j’en ai un peu marre effectivement (Rires)
Des : Un peu des deux en fait.
Joe : Je crois qu’il vaut mieux s’efforcer de ne penser qu’aux moments forts, histoire de rester un peu concentré.
Matt : C’est souvent éprouvant. Le bus dans lequel on tourne en ce moment est tellement inconfortable. On dort assis ou bien sur les genoux ou les épaules les uns des autres…

Vous dormez dans le bus?
Matt : Non, la plupart du temps, on dort à l’hôtel mais on est tous entassés…
Joe : On dort quand on peut et comme on peut. On est pratiquement à la bourre tous les matins. On se réveille et la seconde d’après, on se retrouve dans le bus à essayer de finir notre nuit. Si tu commences à faire une fixation là-dessus, alors ça devient vraiment épouvantable.

Vous utilisez des remontants?
Des : Si tu rajoutes des drogues, c’est encore pire. Le mieux, c’est d’essayer d’oublier que tu as mal, tous les mauvais côtés, le manque de sommeil et de continuer coûte que coûte.

Vous deviez jouer à Paris l’année dernière, et la date a été annulée…
Joe : Oui, c’était sensé être la dernière date de la tournée.
Des : Je crois que c’est le promoteur qui a annulé. Si je me souviens bien, il n’avait pas vendu assez de places…

Vous avez encore beaucoup de boulot à faire en Europe, n’est-ce pas?
En chœur : Oui ! (Rires)
Matt : J’aurais aimé que ça soit facile, débarquer ici et voir que tout roule… mais on en est très loin. Il y a bien quelques villes où ça se passe sans problèmes, mais la plupart du temps, on se rend compte que ça n’est pas gagné.

Ça se passe beaucoup mieux aux États-Unis, je présume…
Ensemble : Oui, c’est beaucoup plus facile.
Matt : Tu sais, on a joué tellement souvent là-bas…
Joe : Je crois que c’est toujours plus facile quand tu es dans ton propre pays. Même si les choses ne se passent pas très bien, tu te dis qu’il suffit de quelques heures de bus pour rentrer chez toi.

Est-ce que vous avez le sentiment que Blessed Black Wings a été vraiment crucial pour HoF, le début de quelque chose?
Matt : Eh bien, c’est ce que j’espérais, mais apparemment… (Rires). Plus sérieusement, je crois que oui, et on a beaucoup travaillé pour. Nous avons fait notre trou. Ces dernières années, on a réussi à remplir de très grandes salles dans certains endroits. Et les ventes de disques ont considérablement augmenté.
Joe : En rentant aux États-Unis, nous allons faire une tournée en tant que tête d’affiche pour la première fois depuis la sortie de l’album. Jusqu’à présent, les tournées aux États-Unis étaient un peu bizarres. Soit on ouvrait pour des groupes qui n’en avaient rien à foutre d’être là, ou pas grand chose, soit on jouait dans d’énormes festivals comme le Sounds Of The Underground. C’était vraiment bizarre. Cela dit, ça s’est beaucoup mieux passé que ce qu’on avait imaginé.
Matt : Oui, on s’est vraiment marré.

Vous vous amusez toujours à mettre des chaussettes et des caleçons sales dans les grosses-caisses des groupes avec lesquels vous jouez?
Matt : Hahaha. À un moment, on avait des tonnes de vieilles farces dans le genre! On s’est un peu calmés…
Des : Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait une bonne blague.
Joe : Il serait peut-être temps de s’y remettre, non?
Matt : Oui. D’ailleurs on joue avec Mastodon demain à Glasgow et je crois que je vais commencer à y réfléchir très sérieusement. Je leur réserve les meilleures.

Aux États-Unis, les concerts sont de plus en plus gros, le public de plus en plus nombreux. Est-ce que le stress est proportionnellement plus grand?
Matt : Bien sûr. C’est pas évident. Tu dois faire de mieux en mieux, avoir toujours en tête ce que tu dois donner au public, et surtout, garder assez d’énergie pour le faire, et le faire bien. C’est difficile parfois. Tu ne peux pas jouer et crier pendant une heure ou plus si tu n’es pas un minimum au point. Le stress est plus grand qu’à nos débuts. Quand on a commencé à jouer avec High On Fire, on était des vrais party animals, on n’en avait strictement rien à foutre. Aujourd’hui, on a quelques années de plus, et on essaye de soigner les choses un minimum. Ça ne veut pas dire que je ne suis plus un party animal, seulement tout est un peu plus tendu. Je ne peux plus me permettre de me mettre le cerveau en bouillie comme avant.

C’est aussi devenu votre job…
Matt : Tourner? Oui. Même si on le voulait, on n’aurait pas le temps de travailler à côté. Il nous arrive d’avoir un mois off entre deux tournées, mais imagine le temps de trouver un job…
Joe : Ça te prend déjà trois semaines…

Et au niveau des médias, vous avez ressenti une pression particulière ces derniers mois? Vous êtes attentifs à ce que les journalistes écrivent sur vous?
Des : On espère toujours que ça sera bon évidemment. Mais on ne se sent pas particulièrement sous pression. On ne peut pas faire grand chose de plus que de jouer nos morceaux.
Matt : Oui, tu as raison. On le fait avant tout pour nous-mêmes et parce qu’on aime ça. Si je me souciais de ce que les gens pensent et si j’avais voulu que tout le monde aime ce que je fais, j’aurais rejoint un groupe de country depuis longtemps ou bien un truc vraiment mainstream. HoF ne fait pas vraiment dans le metal mainstream. Et franchement, je m’en fous.

Vous n’avez pas été surpris pas les retours assez positifs sur Blessed Black Wings et son succès relatif auprès des médias?
Matt : À un certain degré si, mais on ne ressent pas tant que ça ce succès dont tu parles. Ça prend du temps, on n’en est pas encore là. C’est quelque chose qu’on ne réalise pas trop.
Des : Oui, je pense que les gens de l’extérieur, nos proches, nos amis ressentent cela bien plus que nous-mêmes. Quand je rentre chez moi après une tournée, je n’ai pas l’impression de revenir d’un truc extraordinaire et d’avoir tant de succès que ça. D’ailleurs je me déplace toujours à vélo…

Oui, tu m’avais déjà parlé de ton vélo la dernière fois qu’on avait discuté…
Des : Et merde, je l’avais déjà utilisée celle-là! (Rires)

Tu t’es quand même acheté une voiture depuis, non?
Des : Oui, je viens tout juste d’en acheter une. Mais j’ai 5 ans pour finir de la payer, donc je peux encore dilapider tout mon fric comme une rock star… pshhhttt !

C’est pas une Porsche quand même?
Des : Non, les Porsche, c’est bien trop petit pour moi ! (Il se redresse) Eh, ok j’ai la voiture, mais je roule toujours à vélo (Rires)… parce que je n’ai même pas de quoi me payer l’essence.

Vous êtes satisfaits du travail de Relapse?
Des : Oui, ils ont travaillé dur. Ils nous ont bien poussés. Ils ont contribué à ce qu’on soit un peu plus visibles…
Matt : Ils ont une bonne manière de bosser avec nous : «Si ça vous convient, alors ça nous convient aussi».

Pensez-vous que Relapse a eu un rôle décisif dans la tournure qu’ont pris les événements pour vous?
Joe : Moi qui suis un peu étranger à tout ça, je peux affirmer que Relapse a sûrement énormément aidé HoF, notamment au niveau des tournées. Et leur département promo est vraiment efficace.
Matt : Oui, pour ce genre de musique, je crois vraiment qu’il n’y a pas mieux. Ils investissent beaucoup d’argent dans la presse, la promo, la pub et tout ce genre de trucs…
Joe (s’adressant à Matt) : D’ailleurs, à chaque fois que vous veniez jouer dans le coin, j’étais toujours au courant… même si je ne suis jamais venu aux concerts. Ça veut bien dire qu’ils sont bons pour ça.

Blessed Black Wings est sorti il y a bientôt un an. Vous comptez retourner en studio bientôt?
Des : On l’espère.
Matt : Il y a bien quelques morceaux sur lesquels on travaille quand on rentre. Le problème, c’est qu’on ne reste jamais suffisamment longtemps chez nous pour vraiment pouvoir se poser et commencer à construire les choses avec Des…
Joe : Oui, je n’habite pas dans la même ville qu’eux, Oakland. J’en suis à peu près à 14 heures de voiture…

Tu habites où ?
Joe : J’ai habité longtemps à Washington, mais maintenant, je suis vers Seattle.

Et vous êtes toujours à Oakland ?
Des : Oui, près de San Francisco
Joe : Ça fait à peu près quatorze heures de voiture de chez moi.

Quatorze heures, c’est toujours difficile à imaginer quand on habite en France…
Joe : C’est un peu comme si tu conduisais jusqu’en Bulgarie juste pour le fun… (Rires)

Donc vous avez quand même quelques nouveaux morceaux de côté?
Matt : On n’a pas encore de morceaux vraiment finis et complets. Juste des bouts, par-ci par-là, quelques riffs qui prennent forme.

Pas moyen de composer dans le tourbus?
Matt : C’est difficile, on n’a pas assez de temps…
Joe : Et encore moins d’espace.
Matt : Il m’arrive quand même d’écrire des textes pendant les tournées. La dernière fois, j’avais apporté une douze-cordes. Ça dépend vraiment si j’ai une chambre d’hôtel ou non. En Europe, ça n’est pas possible. Aux States, j’amène généralement une seconde guitare avec moi, sur laquelle je peux jouer tous les jours.

Joe, tu comptes participer à l’écriture du prochain album?
Joe : J’espère…
Matt : J’espère que oui.
Joe : Pour l’instant, je n’ai rien apporté de mon côté. Disons que nous n’avons pas l’occasion de jouer très souvent ensemble en dehors des concerts. On se voit surtout pour travailler un peu le set avant de partir en tournée.
Des : Tu sais, après des tournées aussi longues, quand tu rentres chez toi, la dernière chose dont tu as envie c’est de retourner en studio, d’installer les instruments, de remonter la batterie et de te remettre à jouer. On a besoin de temps pour ça.

(À Joe) Il paraît que tu as dû apprendre toutes les lignes de basse et la structure des morceaux de Blessed Black Wings en à peine cinq jours ?
Joe : Oui, ils avaient besoin de quelqu’un rapidement avant l’enregistrement. J’avais cinq jours.
Matt : C’était un énorme bordel.
Joe : Les premiers jours ont été vraiment rudes. Des et Matt s’arrachaient les cheveux! Et je me disais : «Mon Dieu! Dans quoi je les ai embarqués? Comment je vais bien pouvoir m’en sortir cette fois?» (Rires)

Avec du recul, comment voyez-vous le travail de production de Steve Albini pour Blessed Black Wings ?
Matt : Au départ, on voulait vraiment essayer quelque chose de nouveau, se réinventer. Comme on devait recruter un nouveau bassiste, on s’est dit que c’était de toute façon l’occasion de prendre une nouvelle direction, ce que Steve Albini a parfaitement compris, et réussi. J’ai adoré enregistrer avec lui, il a fait du bon boulot.
Joe (à Des & Matt) : Est-ce qu’à ce moment-là, vous saviez déjà que George (Ndlr: George Rice, premier bassiste de HoF) allait partir ?
Des : On y pensait, oui. On savait que ça allait arriver. Mais on espérait qu’il partirait après l’enregistrement.

C’est par l’intermédiaire de Greg Anderson que vous avez rencontré Joe, n’est-ce pas?
Joe : Oui, lui et moi, on se connaît depuis un bon moment.
Des : J’ai appelé Greg. Je lui ai dit que notre bassiste était sur le point de partir et qu’on avait déjà réservé le studio. Au départ, il voulait le faire lui-même !
Matt : Qu’est-ce qu’il t’a dit déjà ? Un truc du genre «Mec, je vais bosser la quatre-cordes jusqu’à la mort !» ? (Ndlr: jeu de mots avec «death» et «doom», à peu près intraduisible en français) (Rires)
Des : Oui ! Bon, ensuite il m’a dit que Joe serait parfait pour ça. En fait, on avait déjà évoqué l’idée que Joe prenne la basse avant que Greg nous en parle.
Matt : À un moment, j’ai voulu proposer à Hank III de jouer avec nous. En fait, on cherchait simplement quelqu’un pour enregistrer l’album, sans vraiment penser à la suite. Et puis ça s’est tellement bien passé en studio qu’on a demandé à Joe s’il voulait bien faire quelques concerts avec nous.

Matt, peux-tu me parler de ton side-project, Kalas, anciennement Scum Angel. Vous avez changé de nom récemment, pourquoi?
Matt : Il était déjà pris. D’ailleurs, je crois que tous les noms de groupes dans le monde sont déjà pris. Ce nom m’était un peu égal au début, et puis au bout d’un moment, j’ai commencé à le trouver plutôt bien…
Des : Tu sais d’où ça vient, Joe? (il pouffe)
Joe : Ahaha oui! D’ailleurs je détestais ce nom jusqu’au moment où j’ai appris de quel film ça venait ! (Ndlr: Le film en question c’est… Le Monde de Nemo. Tout le monde pouffe)
Matt : Quoi qu’il en soit, on enregistre en janvier pour Tee Pee Records. Ça nous prendra entre une semaine et quinze jours. Et le studio est à côté de chez moi.

Tu trouves assez de temps pour les deux groupes?
Matt : Oui. Des et moi, on répète habituellement deux ou trois jours par semaine, et je consacre deux jours à Kalas. Finalement, on n’a pas grand chose à faire à part écrire de la musique, rester à la maison et jouer aux jeux-vidéos.

Qui sont les autres membres de Kalas?
Matt : Andy Christ qui faisait partie d’Eldopa et d’Econochrist, Scott Plumb et Paul Kott tous les deux ex-Cruevo (Ndlr: formation sludge-crust d’Oakland), et puis Brad Reynolds.
Des : Paul a également joué dans Medication Time.
Matt : Oui, et dans High Tone Son Of A Bitch.

Ça sonne comment?
Matt : Comme du metal classique, mais pas comme cette chose un peu bizarre qu’est HoF. Les tempos sont plus lents, c’est difficile à expliquer. C’est plus rock, plus étiré.

Des, pas d’autre groupe à côté?
Des : Non.
Joe : Il faut que tu bosses mec!
Matt : Pas la peine. Il a une femme, et elle cuisine bien!

Qu’avez-vous prévu dans les prochains mois?
Matt : On a cette tournée en janvier, et un concert le 31 décembre. Mais je crois qu’on va quand même essayer de se reposer un peu à Noël. Et puis on essayera de prendre le temps d’écrire de nouveaux morceaux avec Des, de les envoyer à Joe et de voir ce qu’il peut faire, au niveau des arrangements… On a un nouveau morceau vraiment cool. Peut-être qu’on pourra essayer de le jouer sur scène ? (À Joe) T’as déjà pris des cours accélérés avec Blessed Black Wings, tu verras, ça va passer tout seul!

www.highonfire.net
Francoise Massacre
Publié dans: VERSUS MAG #6 (Janvier 2006)
couv VERSUS MAG #6

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